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Poiré-sur-Vie, Le > Bouchère (la)

Notice rédigée par : Maurice Mignet

Nature(s) du lieu

Catégorie : Regroupement d'habitations Masquer
  • Nature : Regroupement d'habitations
    Précision sur la nature du lieu : village
  • Localisation : "La Bouchère" est située à 4,7 km à l’est-sud-est du centre-bourg du Poiré-sur-Vie.
  • Coordonnées
    • Coordonnées cadastrales napoléoniennes : section E 2e feuille, et section D 4e feuille
    • Coordonnées cadastrales modernes : sections YE, YC et YD

Données historiques

Histoire et archéologie

"La Bouchère" est située dans une zone à peu près plate à environ 80 mètres d’altitude, ce qui en fait la partie la plus élevée de la commune du Poiré.

Le logis de "la Bouchère" en 2017, et sous sa corniche, sa date de construction.
- à droite, vu du l’étage : l’ancien espace du jardin et de l’affiage
avec au fond l’emplacement des anciens piliers
(et leur photo en 2018 sur leur nouvel emplacement à Aizenay) ;
en superposition le logis, vu de cet ancien emplacement des piliers…
- à gauche : une vue de la porte d’entrée donnant sur la cour, et une vue de
de l’escalier intérieur en pierre avec sa rampe en bois gris bleuté ;
- en bas : la date de 1715, gravée sous sa corniche. 

 

Le village est organisé autour d’un logis édifié en 1715, orienté nord-sud, et bordé à l’est par une vaste cour aujourd’hui partagée. Ce logis s’élève sur deux niveaux couverts par un toit à quatre pans. Large de 14 mètres, c’est-à-dire avec une double profondeur de pièces, il a 32,5 mètres de long. En 2018, cela faisait 225 ans qu’il avait perdu sa fonction initiale de résidence aristocratique. Les dégâts causés par les révolutionnaires semblent avoir été relativement limités, et son intérieur conserve, plus ou moins dégradés, certains éléments remontant à ses origines, tel son escalier central, avec ses marches en pierre et ses rampe et balustrade en bois et peintes en gris-bleuté.

On reconnait encore extérieurement, en avant de sa façade ouest, l’espace autrefois occupé par son jardin et au-delà par son verger (son "affiage"). Les deux piliers (hauteur : 2,80 m) qui s’élevaient à leur extrémité ont été vendus en 1975, et remontés à "la Giraudinière" d’Aizenay.

La cour présente dans sa partie sud des dépendances dont certains éléments architecturaux paraissant nettement antérieurs au logis lui-même et qui pourraient remonter à la fin du Moyen Age. Une partie, trop dégradée, a été supprimée dans les années 1970.

Quelques détails architecturaux,
conservés dans les murs des bâtiments au sud de la cour du logis de
"la Bouchère",
et pouvant provenir d’un logis antérieur au XVIIIe siècle,
ainsi que le puits de la cour, remis au jour dans le troisième quart du XXe siècle.

Autrefois, comme aujourd’hui, c’est dans sa partie nord que se trouvait, l’entrée de la cour. Elle était marquée par deux autres piliers qu’une charrette renversa accidentellement dans les années 1950, ce qui entraîna la mort d’un des deux bœufs. Dans les années 1990, leurs restes ont été déplacés dans une propriété des Sables[1].

 

A côté, le long du chemin menant au "Boucheau", se trouvait la chapelle du logis dont on ignore l’origine, et qui fut détruite lors de la Révolution. La tradition locale rapporte qu’à cette époque, on enterra sa cloche dans une mare afin d’éviter qu’elle subisse un mauvais sort, laquelle mare s'est comblée au fil des ans. Alors qu’à "Saint-Christophe-la-Chartreuse" près de Rocheservière et à "l’Étenduère" des Herbiers, où se racontaient des histoires similaires, les recherches faites respectivement en 1807 et en 1966-1967 ont permis de retrouver leurs cloches, celles, très limitées, opérées à "la Bouchère" n’ont rien donné… tout au moins jusqu’à présent.

