Archives départementales de la Vendée avec le concours de la Société d'émulation de la Vendée Dictionnaire des toponymes

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Montaigu > Aumônerie-Hôpital de Montaigu (l’)

Notice rédigée par : Maurice Mignet

Graphies connues

maison hospitalière

maladrerie

hospice source : A Montaigu, les termes utilisés à l’origine pour cette "maison hospitalière" furent "Aumônerie" (ou "Aumosnerie"), "Hospice", voire "Maladrerie". Celui de "Hôpital" (ou "Hospital") ne les remplacera que très progressivement après 1696.


Nature(s) du lieu

Catégorie : Hôpital Masquer
Titre Image
  • Nature : Hôpital
    Précision sur la nature du lieu : hôpital
  • Localisation : "L'Aumônerie de Montaigu", ou "hôpital de Montaigu", était située au niveau des bâtiments de l'hôpital actuel de Montaigu les plus proches du "faubourg Saint-Jacques" et incluait de nombreux terrains environnants.
  • Coordonnées
    • Coordonnées cadastrales napoléoniennes : B 567 B 457 à 460, 463, 549, 565 à 574
    • Coordonnées cadastrales moderne : section AK

Données historiques

Histoire et archéologie

Au XIIe siècle, 1174, Maurice II de Montaigu établit des "chartes de fondations" (de donations) pour assurer à la "maison hospitalière" de Montaigu les ressources nécessaires à son existence. La charte de 1174, confirmée par une seconde en 1182, énumère différentes redevances dues à cette "aumônerie-hôpital", ainsi : une taxe "pour chaque joug de bœuf labourant dans la terre appartenant au seigneur de Montaigu", le droit exclusif "de pescher depuis le Pont-Neuf jusques au moulin de Légaut", une taxe de "dix sols à prendre sur les moulins attenant le pont Saint-Nicolas, par chacun an au jour de Noël", des dons de terres comme celui du "pré de l’Égault" et de "tout le bois de chauffage, de provision, et plein usage pour ses besoins et toutes autres nécessités, dans toute notre forêt de Grâla, de toutes sortes d'arbres morts ou vifs, à l'exception du chêne vif"[1]… Ce sont les premières traces de "l’Aumônerie-Hôpital" de Montaigu, mais elles laissent entendre que cet établissement destiné à "recevoir les pauvres malades et les pèlerins" existait déjà avant ces dates.


La façade de "l’Aumônerie-Hôpital" de Montaigu, telle qu’elle se présentait avant 1906.
dont le porche de sa chapelle médiévale,
intégré dans les nouveaux bâtiments construits autour de 1700
(cf. la date de 1701 au-dessus de la porte de droite).

Complétées en 1241 par une nouvelle charte de Marguerite de Montaigu, (fille de Maurice II), qui adjoignit la "chapelle Saint-Léonard" à cette aumônerie, elles constituèrent aussi un groupement de terres assurant jusqu’au XXe siècle à l’hôpital un fonctionnement autonome : un jardin potager, des champs et des prés, un lavoir et son "pré de la blanchisserie"… toujours répertoriés en 1814 sur le premier cadastre[2], avec en bordure de la route de La Rochelle, le petit cimetière, de la chapelle fondée en 1241.


Les terres héritées des "fondations" de Maurice et de Marguerite de Montaigu
sur le plan cadastral de 1814 (environ 400 x 525 m),
et sur une vue aérienne de 2016 (environ 525 x 520 m).

Mais au fil des siècles ce fonctionnement se dégrada, en particulier avec les guerres de Religion qui en réduisirent les revenus, la noblesse des environs, majoritairement acquise au protestantisme, en profitant pour se soustraire à ses obligations vis-à-vis d’une institution considérée comme une émanation de l’Eglise catholique.

Aussi, en février 1696, cette "Aumônerie" fut réorganisée en "Hôpital" par Louis XIV, par des "Lettres Pattentes pour l'Establissement de l'Hôpital de Montaigu en Poitou, et l'Union de Maladeries". Ses bâtiments furent modifiés et le porche de la "chapelle Saint-Léonard" donna désormais accès au vestibule précédant la salle des malades. La nomination, pour trois ans, de ses quatre administrateurs, respectivement "par le sieur Evesque de Luçon […], par  le sieur baron de Montaigu […], par les Nobles Vassaux de ladite baronnie […], par le Chapitre de l’Eglise Collégialle dudit lieu", et son fonctionnement furent précisés[1]. Ainsi chaque semaine, une assemblée réunissait les administrateurs, la supérieure des religieuses de l’hôpital en charge du soin des pauvres et des malades hébergés… Cette supérieure y présentait les registres d'entrées et sorties, de l’état des "provisions de bouches" de la maison, et de la délivrance de l'argent nécessaire. A la fin de chaque année, le receveur y rendait compte des dépenses et des recettes[3]

