Archives départementales de la Vendée avec le concours de la Société d'émulation de la Vendée Dictionnaire des toponymes

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Saint-André-Goule-d'Oie > Boutinière (la)

Notice rédigée par : Emmanuel François

Graphies connues

Boutinière (la) (1595) source : Nom présent sur la carte de Cassini, les cartes d'état-major (1849-1910) et la carte IGN (1975).


Nature(s) du lieu

Catégorie : Regroupement d'habitations Masquer
  • Nature : Regroupement d'habitations
    Précision sur la nature du lieu : "tènement et village" avant la Révolution, relevant entièrement des Bouchauds, dont les redevances étaient partagées à moitié entre les Essarts et Languiller.
  • Coordonnées
    • Coordonnées LAMBERT : 331-2211
Photos de la nature de lieu
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Catégorie : Siège d'exploitation agricole Masquer
  • Nature : Siège d'exploitation agricole
    Précision sur la nature du lieu : Métairie : 1625, vente, arch. dioc. Luçon, 7 Z 19
Catégorie : Moulin à vent Masquer
  • Nature : Moulin à vent
    Précision sur la nature du lieu : En fait deux moulins au XVIe et XVIIe siècles, 1595, déclaration roturière, Arch. dép. Vendée, 150 J/G 58
Catégorie : Moulin à eau Masquer
  • Nature : Moulin à eau
    Précision sur la nature du lieu : Sur le Vendrenneau, 25 février 1765, acte de communauté du meunier, Arch. dép. Vendée, 3 E 30/18.

Etymologie

Catégorie étymologique : Origine : surnoms d'o. patronymiques et géographiques

De Boutin, nom vraisemblablement du premier teneur de ce tènement et village, dont le pont porte aussi le nom (Pont-Boutin).

Données historiques

Histoire et archéologie

La Boutinière 

Quand, venant de Saint-Fulgent, on se dirige vers les Essarts et Saint-André-Goule-d’Oie, rapidement on passe sur le Pont-Boutin. Il est construit au-dessus du ruisseau du Vendrenneau qui marque la limite entre les communes de Saint-André et de Saint-Fulgent. Tel que nous le voyons aujourd'hui, il a été construit en 1850, aplanissant la route qui monte ensuite au village de la Boutinière. Auparavant celle-ci franchissait le ruisseau à son niveau, sur un ancien pont, et on imagine la raideur de la pente de jadis. Déjà en 1671 l’ancien pont s’appelait le Pont-Boutin, ce qui laisse à penser que le sieur Boutin a aussi donné son nom à la Boutinière, qui désigne la concession de territoire ou tènement avec son village[1]

 

Au 16e siècle ce tènement relevait de la seigneurie des Bouchauds (Essarts), elle-même faisant partie de la mouvance de la baronnie des Essarts. Celle-ci possédait à la fin du Moyen Âge la moitié des droits des Bouchauds, quand l’autre moitié était à la seigneurie de Languiller (Chauché), depuis 1437[2]. Le 25 juillet 1554, Jules de Belleville, seigneur de Languiller, vendit les droits de terrage à prendre au village de la Boutinière à un marchand de Saint-Fulgent nommé Crespeau. Il fit d’autres ventes concernant des redevances à la Chevaleraye et à la Javelière. La vente comportait une clause de réméré ou retour au vendeur du bien, moyennant la restitution du prix payé. Et le 13 décembre 1560, le seigneur de Languiller donna gracieusement cette clause de retrait à son ami le seigneur de Saint-Fulgent, Gilles Chasteignier. L’année d’après ce dernier la mit en œuvre, remboursa Crespeau, et devint propriétaire du droit de terrage sur le tènement de la Boutinière. 

 

Dans l’acte de vente à Crespeau, Jules de Belleville s’était réservé un devoir de 5 sols de cens qui lui était dû à Noël, en précisant que le droit de terrage vendu était tenu sous l’hommage qu’il en faisait au suzerain des Essarts en tant que seigneur des Bouchauds, dont dépendait le tènement de la Boutinière. Et une autre clause avait été insérée dans l’acte de donation de 1560, qui fut à l’origine de bien des conflits : le seigneur de Languiller concédait encore à celui de Saint-Fulgent « tous droits de fief à lui appartenant sur les choses mentionnées par les contrats ci-dessus »[3]. Les successeurs du seigneur de Saint-Fulgent vont prétendre que cette clause leur donnait le droit de se revendiquer seigneur de la Boutinière, en possédant le droit de fief avec sa propriété éminente, emportant droit de juridiction et redevances de lods et vente en cas de mutation de biens fonciers dans le tènement de la Boutinière. En revanche, les successeurs du seigneur de Languiller, rendant toujours l’hommage au baron des Essarts pour la seigneurie des Bouchauds dont dépendait la Boutinière, s’affirmaient comme les seuls seigneurs de ce tènement. Cette querelle portait aussi sur la Chevaleraye et la Javelière comme évoqué aux notes qui leur sont consacrées. 