Le bâtiment subsistant sur l’emplacement de cette ancienne chapelle fut transformé en 1996. Jusqu’à cette date, on pouvait y voir à l’intérieur, sur son mur est, une assez grande niche qui avait accueilli, disait-on, une statue de la Vierge. La coutume voulant qu’une chapelle ou une église soit autant que possible tournée vers le soleil levant, c’est sans doute là que se situait son autel. Les travaux remirent momentanément au jour son sol constitué de tomettes carrées. En 2019, il ne reste que les deux jambages d’une ouverture.

La localisation de l’ancienne chapelle du logis de "la Bouchère"
sur une photo de 1996,
avec ce qu’était son sol couvert de tomettes carrées (16 x 16 cm),
et, les restes peu visibles d’une de ses anciennes ouvertures.
Sur le bâtiment qui lui est contigu :
une serlienne, élément typique de l’architecture de
"style clissonnais"

 

Les dépendances situées de part et d’autres de cette entrée nord, ainsi que celles à l’est de la cour, sont beaucoup plus récentes que le logis du XVIIIe siècle. On y voit des éléments caractéristiques du style clissonnais des années 1820 à 1840, et qui fut repris dans les années 1850 au Poiré dans des dépendances de maisons du quartier de "la Gibretière", dans celles, en ruine en 2019, du château de "la Métairie", et dans quelques autres endroits tels que "la Touche".

Ainsi à "la Bouchère" la brique et le plein cintre sont adoptés pour l’encadrement des ouvertures, ce qui était nouveau à l’époque. On dispose celles-ci de façon ternaires quand l’occasion se présente, avec même une serlienne[2] dans un des bâtiments.

La présence du "style clissonnais" dans les dépendances de "la Bouchère".
(c’est près du bâtiment des photos du bas
que la tradition locale situe l’existence d’un souterrain)

A l’intérieur du logis de "la Bouchère" :
une des cheminées du 1er étage et des éléments de sa charpente.

 

Toute proche de cette entrée de la cour du logis de "la Bouchère", à l’embranchement des chemins allant vers "la Noue" et vers "la Touche", se trouve une croix de pierre haute d’environ 5,5 mètres, sans date ni inscription. Elle a été érigée apparemment au début du XXe siècle, à l’intérieur d’un petit enclos formé par une petite grille en fer et son portillon. Très abîmée, celle-ci a été supprimée dans les années 1990. Quant à la statue se trouvant dans sa niche et qui avait disparu, elle a été remplacée en 2006 par une nouvelle venant de Lourdes, et sécurisée. En 2012 la croix a été dotée d’un encadrement lumineux par des habitants du village[3].

 

On dispose de peu de choses pour connaître les origines de "la Bouchère" : des rumeurs incertaines de souterrain, des éléments architecturaux de date indéterminée, le tracé du parcellaire cadastral, une borne formant en 2019 le fut de la croix du parvis de l’église du Poiré qui marquait anciennement, dit-on, "la séparation entre les terres du prieuré de Bellenoue et de la maison noble de la Bouchère"[4] (mais portant les armes, sur une face de la famille Marchand, à "la Métairie" au XVe siècle, et sur l’autre de Bourbon, princes de la Roche-sur-Yon à la même époque). En 1606 par un acte notarié, Marc Hillairet vend "l’hôtel noble et seigneurie des Grandes et Petites Bouchères sis au Poiré" à René Nicolleau du "Fief", dont la fille Suzanne avait épousé en 1598 Jacob Guinebaud de la Millière, lequel put ainsi ajouter "de la Bouchère" à son nom[5]...



Ces différents éléments poussent à penser que le logis actuel, de 1715, a eu un prédécesseur disposé, lui, est-ouest, orientation plus habituelle pour ces bâtiments. Le cadastre tend à confirmer cette hypothèse avec en 1836 le souvenir, dans le nom de "champ de l’étang", d’une ancienne pièce d’eau au sud de "la Bouchère", et plus encore avec le dessin des allées et leur organisation de l’espace peu en cohérence avec l’orientation nord-sud du logis de 1715. A cela s’ajoute l’existence des vestiges architecturaux pouvant dater du XVIe siècle ou être antérieurs.

"La Bouchère" sur le cadastre de 1836 du Poiré-sur-Vie,
à l’époque le Poiré-sous-Bourbon (environ 850 x 890 m)
(partie haute : extrait de la 4e feuille de la section D ;
partie basse : extrait de la 2e feuille de la section E).

En encart à droite : "la Bouchère" en 1836 et en 2014.

