Archives départementales de la Vendée avec le concours de la Société d'émulation de la Vendée Dictionnaire des toponymes

Espace contributeur

Identifiez vous - Pour en savoir plus

Résultat

imprimer la notice complète

Poiré-sur-Vie, Le > Faucherie (la)

Notice rédigée par : Maurice Mignet

Nature(s) du lieu

Catégorie : Regroupement d'habitations Masquer
Titre Image
  • Nature : Regroupement d'habitations
    Précision sur la nature du lieu : village
  • Localisation : "La Faucherie" se situe à 1,5 km au nord-est du bourg du Poiré-sur-Vie.
  • Coordonnées
    • Coordonnées cadastrales napoléoniennes : Section M, 2e feuille.
    • Coordonnées cadastrales modernes : Section YR.

Données historiques

Histoire et archéologie

Comme pour bien des villages du Poiré, l’histoire de "la Faucherie" se limite a peu de choses. Toutefois, quand vers 2001-2002 un étang fut créé sur le filet d’eau coulant entre "la Faucherie" et "l’Idonnière", des traces de souterrain furent mis au jour puis rebouchées à proximité de l’emplacement d’un bâtiment existant précédemment là avant 1836[1].

"La Faucherie" sur une vue aérienne de 2019, avec en blanc ses bâtiments en 1836
(environ 450 x 370 m),
avec en rouge les traces de souterrains mises au jour vers 2002.
Le village avec son étang en premier plan, le 23 mars 2022.


Au XVIIIe siècle le village n’était constitué que d’une métairie, tenue par Pierre Brochard, et qui se trouvait dans l’amenage de "Pont-de-Vie". Elle appartenait alors aux La Sayette qui émigrèrent sous la Révolution. De ce fait, leurs biens furent mis sous séquestre, mais la métairie de "la Faucherie" n’ayant pas été vendue, elle retourna dans la famille de ses anciens propriétaires, qui la conserva jusqu’en 1869[2].

A l’époque révolutionnaire, Charette reçut le soutien de Pierre Brochard (né en 1750)[3]. Les hasards de la suite des générations et de la mobilité des exploitants font que, deux siècles plus tard, certains des habitants de "la Faucherie" sont des arrières-…-petits-neveux de celui-ci. Un point commun entre eux : leurs implications dans la défense de causes de leurs époques[4].

Jusque dans la première moitié du XXe siècle, le village s’est limité à la métairie des origines, et l’habitation de ses journaliers. Depuis de nouvelles maisons se sont ajouté, mais sa population est toujours restée entre 10 et 20 habitants.

Localisation partielle en 1971 des terres
de quelques exploitations voisines de
"la Faucherie"

 (avec la surface totale de celles-ci, et l’âge des chefs d’exploitation)[5].

Et ces mêmes lieux vers 1950 et en 2019 : avant et après éradication des haies (environ : 2250 x 1800 m).


Au fil du temps, les exploitations qui à "la Faucherie" et six villages voisins étaient au nombre de 17 en 1970, n’étaient plus que 6 en 2021. Parmi elles, 3 avaient leurs sièges ailleurs du fait des regroupements sous formes de GAEC, et 1 faisait du gavage de canards hors-sol.

Les vaches limousines de "la Faucherie", en mars 2022.

 

Autres mentions

Cependant, à partir de l’arrivée de la culture du tabac en Vendée et pendant soixante ans, une des deux fermes de "la Faucherie" a pratiqué cette culture et en a laissé un souvenir durable[1]. Un souvenir s’expliquant par le nombre de ceux ayant participé à une culture qui s’est étendue sur toute la commune (bourg inclusivement), et dont le travail mobilisait toute la famille.

Localisation des exploitants faisant du tabac sur la commune du Poiré
en 1960 et en 1970[6],
- suivant leur taille en 1960 pour celles ayant disparu avant 1970,
- et suivant leur taille à cette dernière date
pour celles s’étant maintenues ou ayant été créées depuis 1960.


