Archives départementales de la Vendée avec le concours de la Société d'émulation de la Vendée Dictionnaire des toponymes

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Poiré-sur-Vie, Le > Brachetière (la)

Notice rédigée par : Maurice Mignet

Nature(s) du lieu

Catégorie : Regroupement d'habitations Masquer
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  • Nature : Regroupement d'habitations
    Précision sur la nature du lieu : village
  • Localisation : "La Brachetière" est située à 700 m au sud-est du centre bourg du Poiré-sur-Vie, le long de la route menant à Mouilleron-le-Captif
  • Coordonnées
    • Coordonnées cadastrales napoléoniennes : section G, 1re feuille, et section C, 1re feuille
    • Coordonnées cadastrales modernes : section AD

Données historiques

Histoire et archéologie

Venant de Mouilleron-le-Captif et depuis 1845, on arrive dans le bourg du Poiré par "la Brachetière". Ce village est cependant beaucoup plus ancien. Il se situait autrefois à 150 mètres plus à l’ouest, à l’emplacement où "Saint-Joseph" fut édifié vers 1900, mais il avait été ruiné un siècle plus tôt par les troupes révolutionnaires et n’y avait pas été relevé par la suite[1].

Marquant l’entrée du bourg du Poiré :
les maisons anciennes de
"la Brachetière", en 2016,
et deux vues de sa croix en granit à cette date.

A cette époque tourmentée, cette métairie était habitée depuis plusieurs générations par les Trichet puis Bulteau[2], qui apportèrent leur aide aux insurgés, en 1793, 1794 et 1795, leur fournissant à diverses reprises des bœufs, des moutons et du foin[3]. Elle faisait partie de l’amenage de "la Millière", qui devint bien national[4]. Récupérée par ses anciens propriétaires, elle fut morcelée et vendue entre 1808 et 1825, ce qui conduisit à la disparition des ruines de ses bâtiments.

Peu après 1845, Auguste Rivière, Jules Vidal et Mathurin Rocheteau, respectivement facteur, menuisier et meunier, vinrent construire leurs maisons le long de la route toute proche menant à Mouilleron, ce qui ressuscita "la Brachetière"[5]. Puis d’autres s’y ajoutèrent et, progressivement, la relièrent au bourg.

Une croix en granit, se trouvant toujours à l’endroit où elle fut érigée, y porte l’inscription "Souvenir de Mission - Favrou 1847".

Les emplacements de "la Brachetière" et de "Saint-Joseph" en 1836 et en 1945.
(environ : 360 x 260 m).


A 350 mètres de "la Brachetière", dans un bas le long de cette route conduisant à Mouilleron, se situe un terrain dont le nom curieux, "le Beignon d’homme" (ou "le Bignon d’homme" sur le cadastre), semble lié à la présence de la mare d’environ 35 ares qui en occupait une partie[6].

Vers 1938, cet endroit a été le lieu d’une diablerie telle que celles que l’on racontait autour de "la croix Bouet", et qui avaient presque toujours des explications naturelles. Cependant et malgré de nombreux témoins oculaires, celle-ci n’en a pas reçu jusqu’à ce jour, en 2020.

"Le Beignon d’homme" sur des vues aériennes en 1945 et en 2014,
et son ancienne mare sur le plan cadastral de 1836.

(environ : 305 x 230 m)

Autres mentions

Jean Trichet (1750-1812), qui habitait à "la Brachetière" avant la Révolution, partit en 1793 s’établir dans une borderie d’environ 18,5 ha à "la Bultière" de Beaufou. Après avoir ensuite habité à "la Pallulière", il mourra à "l’Orbreteau"[7].

Parmi ses enfants, il avait une fille, Marie Trichet (1778-1866). Alors que sur l’époque des guerres de Vendée les écrits venant du peuple insurgé, et plus particulièrement des femmes, sont rares, tandis que ceux des vainqueurs bourgeois et républicains, sont nombreux, celle-ci a laissé à la fin de sa vie son témoignage sur l’incendie et le massacre d’habitants de "la Bultière" au début du mois de juin 1794, dans lequel elle dit le désarroi causé par les traques, par les destructions et par les morts, mais aussi les solidarités familiales et villageoises pour survivre. Il fut recueilli par Jacques Faucheron (1820-1890), curé de Beaufou de 1852 à 1888, et rapporté en 1904-1905 dans la Chronique paroissiale de Beaufou[8], qui le présente ainsi :

