Archives départementales de la Vendée avec le concours de la Société d'émulation de la Vendée Dictionnaire des toponymes

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Poiré-sur-Vie, Le > Champ d’Avant (le)

Notice rédigée par : Maurice Mignet

Nature(s) du lieu

Catégorie : Regroupement d'habitations Masquer
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  • Nature : Regroupement d'habitations
    Précision sur la nature du lieu : village
  • Localisation : "Le Champ d’Avant" est située à 8 km à l’est du centre-bourg du Poiré.
  • Coordonnées
    • Coordonnées cadastrales napoléoniennes : section D, 1re feuille (cadastre du Poiré)
    • Coordonnées cadastrales modernes : section AL (cadastre de Belleville)

Données historiques

Histoire et archéologie

"Le Champ d’Avant" est depuis toujours constitué d’une seule maison et de ses élargissements. Avec les villages voisins ("la Grande Croix", "la Grouillère", "les Tuileries de Lande blanche", "le moulin de Lande Blanche"), il fait partie d’un ensemble auquel on donnait le nom de "Lande blanche"[1], lequel nom venait de l’ancienne commanderie du Temple, érigée tout à côté au XIe siècle. En 1844-1850, avec une quinzaine d’autres villages, il fut détaché de la paroisse (et du même coup de la commune) du Poiré "afin de faciliter aux fidèles l'accomplissement des devoirs religieux"[2], pour être rattaché à celle(s) de Belleville. Son importance était si réduite que ses habitants étaient le plus souvent comptabilisés avec ceux vivant dans l’un ou l’autre des villages voisins.

"Le Champ d’Avant" avec, en jaune, l’ancienne croix des Ardouin.
Vers 1840,
"le Champ d’Avant" sur la carte d’état-major (environ 2300 x 1400 m),
avec à l’époque :

- en orange les limites entre les communes du Poiré, de Belleville et de Saligny,
- en bleu la limite entre le canton du Poiré et la commune de Dompierre
(canton des Essarts) ;
"Le Champ d’Avant" sur le plan cadastral de 1836 du Poiré (environ 1610 x 1080 m),
et une photo de ses constructions les plus anciennes en 2020.

A quelques pas après "le Champ d’Avant" on arrive à un chemin constituant la limite avec Saligny. A son carrefour, subsistait avant 1957-1958, le socle en pierre d’une ancienne croix en bois, qui avait été érigée après la Révolution par les Ardouin, des "chaumiers" (tuiliers) de "Lande blanche", en mémoire de ceux de leur famille qui avaient été tués là par des troupes républicaines, et qui avaient été enterrés de l’autre côté du chemin, dans le "champ des Landes"[3]. On rapporte aussi que d’autres habitants de villages proches furent fusillés à quelque 800 mètres de là, près du "chemin du poteau".

Sur une vue aérienne en 2014 (environ 1200 x 925 m) ;
l’emplacement de l’ancienne croix des Ardouin
,
près du
"Champ d’Avant", sur la limite du Poiré d’avant 1850 ;
ainsi qu’en 2017 les restes de son fût servant de poutre,
et la Vierge qui était placée devant.

La mémoire de ces évènements et de l’histoire de cette croix a été transmise par les descendants de la famille Ardouin, qui habitaient toujours au "Champ d’Avant" en 2020.

A cette date, il ne restait rien de cette croix, sinon son fût (environ 5 m) devenu une poutre de la cave voisine, et la statue (hauteur : 27 cm) en terre cuite émaillée, devant elle autrefois.

 

Autres mentions

Les faits conservés par la mémoire familiale des Ardouin correspondent aux rapports[4] faits en leur temps sur le passage près de Saligny de la colonne des généraux Ferrand[5] et Huché[6], les 18 et 19 juillet 1794.

Cette colonne de trois mille six cents hommes était partie des environs de Chantonnay le 10 juillet 1794 (22 messidor an II), après qu’il eut été "ordonné respect aux propriétés, aux hommes paisibles, aux femmes et aux enfants, avoir défendu à tous les individus, sous les peines les plus rigoureuses, les traits d’inhumanité" (le temps des ordres de destructions systématiques, donnés aux colonnes dites infernales par le gouvernement révolutionnaire, était passé). Après un trajet sinueux passant par les Essarts, Montaigu, Rocheservière, les Lucs, Saint-Denis-la-Chevasse, le Poiré, Palluau, Froidfond, les conduisit à Challans le 21 juillet. Là, les autorités du District interrogèrent ceux qui avaient été obligés de l’accompagner pour lui servir de guides, et consignèrent leurs déclarations. Dont celles concernant les journées des 17 au 19 juillet 1794 :

le 29 messidor [17 juillet 1794]
"
Quatre heures du matin, nous levâmes le camp, et allant au village de la Bésillière, commune de Legé, où nous espérions trouver Charette qui effectivement n’en était sorti que deux heures auparavant. Là nous aperçûmes la colonne républicaine qui venait de Challans. Nous restâmes dans le village de la Bésillière quatre ou cinq heures, et tous les hommes et femmes même trouvés sans armes dans les champs, occupés de leurs ouvrages et dans les maisons furent égorgés et fusillés. Le village fut entièrement incendié. Deux pièces de terre ensemencées en froment furent incendiées après avoir servi à camper l’armée. De là nous nous portâmes au Grand Luc, et allâmes bivouaquer dans les landes qui avoisinent ce bourg. Un seul homme fut rencontré avec sa femme, montés sur un cheval chargé de deux pochées d’effets. Le mari et la femme furent tués."