Jusque dans les années 1970, l’industrie et la production de tabac en France étaient un monopole d’État[7]. Sa culture se faisait principalement dans le Sud-Ouest et en Alsace. Quand en 1940 cette dernière région fut rattachée au Reich, cela fit présager une pénurie et amena à organiser la production dans d’autres régions, dont en Vendée. C’est ainsi que sa culture commença en 1943 au Poiré, promue par Jean Ruchaud[8]. Parmi les premiers "planteurs", on comptait en 1944 Georges Billaud, puis son fils Philémon, de "la Faucherie". Dans les années suivantes, cette culture se répandit rapidement sur Le Poiré, qui fournit 10 % de la production départementale[1]. Pour les micro-exploitant(e)s vivant en semi-autarcie, et pour d’autres, elle fut grâce à une main d’œuvre familiale bon marché, une source inespérée et indispensable d’argent frais. Ceci même si pour beaucoup, cette culture ne s’étendît que sur 10 à 20 ares.

En 1960 on comptait sur la commune 163 "planteurs"[9] qui étaient loin d’être tous des agriculteurs : on y trouvait un assureur, des charpentiers, un maréchal-ferrant, le secrétaire de mairie, un maréchal-expert… ce qui fait que c’est dans le bourg qu’ils étaient les plus nombreux. La surface en tabac sur le Poiré était alors de 33,07 hectares, avec des plantations allant de 10 à 71 ares.

Dix ans plus tard, en 1970, cette surface totale au Poiré était passée à 59,02 hectares, la plus grande plantation ayant 3 hectares[10]. Le nombre de "planteurs" était passé à 107 : 127 d’entre eux avaient cessé leur activité ; 74 (ou un successeur) l’avaient maintenue et, à l’exception de 3, augmentée ; 33 nouveaux s’étaient ajoutés. Cette évolution globale, qui s’est retrouvée ailleurs, était inévitable : la sous-rémunération de la main d’œuvre familiale ne pouvant perdurer dans le temps et l’amélioration de la productivité nécessitant des équipements trop lourds à supporter pour les plus petits producteurs (séchoirs spécifiques, chauffage pour le séchage, matériel d’irrigation…). A cela ont pu s’ajouter les transformations et la complexité croissante des réglementations agricoles.

 

Evolution, entre 1960 et 1970, de la culture du tabac au Poiré-sur-Vie.
(étant souvent tenues par des retraités et par des non agriculteurs,
les plantations inférieures à 20 ares en 1960

seraient à considérer sur le plan agricole comme des pseudo-exploitations[11].)


Au Poiré et en Vendée, la culture imposée par l’administration des tabacs était "la culture en feuilles" (et non "la culture en tiges"). Suivant la saison cela entraînait des pointes de main d’œuvre, pour la cueillette des feuilles, leur mise en séchage, leur triage et leur emballage. Cette main d’œuvre était le plus souvent familiale, ainsi dans les années 1960 à "la Faucherie", ou on était passé de 0,52 ares en 1960 à 2,20 hectares en 1970, dont 0,55 ares venant de la génération précédente.

A cette époque au Poiré, le cycle cultural du tabac commençait par la préparation du terrain destiné à recevoir les plants : épandage du fumier, un labour d’hiver en décembre, deux labours de printemps, épandage d’engrais. En février, on préparait en jardin le terrain pour les semis par une désinfection du sol à la vapeur afin d’éliminer herbes, vers et champignons. Du 20 mars au 5 avril on semait, on recouvrait d’une bâche transparente pour accélérer la pousse, et on faisait un saupoudrage contre le mildiou.

Du 15-20 mai au 10 juin avait lieu la transplantation, précédemment à la main, puis à la machine. La teneur en nicotine dépendante de leur densité, on comptait 38 100 pieds à l’hectare, plantés tous les 36 cm sur le rang, avec 73 cm entre chaque rang. A la machine à deux rangs, on transplantait 6000 pieds à l’heure. L’entretien consistait en binage, sarclage et buttage afin de favoriser la croissance des racines. On nettoyait les pieds à 40 cm afin d’éliminer les feuilles sans valeur, que ce soit à la base ou que ce soit les feuilles séminales. Le bouton floral sorti, vers le 15 juillet, on pratiquait l’écimage afin d’obtenir un développement des feuilles de tête et donc un rendement supérieur. En réaction cela provoquait la croissance de bourgeons adventifs qui étaient inhibés lors de l’écimage par des huiles végétales contenues dans une pipette intégrée au sécateur.

