Archives départementales de la Vendée avec le concours de la Société d'émulation de la Vendée Dictionnaire des toponymes

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Montaigu > Dugast-Matifeux (place Charles)

Notice rédigée par : Maurice Mignet

Graphies connues

Prison (carrefour de la) source : La "place Charles Dugast-Matifeux" a précédemment été appelée : "carrefour de la Prison"[1], "place du Minage", "place Sébastopol". Ce n’est qu’après 1900 qu’elle prit son nom actuel.

Minage (place)

Sébastopol (place)


Nature(s) du lieu

Catégorie : Voie de communication (rue) Masquer
Titre Image
  • Nature : Voie de communication (rue)
  • Localisation : La "place Charles Dugast-Matifeux" est située en plein centre du vieux Montaigu, en bordure ouest de la "rue Georges Clemenceau".
  • Coordonnées
    • Coordonnées cadastrales napoléoniennes : Section A
    • Coordonnées cadastrales modernes : Section AH

Données historiques

Histoire et archéologie

Jusqu’en 1854 et leur destruction, cette place accueillait les anciennes halles en bois de la ville et, dans sa partie basse, avant 1809, les marchés (les "minages"). Sous le Second Empire, en 1855, elle reçut le nom de "place Sébastopol", en hommage à Napoléon III auquel le très républicain maire de Montaigu, Armand Trastour, s’était opportunément rallié dès le début du Second Empire.

Son nom actuel vient de Charles Dugast (1812-1894) dont la famille avait ajouté "Matifeux" (propriété familiale située sur la commune voisine de Saint-Hilaire-de-Loulay) à son patronyme afin de lui donner un caractère aristocratique, flattant la vanité de la bourgeoisie nantie de l'époque. Parti terminer ses humanités à Paris, Charles Dugast(-Matifeux) finit par y être reçu bachelier ès-lettres en avril 1834. Après avoir tenté sans succès des études de médecine, il s’essaya ensuite à des études de droit et laissa entendre par la suite qu’il aurait obtenu une licence en 1840. En 1832, arrêté lors d’une manifestation de rue, il connut brièvement les prisons philippistes[2]. Vers 1840, il revint à Montaigu où il acquit l’importante demeure située à l’actuel n°5 de la "place Saint-Jean-Baptiste". La fortune familiale lui permettant de ne pas avoir à travailler, il y vécut de ses rentes et des revenus procurés par ses métayers. Il mena une vie de notable, ayant son banc à l’église, tout en s’affichant anticlérical et voltairien, et se posant en maître à penser et érudit local progressiste puis, après 1870, en revendiquant un passé républicain précoce et constant[3]. A partir du début des années 1840, il se partagea entre Montaigu et Nantes, accumulant une vaste collection de documents historiques choisis, qui constituent actuellement le "fonds Dugast-Matifeux" à la Bibliothèque municipale de Nantes[4]. Sans héritiers directs, il fut généreux après sa mort, faisant à la commune de Montaigu le legs d’un terrain pour qu’y fût ensuite construite "l’école de garçons des Jardins", ainsi que plusieurs autres dons, tel que celui du revenu de six obligations russes "pour aider les malades de l’hospice de Montaigu"[5].

Bien que revendiquant souvent le titre de "littérateur" ou "d’homme de lettres", il a écrit peu de livres. Ses publications, dans les Annales de Nantes ou dans sa revue Échos du Bocage (1885-1893), sont des articles ou des notices portant le plus généralement sur l’histoire de Montaigu et de la Vendée, d’une valeur historique fréquemment sujette à caution, l’aspect militant et apologétique y prenant souvent le pas sur la rigueur scientifique. Elles sont souvent fustigées par les historiens actuels, qui les considèrent comme étant du domaine des "reconstitutions élaborées par les érudits", voire "des falsifications archivistiques"[6], et elles ont perdu aujourd’hui l’essentiel de leur crédit au niveau universitaire. Cependant, les origines locales de leur auteur, son étiquette politique, l’historiographie nationale toujours en vogue, ont fait qu’en 2012 elles faisaient toujours autorité à Montaigu où elles étaient, pour l’histoire de la ville, des références obligées qui n’auraient pu être contestées.

