Archives départementales de la Vendée avec le concours de la Société d'émulation de la Vendée Dictionnaire des toponymes

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Poiré-sur-Vie, Le > Cordinières (les moulins des)

Notice rédigée par : Maurice Mignet

Nature(s) du lieu

Catégorie : Moulin à vent Masquer
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  • Nature : Moulin à vent
    Précision sur la nature du lieu : Groupement de six moulins à vent.
  • Localisation : Les "moulins des Cordinières", aujourd’hui tous disparus, étaient situés à 3 km à l’est du centre-bourg du Poiré-sur-Vie
  • Coordonnées
    • Coordonnées cadastrales napoléoniennes : section C, 3e feuille.
    • Coordonnées cadastrales modernes : section YO.

Données historiques

Histoire et archéologie

Les "moulins des Cordinières" tenaient leur nom du village voisin de "la Cordinière". Ces moulins à vent se situaient à un endroit particulièrement venté en raison de son altitude légèrement proéminente, autour de 70 m, et de son voisinage avec le creux que forme la vallée de "la Vie". Leur nombre à varié au fil du temps. En 1836, le premier cadastre en dénombre six, situés à quelques dizaines de mètres les uns des autres[1], mais en 1770, la carte de Cassini n’en indiquait que trois qui étaient : le "Grand Moulin", le "moulin du Milieu" et le "moulin de la Hutte". Plus tard s’y ajoutèrent deux "moulin Neuf" (que l’on distinguait en les faisant suivre par le nom de leur propriétaire) et le "moulin Rouge"[2].

 

En leur temps, ces moulins à vent transformaient en farine les céréales (les "bleds") du voisinage, chacun au rythme moyen de 250 à 400 kg par jour. Mais ils n’existaient plus depuis longtemps quand les regroupements parcellaires en ont fait disparaître les dernières traces autour de 1990[2].

 

Les six "moulins des Cordinières", aujourd’hui disparus,
sur le plan cadastral de 1836 (environ 420 x 245 m),
et apparemment au nombre de trois sur la carte de Cassini, en 1770.
La localisation de leur emplacement
sur une vue aérienne en 2014 (environ 700 x 690 m).

 

En 1836, le "Grand Moulin" (C 1386) appartenait aux meuniers Mathurin Guillet et Jean-Baptiste Laurenceau, tous deux de "Montorgueil". Il fut démoli en 1900.

Le "moulin du Milieu" (C 1396) appartenait en 1836 au meunier Mathurin Guillet, de "la Turquoisière". Quand il fut démoli, en 1865, il appartenait alors à Aimé Birotheau.

Le "moulin de la Hutte" (C 1391) appartenait en 1836 à Mathurin Guillet de "la Roussetière", et en 1872, à Pierre Gillaizeau de "l’Orbreteau" puis du "Beignon-Jauffrit", puis à Jean Favroul et à Jean Guillet lorsqu’il fut démoli, en 1880.

En 1836, le premier "moulin Neuf" (C 1402) était la propriété de Jean Guillet de "la Jucaillère". Quand il fut démoli en 1870, il appartenait à André Bouhier, de ce même village.

Le second "moulin Neuf" (C 1394) appartenait en 1836 à Jean Morilleau, du village "le Chemin", et en 1891 au meunier Henri Morilleau-fils, de ce même village. Il fut démoli en 1926.

Le "moulin Rouge" (C 1230), un peu à l’écart était aussi appelé "moulin du Chemin"[3], du nom du village voisin où habitait Jean Morilleau, son meunier et propriétaire en 1836. Il fut démoli vers l’année 1888.

 



 

En 1793, la Convention nationale ayant décidé, entre autres destructions, celles de tous les moulins afin d’affamer la population locale, les meuniers des "moulins des Cordinières" rejoignirent ceux s’opposant au nouveau régime politique. Dans les années suivantes ils durent non seulement reconstruire leurs moulins détruits, mais ils durent aussi supporter "la gendarmerie chargée de faire des visites domiciliaires chez les citoyens Pierre Raynard fils, farinier, Mathurin Guillet, farinier, Jean Morilleau, farinier, demeurant à la Turquoisière […] Joseph Guillet farinier, à la Jucaillère ; Mathurin Guillet, farinier, demeurant à l’Orcière […] et d’arrêter les individus qui s’y trouvent cachés […] et enlever toutes les armes qui peuvent s’y trouver"[4].

 

Autres mentions

En 1836, les six "moulins des Cordinières" faisaient partie des trente-deux moulins à vent (et trois à eau) se trouvant alors sur les 8107 ha de la commune du Poiré[1]. A cette date d’autres moulins n’étaient déjà plus qu’un souvenir, et certains autres ne seront construits que plus tard. Au total, sur l’étendue primitive de la commune du Poiré, on a pu déceler l’existence, à une époque ou à une autre, d’au moins 53 moulins (42 moulins à vent et 11 moulins à eau)[2]. A cela il faudrait ajouter la présence ici et là du toponyme "tonnelle" (treize en 1836 sur le cadastre du Poiré[1]), un nom que l’on donnait à la base des moulins à vent plus anciens, appelés "moulins turquois" parce qu’ils seraient venus autrefois du Proche-Orient[5]. La présence de ces "tonnelles" laisse présumer qu’à leurs emplacements auraient existé d’autres moulins à vent disparus[2].

