Archives départementales de la Vendée avec le concours de la Société d'émulation de la Vendée Dictionnaire des toponymes

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Chauché > Chapelle (La) de Chauché

Graphies connues

Chapelle de Chauché (La) (1580 - XXIe s.) source : Nom utilisé concomitamment à celui de Chapelle Begouin, pour désigner le bourg comme la paroisse.

Chapelle (la) (1800) source : Carte de Cassini, vers 1800

Chapelle Begouin (la) (1310 - XVIIIe s.) source : Bourg et même "paroisse" de la Chapelle, à Chauché, ou Chapelle Begouin, sans doute du nom de son fondateur.


Nature(s) du lieu

Catégorie : Regroupement d'habitations Masquer
  • Nature : Regroupement d'habitations
    Précision sur la nature du lieu : Village ayant eu jusqu'au XVIIIe siècle statut de bourg avec fabrique pour sa "paroisse". Ce bourg de la Chapelle comprenait l'hôtel noble de la seigneurie de la Chapelle Begouin (d'après l'aveu de Languiller aux Essarts en 1550/1605, cité par G. de Raigniac, Arch. dép. Vendée, 8 J 101).
  • Coordonnées
    • Coordonnées LAMBERT : 325-2210
Photos de la nature de lieu
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Catégorie : Château, logis, motte féodale Masquer
  • Nature : Château, logis, motte féodale
    Précision sur la nature du lieu : Logis : hôtel noble de la seigneurie de la Chapelle Begouin cité en 1310, Beauchet Filleau, « Begaud », t.1, p. 407 ; relevant de Languiller et de la justice des Essarts (aveu du 13-5-1677 des Essarts à Thouars, pages 2 et 3, Arch. nat., chartrier de Thouars : 1 AP/1136).
Catégorie : Siège d'exploitation agricole Masquer
  • Nature : Siège d'exploitation agricole
    Précision sur la nature du lieu : Métairie, citée dans une vente de 1729, Arch. dép. Vendée, 150 J/C 75.

Données historiques

Histoire et archéologie

Proche du bourg de Chauché et à peu de distance, sur la route de Saint-Fulgent, le village de la Chapelle a une riche histoire principalement à cause de sa seigneurie et de sa paroisse. Jusqu’à la Révolution, le lieu s’appelait la Chapelle Begouin, du nom probable de son fondateur. On le désignait comme un bourg, nom réservé habituellement autrefois dans la contrée au lieu où était édifiée l’église paroissiale. Et on rencontre en effet « la paroisse de la Chapelle de Chauché » dans beaucoup de document officiels jusqu’au 18e siècle.

Elle avait pourtant été remplacée par la paroisse de Chauché au moment de la création de cette dernière au 12e ou 13e siècle, celle-ci existant déjà en 1288[1]. Son église avait été construite dans le nouveau bourg de Chauché, relevant de la seigneurie de Puytesson qui y avait droit de haute justice, laquelle rendait hommage à la Jarrie à Saligny[2]. De son côté, le bourg de la Chapelle était un fief du seigneur de la Chapelle Begouin, relevant de la seigneurie de Languiller (Chauché). Surtout, son territoire relevait « entièrement » de la justice de la baronnie des Essarts, au même titre que les paroisses de Saint-André-Goule-d’Oie et de Sainte-Cécile, ce qui la différenciait du reste de Chauché[3]. Ce partage de compétence territoriale de la justice seigneuriale, accompagné des dispositions du clergé pour continuer à desservir l’église de la Chapelle Begouin, comme annexe de l’église Saint-Christophe du bourg de Chauché, jusqu’au 18e siècle, expliquent pour l’essentiel la survie d’une soi-disant paroisse pendant tout l’Ancien Régime, non reconnue dans les livres de l’évêché de Luçon. Elle avait néanmoins une fabrique qui reçut de nouvelles rentes crées au début du 18e siècle sur le tènement du Pin à Saint-André[4]. En 1768, elle percevait aussi une très ancienne rente à la Boninière de Saint-André[5]. L’église « paroissiale » de la Chapelle fut démolie en septembre 1792 dans le contexte troublé de la Révolution française[6].

