Archives départementales de la Vendée avec le concours de la Société d'émulation de la Vendée Dictionnaire des toponymes

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Poiré-sur-Vie, Le > Cordinière (la)

Notice rédigée par : Maurice Mignet

Nature(s) du lieu

Catégorie : Regroupement d'habitations Masquer
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  • Nature : Regroupement d'habitations
    Précision sur la nature du lieu : village
  • Localisation : "La Cordinière" est située à trois kilomètres à l’est-nord-est du centre-bourg du Poiré-sur-Vie.
  • Coordonnées
    • Coordonnées cadastrales napoléoniennes : sections M, 3e feuille, et C, 3e feuille
    • Coordonnées cadastrales modernes : sections Y et YO

Données historiques

Histoire et archéologie

"La Cordinière" est située au sud de "la Vie" qu’elle domine d’une vingtaine de mètres, à un endroit où la vallée de celle-ci est relativement rétrécie et encaissée.

"La Cordinière" dominant la vallée de "la Vie",
vue en 2017 à partir de
"la Roussetière" voisine.
et dessinée en 1996 par Olivier Dugast,
dans une étude visant à restaurer le patrimoine architectural rural local.

A la fin du XVIIIe siècle, le village de "la Cordinière" n’était constituée que de deux métairies et ne comptait qu’une douzaine d’habitants, les Micheau et les Montassier. On trouve, ceux-ci du côté de l’insurrection vendéenne, entre 1793 et 1796[1].

Autour de 1870, les deux métairies furent réunies, et les bâtiments furent reconstruits suivant le modèle se répandant alors, et constitués d’une part d'une vaste grange-étable au toit à deux pans, et d’autre part de bâtiments d’habitation formant ici une barre, et de quelques annexes[2].

L’activité agricole à "la Cordinière" s’est brutalement arrêtée en 1982. Depuis cette date, le village n’a plus qu’une fonction résidentielle.

A quelques centaines de mètres au sud-est de "la Cordinière" se trouvait un groupe de six moulins bien connus, bien qu’aujourd’hui disparus, et auxquels on donnait le nom de "moulins des Cordinières". Ces moulins à vent se situaient à un endroit particulièrement venté en raison de son altitude légèrement proéminente, autour de 70 m, renforcée par son voisinage avec le creux formé par la vallée de "la Vie". Leur nombre avait varié au fil du temps. Ainsi, si en 1836, le premier cadastre en dénombre six, situés à quelques dizaines de mètres les uns des autres[3], vers 1760 la carte de Cassini n’en indique que trois, à savoir : le "Grand Moulin", le "moulin du Milieu" et le "moulin de la Hutte", auxquels s’ajoutèrent plus tard deux "moulin Neuf" (que l’on distinguait l’un de l’autre en faisant suivre leur nom de celui de leur propriétaire) et, un peu à l’écart, le "moulin Rouge"[4].

En leur temps, ces moulins transformaient en farine les céréales (les "bleds") du voisinage, chacun au rythme moyen de 250 à 400 kg par jour. Mais ils avaient disparu depuis longtemps quand les regroupements parcellaires, autour de 1990, en ont effacé les dernières traces[4].

Les six "moulins des Cordinières" aujourd’hui disparus :
- apparemment au nombre de trois, vers 1760 sur la carte de Cassini ;
- devenus six sur le plan cadastral de 1836 (environ 420 x 245 m) et au pluriel
car
"la Cordinière" était constituée de plusieurs métairies ;
- et enfin sur une vue aérienne en 2014 (environ 700 x 690 m),
la localisation de leur ancien emplacement.

En 1836, le "Grand Moulin" (C 1386, sur le cadastre de l’époque) appartenait aux meuniers Mathurin Guillet et Jean-Baptiste Laurenceau, de "Montorgueil". Il fut démoli en 1900.
Le "moulin du Milieu" (C 1396) appartenait en 1836 au meunier Mathurin Guillet, de "la Turquoisière". Quand il fut démoli, en 1865, il appartenait à Aimé Birotheau.
Le "moulin de la Hutte" (C 1391) appartenait en 1836 à Mathurin Guillet de "la Roussetière", et en 1872, à Pierre Gillaizeau de "l’Orbreteau" puis du "Beignon-Jauffrit", et enfin à Jean Guillet et à Jean Favroul quand il fut démoli en 1880.
En 1836, le premier "moulin Neuf" (C 1402) était la propriété de Jean Guillet de "la Jucaillère", et lorsqu’il fut démoli en 1870, celle d’André Bouhier, de ce même village.
Le second "moulin Neuf" (C 1394) appartenait en 1836 à Jean Morilleau, du village "le Chemin", et en 1891 au meunier Henri Morilleau-fils, de ce même village. Il fut démoli en 1926.
Le "moulin Rouge" (C 1230) était aussi appelé "moulin du Chemin"[5], du nom du village voisin où habitait Jean Morilleau, son meunier et son propriétaire en 1836. Il fut démoli autour de 1888.

