Archives départementales de la Vendée avec le concours de la Société d'émulation de la Vendée Dictionnaire des toponymes

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Poiré-sur-Vie, Le > Fief (le)

Notice rédigée par : Maurice Mignet

Nature(s) du lieu

Catégorie : Regroupement d'habitations Masquer
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  • Nature : Regroupement d'habitations
    Précision sur la nature du lieu : village
  • Localisation : "Le Fief" se situe à 3 km à l'ouest du centre-bourg du Poiré-sur-Vie.
  • Coordonnées
    • Coordonnées cadastrales napoléoniennes : Section L, 1re feuille.
    • Coordonnées cadastrales modernes : Section T.

Données historiques

Histoire et archéologie

Le village du "Fief" n’a été longtemps constitué que par un ensemble de bâtiments entourant une cour fermée à peu près carrée. Situé à une centaine de mètres de "la Vie", il occupe un espace en fond de vallée, mais s’élevant de quelque dix mètres au-dessus des prairies qui bordent la rivière et dont la platitude est mise en évidence lors des inondations hivernales.

"Le Fief" sur le cadastre de 1836 (environ 990 x 455 m),
sur une vue aérienne début 2014 (environ 250 x 250 m).
et sur une carte topogtaphique (environ 400 x 500 m).
Localisations des anciens moulins à eau et à vent du
"Fief", et de son ancien pourpris.
Vue des anciens bâtiments en février 2020,
au travers d’une échancrure du mur de ce pourpris.

A sa proximité immédiate, à l’ouest, on a mis au jour des objets et outils préhistoriques aux fourchettes de datations très larges. Certains, en phtanite, pourraient remonter à l’Acheuléen supérieur (-200 000 ans, ou postérieurement), période du Paléolithique se caractérisant par des outils de ce type et par la domestication du feu. D’autres, en quartzarénite, pourraient être daté du Moustérien (-80 000 ans, ou postérieurement), époque de l’homme de Neandertal et des premières sépultures. On y a aussi découvert ce qui pourrait être un percuteur en quartz, un outil qui servait à frapper un bloc de pierre pour en détacher des éclats[1].

Artéfacts présumés dater du paléolithique et du mésolithique
découverts à proximité du
"Fief".

Une petite hache en pierre polie (5,4 x 4,0 cm) a aussi trouvée au "Fief", dans la partie haute de ce qui sera plus tard un pourpris. Elle témoigne d’une présence humaine au néolithique (de 8000 à 2000 av. J.-C.), époque se caractérisant principalement par la domestication des plantes et l’invention de l’agriculture. Elle serait à mettre en rapport avec la présence à proximité de ce qui est appelé des enclos "néolithiques", mais qui pourraient aussi être d’époque gauloise : aux "Grois", au "Plessis", à "l’Ermière"… pour ce qui est du territoire de la commune du Poiré.

Hache en pierre polie, semble-t-il en dolérite, trouvée au "Fief",
recto et verso (longueur de la hache : 5,4 cm).

Depuis toujours, il se disait qu’un souterrain existait au "Fief"[2]. Selon les études les plus récentes (en 2020) ces souterrains-refuges, nombreux sur la commune du Poiré, serait à dater le plus probablement entre le Xe et le XIIe siècle[3].
Dans les années 1990, celui du "Fief" fut localisé par le hasard de la plantation d’un poteau, provoquant la curiosité du voisinage. Bien qu’ils n’aient pas été complets son exploration et son dégagement ont montré que d’une largeur d’environ 1,50 mètre il avait une vingtaine de mètres de long, et était composé de plusieurs galeries, avec chatières, puits d’évacuation, cheminées d’aération (bouchées), (petites) "salles"… Comme le plus souvent, son creusement avait dû se faire à partir du bas, par une galerie qui par la suite servait à son drainage. Ceci fut confirmé par l’existence de suintements en hiver dans la pente au nord-est du village. Ce genre d’indice se retrouve en d’autres endroits au Poiré, ainsi près de "la Marinière" ou près de "la Raybaudière"… ce qui pourrait faire présumer de l’existence d’autres souterrains en ces lieux.
Celui du "Fief", de nouveau ouvert sur l’extérieur, est désormais sécurisé par des grilles. Sa température ambiante égale au fil des saisons en a fait un lieu d’hibernation pour des chauves-souris qui le désertent le printemps venu.

