Archives départementales de la Vendée avec le concours de la Société d'émulation de la Vendée Dictionnaire des toponymes

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Notice rédigée par : Emmanuel François

Graphies connues

la Chevaleray (1800) source : Carte de Cassini

la Chevaleraye (1550) source : Aveu du Coin Foucaud par Languiller aux Essarts en 1605, reprenant un acte de 1550 (150 J/G 61, puis cartes d'état-major (1849-1910), carte IGN (1975).


Nature(s) du lieu

Catégorie : Regroupement d'habitations Masquer
  • Nature : Regroupement d'habitations
    Précision sur la nature du lieu : village et tènement sous l'Ancien Régime relevant du Coin Foucaud.
  • Coordonnées
    • Coordonnées LAMBERT : 332-2210
Catégorie : Siège d'exploitation agricole Masquer
  • Nature : Siège d'exploitation agricole
    Précision sur la nature du lieu : Borderie constituée en 1618 d'après une sentence de 1727 relative aux créanciers Moreau, Arch. dép. Vendée, 22 J 29
Catégorie : Siège d'exploitation agricole Masquer
  • Nature : Siège d'exploitation agricole
    Précision sur la nature du lieu : Métairie citée dans sa vente en 1624, Arch. dioc., 7 Z 19 (dossier Arnaudeau); lieu appelé logis depuis qu'il a été noblement habité au XVIIIe siècle, 7 Z 76-1.

Données historiques

Histoire et archéologie

Le village de la Chevaleraye à Saint-André-Goule-d’Oie est situé au sommet d’un petit coteau qui descend en pente raide vers le ruisseau du Vendrenneau, un kilomètre plus à l’est de la Boutinière. En 1618, les principaux propriétaires possédaient des domaines sur ces deux tènements voisins. Pierre Moreau, sieur du Coudray, avait acheté à la Chevaleraye en indivision avec les Cougnon la moitié des terres des Rabereul (habitant au Coudray), formant une borderie[1]. En 1715, un apothicaire aux Essarts, Jean Trastour, y fit quelques acquisitions[2]. Et en 1773, c’était Modeste Coutant, demeurant au bourg des Essarts, qui était propriétaire d’une borderie à la Chevaleraye[3]. Le seigneur du Coudray, Toussaint Menanteau, y possédait en 1606 un « petit masureau ou foulon et autre maison appelée la Chautoir »[4]. Le foulage des étoffes avec les pieds par les « foulonniers », durait des heures pour dégraisser, assouplir et démêler les tissus. Ensuite on utilisa la force motrice du moulin à eau pour mécaniser ce travail. Le texte désigne le bâtiment, mais ne précise pas la technique employée.

On trouvait aussi une métairie occupant une surface d’environ 140 boisselées (17 ha) en 1796, devenus 24 ha en 1838. Elle avait appartenu à Philippe Paineau, sieur de la Garnerie, qui l’avait cédée dans un échange de biens au début du 17e siècle à un nommé Thireau et Ardouine Gilbert sa femme. Et ceux-ci la vendirent le 22 janvier 1624 à Jacob Arnaudeau, bourgeois demeurant au bourg de Saint-Fulgent, pour 2 800 livres. Le métayer s’appelait alors Antoine Cougnon[5]. Le dernier propriétaire de la métairie de la Chevaleraye avant la Révolution était Jean Abraham de Tinguy, seigneur de la Sauvagère, qui possédait aussi la métairie de la Boutinière. Il a d’ailleurs habité à la Chevaleraye en 1747, domicile qui s’ajoute aux autres, car il en a changé souvent : Saint-Fulgent (vers 1760), le Coudray ensuite (1764-1771), et pour finir à la Giroulière (Rabatelière). Après le décès d’Abraham de Tinguy en 1784, sa veuve, Perrine Bruneau, vendit les deux métairies de la Boutinière et de la Chevaleraye à Agnan Fortin, dernier seigneur de Saint-Fulgent, en novembre 1789. Du temps de l’abbé Boisson, dans les années 1960/1970, des anciens se souvenaient d’un vieux bâtiment dans le village appelés « logis », aujourd’hui disparu. Il y avait une plaque de cheminée marquée d’une fleur de lys, ce qui aurait correspondu aux de Tinguy. Leurs armes portaient bien effet « d’azur à quatre fleurs de lys posées deux et deux »[6].

C’est à la Chevaleraye qu’est né René Girard, mort à l’âge de 30 ans à la bataille de Savenay le 23 décembre 1793, comme son compatriote du village de la Forêt, Pierre François Cougnon. Son jeune frère François Girard est né à la Boutinière le 16 octobre 1776. On le cite dans certains livres d’histoire de la guerre de Vendée, car il reçut l’importante mission d’aller porter une lettre à Charette, dans laquelle La Rochejaquelein lui demandait de venir secourir les Vendéens dans la Virée de Galerne. Il participa aux guerres de Napoléon, étant notamment en Russie lors de la retraite de la Bérézina. Il finit ses jours au Clouin[7].

La Chevaleraye dépendait de la seigneurie du Coin (appelé le Coin Foucaud), laquelle fut possédée depuis le 15e siècle par la seigneurie de Languiller (Chauché), jusqu’à la Révolution. 
Au lieu de l’habituel droit de terrage au 1/6 des récoltes, prélevé par le seigneur, les teneurs devaient collectivement une grosse rente annuelle et fixe de 40 boisseaux de seigle (6,8 quintaux) et 4 ras d’avoine (70 kg) à la mesure des Essarts[8]. Etait due aussi sur le village la dîme de laine, agneaux, gorons (cochons) à la commanderie de Launay[9]. Ce bénéficiaire est inhabituel, ayant probablement joui d’un don du seigneur. Les documents nous donnent à voir, ce qui est très rare, la contribution d’un boisseau de seigle pour droit de boisselage au prieur de Saint-André-Goule-d’Oie[10]. Encore est-ce imprécis, car cette redevance n’était pas collective sur l’ensemble du tènement, mais prélevée sur chaque feu.