"C'était dans les premiers jours de juin 1794, des batailles avaient été livrées et plusieurs des combattants de la haute paroisse étaient rentrés chez eux pour se guérir de leurs blessures. M. le Curé se chargea de les soigner et de faire les remèdes, les médecins ayant pris la fuite. Il y avait une quinzaine de jours qu'il était tout absorbé de ces soins charitables, quand une nuit une bande de bleus vint surprendre le village de la Bultière. C'était la coutume des Vendéens, après les batailles, de prendre un peu de repos dans leur famille. C'était aussi dans leur caractère de ne point veiller à leur propre garde. Quand ils voyaient l'ennemi, alors ils avaient l'œil au guet. L'ennemi avait-il disparu ; ils se reposaient dans une aveugle confiance.

Les combattants de la Bultière venaient donc de rentrer dans le village qui se composait, à cette époque, de sept ménages, comptant quarante-deux personnes, savoir : cinq hommes, dix femmes, onze grand gars, six grandes filles, douze drôles en-dessous de dix ans. Par une coupable négligence, ils n'avaient point placé de sentinelles pendant la nuit ; or, les bleus étaient cachés depuis vingt-quatre heures dans les bois du Petit-Luc, attendant une occasion. Un tisserand du Grand-Luc fâché contre les métayers de la Bultière qui ne le faisaient plus travailler, voulut s'en venger en amenant les bleus les incendier. Il était minuit quand ils s'approchèrent en silence du village endormi. La Providence permit qu'un métayer du Bas sortît dehors. Entendant le bruit des pas et comprenant vite ce que c'était, il crie à son monde : "Les bleus, sauvez-vous !" et court à toutes les portes frapper un coup terrible : "Les bleus !" Dans une minute ce fut une débandade désespérée.

Voici, tel qu'il nous a été raconté par une personne qui y était, le récit de cette horrible nuit. Cette personne, fille du métayer qui habitait la première maison, était, en ce moment-là, âgée de quinze ans, elle s'appelait Marie, son père s'appelait Jean Trichet. Elle avait sa mère, deux grands frères, Jean et Augustin, un autre frère plus jeune, Jacques, et un plus petit de sept ans, encore dans la robe, appelé Louis. […]".

"La Bultière", le village où vécut Marie Trichet, en 1794 et jusque vers 1860,
sur le cadastre de 1837 de Beaufou
(encart : environ 240 x 190 m)
 avec ses 6 habitations d’alors, dont 2 borderies et 3 métairies,
et quelques lieux cités dans son témoignage[9].
En 2021, la boulangerie exhumée de ses ruines et les restes d’un bâtiment voisin,
susceptibles de dater d’avant juin 1794.

Suit le récit de Marie Trichet au cours duquel elle raconte :

"[…] Dans les autres maisons du village on s'était sauvé, comme nous autres, encore plus vite. Les quatre filles de la métairie d'En-Bas, plus mortes qu'en vie, s'étaient sauvées en chemise, ainsi que leurs deux grands frères. Un grand gars de la Métairie du Mitan avait fait de même. Pas un de ces petits drôles n'était habillé : tous s'échappaient de côté et d'autre. Une jeune veuve, qui venait de perdre son homme, tué à la guerre, se sauvait par le chemin de la Marlée avec ses deux enfants, une petite de deux ans qu'elle portait à son cou, et un petit de quatre ans qu'elle traînait par la main. Entendant courir après elle, elle perdit la tête de peur, et laissa s'échapper, pour se sauver plus vite, la main du pauvre petit, que les bleus attrapèrent. […]

Nous entendions de gros jurements, puis des bruits de coups que l'on frappait sur des planchers. Le feu passait par-dessus les maisons. Oh ! là là !! nous pensions voir les feux de l'enfer ; que c'était affreux !! Une fois, nous nous crûmes perdus. Une femme du village criait au secours. Elle poussait des clameurs, des hurlements. […]

On se compta, il manquait encore la jeune veuve avec les deux petits, et une jeune fille appelée Jeanne Biron. On sut plus tard que c'était elle qui avait jeté ces grands cris pendant qu'on la tuait, apparemment qu'elle n'avait pas entendu le signal de la fuite. […]

