Archives départementales de la Vendée avec le concours de la Société d'émulation de la Vendée Dictionnaire des toponymes

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Saint-Hilaire-de-Loulay > Blaison (le)

Graphies connues

Bléson (le) source : Le "Blaison" est parfois orthographié "Bléson", selon sa prononciation habituelle.


Nature(s) du lieu

Catégorie : Hydronymie continentale Masquer
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  • Nature : Hydronymie continentale
  • Localisation : Le Blaison se jette dans la Maine, rive gauche à la limite de Saint-Hilaire-de-Loulay et de Remouillé, après avoir pris sa source à 13 km plus au sud, près du village du Hallay sur Boufféré.

Données historiques

Histoire et archéologie

Localement "le Blaison", malgré sa modestie, constitue la limite entre la Bretagne (Vieillevigne, Saint-André-Treize-Voies) et le Poitou (Remouillé, Saint-Hilaire-de-Loulay et Boufféré) qui jusqu’au XIIIe siècle ne fut qu’un élément de l’Aquitaine. Cette limite a longtemps fluctué, les pays des Mauges, d’Herbauges et de Tiffauges ayant été disputés entre les Bretons, présents depuis la fin du VIe siècle en pays de Retz et au nord de la Loire, et les rois de France, héritiers de la Francie occidentale née en août 843 du traité de Verdun, qui partagea l’empire de Charlemagne entre ses petits-fils, Lothaire, Louis le Germanique et Charles le Chauve. Au Xe siècle, elle se stabilisa, se fixant ici sur "le Blaison", avec la constitution de part et d’autre des "Marches de Bretagne et de Poitou"[1], zone de juridictions intermédiaires qui perdura jusqu’en 1789.

La Chronique de Nantes (v. 1050) évoque un combat qui opposa en décembre 843 ou 844 sur un passage du "Blaison", des seigneurs bretons au duc d’Aquitaine Bégon, entraînant la mort de ce dernier. Bégon venait d’être nommé duc d’Aquitaine par Charles le Chauve (823-877), et le "chastel Bégo" qu’il établit près de la Loire serait aujourd’hui la motte de "Château-Bougon" sur la commune de "Bouguenais" (d’où leurs noms), au sud-ouest de Nantes.

"Et adonc Lambert, qui avoit perpétré toutes ces choses, print la comté de Nantes, et la distribua à ses chevaliers, c'est à scavoir à Gunfroy, son neveu, la région, d'Erbauges, à Rainarius Maulge et à Girard Thiffaulges, et toutes ces choses leur concéda par droict héritel.

Après la mort Rainaldus, constitua le roy Charles un autre duc en Acquitaine pour déffendre la province, appellé Bégo, lequel, forma un chastel sur la rive du fleuve de Loire, assez près de la cité de Nantes, auquel chastel il imposa son nom. Et voulant celuy duc Bégo chasser et débouter les dessusdits nommez Gunfroy, Rainarius et Girard de celles régions, vint en despourveu premièrement, en Herbaulge avecques multitude de chevaliers cuider assaillir Gunfroy, lequel il ne trouva pas, car il avoit eu cognoissance de sa venue, et s'estoit absenté.

Mais, ainsi que Bégo s'en retournoit, Gunfroy appella ses compagnons Rainarius et Girard en son aide, et chevaucha celéement tant qu'il acconsuivit Bégo ainsi qu'il passoit les gués de Bléson. Et, comme jà la moitié des chevaliers eussent trespassé lesdits gués, il courut sus impétueusement à la dernière compagnie, dont il occist plusieurs en l'estrif, et les autres enchâssa, entre lesquels fuyants Bégo, duc des Acquitains, fut occiset ensevely à Durenum, une ville de Thiffaulges. Et lors vint Gunfroy au chastel Bégo, lequel il print et l'habita jusques à ce que les Norwégiens peu après retournèrent par Loire à gaster les citez voisines des rives diceluy fleuve, qui par long siège prindrent violentement ledit chastel."[2]

La chronique confirme l’existence de Saint-Georges-de-Montaigu, appelé alors Durin (Durinum, en latin), ainsi que celle des raids des vikings sur la Loire, mais elle ne fait aucune allusion à une possible existence de Montaigu dans ces années 800.

Quant aux "gués de Bléson" où mourut l’infortuné Bégon, vassal de Charles le Chauve, étaient proches du tracé probable de la voie romaine allant de Saintes à Rezé. Selon René Merlet, l’auteur de l’édition en 1896 de la Chronique de Nantes[2], ils pourraient correspondre à un passage bordé par une "planche" de grosses pierres plates, située entre la Petite Roulière de Saint-Hilaire-de-Loulay et la Guittonnière de Vieillevigne. Qualifiée de "pont gaulois" par les érudits locaux du XIXe siècle, cette planche est toujours visible aujourd’hui.

Près de la confluence du "Blaison" avec "la Maine", subsistent les vestiges d’un petit moulin à eau. Juste avant, le ruisseau est franchi en cet endroit encaissé par un pont fortifié médiéval, reste probable du château de "la Mussetière" dont l’existence remonte au moins aux années 1300. Ce château, incendié par les soldats républicains le 7 septembre 1793, fut reconstruit en 1797, et des dépendances en style clissonnais lui furent ajoutées en 1824.

Illustrations

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Le cours du "Blaison", du "Hallay" de Boufféré à "la Mussetière" de Saint-Hilaire-de-Loulay,
sur une carte (environ 4,6 x 10,5 km) de l’
Atlas cantonal de la Vendée de Prévoteau (vers 1887).
Le pont fortifié médiéval et le château de la Mussetière vus vers 2008 par le peintre Thierry Allaire.
En 2015, entre la Petite-Roulière et la Guittonière, le "
pont gaulois"
qui pourrait correspondre aux "
gués du Blaison", 
où en décembre 843 ou 844 le duc d’Aquitaine, Bégon, fut occis par les Bretons.

[1]

Cintré (René), Les Marches de Bretagne au Moyen Age, 1992, p. 12 à 16.

 
[2]

Chronique de Nantes, 570-1049, vers 1050, éd. 1896 de René Merlet, p. 22 à 25.

 

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