Différents membres de la famille des planteurs de tabac de "la Faucherie" mobilisés
pour les phases de la culture et du traitement de la récolte du tabac.
(photos Marie-Jo Billaud et Philippe Pateau)
 


La maturité était atteinte quand les feuilles étaient légèrement incurvées et présentaient de petites taches jaunes. C’est en fonction de cette maturité que se faisait la cueillette des feuilles, en trois temps : d’abord les quatre feuilles basses, ensuite les cinq feuilles médianes, puis les trois feuilles de tête. Cette cueillette commençait huit à quinze jours après l’écimage.

Une fois cueillies, les feuilles étaient mises en guirlandes de 55 à 60 feuilles, à la machine à main (puis électrique). Le séchage prenait 30 à 40 jours, et se faisait d’abord avec 300 feuilles au mètre cube et à la fin avec 1000 feuilles. Il permettait le jaunissement puis le brunissement des feuilles. Il fallait ensuite obtenir la dessication des côtes, ce qui pouvait être réalisé en chambre de chauffe, après brunissement complet des feuilles. Ensuite, entre les 15 et 20 octobre, on procédait à la dépente, et on mettait les feuilles en touffes, en évitant que l’humidité provoque des moisissures.

A partir du 25 octobre on faisait un triage par étage foliaire, aboutissant à un classement en trois catégories : 1er choix, 2nd choix (tous deux dits "tabac classé marchand"), et H.C. (hors classement), plus les rejets. Dans le 1er choix on distinguaient les feuilles de plus et de moins de 45 cm. On confectionnait ensuite des "manoques" (de 24 feuilles liées par une autre), puis des bandes de manoques mises en "balles" de 200 manoques, chacune étiquetée pour être livrées à l’administration de la SEITA.

Cela se faisait en deux ou trois livraisons, par étage foliaire : la première, pour les feuilles basses, avait lieu de fin novembre à fin décembre ; la seconde (et troisième), pour les feuilles médianes et de tête, avait lieu de janvier à mars. Le tout se faisait devant des "commissions paritaires d’achat", composées de représentants de planteurs élus et de membres de l’administration, qui appréciaient le tabac par étage foliaire à partir d’un échantillonnage des balles (20 à 25 feuilles par récolte). Elles donnaient des points en fonction de la présentation (humidité, triage, manocage), et surtout de la combustibilité et de la qualité proprement dite. Au-delà d’un prix plancher commun à tous pour les 1er et 2nd choix, le nombre de points donnait droit à des primes. Une retenue était opérée pour le syndicat (affiliation obligatoire), les assurances et les remboursements de prêts du Crédit Agricole. Le prix était fixé par une autre "commission paritaire" devant aboutir à un protocole d’accord sur un prix minimum basé pour un rendement moyen de 2500 kg à l’hectare[12]. Le paiement se faisait par virement bancaire en trois fois : 1er acompte en décembre, 2nd acompte en janvier-mars, ristourne complémentaire vers Pâques. 

 

Calendrier des heures de travail nécessaires, au Poiré en 1971,
pour exploiter 1 ha de tabac[1]
.


En 2019, Dany Pelé, de "Saint-Joseph" a arrêté la culture du tabac qu’y avaient pratiquée avant lui son père, Yves, et son grand-père, Fernand. C’est ainsi qu’a pris fin cette culture au Poiré. Les derniers à l’avoir abandonnée avant lui avaient été Bernard et Paul Billaud de "la Faucherie", Benoît et Guillaume Guillet de "l’Idonnière", Freddy Gauvrit de "la Tenaillère".

Un séchoir à tabac, un élément emblématique de cette ancienne culture au Poiré :
ici, en mars 2022, celui construit autour de 1960 par Pierre Bouard,
menuisier et aussi
"planteur de tabac" à la sortie dubourg, vers La Genétouze.

 

Sources et références

(sauf mention contraire, les illustrations sont dues à M. Mignet)

[1]

Entretiens de 1970 à 2022 avec Bernard et Paul Billaud, de "la Faucherie", et avec des membres de leur famille, ainsi que, pour le tabac, avec d’autres personnes aussi concernées par cette culture sur le Poiré (cf. de M. Mignet : Culture et planteurs de tabac au Poiré-sur-Vie, mémoire manuscrit inédit, IGARUN, 1971, 45 p., cartes et graphiques).  

 
[2]

Acte notarié du 25 mai 1869 de l’étude Landois, au Poiré (Arch. dép. de la Vendée : 3 E 24).

