Archives départementales de la Vendée avec le concours de la Société d'émulation de la Vendée Dictionnaire des toponymes

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Montaigu > Caillauderie (château de la)

Notice rédigée par : Maurice Mignet

Nature(s) du lieu

Catégorie : Château, logis, motte féodale Masquer
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  • Nature : Château, logis, motte féodale
    Précision sur la nature du lieu : château
  • Localisation : Le "château de la Caillauderie", de l’autre côté de l’Asson, fait face au Château de Montaigu.
  • Coordonnées
    • Coordonnées cadastrales napoléoniennes : B 232
    • Coordonnées cadastrales modernes : Section AH

Etymologie

Ce type de toponyme composé d’un patronyme, ici "Caillaud", suivi du suffixe "erie" (la demeure des Caillaud), est fréquent dans la région depuis le Moyen Âge.

Données historiques

Histoire et archéologie

Marchands de draps venus de Lorraine, selon la tradition familiale, les Thiériot s’installèrent comme apothicaires à Montaigu au XVIIe siècle, puis ils devinrent médecins de père en fils. Peu après le milieu du XVIIIe siècle, ils firent construire le "château de la Caillauderie", qui affirmait leur réussite matérielle obtenue à force de ténacité. Son implantation, ses dimensions, ses toits en ardoise – à une époque où rares étaient les bâtiments à en être dotés à Montaigu, en dehors des multiséculaires Grand logis et Logis du Château – étaient un signe ostentatoire des ambitions sociales de la famille face aux seigneurs du lieu et aux familles nobles locales, ainsi que face aux habitants plus modestes de la ville et de ses environs.

La tradition familiale veut aussi que le Nicolas-Claude Thiériot (1697-1772), que Voltaire a compté parmi ses nombreux correspondants, ait été un des membres de la famille (mais une servante aurait malencontreusement détruit les lettres en témoignant). Il semble plus probable qu’il ne s’agisse là que d’une confusion flatteuse avec un homonyme d’origine bourguignonne[1].

Au moment de la Révolution, la famille se trouva partagée. Alexis Thiériot (né en 1763), avocat et ex-député à l’assemblée législative de 1791, se trouva, en avril 1793, porté à la tête des insurgés des Brouzils ; en septembre suivant, devant les exactions des troupes qui envahissaient la région soulevée, il partit à Nantes, avec de nombreux autres réfugiés de tous bords ; arrêté et accusé "d’avoir été à la tête des rebelles"[2], il essaya de sauver sa vie en prétendant, jusque sur l’échafaud, en décembre 1793, que c’est contraint et forcé qu’il avait été dans le camp des révoltés (ce qui avait été le cas de nombreux chefs vendéens, entre autres Charrette ou d’Elbée). Ce fut en vain. C’est cette dernière version qui sera conservée par la tradition familiale et républicaine locale. Quant à son père, l’ancêtre Hardouin-Aimé Thiériot (né en 1715), il mourut le 13 mars de cette même année devant ce château qu’il avait fait construire et qui était le symbole d’une réussite contestée par les insurgés ; le souvenir des circonstances incertaines de sa mort sera abondamment magnifié plus tard par Charles Dugast-Matifeux. Cependant, comme pour les quelques autres familles de bourgeois montacutains ayant pris le partie des vainqueurs, la suite des événements permit au frère aîné et médecin, Jacques Thiériot (1748-1798), de revenir à Montaigu, où il retrouva le château de la Caillauderie, un des rares bâtiments ayant été épargnés par les incendies, et de grandement renforcer la fortune familiale, grâce à l'acquisition à faible coût de nombreux biens nationaux[3].

En 1900, une aile ouest-est fut ajoutée au bâtiment, nord-sud, du XVIIIe siècle[4].

Epoux d’une demoiselle Thiériot, le commandant Maxime Delahet (1867-1955), à la tête de la 10e escadrille de torpilleurs en Méditerranée orientale en 1916-1917, commandant en 1919 la base navale française de Salonique et, plus tard, maire de Montaigu de 1935 à 1941, y habita de 1927 à sa mort. En 1943, il y accueillit et abrita son petit-neveu Jacques Chaigneau (1923-1944). Celui-ci avait été parachuté en août de cette même année comme agent de renseignement de la France Libre dans la région. Mais en décembre, il sera arrêté par la Gestapo à Paris et, déporté en Allemagne, il sera fusillé à Buchenwald le 5 octobre 1944[5].

Autres mentions

Avant la Révolution, la Caillauderie, château et dépendances, faisait partie de la paroisse de La Guyonnière.

Illustrations

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Au cours du XVIIIe siècle, les Thiériot firent construire un château,
en vis à vis du Château de Montaigu,
affirmant ainsi leur ascension sociale face à la population locale
(attitude qui leur sera brutalement reprochée en mars 1793),
et face à l’aristocratie traditionnelle montacutaine.
Deux des membres de la dynastie des Thiériot au XVIIIe siècle (collection particulière) :
à gauche, l’apothicaire Jacques (1666-1741), à droite, son fils, le médecin Hardouin-Aimé (1715-1793) ;
et le château construit par ce dernier : photos vers 1970 et vue aérienne en 2009 (
© GEOPORTAIL).

[1]

Entretiens avec Philippe Bossis, historien dix-huitièmiste, professeur émérite de l’université de Nantes.

 
[2]

Chassin (Charles-Louis), la Préparation de la Guerre de Vendée, 1892, t. 1, p. 112, note.

 
[3]

Mignen (Gustave), Ventes des biens nationaux de seconde origine dans les cantons des Brouzils, de la Bruffière, de Montaigu, de Rocheservière, de Saint-Fulgent et de Tiffauges, manuscrit (Arch. dép. de la Vendée : 36 J 60/1).

 
[4]

Entretien avec Pascale Toussaint, descendante de la famille, et relevés sur le terrain.

 
[5]

Coutaud (André), "Montaigu traversé par la Résistance", in Recherches vendéennes, n°11, 2004, p. 292 à 303.

 

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