Archives départementales de la Vendée avec le concours de la Société d'émulation de la Vendée Dictionnaire des toponymes

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Poiré-sur-Vie, Le > Blélière (la)

Notice rédigée par : Maurice Mignet

Nature(s) du lieu

Catégorie : Regroupement d'habitations Masquer
  • Nature : Regroupement d'habitations
    Précision sur la nature du lieu : village
  • Localisation : "La Blélière" se situe à 1,5 km au nord-ouest du centre-bourg du Poiré-sur-Vie.
  • Coordonnées
    • Coordonnées cadastrales napoléoniennes : section L, 1re feuille
    • Coordonnées cadastrales moderne : sections V et XB

Données historiques

Histoire et archéologie

"La Blélière", tournée vers le sud, est à quelque cent mètres du "Ruth", qui coule une douzaine de mètres plus bas où quelques grosses pierres y seraient des vestiges d’un passage qualifié par certains de "pont mérovingien"[1].

"La Blélière" sur le plan cadastral du Poiré de 1836,
et sur une vue aérienne vers 2014
(environ : 200 x 175 m)

L’ancienne croix de la Blélière ou croix Arraud, dessinée par Alfred Tallonneau,
et le chêne marquant l’entrée du village
et réputé être le second plus gros arbre du Poiré.

En 1836, on trouvait "La Blélière" avec leurs "laboureurs" deux métairies appartenant aux Caillé et aux Tireau, des familles de notables du bourg du Poiré qui avaient conforté leur fortune grâce à la Révolution. Parmi les 43 habitants formant 10 ménages qui vivaient alors à "la Blélière", on comptait aussi : 1 meunier, 1 tisserand, 3 sabotiers et des journaliers[2]. En 2019, le village regroupait 17 habitants en 6 ménages, et était devenu résidentiel tout en conservant une exploitation agricole qui faisait de la vente de viande bovine à la ferme.

Les bâtiments d’habitations de "la Blélière" sont à dater autour de 1900. A l’exception, peut-être, d’une maison à son entrée, qui pourrait remonter à Pierre Arraud (ou Arreau), sabotier, habitant là au début du XIXe siècle. Sa famille avait participé au soulèvement vendéen et avait fait partie en 1815 de ceux qui se mobilisèrent contre la tentative de reprise du pouvoir par Napoléon Bonaparte. Quinze ans plus tard, après que Charles X eut été renversé,  l’Armée, chargée du contrôle des opinions de la population locale, note vers 1831 dans ses rapports qu’avec d’autres au Poiré, Pierre Arraud est "présumé être hostile au gouvernement actuel, non précisément par faits patents et légalement répréhensibles, mais par des dispositions à protéger et servir l'ancien ordre des choses si l'occasion s'en présentait"[3].

A côté de chez Pierre Arraud habitait en 1836 Jacques-Joseph Perraudeau. La tradition familiale rapporte que son père, Jacques (1758-1819), alors marchand blatier à "la Crépelière", eut une conduite héroïque en 1793-1795. Alors qu’il était de passage à Belleville, une troupe de soldats républicains le contraignit à la guider jusqu’au Poiré. Mais, au péril de sa vie, il réussit à leur faire emprunter de nombreux détours, sauvant ainsi celle des habitants qui eurent le temps de s’enfuir avant leur arrivée : les soldats trouvèrent le bourg vide et ils durent se contenter de l’incendier[4].

Vers 1900, "la Chronique paroissiale du Poiré" signale l’existence d’une "croix ancienne en granit, au bord de la route de Palluau, avant d'arriver à Saint-Pierre, au détour du chemin de la Couarde, sans inscription ni millésime. Restaurée pendant la mission du carême de 1847, elle n'a plus de tige et se compose d'un simple croisillon. On l'appelle la Croix de la Blélière ou Croix-Arraud". Les restes de cette croix, qui avaient été dessinés par Alfred Tallonneau dans l’Ange gardien du Poiré du 7 septembre 1926, n’existaient plus en 2019[5].