Le premier seigneur de la Chapelle qui nous est connu est Jean Bégaud, par son mariage en 1310 avec Colette de la Chapelle [7]. Le patronyme de cette dernière n’est pas indiqué. Son mari était seigneur de la Bégaudière, située à Saint-Sulpice-le-Verdon près de la Chabotterie. Déjà à cette époque, les seigneurs de la Chapelle n’habitent plus sur place, et ils confieront la gestion de leurs terres à des régisseurs. Jean Bégaud et Colette de la Chapelle eurent quatre enfants. L’ainé Geoffroy hérita des fiefs de la Bégaudière et de la Chapelle. Dans un aveu de Languiller aux Essarts en 1550, on relève qu’un autre Jean Bégaud rendait deux hommages à Languiller[8]. Le premier pour sa seigneurie de la Chapelle, sous lequel il tenait lui-même en vassalité le fief de la Pitière à Chauché et le tout petit fief de la Fraignaie aux Essarts (près de la Corère), plus des droits censifs sur beaucoup de villages aux alentours, souvent en partage ou en indivision avec d’autres. Le deuxième hommage était rendu pour le fief voisin de la Barotière, à l’époque appartenant à René d’Aubigné, seigneur de la Parnière (Brouzils), et que Jean Bégaud achètera quelques années plus tard.
Il acheta aussi en 1580 à son suzerain, alors Jules de Belleville, le droit de rachat qu’il lui devait à chaque mutation des seigneuries de la Chapelle Begouin et de la Barotière, par paiement comptant d’une somme de 800 livres[9]. Jules de Belleville a en effet vendu beaucoup de droits seigneuriaux pour se procurer de l’argent. Son fils, René Begaud, était protestant et il combattit dans leurs rangs pendant les guerres de religion. Fait prisonnier, il resta enfermé plusieurs années au château de Loches (Indre-et-Loire), jusqu’à la pacification. Son château de la Bégaudière fut incendié pendant sa captivité et ne se releva pas de ses ruines complètement[10].

Sa petite-fille, Bonaventure Begaud, épousa Charles Viaud, seigneur de Lestorière (L'Absie dans les Deux-Sèvres), où il demeurait habituellement. En elle s'éteignit la branche aînée de la famille Begaud. Sa fille, Anne Viaud, épousa Daniel Prévost, seigneur de la Fraignée, avant 1638. Il devint le seul seigneur de la Chapelle. Son gendre, Jean Sermonton prit ce titre un temps, mais le fief passa à son fils Daniel Prévost vers 1683[11], puis à son petit-fils, Louis Armand Prévost, seigneur de Lestorière, la Raslière, la Chapelle et autres lieux. Louis Armand Prévost, qui habitait à Paris, vendit la seigneurie de la Chapelle le 14 février 1729 pour 27 000 livres[12]. L’acquéreur s’appelait René Montaudouin, armateur nantais, notamment dans la pêche à la morue et dans la traite des esclaves en provenance d’Afrique vers les Amériques. Il avait acheté la vicomté de la Rabatelière en 1725, et son fils achètera la seigneurie de Languiller en 1745. 
Au moment de cette vente en 1729, le fief de la Chapelle Begouin comprenait, outre l’hôtel noble dans le bourg de la Chapelle et ses droits seigneuriaux, une métairie à la Chapelle (Hermouet, métayer), une borderie (exploitée en régie par Orion) et divers bois taillis, ainsi que la métairie de la Borelière (Guesdon, métayer). Il y avait aussi des « droits de fief sur le bourg de la Chapelle, Barotière, Girardière, la Boule, Brosse Veuilleteau », plus « les terrages de la Benetière, Naulière (lieu disparu), Barotière, la Boule, Brosse Veilleteau et autres ». L’acte énumère aussi avec précision seize rentes dues en céréales à la seigneurie de la Chapelle.

