Archives départementales de la Vendée avec le concours de la Société d'émulation de la Vendée Dictionnaire des toponymes

Espace contributeur

Identifiez vous - Pour en savoir plus

Résultat

imprimer la notice complète

Poiré-sur-Vie, Le > Deffend (le)

Notice rédigée par : Maurice Mignet

Nature(s) du lieu

Catégorie : Regroupement d'habitations Masquer
Titre Image
  • Nature : Regroupement d'habitations
    Précision sur la nature du lieu : village et château
  • Localisation : "Le Deffend" se situe à 7,5 km à l’est du centre bourg du Poiré-sur-Vie.
  • Coordonnées
    • Coordonnées cadastrales napoléoniennes : section D, 2e feuille (cadastre du Poiré)
    • Coordonnées cadastrales moderne : section ZD (cadastre de Belleville)

Etymologie

Précisions étymologiques générales
Deffend, Deffends : Désignait certaines parties des forêts gardées, défendues, réservées pour la chasse seigneuriale. Defensus est le participe passé du verbe defendo. De ce mot defensus, employé substantivement, on a fait en français des XIIe et XIIIe s. defais et defeis, par la disparition du "u". Selon le dict. Godefroy, defais est une "terre dont l'entrée était interdite"; dans le marais poitevin, le deffend désignait une partie où la pêche était exclusivement réservée au seigneur.

Données historiques

Histoire et archéologie

En 2017, le "Deffend" était constitué d’un village, et d’un château construit à la fin du XIXe siècle 600 m plus loin. Faisant avec les villages voisins partie depuis toujours de la paroisse du Poiré, le "Deffend" en fut distrait en 1844 pour être rattaché à la paroisse de Belleville, "afin de faciliter aux fidèles l'accomplissement des devoirs religieux"[1]. Cinq ans plus tard cette modification, incluant aussi quelques villages de Beaufou, fut étendue au niveau communal : la surface de Belleville passa ainsi de 433 hectares à 1516 hectares.

C’est à mi-chemin entre le village du "Deffend" et le château du même nom que se trouve la source officielle de "la Vie".

Le terme "deffend" (ou "deffends") indiquait des bois où les coupes étaient réservées, ou des terres interdites à l’entrée des bestiaux[2].


"Le Deffend" et ses parages sur une vue aérienne en 2014,
et sur le cadastre du Poiré de 1836 (environ 1150 x 700 m).
Deux cartes postales montrant le
"château du Deffend" avec ses oriels vers 1910 ;
et en 2017 une vue de l’ancien
"village du Deffend",
près duquel se trouve une exploitation agricole de 000 ha.

Le "Deffend" et les villages voisins de "la Vieille Verrerie" et des "Petits Oiseaux" ont longtemps appartenu aux mêmes propriétaires[3]. Jus-qu’en 1857, c’étaient ceux de Rortheau et de ses dépendances, sur Dompierre.


En 2017, le "château du Deffend" (sans ses oriels) avec ses dépendances..

Les plus anciens sont les Bertrand, gentilshommes verriers venus installer ici leur activité au cours du XVe siècle[4], et c’est à celle-ci que l’ancien village de "la Vieille Verrerie" devait son nom. Deux siècles et demi plus tard, autour de 1700, ils cédèrent leurs biens aux de Rossy. Lesquels cessèrent leur activité de verriers dans la seconde moitié du XVIIIe siècle. Durant la Révolution ils émigrèrent, ce qui entraîna la mise sous séquestre de leurs biens[5],mais n’ayant pas trouvé preneurs, ceux-ci leurs furent restitués à leur retour d’exil. Devenus par mariages les Brunet de la Grange, ils vendirent en 1857, le "Deffend", "la Vieille Verrerie" et les "Petits Oiseaux" aux Rouchy qui les revendirent à leur tour en 1877 à Prosper Deshayes (1833-1907)[6].

Ce dernier, notaire et riche propriétaire foncier, fut maire de Luçon de 1878 à 1907, conseiller général du département de la Vendée de 1887 à 1898, et député radical à l’Assemblée nationale de 1893 à 1906. En 1880, il fit construire le château actuel du "Deffend" à l’emplacement des bâtiments de la métairie de "la Vieille Verrerie", affirmant ainsi la réussite économique, sociale et politique de la famille. Cela valut à son fils Louis de devenir maire de Belleville en 1895, et de le rester jusqu’à ce qu’il donne sa démission en 1917. Le château du "Deffend" fut alors vendu à Félix Fleury et à son épouse Régine de Fériet ; un siècle plus tard, leurs enfants en étaient tou-jours propriétaires[6].