A "la Blélière" : la grange-étable de la plus monumentale du Poiré,
ayant abrité un temps des chambres d’hôtes,
la maison ayant succédé, au même emplacement, à celle du valeureux Pierre Arraud,
l’ancien puits du village,
et quelques bâtiments à dater du tournant des XIXe et XXe siècles.

Autres mentions

En 1797 et en 1836 on trouve à "la Blélière" un Charles Gautier, qui est dit tantôt "farinier", tantôt "meunier". Selon un de ses descendants portant les mêmes nom et prénom (Charles Gautier, 1922-2017), la tradition de la famille rapportait qu’un de leurs ancêtres, lui aussi meunier, avait quitté "la Blélière" pour aller s’installer au Canada au XVIIIe siècle[6].

Cette tradition est confirmée par un contrat d’engagement de "Pierre Gaultier farinier natif du Poiré-sur-la-Roche en Poitou, âgé de vingt ans ou environ […]"[7], rédigé devant notaire à La Rochelle le 9 avril 1720, pour aller travailler au Canada durant trois ans[8].

Extrait de l’acte d’engagement du 9 avril 1720 de Pierre Gaultier[7] :
"Par devant les notaires royaux à la Rochelle ont /
été présents en leurs personnes Pierre Gaultier farinier natif du /
Poiré-sur-la-Roche en Poitou âgé de vingt ans ou environ et /
Honoré Teisson aussi farinier natif de Beaulieu-sur-la-Roche, âgé /
de trente ans, lesquels se sont volontairement engagés par les /
présentes à La Gorgendière Fleury, écuyer demrant en Canada acceptant /
par Charles Deschambault Fleury son frère escuyer demeurant en cette /
ville pour aller servir au dit lieu de Canada de leur profession /
de fariniers pendant trois années consécutives qui commenceront /
au moment qu’ils mettront pied à terre au dit pays et seront […]".

Pierre Gaultier a été recruté par Charles Fleury, au nom de son frère Joseph d'Eschambeau[9] qui recherchait un meunier pour sa "seigneurie" (son domaine) située le long du Saint-Laurent, à 65 km au sud-ouest de Québec (et 215 km de Montréal), et portant son nom.

Au terme de son contrat, Pierre Gaultier, qui s’y était déjà fait concéder des terres, resta à Deschambaut. Il s'y maria en 1723 avec Marguerite Arcand, et y mourut en 1756. Les descendants de leurs 11 enfants se retrouvent en 2019 dans "l’Association des Gauthier d'Amérique".

Localisations sur la rive nord du Saint-Laurent de Deschambaut
et de son moulin à vent existant déjà en 1688,
et une photo de son voisin et homologue des Grondines, édifié en 1674.
(extrait de la carte de James Murray, levée en 1760, un an après la perte du Canada
– environ 8,5 x 5,5 km)

Pierre Gaultier a fait partie de la première vague d'émigration vers la Nouvelle-France. Il n’a pas été le seul venant du Poiré. Parmi ceux qui le précédèrent, on connait Joseph Barbeau (v.1663-1741), fils d'Etienne et de Marie Martinelle, et que l’on voit se marier en 1690 à Lachenaye (à 20 km au nord de Montréal) ; ainsi qu’André Renaud, dit aussi Arnaud-Desmoulins (v.1666-1736), fils de Gabriel et de Françoise Badrelle, et qui lui se maria en 1710 à Saint-Joachim (à 50 km au nord-est de Québec)[10].

D’autres suivront plus tard, parmi lesquels au début du XXe siècle, Auguste Bernard (1884-1984) dont la famille était issue de "la Brossière", et qui s’établit comme agriculteur dans l’Alberta[11] ; ou encore Anne Remaud (née en 1968) dont la famille était originaire du quartier de "la Gibretière" et qui, après avoir été tapissière d’art aux Gobelins en France, a travaillé à la Manicouagan, et est devenue policière à Baie-Comeau (à 415 km au nord-est de Québec).