En dessous, le secteur de la Bouchère :
à gauche en 1945, à droite en 2014.

 

"La Bouchère" resta aux Guinebaud jusqu’en 1761, date où elle fut vendue aux Pierres, de "Pont-de-Vie", puis passa par héritage aux Joussaume de la Bretesche. Ceux-ci la vendirent en 1776 à la veuve de Pierre Ferron de La Ferronays, de Saint-Malo, qui la transmit à l’un de ses fils, Eugène (1730-1802)[6], lequel vint y habiter avec son épouse Adélaïde, née Fournier de Bellevue en 1756 à Saint-Domingue.

"La Bouchère" était alors constituée, outre son logis, de deux métairies (dont une dite "de la porte") s’étendant sur 88 ha, et formant avec celles de "la Flotterie", de "la Loge" et de "la Noue", un amenage[7] d’environ 220 ha[8].

Dès 1790, Eugène partira en émigration emmenant leur fils, Auguste[9], et y laissant son épouse et leurs deux filles, Agathe et Antoinette. Quand à la fin de l’été 1793 les troupes républicaines envahirent le pays pour y imposer le pouvoir révolutionnaire, celles-ci espérèrent échapper à leurs exactions en se réfugiant à Nantes, mais elles y furent bientôt dénoncées. Les deux filles eurent la chance d’être récupérées par des voisins qui, pour les sauver, les enfermèrent durant onze mois dans leur cave. Leur mère fut jetée en prison ; elle n’en sortit que treize mois plus tard, début 1796, dans un état d’épuisement tel qu’elle en mourut, âgée de quarante ans. 

"La Bouchère" représentée en 1768-1770, avec ses allées bordées d’arbres,
sur la
"Carte générale de la France", dite de Cassini, n°132 [les Sables-d'Olonne] ;
au temps où elle appartenait aux Ferron de La Ferronnays,
et où elle allait brièvement servir de campement pour des soldats de Charette.
On voit à proximité les autres métairies de son amenage :
à la Noue (Lannoüe) et à la Flotterie, près de laquelle est située celle de la Loge.
(
Bibliothèque nationale de France)

 

Lorsque courant 1794 Charette finit par s’installer dans le bourg de Belleville, il établit sa petite troupe en différents campements dans les alentours. "La Bouchère" devint le quartier général d’un de ses lieutenants, un certain Delaunay (ou "de Launay") à la personnalité pour le moins controversée[10], et dont on trouve le nom à de multiples reprises dans les réquisitions sur la paroisse du Poiré[11]. Ayant servi dans l’armée républicaine, il avait rejoint les Vendéens durant la virée de galerne, et avait fait partie de ceux, peu nombreux, qui avaient pu regagner la Vendée. Au début l’été 1794, il avait rallié Charette. Mais quand le 17 février 1795 celui-ci signa le traité de la Jaunaye, il s’opposa à lui, faisant partie de ceux qui estimaient que signer un traité avec des représentants, de plus peu fiables, de la République c’était donner une légitimité à celle-ci. Il tenta vainement de prendre le contrôle de la troupe de Charette et, après s’être échappé, il finit par être pris et périt misérablement à Belleville en juin suivant. 

 

Les Ferron de La Ferronnays ayant émigré, leurs propriétés furent séquestrées et devinrent des biens nationaux, c’est-à-dire : "la Bouchère" mais aussi "la Noue", "la Flotterie" et "la Loge" qui faisaient partie de son amenage. Leur vente fut retardée par la prolongation localement de l’insurrection, et elle n’eut lieu que fin 1799. L’acquéreur, un M. Raison, de Fontenay, se révélant insolvable, "la Bouchère" reprit le statut de bien national.

Puis, suite aux lois d’amnistie de 1801, elle revint théoriquement à ses anciens propriétaires à savoir, après la mort de son père en 1802, à Auguste Ferron de La Ferronnays. Mais celui-ci restant toujours en exil et persistant à soutenir activement l’ancienne famille régnante des Bourbons, "la Bouchère" fut remise sous séquestre en 1812. Deux ans plus tard, la chute de Napoléon rétablit effectivement la situation d’avant 1790.