Ce "château du Deffend" a été la première des constructions faites par l’architecte Léon Ballereau (1856-1935). Les cartes postales qui le représentent vers 1910 y montrent des oriels. C’était une innovation propre à "l’Art nouveau" qui se développait alors et qui fut reprise ensuite par le mouvement "Art déco". Ils ont été supprimés depuis.


Les blasons des verriers successifs du "Deffend",
et le blason de son propriétaire en 1836 :
les Bertrand, les de Rossy, les Brunet de la Grange.

Au moment de la Révolution, la métairie du "Deffend" s’étendait sur 150,25 boisselées (17,3 ha) et était tenue par "Jacques Rambaud et sa communauté". Comme la grande majorité des habitants de la contrée, lui et ses fils participèrent à l’insurrection vendéenne, soutenant matériellement Charette7. Dans les années suivantes, qualifiés de "mauvais sujets",  ils furent ainsi que leurs voisins longtemps inquiétés par des perquisitions et visites domiciliaires[7].

Quelque cent cinquante ans plus tard, lors de la défaite de juin 1940, le "château du Deffend" fut occupé pendant plusieurs mois par quelques centaines de militaires allemands qui le mirent à mal et y causèrent une émotion durable[8]. Mais quatre ans plus tard, durant l’été 1944, à environ 4 km de là, près du Rortheau, se constitua un maquis qui se donna pour nom "le maquis de Charette"[9], les habitants des villages voisins ayant indiqué qu’en 1794-1795 un des détachements de la petite troupe de celui-ci s’était installé au même endroit dans le bois des Gâts[10], ravitaillé à l’époque par la population locale, dont les Rambaud du "Deffend".

Ces deux clandestinités, parentes par leurs noms, se rencontrèrent de façon inattendue lors du parachutage d’armes de la nuit du 25 au 26 août 1944 (ou de celui de la nuit du 5 au 6 septembre) qui eut lieu sur la vaste parcelle C 465, de 15 ha, se trouvant en bordure nord-ouest de ce bois. Une forte pluie d’orage se produisit ce soir-là alors que les maquisards attendaient les avions venant leur apporter des armes ; l’un d’entre eux, Martial Moreau du "Beignon-Jauffrit" du Poiré, s’étant mis à l’abri sous les arbres vit apparaître dans la terre qui était sous ses pieds, des pièces venant du XVIIIe siècle et attendant là depuis cent cinquante ans[11].


Quelques-unes des pièces, datant d'avant 1790,
trouvées en 1944 en bordure du bois des Gâts
pendant un parachutage d’armes[11] 
sur une parcelle voisine en ayant antérieurement fait partie.

Le 5 janvier 1938, un arrêté ministériel a classé "l’allée de chênes du Deffend" comme "site pittoresque". Ce classement a pour but "d’assurer à long terme par tout moyen efficace, juridique ou autre, la conservation de la nature ainsi que les services écosystémiques et les valeurs culturelles qui lui sont associés"[12].

Située à deux cents mètres à l’ouest du "château du Deffend" et longue d’environ cent cinquante mètres, cette allée occupe une surface de 0,96 ha. Quatre-vingts ans après son classement en 1938, ses arbres ont pris encore plus d’ampleur, même si les tempêtes ont été fatales à quelques-uns d’entre eux.


"L’allée de chênes du Deffend" sur une carte de 2014
(environ 1233 x 1233 m)[12],
et une vue en juin 2017 de cette allée classée
"site pittoresque"..

Autres mentions

Les "sociétés et communautés" paysannes à la fin du XVIIIe siècle, telle celle de Jacques Rambaud du "Deffend", ont été étudiées pour la région par l’historien du XVIIIe Philippe Bossis. C’étaient un peu les ancêtres des actuels GAEC (Groupements Agricoles d'Exploitation en Commun). Ces "communautés", le plus souvent familiales, associaient parents et enfants par des contrats souvent tacites, mais reconnus par la coutume, parfois établis devant notaire. Chacun de ses membres possédait des parts de l’ensemble des biens meubles, effets, bestiaux, charrues, charruages composant la communauté, parts dont l’importance était fonction des apports et de la force de travail estimée de chacun d’eux[13]. Leur fonctionnement était indépendant des modes de faire-valoir, direct ou indirect (fermage ou métayage).

A cette époque et dans les décennies suivantes on rencontre de nombreuses "communautés" sur la paroisse du Poiré, comme chez les Bulteau à "la Proutière" en 1795[14], ou chez d’autres dans les actes notariés du débuts du XIXe siècle[15].