En 1750, cet hôpital comptait 14 lits, et en 1780 il reçut deux cents cinquante malades ou pauvres. En 1786, le médecin Louis Richard de La Vergne le décrit : "L’édifice est irrégulier et accompagné d’une grande cour et de jardins potagers. Il y a deux salles, l’une pour les hommes, l’autre pour les femmes. La salle des hommes est située au rez-de-chaussée. Elle est belle, élevée, percée de six grandes fenêtres, trois de chaque côté, exposées au nord-est et au sud-ouest. Elle contient seize lits. La salle des femmes est au premier étage […]. Elle contient huit lits. Il y a en outre plusieurs appartements commodes pour la cuisine, la pharmacie. […] Il y a trois ou quatre sœurs, avec plusieurs domestiques, un receveur, un aumônier, un médecin et un chirurgien..."[4]. Tout ceci faisait alors de l’hôpital de Montaigu l’un des plus importants de la région : ainsi comptait-il deux fois plus de lits que celui de Clisson, en Bretagne voisine[5]. Entre le 16 et le 20 septembre 1793, comme le reste de la ville, l’hôpital fut mis au pillage par "l’armée de Mayence [qui] enleva du dit hospice environ trente lits de plumes garnis de couverture, rideaux tant de malade que de maître, une grande quantité de linge, toile en pièce, fil, la pharmacie qui était considérable, en un mot tous les effets qui garnissaient le dit hospice, à l’exception des bois de lits et meubles de bois. Qu’ils en chargèrent plusieurs voitures qu’ils conduisirent, la comparante ainsi que les autres sœurs, les malades et les dits effets dans la ville de Nantes […] Qu’on emmena également quatre vaches et un taureau…"[6].

C’est avec difficulté qu’il fut réhabilité au sortir de la Révolution[7] et il connut un siècle de déclin. Le plus souvent appelé "l’hospice de Montaigu", il peut alors "recevoir quarante malades ; bien qu’il n’est jamais rempli. […] Il est confié aux soins de deux dames qui n’appartiennent à aucune congrégation"[8]. Sa faible occupation est attribuée à ce que "dans le bocage vendéen, les gens du peuple ont une grande répugnance pour entrer à l’hôpital. Beaucoup s’imaginent même qu’ils sont destinés à devenir la matière d’expériences ayant pour but l’amélioration de l’art médical, et quelques-uns même vont jusqu’à croire qu’entrer dans un pareil établissement c’est presque se vouer à une prompte mort. Il résulte de cet état de choses que […] les administrateurs font des économies qui, converties en rentes sur l’État, viennent augmenter la dotation primitive"[9].

Au début du XXe siècle, le vieil hôpital fut détruit pour être remplacé par de nouveaux bâtiments dans le style commun aux bâtiments administratifs de la IIIe République. Ils furent inaugurés le 30 septembre 1906 par Clemenceau.


Vue aérienne vers 1960 de l’extrémité du "faubourg Saint-Jacques" de Montaigu
avec l’Hôpital qui avait été inauguré en 1906 par Georges Clemenceau,
et ses annexes (château d’eau, jardins potagers, buanderie, champ cultivé…).

Soixante-quinze ans plus tard, ces bâtiments furent à leur tour remplacés par de nouveaux, sans intérêt architectural particulier.
En 2003, les hôpitaux de La Roche-sur-Yon et de Luçon furent réunis avec celui, neuf fois séculaire, de Montaigu pour former le "Centre Hospitalier Départemental de la Vendée". En 2008, des constructions et de nouveaux travaux de modernisation y ont été réalisés[10].

En 2018 et en 2012, des bâtiments de l’Hôpital moderne, qui remplaça ceux de 1906
et qui ont été présentés par leurs concepteurs
comme des modèles d’originalité architecturale
intégrée dans l’environnement local (carte : 585 x 585 m).

Autres mentions

Selon certains, les "dames de l’hôpital" intervenant dans les couplets de la célèbre Chanson de compère Guillery[11], pourraient être celles de "l’hôpital de Montaigu". Ils s’appuient sur le fait que ce fameux et cruel chef de brigands, avant de finir roué vif à La Rochelle le 4 décembre 1608, a, monté sur son cheval Carabi, particulièrement sévi dans toute la région de Montaigu, et que c’est grâce à la ténacité d’André Le Geay, sieur de la toute proche Gestière de Saint-Georges-de-Montaigu, qu’il fut plus tard capturé[12].