Cependant, la carrière politique et surtout diplomatique d’Auguste Ferron de La Ferronnays fit qu’il ne revint pas à "la Bouchère" qui ne retrouva jamais l’aspect qu’elle avait vingt-cinq ans plus tôt. En 1826, elle fut vendue à Jean-Marie Damour (de "la Richerie" de Beaurepaire), puis de père en fille et en petite fille passa aux Gourraud (de "la Proustière" de Chavagnes), puis aux Robiou de la Vrignais, puis aux de Gazeau (de "Rortheau" de Dompierre), puis enfin aux Le Prévost de la Moissonnière[6]. Ceux-ci en cédèrent les bâtiments en 1969 aux familles Gréaud et Letard qui en exploitaient les terres depuis plusieurs générations.

"La Bouchère" durant le très sec été 2019,
vue de l’emplacement de son ancien étang, peu profond et disparu depuis des siècles.

 

Comme pour certains autres lieux du Poiré, bien connus par les uns ou par les autres (à "l’Auroire", à "Pont-de-Vie", à "la Millière", au "Fief"…), courent sur "la Bouchère" des rumeurs de trésors qui y "auraient" été découverts ou qui y seraient à découvrir. Deux y ont effectivement été trouvés, mais ils sont d’une importance qui n’encourage pas vraiment à devenir "chasseur de trésors", que ce soit à "la Bouchère" ou que ce soit ailleurs.

Au début du XXe siècle, des pièces d’or furent trouvées le long du chemin de "la Noue", conservées dans un pot en terre. A la fin de ce même siècle, on a trouvé lors de travaux de restauration non loin de ce même endroit, six ou sept pièces de bronze ou d’argent très usées, dans une bourse en cuir. Confiées à une personne "qui inspirait confiance" afin de les dater, on ne les a plus revues par la suite, pas plus qu’on n’a revu cette "personne inspirant confiance"…

En 2019, le "tramail"[7] (ou travail) de "la Bouchère" et sa cabane à outils,
construits dans les années 1920 par le propriétaire de l’époque,
et qui, de bon matin, voyait chaque mardi les bœufs se presser pour être ferrés
par Guy Martineau, maréchal-ferrant de Belleville.
Ce
"tramail", éventuellement opérationnel, est le dernier existant sur le Poiré.

 

En 1797, 14 habitants demeuraient à "la Bouchère" : la famille de l’agriculteur Louis Grolier (8 personnes) et six autres habitants dont un tanneur et un boulanger. En 1836, seuls y habitaient les Gendreau (soit 12 personnes) qui y étaient cultivateurs. En 1911, trois familles (soit 29 personnes) y vivaient, toutes trois d’agriculteurs[12] auxquelles s’ajouta dans les années 1950, un jardinier qui, sur 2 ha, obtenait une production très recherchée sur les marchés yonnais. En 2018, "la Bouchère" comptait 15 habitants.

 

Jusqu’à ce qu’ils arrêtent leur activité, en 1986-1990, ses agriculteurs étaient considérés comme étant à la tête d’exploitations de tailles respectables de près de 40 ha. Leurs terres furent reprises par un agriculteur de "la Poirière".

En 1995 a été créé, sur seulement 2 ha, un important élevage de pigeons. Chaque année, ce sont plus de 20 000 mirthys blancs, mirthys colorés, hubbels blancs, et autres qui, après 18 jours de couvaison et un mois de croissance, se succèdent sur "la Bouchère"[13].

Les pigeons de "la Bouchère", de leur naissance à la veille de leur départ.
(photos de Norbert Letard)

 

Autres mentions

De tous les personnages ayant habité au Poiré, Auguste Ferron de La Ferronnays est celui qui a eu le rôle le plus important sur le plan national ou international[9], guerre de Vendée mise à part. Né le 4 décembre 1777 à Saint-Malo, en Bretagne[14], il vécut ses premières années à "la Bouchère".

En 1789, il était pensionnaire depuis près de deux ans à Paris quand les débuts de la Révolution le firent rentrer à "la Bouchère". Il la quitta définitivement un an plus tard, son père l’emmenant en émigration à Soleure en Suisse. Il poursuivit ses études à l’abbaye de Bellelay, s’y faisant remarquer par une grande agilité d’esprit et par "une mémoire prodigieuse". En 1795, il rejoignit son père à Brunswick et s’engagea dans l’armée de Condé, qu’il suivit dans ses déconvenues et dans ses pérégrinations jusque sur le territoire de la Pologne d’avant les partages. Pendant plus de quinze ans, il connut les vicissitudes des émigrés refusant d’abandonner la famille royale en exil. Il se maria en 1802, prit du service auprès du roi de Suède, effectua de perpétuels va et vient entre ce pays, la Russie, l’Allemagne et l’Angleterre. C’est pendant cette période qu’il devint un des proches du duc de Berry aux côtés duquel il débarquera à Cherbourg le 13 avril 1814, accueillis par une foule enthousiaste[15].