 

L’itinéraire, du 10 au 21 juillet 1794, de la colonne des généraux Ferrand et Huché
qui venait de Chantonnay,
et qui continua sa route vers Challans en passant par la Garnache.

le 30 messidor [18 juillet 1794]
"
Nous avons quitté la lande du Grand Luc et nous nous sommes portés au bourg de Saligny, où nous n’avons trouvé personne, de là nous avons été dans les landes des Jouineaux où nous avons fait halte ; un village voisin du bourg de Saligny a été incendié et plusieurs moutons ont été brûlés dans leur toit. Nous avons entendu tirer à droite et à gauche dans les champs et plusieurs individus ont surement été victimes des coups que nous avons entendus. Des landes de Jouineaux nous nous sommes portés au bourg de Denis-la-Chevasse où nous n’avons trouvé personne. La colonne sortie du bourg, le Général Huchet donna ordre à l’arrière-garde de retourner sur ses pas, de brûler le bourg, et à l’instant le bourg et les métairies qui l’entourent devinrent la proie des flammes."

le 1er thermidor [19 juillet 1794]
"Nous avons campé dans les landes de la Marquière près Boulogne. Plusieurs cultivateurs trouvés cachés et sans armes, les uns en chemise, les autres en gilet, presque tous à leurs travaux ont été amenés au Général Huchet et fusillés sur le champ par ses ordres. Le Général Ferrand témoin de ces massacres ayant voulu faire des observations au Général Huchet et les empêcher, ce dernier lui répondit "Je le veux moi". Nous observerons cependant qu’après cela plusieurs femmes, mais deux hommes seulement, furent épargnés."[7]

 

Sources et références

(sauf mention contraire, les illustrations sont dues à M. Mignet)

[1]

Voir les listes nominatives des recensements, parmi lesquels plus particulièrement ceux de 1836 et de 1891 (Arch. dép. de la Vendée : respectivement pour chacune de ces années, 6 M 280 et 6 M 54).

 
[2]

Boutin (Hippolyte), Chronique paroissiale du Poiré-sur-Vie, 1907, p. 7.

 
[3]

Tradition locale recueillie en 2017 auprès d’Irène Roy (née en 1931 au "Champ d’Avant"), qui rapportait la mémoire familiale venant de sa grand-mère maternelle, Adèle Allaizeau (1884-1964), épouse Ardouin.

 
[4]

La marche de cette colonne est connue par le rapport fait par le général Ferrand, ainsi que par une déclaration collective que des guides qu’ils avaient réquisitionnés firent auprès des administrateurs du District de Challans : "Rapport et déclarations concernant la colonne des généraux Ferrand et Huché du 22 messidor au 7 thermidor an 2 / 10 au 25 juillet 1794", ainsi que de déclarations individuelles (Service historique de la Défense : B 5/9-95).
Cet épisode local de la Guerre de Vendée a été repris en 2015 par Anne Rolland, dans Les Colonnes infernales, 336 p. 

 
[5]

Jean-Louis Ferrand (1758-1808) avait été promu général de brigade en avril 1794 et se trouva donc en position hiérarchique inférieure quand le général Huché rejoignit sa colonne à Montaigu. Après ses actions en Vendée, il fut envoyé sur la frontière nord-est, puis à Saint-Domingue, pour y rétablir l’esclavage sous les ordres du général Leclerc. Ayant échoué face à l’insurrection générale, il se réfugia dans la partie espagnole de l’ile où l’attendaient d’autres échecs qui le conduisirent à se suicider.
Le portrait intégré à la carte a été fourni par le Museo de las Casas Reales, de Saint-Domingue (République Dominicaine).

 
[6]

Jean-Baptiste Huché (1749-1805), grâce à ses exploits en Vendée, reçut de rapides promotions, passant du simple soldat qu’il était au début de 1792, au grade de général de division en avril 1794. Après la chute de Robespierre, il fut destitué et trois mois plus tard réintégré, nommé dans le sud de la France, puis mis en congé de réforme en mars 1797.
Après coup, les façons d’agir du général Huché lui furent reprochées mais, de nombreuses décennies plus tard, ce système de colonnes fut repris sous le nom de "groupes d’intervention". 

 
[7]

"La Bésilière" de Legé se trouve 6,5 km du bourg de Rocheservière, au sud duquel la colonne de Ferrand et Huché bivouaqua, avant de partir au petit matin du 17 juillet 1794 ; et à 4,5 km au nord du bourg des Lucs où elle arriva le soir. "Les landes des Jouineaux" étaient situées au nord du "bois des Gâts" : à 5 km à l’est de Saligny et à 3 km au sud de Saint-Denis.
Après Palluau, on peut localiser sur Froidfond les nombreuses victimes que la colonne fit le 22 juillet, grâce à une quinzaine de témoignages différents, recueillis à Challans auprès de quelques-uns des 3600 hommes et plus de Ferrand et Huché, et auprès d’habitants qui en avaient réchappés. Ce qui permet de voir que sur son passage, la colonne ratissait la contrée sur une largeur d’environ 4 km.
Joints aux éléments précédents, cela ferait dater du 18 juillet 1794, l’exécution de ceux qui furent tués "près du chemin du poteau", à côté du "Champ d’Avant".

 

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