 

Mais alors, à qui les teneurs (propriétaires) de la Boutinière devaient-il faire reconnaitre leurs titres de propriété ? Au cours de la querelle, qui dura deux siècles, la plupart des déclarations roturières allèrent au seigneur de Languiller, mais il y en eut au seigneur de Saint-Fulgent. Celui-ci convoqua même les teneurs en 1671 aux assises de sa seigneurie, qu’il avait établies au village proche de la Chevaleraye, également concerné par la même querelle. A la veille de la Révolution on constate que le seigneur de Saint-Fulgent avait perdu la partie.

 

Néanmoins la querelle ne portait que sur le droit de fief, et le seigneur de Saint-Fulgent a toujours perçu depuis 1561 la moitié du droit de terrage, qui se montait au total à 1/6 des récoltes, l’autre moitié étant perçue par le château des Essarts. Quelques rares champs en étaient exonérés et ne payaient qu’un modeste cens[4]

Il existait aussi un droit de rivage. En Poitou, c’était le droit de couper les joncs et autres plantes aquatiques qui croissent sur le bord des rivières[5]. Il n’était que de 4 sols, partagés, comme on le constate en 1606, entre le baron des Essarts (un sol), le seigneur de Languiller (un sol), et un particulier (deux sols), nommé à cette date Louis Payneau, greffier de la baronnie de Montaigu demeurant à la Patissière en la paroisse de Boufféré[6].

 

À la fin du 16e siècle, le tènement de la Boutinière se partageait entre une métairie d’une quinzaine d’hectares et des propriétés plus petites. Cette métairie appartenait alors à Pierre Joyneau, maitre des Eaux-et-Forêts habitant Angers, qui possédait aussi des biens dans le bourg de Saint-Fulgent. Il la vendit à Jacob Arnaudeau le 20 mai 1625, un bourgeois de Saint-Fulgent[7]. Les héritiers d’un de ses descendants, Jean Corbière, vivant à Beaurepaire, la vendirent en 1712 à Charlotte de La Douespe (1685-1740), épouse de Charles René de Farci, seigneur du Rozerai[8]. Ses héritiers la revendirent vers 1747 à Perrine Bruneau, épouse d’Abraham de Tinguy, seigneur de la Sauvagère (Saint-Laurent-de-la-Salle). Enfin elle fut acquise de Perrine Buneau en 1789 par Agnan Fortin, le dernier seigneur de Saint-Fulgent[9].

 

Pendant la guerre de Vendée, les bâtiments de la métairie d’Agnan Fortin dans le village furent incendiés : maison, chambre haute et basse, grange, toit à bœufs, et fournil[10]

 

En 1766, la métairie avait été louée à Nicolas Audureau, venant du Plessis-le-Tiers (Saint-André), en remplacement d’un nommé You[11], pour une durée de 5 années, moyennant une ferme annuelle de 230 livres. Le fermier payait en plus le droit de terrage, la taille et autres charges imposées sur le tènement, avec les autres teneurs. En 1771 Abraham de Tinguy changeait de locataire, louant la métairie à André Roy, qui venait de la Giroulière (Rabatelière), pour 5 années moyennant une ferme annuelle de 264 livres[12]. Un nouveau bail fut conclu en 1776 pour 7 ans, moyennant 300 livres par an[13]

 

Les deux moulins à vent de la Boutinière ont disparu probablement au cours du 19e siècle, situés près de la route sur son côté est. Le document le plus ancien les concernant remonte à 1595. Le premier moulin appartenait en indivision à Maurice Beriau et Maurice Rabereul, ce dernier habitant au Coudray. A cette date ils devaient 2 sols et 6 deniers au seigneur de Languiller, et 2 chapons au baron des Essarts[14]. Ces personnes n’avaient pas de droit de banalité seigneuriale. A la même époque l’autre moulin était possédé à moitié par Denis Maignan et à Marguerite Leray[15]. C’était la veuve d’un Moreau sieur du Plessis, frère de Jacques Moreau sieur du Coudray et de Pierre Moreau, prieur de Saint-André. Les redevances dues pour ce moulin étaient partagées à moitié entre le seigneur de Saint-Fulgent et le baron des Essarts et payables à Noël : 2 chapons et 1 feston de cens (le feston valait environ 15 sols).

 

À la fin du 18e siècle on repère un meunier à la Boutinière, André Groleau (1734-1803), marié en 1754 à Marie-Anne Mandin. La famille y avait un moulin à eau sur la rivière du Vendrenneau[16]. Elle possédait aussi un moulin à vent dit le « Petit moulin »[17]. Parmi leurs enfants, on en distinguera quatre.