 

Cette même année 1814, il reçut le grade de "maréchal de camp", et en 1828, il recevra celui de "lieutenant général"[16]. En 1815, il fut choisi comme membre héréditaire de la "Chambre des Pairs", alors que ses liens avec le duc de Berry se distendaient. En 1817, il fut nommé ambassadeur de France à Copenhague, puis de 1819 à 1827 ambassadeur de France à Saint-Pétersbourg.

C’est à ce dernier titre qu’il participera aux congrès de Troppau (1820), de Laibach (1821) et de Vérone (1822), qui réunissaient les représentants des vainqueurs de l’empire napoléonien, afin de veiller au maintien de l’ordre en Europe et à leurs intérêts propres. La France, qui y avait été admise, s’efforçait d’y retrouver une place dans le concert des nations. Auguste Ferron de La Ferronnays, grâce à ses qualités intellectuelles, à son entregent et son savoir-faire, à ses bons rapports avec l’empereur de Russie, y contribua. Ses fonctions l’amenèrent à entretenir une correspondance avec Chateaubriand quand celui-ci fut ministre des Affaires étrangères (1822-1824) ; il est souvent cité dans les Mémoires d'outre-tombe[17].

Le comte Auguste Ferron de La Ferronnays (1777-1842),
et la comtesse née Albertine du Bouchet de Sourches (v.1782-1848)
en 1825-1827 à Saint Pétersbourg
(album d’aquarelles et de gouaches de la famille Middlelton de Caroline du Sud,
musée d’Hillwood, Washington, district de Columbia, Etats-Unis).

Ses bonnes relations avec les différents courants politiques de la Restauration et sa présence fortuite à Paris début janvier 1828 lui valurent d’être nommé ministre des affaires étrangères lors de la formation du nouveau gouvernement. Il y prépara l’expédition de Morée (1828-1829), qui fit suite à la bataille de Navarin (20 octobre 1827), et préluda à l’indépendance de la Grèce. On lui attribue d’avoir su faire taire les rivalités entre la Russie et l’Angleterre, partenaires de la France dans cette affaire, ce qui permit à celle-ci de retrouver de l’influence sur le plan international, et d’assurer le succès de l’opération.

 

Cependant, en avril 1829 son état de santé l’obligea à démissionner. Il se retira à Nice, alors ville piémontaise, dont le climat était réputé favorable à la guérison de bien des maladies. En février 1830, il fut nommé ambassadeur à Rome, capitale des États pontificaux, mais démissionna cinq mois plus tard : il était hors de question qu’il pût prêter serment à Louis-Philippe devenu roi grâce à la révolution de juillet à Paris.

La famille du comte de La Ferronnays aux environs de Nice durant l’hiver 1829-1830.
A partir de la gauche : sa fille Pauline (1808-1891) future romancière à succès,
lui-même,
puis Emma de Lagrange (1810-1876),
épouse de son fils Charles (1805-1863) qui se tient debout près d’elle.
A partir de la droite :
Elisabeth Fournier de Bellevue (1800-1883)
debout près de son père Jean Pierre René Fournier de Bellevue (1776-1858),
peintre du tableau et cousin germain maternel du comte de La Ferronnays.
(peinture sur toile, 68 x 94,5 cm, coll. familiale, vendue 5000 € en 2011).

Il s’exila à Naples et lui et les siens resteront toujours très proches de la famille royale déchue. En 1832 il s’offrit vainement comme otage contre la libération de la duchesse de Berry, emprisonnée après l’échec de sa tentative de restauration. Il mourut à Rome le 17 janvier 1842.

Auguste Ferron de La Ferronnays ayant laissé de son passage au gouvernement la meilleure impression, certains, refaisant l’histoire, ont vu en lui celui qui aurait pu et su préserver le régime de Charles X des maladresses politiques qui le conduisirent à sa chute[18].