Les fantômes de cinq des"moulins des Cordinières"
sur leur ancien emplacement de 1836
(vue prise vers le nord, en 2017,
pas très loin de l’emplacement du sixième de ces moulins) ;
ainsi que quelques bris de meules restés dans un talus.

A l’époque de ces moulins,
et afin de ne pas leur prendre le vent,
les haies étaient moins denses et surtout moins hautes que
celles qui ont été supprimées dans les années 1980,
suite au remembrement.

Pendant la Révolution, dans les années 1793 et suivantes, les "moulins des Cordinières" eurent à subir la politique de la Convention visant à affamer la population locale, voire à l’exterminer. Il en reste le témoignage de Lucas Championnière qui évoque qu’en 1794...

"le pays était garni de troupes et les vivres y manquaient presque totalement, mais ce qui nous incommodait le plus était le défaut de moulins ; ils avaient été tous incendiés et nous n’avions pour ressource que de petits moulins à bras qui servent ordinairement au blé noir […]"[6]

Les meuniers des "moulins des Cordinières" furent de ceux qui s’opposèrent au nouveau régime politique et à ses privilégiés. Dans les années qui suivirent, non seulement ils durent reconstruire leurs moulins détruits, mais ils eurent aussi à supporter...

"la gendarmerie chargée de faire des visites domiciliaires chez les citoyens Pierre Raynard fils, farinier, Mathurin Guillet, farinier, Jean Morilleau, farinier, demeurant à la Turquoisière […] Joseph Guillet farinier, à la Jucaillère ; Mathurin Guillet, farinier, demeurant à l’Orcière […] et d’arrêter les individus qui s’y trouvent cachés […] et enlever toutes les armes qui peuvent s’y trouver"[7].

 

Autres mentions

Sur le cadastre de 1836, les six "moulins des Cordinières" faisaient partie des 32 moulins à vent (et 3 à eau) se trouvant sur les 8107 ha de la commune du Poiré d’alors[3]. A cette date d’autres moulins n’étaient déjà plus qu’un souvenir, tandis que certains autres seront construits plus tard. Au total, et sur l’étendue de la commune du Poiré d’alors, on a pu déceler l’existence, à une époque ou à une autre, d’au moins 53 à 55 moulins, dont 11 moulins à eau et 42 à 44 moulins à vent[4]. A cela il faudrait ajouter la présence ici et là du toponyme "tonnelle" (13 en 1836 sur le cadastre du Poiré[3]). C’était ainsi qu’on appelait la base maçonnée des moulins à vent plus anciens, les "moulins turquois" (dont le nom provenait de leur origine proche-orientale[8]). Ces "tonnelles", font présumer de l’existence en ces endroits d’autres moulins à vent disparus antérieurement[4].

Contrairement aux moulins à eau qui, longtemps après la fin de leur activité, laissent encore des traces dans le paysage, les moulins à vent disparaissent rapidement. Ainsi pour les "moulins des Cordinières" : à part quelques débris de meules dans une haie, il n’en restait rien en 2019.

La fiscalité a aussi été une des causes de la rapide disparition des moulins à vent. Quand leur activité s’arrêtait, les propriétaires devaient, pour ne plus être taxés, apporter la preuve de cette cessation à l’administration fiscale. Initialement, cela passa par la simple obligation d’en déposer les ailes, puis, pour s’éviter un répétitif travail de vérifications, cette administration poussa à une destruction pure et simple des moulins qui étaient devenus inactifs.

Sur la carte de la commune du Poiré dans ses limites de 1836,
la localisation des 42 à 44 moulins à vent (points rouges)
et des 11 moulins à eau (carrés bleus)

y ayant existé à une époque ou à une autre, et dont la présence a pu être attestée
par des relevés sur le terrain ou par la consultation de documents d’archives
(avec, parmi les moulins à vent, les six
"moulins des Cordinières").
Les points verts localisent les 13 toponymes "tonnelle",
se trouvant sur le cadastre de 1836,
et qui sont présumés correspondre à d’anciens moulins à vent.

Ci-après, les noms de ces anciens moulins à eau ou à vent[4], tous détruits en 2020
à l’exception du
"moulin à Élise" (dit à l’origine "moulin de la Verdonnière").

Avant le XIXe siècle, rares sont les représentations pouvant montrer quelles étaient les caractéristiques des moulins à vent existant alors dans les environs du Poiré. Cependant le peintre hollandais Lambert Doomer, parmi les dessins de sa période nantaise, en a laissé un d’un "Moulin à vent sur la route de Vieillevigne"[9], en 1645, pouvant donner une idée de ce qu’était un "moulin turquois". 

Et en 1542, Jehan Florentin avait représenté différents moulins à vent sur son "Plan figuratif du château d'Apremont et du cours de la rivière de Vie"[10], faisant partie d’un projet avorté visant à rendre navigable la partie aval de "la Vie".

A gauche : extrait du "rouleau d’Apremont" de Jehan Florentin
représentant en 1542 des moulins à vent en bordure du château d’Apremont,
moulins qui avaient disparu à la fin du XVIIIe siècle[11].
A droite : la représentation en 1645 d’un
"Moulin à vent sur la route de Vieillevigne",
par Lambert Doomer, conservée au British Museum, à Londres.

