Archives départementales de la Vendée avec le concours de la Société d'émulation de la Vendée Dictionnaire des toponymes

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Poiré-sur-Vie, Le > Auroire (l')

Notice rédigée par : Maurice Mignet

Nature(s) du lieu

Catégorie : Regroupement d'habitations Masquer
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  • Nature : Regroupement d'habitations
    Précision sur la nature du lieu : village
  • Localisation : "L'Auroire" est située à 3 km à l'est du centre-bourg du Poiré-sur-Vie.
  • Coordonnées
    • Coordonnées cadastrales napoléoniennes : Section C, 3e feuille.
    • Coordonnées cadastrales modernes : Section YO.

Données historiques

Histoire et archéologie

Le site de "l’Auroire", sur une légère proéminence, pourrait venir de l’ancien français "aure", "aurous", désignant un vent et un lieu venté[1].

Le parcellaire et les constructions ont une disposition centrée rare au Poiré. Pour les constructions, bien que comme le village lui-même elles soient toutes anciennes, on n’y trouve plus de restes antérieurs au XIXe siècle, exception faite de quelques objets isolés.

"L’Auroire" sur le plan cadastral de 1836, avec à cette date :
 les noms des parcelles (en rouge)
et de ses habitants (en jaune).
Et
"l’Auroire" sur une vue aérienne en 2014.
(environ 700 x 500 m)

La localisation de l’ancienne tannerie de "l’Auroire"
sur le même plan cadastral,
et une vue de cet emplacement en 2017.

 

Jusque dans la première moitié du XXe siècle, la porte d’une des métairies du village était surmontée par un linteau sculpté de 1,90 m de long, dans un style qui le fait dater autour du XVe siècle. Déplacé et retaillé vers 1910, il forme le manteau d’une grande cheminée dans une maison du bourg du Poiré[2].

Le plan cadastral de 1836 indique, à quelque 200 m au nord-ouest et en contrebas du village, deux petits bâtiments désaffectés d’une "vieille tannerie". La zone voisine de prairies humides, appelées "les Mousas" (les arbres têtards)[3], et le fil d’eau tout proche permettaient le trempage des peaux à tanner. Dans les années 1790, elle était tenue par Pierre Arnaud, habitant "l’Auroire", et qui semble en avoir été le dernier tanneur.

A cette même époque, les habitants du village participèrent aux combats de l’insurrection vendéenne, tel François Buton qui "avait été courrier de Charette et avait été tué à la guerre contre les Bleus"[4]. Ils la soutinrent lors des réquisitions comme Jean Billaud, "marchand", et Gabriel Favereau[5], ce dernier étant aussi "administrateur de la paroisse du Poiré massivement ralliée à Charette et il en sera maire de 1808 à 1821. L’insurrection réprimée, ils furent, ainsi que ceux des villages voisins, l’objet de visites de "la gendarmerie chargée de faire des visites domiciliaires chez les citoyens Pierre Raynard fils, farinier, Mathurin Guillet, farinier, Jean Morilleau, farinier, demeurant à la Turquoisière ; André Faveroul, laboureur, Charles Grondin, sabotier, demeurant au Chemin ; Joseph Guillet farinier, Jacques Beignon fils, et les Montassier, à la Jucaillère ; Jean Faveroul, André Grelier, demeurant au Beignon-Jauffrit ; Mathurin Guillet, farinier, demeurant à l’Orcière ; Pottier, marchand à l’Auroire ; à la Vieille Verrie et aux Deffends chez les Rambaud ; à la Nouë près la Daunière, commune de Beaufou, et au village du Temple, commune du Luc ; et d’arrêter les individus qui s’y trouvent cachés s’ils ne justifient s’être conformés aux lois des 10 vendémiaire an 4e, et 28 vendémiaire dernier, et enlever toutes les armes qui peuvent s’y trouver"[6].

 


A gauche : linteau (1,90 m) venant de la porte d’une ancienne maison de "l’Auroire",
et recyclé en manteau de cheminée
(la plaque de celle-ci affichant les engagements des anciens propriétaires).
A droite : ancienne meule en granit
(diamètre, 1,45 m ; épaisseur, de 0,21 à 0,31 m).

Près d’une habitation se trouve une ancienne meule en granit de 1,45 m de diamètre et d’environ 30 cm d’épaisseur. Elle a la particularité d’avoir son champ piqueté de cupules sur toute sa circonférence, indiquant une possible utilisation pour la tannerie de Pierre Arnaud et de ses prédécesseurs. Ce genre de meule, disposée verticalement dans une sorte de bassin et mue par traction animale, aurait permis d’écraser des écorces de chêne pour produire le tan nécessaire au traitement des peaux dans la tannerie. Joseph Arnaud, un probable parent, la déplacera dans le bourg du Poiré, dans le quartier de "la Gibretière", tandis que cette meule restera à "l’Auroire" où elle est le dernier témoin de cette activité.

Avec le départ, au début des années 1980, de son dernier agriculteur, Eugène Moreau, le village de "l’Auroire" n’a plus d’activités agricoles.