 

La première est Marguerite Groleau, qui se maria avec René Monnereau, forgeron à Saint-Martin-des-Noyers. Leur fils Pierre Monnereau (1787-1856) sera curé des Brouzils et fonda la Congrégation des sœurs des sacrés cœurs de Jésus et Marie, autrement dit les sœurs de Mormaison. Le pape l'a déclaré « vénérable » en 1997.

 

Deux de ses frères, François et Jacques Groleau, se marièrent le même jour avec deux sœurs, à Saint-André le 9 février 1779 (vue 98), les demoiselles Françoise et Jeanne Pouzet. Cette similitude de destins ne s’arrêta pas là, malheureusement. Ils furent tués par les « bleus » le même jour 26 février 1794 à Saint-Fulgent[18], en pleine révolte contre les colonnes infernales.

 

Le quatrième enfant, Clément Groleau (1761-1837), se maria en 1785 avec Jeanne Badreau, demeurant à la Basse Clavelière (Saint-Fulgent), fille de meunier. Leur descendance posséda plus tard le moulin de la Bourolière à Saint-André jusqu’au terme de son activité.

 

Emmanuel François

28-10-2018

[1]

Déclaration roturière du 8-4-1671 de 4 teneurs à Saint-Fulgent pour la Boutinière, à cause de la Chevaleraye (sic), Archives de Vendée, chartrier de la Rabatelière : 150 J/G 58.

 
[2]

Mémoire vers 1680 disant que Languiller est chemier des Bouchauds, ibid. : 150 J/A 12-5.

 
[3]

Donation de 1560 de J. de Belleville et aveu de Saint-Fulgent (Bertrand) en 1618 à Languiller à cause du Coin Foucaud et des Bouchauds pour les biens donnés, ibid. : 150 J/G 40.

 
[4]

Ibidem.

 
[5]

Frédéric Godefroi, Dictionnaire de l’ancienne langue française et de tous ses dialectes du 9e au 15e siècle, Librairie des sciences et des arts, 1938, tome 7.

 
[6]

Déclaration roturière du 1-6-1606 de 7 teneurs à la Boutinière, Chevaleraye, Suries et Bruères, chartrier de la Rabatelière : 150 J/G 58.

 
[7]

Famille Arnaudeau de Saint-Fulgent au 18e siècle, Archives du diocèse de Luçon, fonds de l’abbé Boisson : 7 Z 19.

 
[8]

Procès sur la mouvance, avertissement du 27-2-1736 de la baronne des Essarts dans le procès entre les seigneurs de Saint-Fulgent et de Languiller, chartrier de la Rabatelière : 150 J/G 40.

 
[9]

Vente du 11-11-1789 des métairies de la Boutinière et de la Chevaleraye par P. Bruneau à A. Fortin, Archives de Vendée, notaires de Saint-Fulgent, Frappier : 3 E 30/12.

 
[10]

Partage de la succession des enfants Fortin avec la République subrogée dans les droits du fils ainé émigré, ibidem : 7 Z 10 4.

 
[11]

Ferme de la Boutinière de Jean Abraham Tinguy à Audureau du 7-9-1766, ibid. : 3 E 30/6.

 
[12]

Ferme de la Boutinière de Jean Abraham Tinguy à Roy du 7-6-1771, ibid. : 3 E 30/6.

 
[13]

Lieux-dits de Saint-André-Goule-d’Oie, la Boutinière, Archives du diocèse de Luçon, fonds Boisson : 7 Z 76-1.

 
[14]

Déclaration roturière du 7-6-1595 de Maurice Rabereul à Languiller à cause des Bouchauds, pour un moulin à vent de la Boutinière, chartrier de la Rabatelière : 150 J/G 58.

 
[15]

Déclaration roturière du 21-5-1614 de Marguerite Leray à Saint-Fulgent à cause des fiefs de la Chevaleraye, Javelière et Boutinière pour un moulin à vent de la Boutinière, ibid. : 150 J/G 58.

 
[16]

Communauté nouvelle du 25-2-1765 entre les Groleau de la Boutinière, Archives de Vendée, notaires de Saint-Fulgent, Thoumazeau : 3 E 30/118.

 
[17]

Achat du 18-4-1768 du quart du petit moulin à vent de la Boutinière, Archives de Vendée, notaires de Saint-Fulgent, Thoumazeau : 3 E 30/120.

 
[18]

Décès de Jacques Groleau François Groleau (vues 9 et 13), Archives de Vendée, registre numérisé de reconstitution d’actes 1793-1801 de Saint-André-Goule-d’Oi (en ligne).

 

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