Dans le bourg de la Chapelle se trouvait le logis d’une petite seigneurie voisine, la Galliotière (ou Galloctière), dont les terres s’étendaient vers l’ouest et le nord du bourg. René Bégaud, seigneur de la Chapelle Begouin l’a achetée en 1587 à François de la Grée, seigneur de la Houssaie et à sa femme Jeanne Guinebaud, moyennant 4 500 livres[13]. Dans ce prix étaient compris des rentes et droits sur la Boule (Rabatelière), et la métairie, village et tènement de la Borelière (voisine de la Chapelle). Celle-ci s’agrandit après par défrichement des « Landes du moulin »  qui la touchaient.

Passant à côté de l’église dans le village, un ruisseau descendait se jeter dans celui qui coulait en bas de la Chapelle. Ce dernier alimentait un moulin à eau, appelé le « moulin de la Folie », probablement situé au niveau du village disparu de la Galloctière, proche de la rivière de la Petite Maine. Sur les hauteurs de la Chapelle, au nord-est, on trouvait aussi un moulin à vent, actuellement au lieu-dit du Moulin de la Chapelle, vers la Borelière. Les habitants de la Chapelle et de Naulière (village situé entre la Benetière et la Petite Maine, aujourd’hui disparu), et vraisemblablement d’autres villages aux environs, avaient l’obligation en 1658 de vérolie, c’est-à-dire de faire moudre leurs grains aux moulins du seigneur. Celui-ci les a vendus en 1718, en contrepartie d’une rente de 36 livres par an, puis ils tombèrent en ruine au 18e siècle[14]. La plupart des métayers de la Rabatelière dans cette période, habitant les alentours, devaient faire moudre leurs grains aux moulins du château. Cette obligation avait sa source dans leurs baux, et non dans une règle seigneuriale. Il y avait aussi dans le bourg de la Chapelle la maison du four, appartenant en indivision à Mathurin, René et Anne Fresneau en 1658. On n’a pas relevé de redevance le concernant, étant probablement une simple concession seigneuriale à ses propriétaires.

Les redevances seigneuriales à la Chapelle étaient les mêmes qu’ailleurs dans la contrée. Le cens, d’un montant modeste, était pour l’essentiel attaché à chaque parcelle ou petit groupe de parcelles. On mentionne les dîmes « selon la coutume du pays », sans plus, dans certains documents. Elles étaient dues sur les habitations. Le droit de terrage (champart) était au 1/6 des récoltes dans les terres labourables. On a conservé longtemps une corvée seigneuriale de fanage de foin, pour le grand pré de Cluny en bas du bourg[15]. Elle était attachée sur 7 biens fonciers dans le bourg de la Chapelle, chacun d’une « fourche de bian », c’est-à-dire d’un homme pour toutes les façons nécessaires du fanage (de la coupe au ramassage).

Au 18e siècle, on connait un fermier de la seigneurie de la Chapelle, René Bossard, né vers 1727 et mort en 1775[16]. Il était marié à Marie Anne Cailleteau (1733-1775), prenant la suite de son beau-père, Nicolas Cailleteau, qui s’était mariée en 1727 avec Jeanne Orion, la fille du receveur des recettes au château de la Rabatelière. Son beau-père prendra la ferme de Languiller, et le petit-fils de ce dernier, Jean Marie Cailleteau, deviendra maire de Chauché plus tard, dans le camp des révolutionnaires[17]. François Bossard, fils de René, remplacera son père dans la ferme de la Chapelle jusqu’en 1790[18]. Ayant acheté des biens nationaux, il sera désigné agent (maire) de Chauché en septembre 1797[19], et sera élu en mars 1799 président de l’administration municipale du canton de Saint-Fulgent, fonction surtout honorifique occupée dans les derniers mois du régime du Directoire[20]. C’est lui qui acheta les terrains de l’ancienne église et de l’ancien petit cimetière de la Chapelle.

Emmanuel François
28-10-2018

Illustrations

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L'ancien "bourg" de la Chapelle de Chauché, juin 2015.