Galeries et cheminée d’aération du souterrain du "Fief", le 13 janvier 2015,
...et une visite en noir et blanc et en 12 diapositives, en février 1992
(photos J. Dannenhoffer) :

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L’ouverture désormais sécurisée du souterrain du "Fief",
et, dans la pente, les pierres entre lesquelles suintait l’eau de son drainage.

Le nom même de "fief", "domaine concédé en foi et hommage par un seigneur à un vassal…" donne une connotation féodale au nom du village. Et on trouve le "Fief" en 1260 dans les "Hommages d’Alphonse de Poitiers"[4]. A une époque où les Capétiens s’efforçaient d’étendre leur domination sur des territoires qui étaient encore attachés aux Plantagenets, le "Fief" apparaît, sous l’orthographe de "", dans ce registre, énumérant tous les domaines sur lesquels ce frère de Louis IX disait avoir des droits. Y est évoqué un certain Jean Ratier, seigneur de "la Millière", vassal du seigneur de la Roche (et à travers lui du comte de Poitiers), tenant de lui des terres et revenus, dont la garenne et la pêcherie du "", "de l’une partie et de l’autre de l’aigue de la Vie".

Extrait de la transcription des "Hommages d’Alphonse de Poitiers"
par Abel Bardonnet, en 1872 (p. 11-12).

 

Au XVIe siècle, "le Fief" était habité par les Nicollau, ce qui lui valait d’être aussi appelé "Fief-Nicollau". Le 25 janvier 1598, "Suzanne Nicollau, damoiselle fille de René, écuyer, sei-gneur du Fief et de la Touche-au-Blanc", épousa par contrat devant les notaires G. de la Boucherye et L. Martineau, "Jacob Guinebaud, écuyer, seigneur de la Millière, fils aîné et principal héritier de feu Louis, écuyer, seigneur de la Millière". Leur fils, Charles Guinebaud, est dit "seigneur de la Millière et du Fief-Nicollau" dans son contrat de mariage, passé devant les notaires Richier et Denis le 26 janvier 1638[5]. Leurs prénoms, inspirés de l’Ancien Testament, montrent que, comme la majorité des familles nobles du Poiré (sauf les Marchand, à "la Métairie"), ils avaient alors rejoint la Réforme protestante.
C’est de cette époque que datent les anciens bâtiments du "Fief" visibles sur le plan cadastral de 1836 et dont quelques éléments existaient encore en 2020, ainsi que du mur entourant son ancien pourpris de 2,70 ha, dit "le grand jardin"[6].

A droite, les dépendances du "Fief" en février 1992 (photos J. Dannenhoffer),
avec les armoiries des Nicollau selon J. de Raigniac[7]
et sur une pierre sculptée subsistant dans le mur d’un des bâtiments.

A gauche, à titre de comparaison, les dépendances de "Pont-de-Vie",
en septembre 2018.

A la fin du XVIIIe siècle, "le Fief" appartenait à Florent Guinebaud de la Millière, dont la famille avait abandonné le protestantisme un siècle plus tôt. Il ne servait plus de logis seigneurial depuis longtemps, et il était constitué de deux métairies tenues par André Buton et par Jean Buton, qui apportèrent leur soutien à l’insurrection en 1793, 1794, 1795[8]. Cependant, dans la seconde quinzaine de janvier 1796, l’adjudant-général Jean-Pierre Travot qui participait depuis 1793 à la répression en Vendée vint établir ses quartiers au "Fief" d’où il adressait ses rapports à son supérieur, le général Hoche, signalant dans celui du 21 janvier 1796 : "Je n’ai vu dans cette contrée qu’un extrême attachement à Charette, tous lui sont dévoués"[9]. On y lit aussi sa faible inclination à faire des prisonniers. Deux mois plus tard, la capture de Charette lui vaudra d’être nommé général de brigade et de conforter sa fortune (c’est ainsi que sur le Poiré il s’appropria, le château de "la Métairie" et ses 162 ha de terres)[10].
Cette période dramatique a laissé dans la tradition orale locale et dans les mémoires familiales un récit de trésor (sans en préciser la nature) qui aurait été caché puis retrouvé dans le puits du "Fief"[11], ainsi qu’un autre récit, plus curieux, rapportant qu’au cours d’une attaque près du "Fief" d’un convoi républicain, les attaquants avaient mis la main sur la solde des soldats qu’il transportait (n’en précisant toujours pas la nature)[12].

