Archives départementales de la Vendée avec le concours de la Société d'émulation de la Vendée Dictionnaire des toponymes

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Montaigu > Clemenceau (rue Georges)

Notice rédigée par : Maurice Mignet

Graphies connues

Grand'rue source : La "rue Georges Clemenceau" était autrefois la "Grand'rue", nom qui est encore parfois utilisé au début du XXIe siècle. Une petite "impasse Clemenceau" donne sur la "rue Georges Clemenceau", à son extrémité nord.


Nature(s) du lieu

Catégorie : Voie de communication (rue) Masquer
Titre Image
  • Nature : Voie de communication (rue)
  • Localisation : La "rue Clemenceau", va du Château de Montaigu au carrefour de l'Europe.
  • Coordonnées
    • Coordonnées cadastrales napoléoniennes : Section A
    • Coordonnées cadastrales moderne : Sections AC, AE et AH

Données historiques

Histoire et archéologie

A Montaigu, Georges Clemenceau (1841-1929) n'est pas seulement celui qui a gagné la guerre 1914-1918, qui a signé le traité de Versailles aux conséquences bien connues, et qui est devenu depuis lors un personnage intouchable de l'histoire de France[1]. En effet, son arrière-grand-père Pierre-Paul (1749-1825), y avait été nommé sous-préfet de 1801 (date de la création du poste) à 1805, avant d'être "nommé" (et non "élu") député (1805-1810) au Corps législatif du Premier Empire. La Révolution avait permis à sa famille aisée, originaire de Mouchamps et accessoirement d'ascendances protestantes, de renforcer sa fortune et d'accéder au pouvoir et à la politique[2].
Ayant fait des études de médecine à Nantes puis à Paris, Georges Clemenceau finit par y soutenir en 1865 une thèse de doctorat dans laquelle il est un partisan de la génération spontanée et un farouche adversaire de Louis Pasteur[3]. Heureusement pour la science médicale il se dirigea vers la politique, et y fut un opposant déterminé au Second Empire. Le 10 mai 1871, il quitta opportunément la capitale quelque dix jours avant l’écrasement de la Commune de Paris, lors de la Semaine sanglante. A partir de 1876 et jusqu’en 1920, il sera quasi continument élu député puis sénateur. Il revendiquait des idées considérées alors comme très à gauche mais qui, quand il sera au gouvernement en 1906, se concrétisèrent très classiquement, par des politiques de défense de l'ordre et de la propriété[1].
Le 30 septembre 1906, alors qu’il avait au mois de mars précédent été appelé pour la première fois à participer à un gouvernement, comme ministre de l'intérieur, il vint en visite officielle à Montaigu. Il inaugura le nouvel hôpital, avec son cousin au 7e degré, Joseph Gaillard, maire de la ville depuis mars 1902, et posa devant le photographe dans le jardin de la maison de ce dernier, au 10 de la "rue de la Juiverie"[4].


30 septembre 1906 à Montaigu : Georges Clemenceau,
en visite chez son cousin
Joseph Gaillard, maire de Montaigu.
Propos tenus par des Montacutains de l’époque : "Des hommes pleins de certitudes,
habités d’un esprit de supériorité, et qu’il était mal venu de contredire !"[5]

Plus tard, en souvenir de cette visite et pour célébrer le "père la victoire", le nom de "Georges Clemenceau" a été donné à la "Grand’rue", rue principale de la Vieille Ville de Montaigu. 

Autres mentions

Conséquence du cousinage entre Joseph Gaillard et Georges Clemenceau : le coq de l’ancien clocher de Montaigu s’est retrouvé au-dessus de la villa que ce dernier possédait à Saint-Vincent-sur-Jard. Mais ce généreux don du cousin-maire au cousin-ministre y a mystérieusement disparu après 1929, et c’est un remplaçant qui s’y trouve aujourd’hui[6].

Les Clemenceau sont représentatifs de bien des familles de la bourgeoisie aisée de Montaigu et du Bas-Poitou qui, avant la Révolution, ambitionnaient d’accéder au mode de vie et au statut plus prestigieux de la noblesse. Comme ces familles, ils s’efforçaient d’avoir, autant que faire se pouvait, les modes de vie et attributs de cette dernière : patronymes composés ("Clemenceau de la Locquerie", "Clemenceau du Colombier", "Clemenceau de la Serrie"…), adoption de blasons et armoiries (ci-contre, trois des blasons variés utilisés par les divers Clemenceau)[7], manières de s’habiller et de se distraire, propriétés foncières et demeures ayant pignon sur rue, politiques matrimoniales, choix de professions juridiques et intellectuelles en attendant de "vivre noblement" de rentes… Ils abandonnèrent les premiers et virent les derniers confortés, quand la Révolution leur permit de devenir riches (c’est-à-dire de vivre sans avoir besoin de travailler) en simplement quelque dix ans et les installa aux fonctions sociales et de pouvoir qui étaient auparavant prioritairement exercées par des membres de l’aristocratie. Cependant, cette révolution ne les rapprocha pas, bien au contraire, des membres des autres catégories sociales et des habitants des communes rurales des alentours, qu’ils continuèrent à traiter avec un fort sentiment de supériorité[8].

[1]

Pour une biographie distanciée de Georges Clemenceau, voir la présentation faite par l’historien britannique Théodore Zeldin, dans History of French Passions (1848-1945), 1973-1977, tome. 4 "Politics and Anger".

 
[2]

Artarit (Jean), Clemenceau le Vendéen, 2007. 

 
[3]

Lemire (Laurent), Ces savants qui ont eu raison trop tôt, 2013. 

 
[4]

Denis (Pierre), Montaigu et son canton, 2004, p. 128.

 
[5]

Témoignage de Denise Favreau-Bourquie (1920-2015), née à Montaigu et y ayant toujours vécu ; entretien en 2012.

 
[6]

Enquête en 2012 auprès du Musée Clemenceau, de Saint-Vincent-sur-Jard.

 
[7]

Beauchet-Filleau, Dictionnaire historique et généalogique des familles du Poitou, t. 2, p. 517 sq.

 
[8]

Cf. à Montaigu, pour ces comportements de familles bourgeoises, les Trastour, La Revellière, Goupilleau, Fayau, Dugast… (pour se limiter aux familles dont les noms se virent plus tard attribués à des lieux de la commune), ainsi que la correspondance et les écrits de Charles Dugast-Matifeux, dans le fonds portant son nom à la Bibliothèque municipale de Nantes.

 

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