 

Autres mentions

Le Musée Dobrée de Nantes conserve deux bracelets d’or de 62,72 et 63,65 g (cf. la photo ci-après), trouvés au Poiré en 1858, sans renseignements sur les circonstances et sur le lieu de leur découverte, et légués au musée en 1882 par Fortuné Parenteau (1814-1882). Quatre autres bracelets et "une paire de petits anneaux d'or massif, également torsadés, trop petits pour le doigt" les accompagnaient mais le bijoutier à qui ils furent tous vendus les fit fondre pour en récupérer le métal, à l’exception des deux conservés.

La fiche d’inventaire du musée en donne la description suivante : "Bracelets en or, ouverts, de forme ovale, constitués d’une tige torsadée ornée d’un grènetis disposé au creux de la torsade. Les extrémités de la tige sont décorées d’une tête de forme géométrique à 6 faces. Toutes les faces (hormis la face centrale) présentent un motif stylisé en creux-estampé ? ciselé (fleur) ?"[7].

Les "érudits locaux", vendéens et autres, du XIXe siècle et du début du XXe siècle, tel le Dr Marcel Baudoin (1860-1941), de Croix-de-Vie, connu pour son imagination débordante, les ont datés tantôt de l’âge du bronze, tantôt de l’âge du fer. Des études faites en 1990 lors de l’exposition réalisée au Puy du Fou, à l’occasion de "l’Année de l’Archéologie", et celles d’Hélène Hautenauve et de Corinne Besson, en 1998, les attribuent au plus tôt à l’époque gallo-romaine, plus précisément au 1er siècle après Jésus-Christ[8].


Les bracelets en or trouvés au Poiré au XIXe siècle[8],
et conservés depuis lors au musée Dobrée de Nantes.
(photos du musée Dobré et d’Hélène Hautenauve)

Edmond Bocquier indique (sans donner de références) que des objets en or avaient été trouvés à "l’Auroire"[9] : il pourrait s’agir de ces bracelets. Mais il n’est pas à exclure que ce ne soit de sa part qu’un simple rapprochement homophonique entre "or" et "Auroire". On a par ailleurs  trouvé des traces d’une villa gallo-romaine dans les environs de "la Noue", village relativement proche.

Au Poiré en 2017, la mémoire collective n’avait pas gardé le souvenir de découvertes de ce type de "trésors".

 

Sources et références

(sauf mention contraire, les illustrations sont dues à M. Mignet)

[1]

Godefroy (Frédéric), Dictionnaire de l'ancien français, tome 1, p. 501 ; Roquefort (Jean Baptiste Bonaventure de), Glossaire de la Langue romane, p. 109.

 
[2]

Entretiens dans les années 1970 avec Mme Marie-Antoinette Remaud (1908-2001), dont les parents firent venir cette pierre de leur métairie de "l’Auroire", quand ils firent refaire leur maison dans le bourg du Poiré, un peu avant 1910.

 
[3]

Verrier (Antoine-Joseph) et Onillon (René), Glossaire des patois et des parlers de l’Anjou, 1908, tome 2, p. 47.

 
[4]

Vrignon (Joseph), le Soulèvement vendéen de 1815, 1972, inédit de 53 p., p. 15 : témoignages familiaux recueillis au début du XXe siècle. 

 
[5]

Cahier des réquisitions de l’armée catholique et royale dans la paroisse du Poiré (Méd. mun. de La Roche-sur-Yon : ms 019), extrait : réquisitions à "l’Auroire" ; voir aussi de Lorvoire (Jean-Claude), "les Réquisitions de l’armée catholique et royale dans la paroisse du Poiré-sur-Vie", in Recherches vendéennes, n° 3, 1996, p. 257-299.

 
[6]

Délibérations du conseil municipal du Poiré, 7 thermidor an 6 / 25 juillet 1798 (Arch. dép. de la Vendée : L 1238).

 
[7]

Musée Dobrée, Nantes, inv. 882-1-439 et 882-1-440.

 
[8]

Parmi les articles se penchant sur ces bracelets en or :
- Baudoin (Docteur Marcel), "les Bracelets d'or du Poiré-sur-Vie", Phare de la Loire, 21-11-1938 ;
- Mortillet (Adrien de), "L'or en France aux temps préhistoriques et protohistoriques", Revue de l'Ecole d'Anthropologie de Paris, 1902, tome 12, p. 47-72 ;
- Charbonneau-Lassay (Louis), "Les bijoux d'or et d'argent du Poitou pré-romain", Revue du Bas-Poitou, 1915, p. 10-31 ;
- Lisle du Dreneuc (Pierre-René de), et alliés, Catalogue du Musée Archéologique de Nantes, 3e éd., 1903, n°17 et 17bis ;
- Gomez de Soto (José) et Eluère (Christiane), contributions in 150 années de découvertes archéologiques en Vendée, 1990, p. 167, 168, 171 ;
- Hautenauve (Hélène) et Besson (Corinne), "Persistance de techniques d'orfèvrerie : le torque celtique de Soucy (Aisne) et les bracelets gallo-romains du Poiré-sur-Vie (Vendée)", in Revue archéologique de l'ouest, tome 15, 1998. p. 141-150.
A titre de curiosité, on pourra lire : "Le dépôt de parures annulaires du Vrignoux à Aizenay, Vendée" par Marilou Nordez et Axel Le Villayer, in Le Campaniforme et l’âge du Bronze dans les Pays de la Loire, 2015, p. 66 à 78.

 
[9]

Bocquier (Edmond), Dictionnaire topographique de la Vendée, man. (Arch. dép. de la Vendée : 59 J).

 

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