Si, longtemps après la fin de leur activité, les moulins à eau laissent des traces dans le paysage, celles des moulins à vent disparaissent rapidement. C’est le cas pour les "moulins des Cordinières" : exceptés quelques débris de meules, il n’en restait rien en 2019.

La fiscalité a été aussi une des causes de la rapide disparition des moulins à vent. Quand leur activité s’arrêtait, les propriétaires devaient apporter la preuve de cette cessation à l’administration fiscale pour ne plus être taxé. Cela passait au départ par la simple obligation d’en déposer les ailes, puis, pour s’éviter un répétitif travail de vérifications, cette administration poussait à une destruction pure et simple des moulins désormais devenus inactifs.

Sur la carte de la commune du Poiré dans ses limites de 1836,
la localisation des 42 moulins à vent (en rouge) et des 11 moulins à eau (en bleu)

y ayant existé à une époque ou à une autre, et dont la présence a pu être attestée
par des relevés sur le terrain ou par la consultation de documents d’archives[2]
(avec, parmi les moulins à vent, les six
"moulins des Cordinières").
En vert, la localisation des 13 toponymes "tonnelle", anciens moulins présumés.


Avant le XIXe siècle, rares sont les représentations pouvant montrer les caractéristiques des moulins à vent dans les environs du Poiré. Cependant, parmi les dessins de sa période nantaise, le peintre hollandais Lambert Doomer en a laissé d’un "Moulin à vent sur la route de Vieillevigne"[6], en 1645, pouvant donner une idée de ce qu’était un "moulin turquois". Et en 1542, Jehan Florentin avait laissé celle de moulins à vent sur son "Plan figuratif du château d'Apremont et du cours de la rivière de Vie"[7], un projet avorté visant à rendre navigable la partie aval de "la Vie".

A gauche : extrait du "rouleau d’Apremont" de Jehan Florentin
représentant en 1542 des moulins à vent en bordure du château d’Apremont,
des moulins qui avaient disparu à la fin du XVIIIe siècle[8].
A droite : la représentation en 1645 d’un "Moulin à vent sur la route de Vieillevigne"
par Lambert Doomer, conservée au British Museum, à Londres.

 

Sources et références

(sauf mention contraire, les illustrations sont dues à M. Mignet)

[1]

Plan, états de sections et matrices du cadastre de 1836 du Poiré-sur-Vie (Arch. dép. de la Vendée : 3 P 178). Avant qu’en 1849, sa partie est fût rattachée à Belleville, la commune du Poiré s’étendait sur 8107 ha (contre 7295 ha en 2016) ; en 1836, cela faisait d’elle une des trois plus vastes communes de la Vendée, avec celle d’Aizenay (8105 ha) et celle de Talmont-Saint-Hilaire (8843 ha).

 
[2]

Vincent (Eugène-Marie), les Moulins du Poiré-sur-Vie, 2012, 42 p. Cette étude inédite, mais exhaustive et incontournable, s’appuie sur la carte de Cassini, les documents cadastraux, les actes notariés, les registres d’impositions et des relevés systématiques sur le terrain.

 
[3]

A ne pas confondre avec un ancien moulin à eau portant lui aussi le nom de "moulin du Chemin", situé sur "la Vie" en contrebas de "Montorgueil", et à 200 m du "moulin Ragoiller".

 
[4]

Délibérations de la municipalité cantonale du Poiré, 7 thermidor an 6 / 25 juillet 1798 (Arch. dép. de la Vendée : L 1238).

 
[5]

La présence de moulins à vent en Europe occidentale se serait, dit-on, généralisés au cours du XIIe siècle. Cette diffusion serait une suite des expéditions organisées à la fin du XIe siècle pour que les pèlerins puissent de nouveau avoir accès librement aux lieux saints, et qui seront appelées plus tard "croisades". Ayant été rapportés du "pays des Turcs", on les aurait de ce fait appelés "moulins turquois".

 
[6]

Lambert Doomer (1624-1700) a réalisé au moins deux reproductions de ce "Moulin à vent sur la route de Vieillevigne" : une au British Museum, à Londres (208 x 285 mm) et une autre au musée Boijmans van Beuningen, à Rotterdam (235 x 357 mm).

 
[7]

Florentin (Jehan), "Plan figuratif du château d'Apremont et du cours de la rivière de Vie", dit  "le rouleau d’Apremont" (Bibliothèque nationale de France, département des cartes et plans ( GE A-364 (RES) ).

 
[8]

Pour la présence, ou non, des moulins à la fin du XVIIIe siècle ou au début du XIXe siècle, voir la Carte générale de la France (dite de Cassini), feuille 132, "les Sables-d'Olonne", 1768-1770 ; ainsi que les plans cadastraux dit "napoléoniens" (Arch. dép. de la Vendée : 3 P…).

 

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