A la veille de la Révolution, les "dames de l’hôpital" de Montaigu étaient des religieuses de l’Union chrétienne de Fontenay-le-Comte. Le 29 mai 1790, leur supérieure Renée Catherine Thomazeau, décédée la veille, fut enterrée dans le petit cimetière qui jouxtait l’hôpital, le long de la route de La Rochelle. Elle fut la dernière personne à y être inhumée avant qu’à partir du mois suivant, les sépultures de Montaigu se fassent toutes désormais dans le "cimetière Saint-Jacques"[13].
Deux cent ans plus tard, sa pierre tombale, qui avait été conservée, fut déposée, avec trois autres de la même provenance, près du portail de la "chapelle Saint-Léonard" quand il fut remonté à côté de l’hôtel de ville en 1990.


Pierre tombale (1,75 x 0,58 x 0,16 m) en 2015 et, après nettoyage, en 2018 :
"CI GIT LE COR DE MLLE THOMAZEAU,
SUPERIEUR. DE LOPITAL, DECEDE. LE 28 MARS 1790".

Après la tourmente révolutionnaire, la succession des "dames de l’hôpital" fut assurée pendant presque deux siècles par les sœurs de la congrégation des "Ursulines de Jésus", fondée vers 1802 à Chavagnes-en-Paillers, par le vénérable montacutain Louis-Marie Baudouin (1765-1835). Elles quittèrent l’hôpital de Montaigu en 1980-1981.

[1]

Mignen (Gustave), Chartes de Fondations pour l'Aumônerie-Hôpital de Montaigu, 1904, 38 p.

 
[2]

Plan, matrice et état de sections du cadastre de Montaigu de 1814 (Arch. dép. de la Vendée : 3 P 146).

 
[3]

Bousseau (Elisabeth), La vie religieuse dans les cantons de Mortagne-sur-Sèvre et de Montaigu au XVIIIe siècle, 1996, p. 78-79.

 
[4]

Richard de La Vergne (Louis), Mémoire sur la topographie de la ville de Montaigu en Poitou, 1787, manuscrit, p. 12 (Arch. dép. de la Vendée : fonds Mignen, 36 J 60/2).

 
[5]

Du Boueix (Michel), "Topographie médicale de la ville & de l’hôpital de Clisson", in Journal de la médecine, chirurgie, pharmacie, etc., tome LXXV, 1788, p. 385 à 417.

 
[6]

Acte de notoriété établi par la justice de paix du canton de Montaigu le 10 nov. 1801 [19 brumaire an X] (Arch. dép. de la Vendée : 4 U 14-5, acte n°29). Ces témoignages mettent à mal la légende forgée par l’érudit local Dugast-Matifeux, prétendant que l’hôpital de Montaigu aurait soigné indifféremment les combattants des deux bords lors de la guerre de Vendée.

 
[7]

Actes de la justice de paix du canton de Montaigu les 2, 3 et 23 août 1802 [14 et 15 thermidor et 5 fructidor an X] visant à rétablir des ressources pour l’hôpital de Montaigu réduit à des bâtiments vides (Arch. dép. de la Vendée : 4 U 14-5, actes n°166 à 177 et 189 à 192).

 
[8]

Cavoleau (Jean-Alexandre), Description du département de la Vendée, 1818, p. 322.

 
[9]

Cavoleau (Jean-Alexandre) et La Fontenelle de Vaudoré (Armand-Désiré), Statistiques ou description générale du département de la Vendée, 1844, t. 3, p. 852-853.

 
[10]

Enquête en 2012 auprès du Centre Hospitalier Départemental de la Vendée.

 
[11]

Paroles des deux derniers couplets de la Chanson de compère Guillery :
Les dames de l’hôpital / sont accourues au bruit. Carabi ! / L’une apporte un emplâtre / l’autre de la charpie. Carabi ! (refrain) 
On lui banda la jambe / et le bras lui remit. Carabi ! / Ça prouve que par les femmes / l’homme est toujours guéri. Carabi ! (refrain).

Le temps passant, la mémoire de la véridique histoire du bandit de grands chemins, de Philip-pe Guillery, se trouve parfois mêlée, à tort, à l’ancienne légende plus lointaine de la "chasse Gallery" qui a longtemps hanté la région.

 
[12]

Clénet (Dr), "Philippe Guillery", in la revue Echos du Bocage vendéen, articles suivis dans les numéros des années 1884 à 1886.

 
[13]

Mignen (Gustave), Paroisses, églises et cures de Montaigu "Bas-Poitou", 1900, p. 86 et 159. 

 

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