 

Sources et références

(sauf mention contraire, les illustrations sont dues à M. Mignet)

[1]

Les détails sur l’histoire contemporaine de "la Bouchère" aux XXe et XXIe siècles proviennent d’entretiens en 2017-2019 avec Auguste Gréaud, qui y vit depuis qu’il y est né en 1930.

 
[2]

En architecture, une "serlienne" est un groupement de trois baies : deux baies latérales en encadrant une centrale plus grande et avec arc en plein cintre. Typiques de l’architecture italienne de la Renaissance, les serliennes ont été pour cette raison utilisées dans les constructions de style clissonnais dans les années 1820-1840 (et au Poiré quelque deux décennies plus tard).

 
[3]

Cette restauration de la croix de "la Bouchère" fut réalisée par la famille Vrignaud nouvellement venue alors dans le village.

 
[4]

l’Ange gardien du Poiré (bulletin paroissial), 19 octobre 1924.

 
[5]

Minute du notaire Jehan Robert, de Fontenay-le-Comte (Arch. dép. de la Vendée : 3 E 37).

 
[6]

Raigniac (Guy de), De Châteaux en Logis, itinéraires des familles de la Vendée, t. IX, 1998, p. 200-201.

 
[7]

On appelait (et on appelle) "amenage" l’ensemble "d’un domaine, d’une propriété" (Anatole-Joseph Verrier et René Onillon, Glossaire étymologique et historique des patois et des parlers de l'Anjou, 1908, t.1, p. 33). Passant par l’anglais, ce terme qui a été un peu oublié, sauf dans la région, est revenu dans le français actuel avec "manager", qui, aujourd’hui comme hier, a le sens de gérer des biens ou de diriger une entreprise. Pour ce qu’on appelait un "tramail", voir le tome 2, p. 293.

 
[8]

C’est la surface donnée par le cadastre de 1836 du Poiré (Arch. dép. de la Vendée : 3P 178). Cependant, l’estimation en 1798 faite pour leur vente comme bien nationaux ne donne que 660 boisselées (soit 75 ha) pour l’ensemble, dont 130 et 140,5 boisselées pour les deux métairies de "la Bouchère" même (15 et 16 ha) (Arch. dép. de la Vendée : 1 Q 212, 1 Q 250 et 1 Q 770). On trouve un écart du même ordre entre la surface en 1836 et l’estimation de 1798 des métairies voisines de "la Vieille Verrerie", du "Deffend" et des "Petits Oiseaux", provenant du séquestre des biens des Rossy. Des erreurs récurrentes dues, soit à une incapacité à évaluer la taille des biens par des estimateurs pourtant choisis en tant que propriétaires fonciers pour leurs compétences dans ce domaine ; soit parce qu’étant aussi éventuels futurs acquéreurs ils faisaient des évaluations de façon à avoir des prix de vente les plus bas possible.

 
[9]

La vie d’Auguste Ferron de La Ferronnays jusqu’au début de la première Restauration est principalement connue par En émigration, souvenirs tirés des papiers du Comte Auguste de La Ferronnays (1777-1814), 428 p., écrit en 1900 par Charles-Albert Costa de Beauregard. En 1907, Hippolyte Boutin reprit largement cet ouvrage dans sa Chronique paroissiale du Poiré, pour y rédiger les pages 132 à 141 concernant "la Bouchère" et Auguste Ferron de La Ferronnays.
Voir aussi la notice qui lui est consacrée dans le Dictionnaire des parlementaires français depuis le 1er mai 1789 jusqu'au 1er mai 1889, tome 2, 1891, p. 632.

 
[10]

Rousse (Joseph), "Deux lieutenants de Charette : Le Moelle et de Launay", Revue de Bretagne et de Vendée, juillet 1905. Aux pages 215 à 220, l’auteur tente une synthèse des témoignages, la plupart défavorables, existant sur ce "de Launay". Parmi les commentaires sans fin, et parfois d’intérêt limité, sur les motivations de Charette pour signer ce traité on a souvent avancé une promesse des républicains qui aurait été déterminante, de libérer le Dauphin prisonnier au Temple et de le lui confier, ce qui n’a jamais pu être confirmé par les rares signataires survivants, tel Augustin-Moïse Auvynet (1771-1853). Les promesses non tenues des républicains et les risques d’un affaiblissement plus grand du camp vendéen entraînèrent la reprise des combats dès la fin juin 1795, donnant peut-être raison, a posteriori, à de Launay.