[1]

Testament en 1288 de Pierre Bruneau de la Rabatelière, où il fit des legs à l’église de Chauché, sa paroisse, et à celle de Chavagnes dont il était seigneur, Beauchet-Filleau, Dictionnaire historique et généalogique des familles du Poitou, 2e édition, T 2, p. 46.

 
[2]

Aveu du 1-6-1598 de la Jarrie, Raslière et Merlatière à Thouars, page 9, ibidem : 1 AP/1181.

 
[3]

Aveu du 13-5-1677 des Essarts à Thouars, pages 2 et 3, Archives nationales, chartrier de Thouars : 1 AP/1136.

 
[4]

Déclaration roturière du 2-9-1740 de François Mandin pour des domaines au Pin, Archives de Vendée, chartrier de la Rabatelière : 150 J/G 56.

 
[5]

Reconnaissance le 26 décembre 1768 d’une rente foncière perpétuelle due solidairement à la fabrique de la Chapelle Bégouin de Chauché, par toutes les personnes exploitant une terre au village et tènement de la Boninière, Archives de Vendée, notaires de Saint-Fulgent, Frappier : 3 E 30/5.

 
[6]

Archives de Vendée, registre paroissial de Chauché en 1792 : vue n° 22 du document numérisé accessible sur le site internet des Archives départementales.

 
[7]

Beauchet-Filleau et Ch. de Chergé, Dictionnaire historique et généalogique des familles du Poitou (2e édition 1891), T 1, page 407.

 
[8]

Aveu de Languiller et autres fiefs à la baronnie des Essarts le 2 juillet 1605, reprenant le texte d’un aveu de 1550, Archives de Vendée, travaux de G. de Raignac : 8 J 101.

 
[9]

Vente du 8-9-1580 des droits de rachats de la Chapelle Begouin par Jules de Belleville, Archives de Vendée, chartrier de la Rabatelière : 150 J/C 74.

 
[10]

G. de Raignac, De châteaux en logis, Itinéraires des familles de Vendée (1997) T 6, page 77.

 
[11]

Hommage de la Chapelle Begouin et la Barotière à Languiller du 3 décembre 1683 par Auvinet, Archives de Vendée, chartrier de la Rabatelière : 150 J/C 75.

 
[12]

Contrat de vente de la terre et seigneurie de la Chapelle Begouin de M. de Lestorière à M. Montaudouin du 14-2-1729, ibidem, 150 J/C 75.

 
[13]

Achat du 24-6-1587 par René Begaud de la Galliotière, la Borelière et divers droits, ibidem, 150 J/C 75.

 
[14]

Vente du 29-1-1790 d’une portion des moulins à eau et à vent de la Chapelle par Julien Piveteau (Clavelière) à Jean Dabreteau (Benaston), plus le Champ Cluny, Archive de Vendée, notaire Frappier : 3 E 30/13.

 
[15]

Papier censaire de la seigneurie de la Chapelle arrêté le 23 janvier 1723, Archives de Vendée, chartrier de la Rabatelière : 150 J/C 84.

 
[16]

Partage du 16-11-1789 entre François Bossard et sa sœur de leur communauté à la Chapelle, Archives de Vendée, notaires de Saint-Fulgent, Frappier : 3 E 30/12.

 
[17]

Généalogies Bossard et Cailleteau communiquées par M. Joseph Gris.

 
[18]

Ferme du 25-4-1790 de la métairie de la Bordinière, borderie de Maurepas et 23 rentes, de Montaudouin aux Remaud, Archives de la Vendée, 3 E 30/13.

 
[19]

Lettre de Merlet à Coyaud du 6 vendémiaire an 6, Archives du diocèse de Luçon, fonds de l’abbé Boisson : 7 Z 12-II.

 
[20]

Procès-verbal du 22 ventôse an 7 de Martineau et lettre du même à Coyaud du 4 et 13 germinal an 7, ibidem : 7 Z 12-III.

 

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