Le 2 août 1908, un buste en bronze de Charles Dugast-Matifeux fut inauguré sur cette place, en présence du sous-secrétaire d’État aux Beaux-Arts du moment. Il contribuait à faire de Montaigu "la ville aux statues" dont se moquaient facilement les habitants des environs. Enlevé par l’occupant durant la Seconde Guerre mondiale, il a été remplacé en 1958 par un nouveau buste, donnant à son modèle des traits et un caractère plus affirmés.

Autres mentions

Charles Dugast-Matifeux a été, pour le nord de la Vendée, le pendant de l’érudit local fontenaisien Benjamin Fillon (1819-1881), inventeur de découvertes archéologiques contestées aujourd’hui, et dont il fut l’exécuteur testamentaire. Le principal mérite qu’on lui reconnaisse désormais, est son œuvre de collectage de documents historiques, même s’il l’a parfois réalisée en fonction de ses partis pris idéologiques. Par ailleurs, ses qualités intellectuelles et historiques limitées, la vanité et le fort complexe de supériorité ressortant de ses écrits, ainsi que ses démêlés avec le conseil municipal de Montaigu au sujet des conditions qu’il mettait à ses futures donations, font que certains voient en lui une sorte d’alter ego local de "Monsieur Homais".

En 1993, le haut de la "place Charles Dugast-Matifeux" a été affublé d’une onéreuse fontaine sans style, dont le nom de l’auteur a heureusement sombré dans l’oubli[7].

Illustrations

montaigu_dugast_matifeux_1.jpg

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Posant devant le photographe[8], Charles Dugast-Matifeux,
"l’érudit local" qui au XIXe siècle a fabriqué l’histoire de Montaigu.
Son buste de 1908, et son remplaçant de 1958 sur la place portant son nom.
Dessin vers 1850 de la
"Grand’rue" venant du Château
et passant en haut de l’actuelle
"place Charles Dugast-Matifeux"
devant les anciennes Halles en bois de Montaigu, par Augustin Douillard[9].

[1]

Plan du cadastre de 1814 (Arch. dép. de la Vendée : 3 P 146).

 
[2]

Mignen (Gustave), "Inauguration du buste de Dugast-Matifeux à Montaigu", in Annuaire de la Société d’Emulation de la Vendée, 1908, p. 159 à 167.

 
[3]

Revue Échos du Bocage (1884-1890).

 
[4]

Rousse (Joseph), Giraud-Mangin (Marcel) et Blanchard (René), Collection Dugast-Matifeux, catalogue des manuscrits, 1901, 2 tomes, 264 p. et 148 p. ; voir l’avant-propos  introductif, t. 1, p. V à VIII.

 
[5]

Délibérations du conseil municipal de Montaigu, 4 février 1894 (Arch. dép. de la Vendée : 146 D5).

 
[6]

Martin (Jean-Clément), "la Vendée et sa guerre, les logiques de l'événement", in Annales - Économies, sociétés, civilisations, sept.-oct. 1985, n°5, p. 1082.

 
[7]

Bulletin du District de Montaigu, n°25, 1993, p. 19-20.

 
[8]

Photo reproduite dans l’inventaire du contenu du Fonds Dugast-Matifeux effectué en 1901, après son dépôt à la Bibl. mun. de Nantes, par  J. Rousse, M. Giraud-Mangin et R. Blanchard.

 
[9]

Augustin Douillard (1813-1869) était peintre à Montaigu ; une reproduction photomécanique de ce dessin est conservée aux Arch. dép. de la Vendée (1 Fi 2018).

 

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