Comme à la Boutinière et à la Javelière, les teneurs de la Chevaleraye furent parfois tiraillés entre les seigneurs de Languiller et de Saint-Fulgent, pendant les deux derniers siècles de l’Ancien Régime. Jules de Belleville, seigneur de Languiller, vendit le premier mai 1554, la rente féodale de 40 boisseaux de seigle et 4 ras d’avoine à prendre sur le village de la Chevaleraye, moyennant le prix de 120 livres, à un marchand de Saint-Fulgent nommé Crespeau[11]. Il fit d’autres ventes concernant des redevances à la Boutinière et à la Javelière. La vente comportait une clause de réméré ou retour au vendeur du bien, moyennant la restitution du prix payé. Et le 13 décembre 1560, le seigneur de Languiller donna gracieusement cette clause de retrait à son ami le seigneur de Saint-Fulgent, Gilles Chasteignier. L’année d’après, ce dernier la mit en œuvre, remboursa Crespeau, et devint propriétaire de la rente sur le tènement de la Chevaleraye. 
Dans l’acte de vente à Crespeau, Jules de Belleville s’était réservé un devoir de 5 sols de cens qui lui était dû à Noël, en précisant que la rente féodale vendue était tenue sous l’hommage qu’il en faisait au suzerain des Essarts en tant que seigneur du Coin Foucaud, dont dépendaient le tènement de la Chevaleraye. Et une autre clause avait été insérée dans l’acte de donation de 1560, qui fut à l’origine de bien des conflits : le seigneur de Languiller concédait encore à celui de Saint-Fulgent « tous droits de fief à lui appartenant sur les choses mentionnées par les contrats ci-dessus »[12]. Les successeurs du seigneur de Saint-Fulgent vont prétendre que cette clause leur donnait le droit de se revendiquer seigneur de la Chevaleraye, en possédant le droit de fief avec sa propriété éminente, emportant droit de juridiction et redevances de lods et ventes en cas de mutation de biens fonciers dans le tènement de la Chevaleraye. En revanche, les successeurs du seigneur de Languiller, rendant toujours l’hommage au baron des Essarts pour la seigneurie du Coin Foucaud dont dépendait la Chevaleraye, s’affirmaient comme les seuls seigneurs de ce tènement. Cette querelle portait aussi sur la Boutinièree et la Javelière comme évoqué aux notes qui leur sont consacrées.
Au cours de la querelle, qui dura deux siècles, la plupart des déclarations roturières allèrent au seigneur de Languiller, mais il y en eut au seigneur de Saint-Fulgent. Celui-ci convoqua même les teneurs en 1671 aux assises de sa seigneurie qu’il avait établies au village de la Chevaleraye chez un particulier. A la veille de la Révolution on constate que le seigneur de Saint-Fulgent avait perdu la partie.
Néanmoins la querelle ne portait que sur le droit de fief, et le seigneur de Saint-Fulgent a toujours perçu depuis 1561 la rente de 40 boisseaux de seigle et 4 ras d’avoine due par l’ensemble des teneurs.

Emmanuel François
28-10-2018

Illustrations

la_chevaleraye_2.jpg

la_chevaleraye_2.jpg


La Chevaleraye, 2015

[1]

Sentence d’ordre du 9-9-1727 des syndics des créanciers de Moreau et Menard, Archives de Vendée, chartrier de Roche-Guillaume, famille Moreau : 22 J 29.

 
[2]

Procès sur la mouvance, avertissement du 27-2-1736 de la baronne des Essarts dans le procès entre les seigneurs de Saint-Fulgent et de Languiller, Archives de Vendée, chartrier de la Rabatelière : 150 J/G 40.

 
[3]

Reconnaissance d’une rente foncière sur la Chevaleraye du 24-6-1773 par A. de Tinguy et M. Coutand, Archives de Vendée, notaire de Saint-Fulgent, Frappier : 3 E 30/ 7.

 
[4]

Déclaration roturière du 7-6-1606 de Toussaint Menanteau à Languiller pour la Chevaleraye à cause du Coin Foucaud, Archives de Vendée, chartrier de la Rabatelière :  150 J/G 58.

 
[5]

Famille Arnaudeau de Saint-Fulgent, Archives du diocèse de Luçon, fonds de l’abbé Boisson : 7 Z 19.

 
[6]

Lieux-dits de Saint-André-Goule-d’Oie, la Chevaleraye, ibidem, 7 Z 76-1.

 
[7]

F. Charpentier, "Un ancien de la grande guerre, le père Girard", Revue du Bas-Poitou, 1905-4, page 408 (vue 41 en ligne sur le site des Archives de la Vendée).

 
[8]

Donation de 1560 de J. de Belleville et aveu de  Saint-Fulgent en 1618 à Languiller pour les biens donnés, Archives de Vendée, chartrier de la Rabatelière : 150 J/G 40.

 
[9]

Déclaration roturière du 2-9-1711 de Marguerite Rousseau, veuve Corbière pour la métairie de la Chevaleraye, ibidem, 150 J/G 58.

 
[10]

Ibidem, 150 J/G 58.

 
[11]

Ibidem, 150 J/G 40.

 
[12]

Ibidem, 150 J/G 40.

 

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