Sources et références

(sauf mention contraire, les illustrations sont dues à M. Mignet)

[1]

Cahier des réquisitions de l’armée catholique et royale dans la paroisse du Poiré, extrait : réquisitions à "la Cordinière" (Bibl. mun. de La Roche-sur-Yon : ms 19), et listes nominatives des dénombrements et recensements de 1797 à 1911 (Arch. dép. de la Vendée : 6 M 280).

 
[2]

Dugast (Olivier), Le devenir du bâti ancien dans le Bocage de Vendée à travers l’exemple du Poiré-sur-Vie, 1996, p. 19 et 33 à 36. 

 
[3]

Plan, états de sections et matrices du cadastre de 1836 du Poiré-sur-Vie (Arch. dép. de la Vendée : 3 P 178). Avant qu’en 1849, sa partie la plus à l'est fût rattachée à Belleville, la commune du Poiré s’étendait sur 8107 ha (contre 7295 ha en 2016) ; en 1836, cela faisait d’elle une des trois plus vastes communes de la Vendée, avec celle d’Aizenay (8105 ha) et celle de Talmont-Saint-Hilaire (8843 ha).

 
[4]

A partir de "les Moulins du Poiré-sur-Vie", d’Eugène-Marie Vincent, 2012, 42 p. Une étude exhaustive et incontournable, mais inédite, s’appuyant sur l’inventaire de la carte de Cassini, des documents cadastraux, des actes notariés, des registres d’impositions, et sur des relevés systématiques sur le terrain.

 
[5]

A ne pas confondre avec un ancien moulin à eau portant lui aussi le nom de "moulin du Chemin", situé sur "la Vie" en contrebas de "Montorgueil", et à 200 m du "moulin Ragoiller".

 
[6]

Lucas Championnière (P.-S.), Mémoires de la Guerre de Vendée (1793-1796), édition 1994, p. 88. Sommé le 10 mars 1793 de se mettre à la tête des insurgés de Brains et du Pellerin, Pierre-Suzanne Lucas de la Championnière (1763-1825) a combattu aux côté de Charette d’octobre 1793 à février 1796. Bien qu’à cette dernière date il eût fait sa soumission contre sa vie sauve, il préféra alors se cacher dans Nantes afin de ne pas être tué comme l’avaient été précédemment tous les membres de sa famille, ou à la même époque d’autres qui s’étaient soumis comme lui. Il y rédigea les écrits ci-dessus qui ne furent cependant publiés que deux générations plus tard, en 1904. Jules Verne, qui était un ami de sa famille, s’inspira librement de l’histoire de sa vie pour son roman Le Comte de Chanteleine (1864) dans lequel il ne cache pas où vont toutes ses sympathies, mais qui pour des raisons de censure idéologique ne put être publié, lui aussi, que plus d’un siècle plus tard, en 1971. 

 
[7]

Délibérations de la municipalité cantonale du Poiré, 7 thermidor an 6 / 25 juillet 1798 (Arch. dép. de la Vendée : L 1238). De la fin 1796 au tout début de 1800, les communes du Poiré, de Beaufou et des Lucs étaient sous la dépendance d’une municipalité unique, exclusivement constituée des quelques partisans locaux du régime politique en place, eux-mêmes étroitement surveillés par un commissaire politique (en l’occurrence, le notaire André-Philippe Danyau) qui rapportait décadairement leurs faits et gestes aux autorités départementales (Arch. dép. de la Vendée : L 264).

 
[8]

La présence de moulins à vent en Europe occidentale ne se serait, dit-on, généralisés qu’à partir du XIIe siècle. Cette diffusion serait héritée des expéditions organisées à la fin du XIe siècle afin que les pèlerins puissent de nouveau avoir librement accès aux lieux saints, un accès qui leur était devenu interdit depuis que les les Turcs en avait pris le contrôle en 1078. Plus tard, on donnera à ces expéditions le nom de "croisades". Quant aux nouveaux moulins dont la technique avait été rapportée du "pays des Turcs", on les appela des "moulins turquois".

 
[9]

Lambert Doomer (1624-1700) a réalisé au moins deux reproductions de ce "Moulin à vent sur la route de Vieillevigne", qui se trouvent l’une au British Museum, à Londres (208 x 285 mm) et l’autre au musée Boijmans van Beuningen, à Rotterdam (235 x 357 mm).

 
[10]

Florentin (Jehan), "Plan figuratif du château d'Apremont et du cours de la rivière de Vie", dit  "le rouleau d’Apremont", 1542 (Bibliothèque nationale de France, département des cartes et plans ( GE A-364 (RES) ).

 
[11]

Pour la présence, ou non, des moulins à la fin du XVIIIe siècle ou au début du XIXe siècle : voir la Carte générale de la France (dite carte de Cassini), feuille 132, "les Sables-d'Olonne", 1768-1770 ; voir aussi les plans cadastraux dit "napoléoniens" (pour le Poiré : Arch. dép. de la Vendée : 3 P 178).

 

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