Pendant longtemps ces départs du Poiré et de ses alentours vers le Canada ont été des cas isolés, mais depuis quelque deux décennies ils ont eu tendance à se multiplier, ce pays étant perçu comme plus porteur d’avenir par ceux arrivant dans la vie active, en particulier par ceux ayant acquis une solide formation supérieure.

[1]

Si on suit une hypothèse hasardeuse proposée par Gérard Bénéteau, préhistorien et docteur en archéologie, et ayant participé à la remise en valeur de plusieurs ponts mégalithiques.

 
[2]

Plans et états de sections du cadastre du Poiré de 1836 (Arch. dép. de la Vendée : 3 P 178). Recensements de la population du Poiré, de 1836 (Arch. dép. de la Vendée : 6 M 280).

 
[3]

Service Historique de la Défense, Vincennes.

 
[4]

Témoignages recueillis à la fin des années 1960 auprès de Marcelle Martineau (1917-1997). Elle évoquait le rôle courageux de son ancêtre dont le souvenir, ainsi que d’autres faits de ces temps tragiques, s’était transmis dans sa famille génération après génération.

 
[5]

Boutin (Hippolyte), Chronique paroissiale du Poiré-sur-Vie, 1907, p. 21, et le bulletin paroisial l’Ange Gardien du Poiré-sur-Vie (Arch. dép. de la Vendée : 4 num 26…).

 
[6]

Entretien en 2016 avec Charles Gauthier (1922-2017), fils de Charles Gautier (1897-1958), petit-fils… etc. jusqu’à un autre Charles Gautier, farinier à "la Blélière" en 1766. Il se disait plus que probable arrière-[…]-petit-neveu de Pierre Gaultier (v.1699-1756) parti à Deschambaut, d’autant plus que le prénom de ce dernier faisait partie des prénoms récurrents dans la famille, avec ceux de Charles et de Jean.

 
[7]

Contrat d’engagement de Pierre Gaultier, passé le 9 avril 1720 devant René-François Desbarres, notaire, rue de la Juiverie à La Rochelle (Arch. dép. de la Charente-Maritime : Les engagés - XVIIe et XVIIIe siècles, 3E 574 fol. 128).

 
[8]

Les renseignements sur Pierre Gaultier et leurs sources proviennent de Mme Nicole Cardinal, québécoise et membre de "l’Association des Gauthier d'Amérique".

 
[9]

Joseph Fleury (1676–1755) et son frère Charles Fleury (1672–1698), qui engagèrent Pierre Gaultier, étaient tous les deux nés à Québec où ils avaient développé une prospère entreprise de négoce et d’armement, le second venant plus tard s’installer à La Rochelle. Leur père, Jacques-Alexis de Fleury Deschambault (1640-1715), était originaire de la paroisse Saint-Jean, de Montaigu en Bas-Poitou, et était arrivé en Nouvelle-France en 1671. 

 
[10]

Auger (Léon), Pionniers vendéens au Canada aux 17e et 18e siècles : fleurs de lys et léopards, 1990, p 100-101. On remarquera pour Joseph Barbeau, le patronyme "Martinelle" de son épouse, féminisation de "Martineau", qui se retrouve dans "Badrelle" féminisation possible de "Badreau" ou, à la fin du XIXe siècle, quand on donna son nom au village de "l’Alouette".

 
[11]

Colleu (Jacqueline), Les Vendéens au Canada, une épopée migratoire 1880-1920, p. 302 à 307. En 1904, la politique anticléricale du gouvernement de l’époque avait abouti à une sorte de délit d’opinion qui entraîna l’expulsion d’Auguste Bernard hors de France. Arrivé au Canada, il y travailla dans la Canadian Pacific Railway qui construisait des chemins de fer dans l’Ouest, où il acquit par la suite une concession agricole. Devenu citoyen canadien, il s’engagea comme volontaire en 1914, mais eut des soucis avec l’administration française qui, après l’avoir expulsé de France, lui reprochait de ne pas y être resté pour y accomplir son service militaire… Après la guerre, il se maria et retourna dans sa Belleville’s farm, dans l’Alberta.

 

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