 
[11]

Cahier des réquisitions de l’armée catholique et royale dans la paroisse du Poiré (Méd. mun. de la Roche-sur-Yon : ms 019), réquisitions à la Bouchère.

 
[12]

Dénombrement de la population de l’an V, recensements de 1836 et de 1911 (Arch. dép. de la Vendée : L 288, 6 M 280, 6 M 282).

 
[13]

Entretiens en 2019 avec Norbert et Christelle Letard, co-gérants de leur EARL de "la Bouchère".

 
[14]

Comme le montre le registre de baptêmes qui suit, c’est à tort qu’Eugène Aillery le fait naître à "la Bouchère", ou que Charles-Albert Costa de Beauregard l’y fait naître en octobre, de cette même année 1777.


Registre des baptèmes de 1777 de Saint-Malo en Bretagne, consignant la naissance
du fils d’
"Emmanuel Henry Eugène Ferron, chevalier comte Eugène de la Ferronais,
seigneur des Loges, la Bouchère, la Flotterie et autres lieux".
(Arch. dép. de l’Ille et Vilaine : 10 NUM 35288 796)

 
[15]

Si l’on se fie à Jean-Gabriel Peltier dans "Relation du voyage de son Altesse royale Mgr. le Duc de Berry depuis son débarquement à Cherbourg, jusqu'à son entrée à Paris", aux pages 4 à 10, extrait de L'Ambigu ou Variétés littéraires, et politiques, vol. 45 portant sur la période allant d’avril à juin 1814…

 
[16]

Cela correspond au XXIe siècle pour "maréchal de camp" au grade de général de brigade, et pour "lieutenant général" au grade de général de division.

 
[17]

Leur commune origine malouine aurait, dit-il, joué pour expliquer les bonnes relations qu’il eut avec "son noble ami". Ces relations sont cependant avant tout professionnelles, par exemple à la page 499 du tome VI de l’édition de 1849, des Mémoires d’outre-tombe, dans sa lettre du 14 mai 1824, il aborde le fait que le gouvernement tzariste peut lire toute la correspondance diplomatique de la France, les services de renseignement russes s’étant procuré à Paris les codes du chiffrage français… (voir aussi : t.1, p. 46 ; t.4, p. 277, 297-301, 357, 497, 500-501 ; t.5, p. 63, 65, 68, 107-118, 161, 231, 246 ; t.6, p. 301, 331, 499-520, 527-533).

 
[18]

Bertier de Sauvigny (Guillaume), La Restauration, 1955. C’est l’ouvrage historique référent pour ce qui concerne cette période de l’Histoire de France. On y trouve, aux pages 409-410, un jugement sur Auguste Ferron de La Ferronnays : "Le nouveau titulaire des Affaires étrangères, le comte de La Ferronnays, était un diplomate de carrière, sans appartenance bien définie, ayant vécu à Saint-Pétersbourg depuis 1819 ; la générosité chevaleresque de son caractère, l’amitié intime qui l’avait lié jadis au duc de Berry, devaient lui assurer la confiance du roi, et la possibilité de donner une direction nouvelle et heureuse à la politique extérieure. Si sa santé ne l’avait trahi, au début de 1829, il aurait sans doute accompli la prédiction de Richelieu qui avait vu en lui un futur chef de gouvernement. Et peut-être alors aurait-il pu faire admettre au roi comme aux différentes factions du parti royaliste sa politique de conciliation entre le principe monarchique et les aspirations libérales modérées."
Pour établir ce jugement, Guillaume Bertier de Sauvigny aurait pu aussi s’appuyer sur les Mémoires (mais alors pas encore publiées) d’Hervé Clérel, comte de Tocqueville (1772-1856), préfet de 1814 à 1827, pair de France de 1827 à 1830, et père d’Alexis de Tocqueville (1805-1859). On y consultera plus spécialement, dans leur première édition (UQÀC, 2018, 580 p.), les pages 95, 434, 442, et 451 à 457.
Voir aussi de Démier (Francis) : La France de la Restauration, l’impossible retour du passé 1814-1830, 2012, 1180 p.

 

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