Il venait de trouver le cadavre de la fille Biron. Les scélérats de bleus l'avaient surprise dans son lit. Après l'avoir rouée de coups, ils l'avaient portée, enveloppée dans sa couverture, dans le petit pré à côté ; puis, à coups de sabres, ils lui avaient coupé un pied, puis l'autre pied, puis les mains, puis le cou, puis ils l'avaient percée avec leurs baïonnettes. C'était bien elle qui avait poussé ces cris affreux que nous avions entendus la nuit. […]

Voilà que les hommes arrivent au même moment. Ils apportaient le corps du petit de quatre ans que sa malheureuse mère avait délaissé dans sa fuite. Les bleus l'avaient attrapé. Ils lui avaient percé la gorge avec un sabre et passé un bois dans le trou, puis ils l'avaient planté, en place de barrière, sur le bord du chemin. Dans sa petite main, crispée par les tortures de la mort, ils avaient mis un papier où il y avait d'écrit : "Vive la République !"[10][…]"


Les destructions de "la Bultière" réduisirent le nombre d’habitants de 42 avant 1794 à environ 21 en 1796, puis il remonta à 32 en 1816. En 1802, Marie Trichet se mariera avec Pierre Grollon (1772-1852) de "la Brossière", avec lequel elle reprendra la borderie de "la Bultière". Pour des raisons administratives, ils se remarieront ensemble, en 1851[11]. Marie Trichet y habitera avec leur fils Jean, sabotier, et la famille de celui-ci jusque vers 1860[12]. Elle mourra au Poiré, à "la Grande Roulière" en 1866[7].

 

Sources et références

(sauf mention contraire, les illustrations sont dues à M. Mignet)

[1]

Plan cadastral de 1836 du Poiré (Arch. dép. de la Vendée : 3P 178). 

 
[2]

Registres paroissiaux du Poiré, année 1738, décès (Arch. dép. de la Vendée : AD2E 178/1).

 
[3]

Cahier des réquisitions de l’armée catholique et royale dans la paroisse du Poiré (Méd. mun. de La Roche-sur-Yon : ms 019), extrait : réquisitions à "la Brachetière" ; voir aussi de Lorvoire (Jean-Claude), "les Réquisitions de l’armée catholique et royale dans la paroisse du Poiré-sur-Vie", in Recherches vendéennes, n° 3, 1996, p. 257-299.

 
[4]

Estimations des biens nationaux du canton du Poiré (Arch. dép. de la Vendée : 1 Q 212).

 
[5]

Listes nominatives des recensements de 1851 et de 1861 (Arch. dép. de la Vendée : 6 M 280). 

 
[6]

Cf. Verrier (Anatole-Joseph) et Onillon (René), Glossaire étymologique et historique des patois et des parlers de l'Anjou, 1908, tome 1, p. 101, ou encore Alexandre Bitton qui imagine que "beignon" proviendrait de balnerum, balnearium, et ainsi se rapporterait à un étang, à une mare. Jean-Loïc Le Quellec, dans son Dictionnaire des noms de lieux de la Vendée, page 41, lui donne, sans autre explication, le sens de "petite bosse". Quant au terme "d’homme", ce dernier voudrait y voir (p. 176), peut-être par homophonie, un rapport avec orme ou ormeau.

 
[7]

Etat civil du Poiré (Arch. dép. de la Vendée : 2 E 178). 

 
[8]

Boutin (Hyppolite), Chronique paroissiale de Beaufou, 1904-1905, p. 442 à 462. Le témoignage de Marie Trichet a été repris dans Femmes oubliées de la guerre de Vendée (éd. 2015, 345 p.).

 
[9]

Cadastre de 1837 de Beaufou, section D, 1re feuille (Arch. dép. de la Vendée : 3 P 015). 

 
[10]

Même si on a dit par la suite qu’elles ne furent utilisées que par les colonnes infernales de janvier à mai 1794, ces pratiques des troupes républicaines pour "pacifier" la région furent habituelles dès l’automne 1792. Cependant, les ordres gouvernementaux étaient seulement "d’exterminer la population avec humanité", pour reprendre une formule de l’époque.

 
[11]

Etat civil de Beaufou, 1844-1854 (Arch. dép. de la Vendée : 2 E 01 5/7, vues 334-335-336/512).

 
[12]

Listes nominatives des recensements de Beaufou de l’An V, et de 1836, 1841, 1846, 1851, 1856 (Arch. dép. de la Vendée : L 288 et 6 M 49).

 

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