[1]

Boutin (Hippolyte), Chronique paroissiale du Poiré-sur-Vie, 1907, p. 7 et p. 151-152.

 
[2]

Furetière (Antoine), Dictionnaire universel, tome 1, 1690, p. 767.

 
[3]

Plans, états de sections et matrices des propriétaires du cadastre de 1836 du Poiré (Arch. dép. de la Vendée : 3P 178).

 
[4]

Cf. l’article "Gentilshommes verriers de Mouchamps en Bas-Poitou, 1399", in Société académique de Nantes, tome 32, 1861, p. 213-215, cité par Garnier (Edouard) dans Histoire de la verrerie et l’émaillerie, 1886, p. 176-177.

 
[5]

Estimations des biens nationaux sur la commune du Poiré (Arch. dép. de la Vendée : 1 Q 212).

 
[6]

Raigniac (Guy de), De Châteaux en Logis, 1998, t. VIII, p. 39 et 192 ; voir en particulier la succession des propriétaires du Rortheau et terres en dépendant, dont le "Deffend", "la Vieille Verrerie" et "les Petits Oiseaux".

 
[7]

Délibérations du conseil municipal du Poiré, 7 thermidor an 6 / 25 juillet 1798 (Arch. dép. de la Vendée : L 1238).

 
[8]

Entretiens en 2017 avec Régine Fleury, née en 1936 au "Deffend" où elle vit depuis.

 
[9]

Lorioux (Gaston), Historique du Maquis R-1 de Dompierre-sur-Yon et du 2e bataillon vendéen FFI du 93e Régiment d’Infanterie – 1944-1945, 1994, (carte des parachutages, p. 8 ; récit des parachutages, p.15-19 ; chant du maquis R1 dit "de Charette", p. 41 : Debout les Chouans, partons le cœur en fête, / v’la les enfants du Maquis de Charette. / D'un seul élan, tous les Vendéens se dressent / pour que la Vendée renaisse. / Chassons les Allemands). L’essentiel des actions de ce "maquis des Gâts" a été la réception in situ d’armes parachutées, n’étant pas inquiété par l’occupant, intimidé semble-t-il par la diffusion de rumeurs gonflant l’importance des forces du maquis (cf. p. 17), des embuscades et coups de main, puis la participation au blocage jusqu’en mai 1945 de la partie sud de la poche de Saint-Nazaire (cf. p. 22 à 39).

 
[10]

L’ancienne présence de compagnons de Charette dans le "bois des Gâts", rapportée par la tradition orale, est confirmée par des vestiges en arrière de la stèle commémorative du maquis de 1944, visibles sur les photos de ce maquis à cette date (cf. Gaston Lorioux, p. 16), et toujours présents en 2017. Le maquis de 1794-1795 avait, comme le "refuge de Grasla" voisin, utilisé un campement de charbonniers, sur les restes duquel s’installa le maquis de 1944.

 
[11]

Souvenirs de Martial Moreau (1924-2013), rapportés par sa fille en 2017. Une petite dizaine de noms nous sont parvenus, de jeunes gens du Poiré ayant pu être concernés par le maquis des Gâts. Aucun de ceux-ci n’a laissé par la suite auprès de ses proches de souvenirs, ne serait-ce qu’oraux, de leur activité de maquisards, pour les types de raisons habituelles et faciles à imaginer. En 2017 on n’en connaissait plus de vivant.

 
[12]

Direction Régionale de l’Environnement, de l’Aménagement et du Logement (DREAL) des Pays de la Loire, Ressources naturelles et paysages, sites classés et inscrits, fiche descriptive.

 
[13]

Cf. Bossis (Philippe), "le Milieu paysan aux confins de l'Anjou, du Poitou et de la Bretagne (1771-1789)", in Études rurales, n°47, 1972, p. 122-123 : "les Sociétés paysannes".

 
[14]

Voir dans les Cahiers des réquisitions de l’armée catholique et royale dans la paroisse du Poiré (Bibl. mun. de la Roche-sur-Yon : ms 19), les fournitures apportées par Jacques Rambaud et sa communauté, du "Deffend", à l’armée catholique les 3 juin, 3 septembre, 13 et 23 octobre, 3, 11 et 19 décembre 1794, et 7 et 15 mars 1795.

 
[15]

Cf. les minutes des notaires du Poiré entre 17?? et 18?? (Arch. dép. de la Vendée : 3E ???).

 

Nous écrire