 
[3]

Cahier des réquisitions de l’armée catholique et royale dans la paroisse du Poiré (Médiathèques municipales de la Roche-sur-Yon : ms 019), réquisitions de "la Faucherie" ; voir aussi de Lorvoire (Jean-Claude), "les Réquisitions de l’armée catholique et royale dans la paroisse du Poiré-sur-Vie", in Recherches vendéennes, n° 3, 1996, p. 257-299.

 
[4]

Brochard" est un nom courant au Poiré. Pierre Brochard de "la Faucherie" avait un frère, Louis Brochard (1772-1833) qui, venu des confins du Poiré et de la Genétouze, fut laboureur à "la Jamonière", et dont les descendants iront s’installer à "la Favrie". De 1793 à 1800 il s'insurgea contre les nouveaux privilégiés accaparant alors les changements politiques du moment. Il fut blessé à plusieurs reprises, et il reprit les armes en 1815. Le 11 juillet 1817, en marque de reconnaissance pour ses engagements, il lui fut donné un diplôme, conservé dans la famille. Les années ont passé mais, curieusement, c’est le plus souvent les intérêts des nouveaux nantis d’alors qui sont défendus quand on évoque cette époque, bien que les faits montrent, au moins sur le Poiré et ses environs : la ténacité de certains membres de la bourgeoisie locale à défendre ses nouveaux privilèges, l’absence de préoccupation de leur part face aux inégalités existant entre eux et l’ensemble des habitants, leur prétention à faire la leçon à tous et à être les seuls à détenir "la vérité", les destructions ordonnées qui, sur la commune, concernèrent plus de 70 % des biens (cf. les inventaires pour adjudication des biens nationaux - Arch. dép. de la Vendée : 1 Q 212…)… Les catéchismes idéologiques primant sur la réalité des faits.

 
[5]

Sources : enquête sur le terrain en 1971, et journal la Vendée Agricole, n° 1138, 20 juin 1971.

 
[6]

Ces localisations montrent, à quelques exceptions près exemple "l’Aumère", la correspondance entre les concentrations de "planteurs" et les gros villages, alors lieux de petites et très petites exploitations. Le nombre des "planteurs" localisés ne présage pas du nombre de ceux ayant existé avant 1960 (à la fois plus nombreux et avec de petites surfaces), ni de celui de ceux qui existèrent après 1970 (un nombre qui allait cependant à la baisse).

 
[7]

Depuis 1926, c’était la SEITA (Société d'Exploitation Industrielle des Tabacs et des Allumettes), régie d’État qui gérait ce monopole : culture, fabrication et vente. Elle avait succédé à l’administration mise en place en 1810, sous l’Empire, qui elle-même… Lors de leur service militaire les conscrits disposaient presque gratuitement de cigarettes, ce qui créait une addiction à vie et ainsi des rentrées d’argent assurées pour l’administration.

 
[8]

Jean Ruchaud fut plus tard maire du Poiré, de 1971 à 1977. 

 
[9]

Les enquêtes sur le terrain indiquent que c’est à cette date ou peu auparavant qu’il y en a eu le plus grand nombre. On remarquera que le vocabulaire ("planteur", "balle", "manoque"…) de l’administration pour la culture du tabac était alors celui utilisé par l’agriculture à Saint-Domingue et aux Antilles au XVIIIe siècle.

 
[10]

Au niveau du département de la Vendée, on constate que la surface en tabac resta stable : en 1965 (571 ha), en 1966 (562 ha), en 1967 (545 ha), en 1968 (554 ha) ; alors que le nombre de "planteurs" était à ces mêmes dates de : 2210, 1834, 1584 puis 1466 (sources : Centre de fermentation du tabac de Fontenay-le-Comte, le 29 avril 1971).

 
[11]

La quasi disparition après 1960 de ces plantations inférieures à 20 ares, souvent tenues par des personnes âgées et aux faibles revenus, peut être mise en rapport avec l’Indemnité Viagère de Départ (I.V.D.) proposée par la loi d’orientation agricole de 1962, dite "loi Pisani", destinée à encourager la libération des terres pour faciliter la restructuration des exploitations.

 
[12]

Les rendements ont aussi varié selon les variétés des plants cultivées, qui passèrent du tabac brun au blond : du "dragon vert" au "burley", puis au "paraguay bell" et enfin au "virginie".

 

Nous écrire