Florent Guinebaud de la Millière, étant soupçonné d’être parti en émigration, "le Fief" fut mis sous séquestre, avec le moulin à eau et le moulin à vent qui en dépendaient. Un procès-verbal de consistance et d’estimation, en fut fait les 21, 22 et 23 janvier 1798[13] :
"[…] La maison principale consistant en neuf chambres basses, quatre tours, avec une boulangerie, quatre chambres hautes, trois greniers, six toits à bestiaux, deux granges, une gerberie, une galerie, un toit à cochon, le tout se joignant, de longueur cent pieds  sur une face, de longueur soixante pieds, sur l’autre face, le tout faisant presqu’un carré, et de hauteur environ vingt pieds tenant de toute part à la cour, aux ruages du dit domaine, la dite maison en majeure partie brulée et dégradée. […]
Plus dans le village de la Mignardière, commune du Poiré, une chambre basse en assez bonne état, de longueur trente pieds, de largeur dix-huit pieds, et de hauteur dix pieds, tenant de toute part aux ruages et au chemin qui conduit de Barrot à la dite Mignardière. Plus dans le même village cinq chambres basses se joignant de longueur soixante pieds, de largeur vingt-quatre pieds, et de hauteur neufs pieds au pignon, le tout dégradé. […]"
A quoi s’ajoutait le descriptif des pièces de terres en dépendant…

En-tête du Procès-verbal de consistance et d’estimation
du domaine national de la maison du Fief-Nicolau,
rédigé sur papier libre par Henri-Jean Caillé et André-Philippe Danyau[14]
,
 les 2, 5 et 4 pluviôse de l’An 6 (21, 22 et 23 janvier 1798)[13].

Le tout finit par rester, semble-t-il, entre les mains de membres de la famille des Guinebaud ou alliés.

En 1829, "Louis Gendreau père, propriétaire et marchand de boeufs, et demeurant au Fief Nicollau", depuis déjà une douzaine d’années et qui vivait précédemment à "la Tailleferrière", acheta "la terre du Fief Nicollau consistant en une maison de maître en ruine, ainsi qu’en deux métairies se joignant en un seul tenant, pour la somme de 40 000 francs"[15]. En plus des deux métairies du "Fief", il acquit dans ces mêmes années sur le Poiré celles de"l’Ermière", des "Grois" de "la Garnerie" et de "la Thibaudière", soit huit ou neuf métairies s’étendant sur 200 ha.

Le plan cadastral de 1836 donne une idée de ce qu’avait pu être "le Fief" au XVIe siècle et antérieurement. Par le sud-ouest on accédait à une cour carrée entourée de bâtiments dominant sur les trois autres côtés les prairies basses bordant "la Vie". Quatre tours octogonales, en renforçaient les angles (l’une d’entre elles ayant disparu depuis 1798), et il semble que, comme à l’habitude, la façade du logis d’habitation devait être celle tournée vers le sud-ouest et vers l’entrée de la cour. Vu l’état dans lequel étaient tombées les constructions, un nouveau logis fut édifié à la place du bâtiment au sud-est de celle-ci. Cela fit disparaître ce qui subsistait de deux autres tours, ne laissant plus au début du XXIe siècle que de vagues restes de celle située au nord, ainsi que quelques détails architecturaux, plus particulièrement sur la façade donnant sur le sud-est. Mais le passage du temps a rendu ces derniers éléments très fragiles et leur conservation difficile.
Quant au logis réédifié dans la seconde moitié du XIXe siècle, il fut laissé à l’abandon dès la fin de celui-ci. Et cent vingt-cinq ans plus tard, s’il avait gardé ses plafonds de plâtre avec moulures et rosaces, le potager de sa cuisine et autres détails de l’époque de sa construction, son état de délabrement était devenu inquiétant.

Le plan du "Fief" sur le cadastre de 1836,
avec quelques éléments y subsistant depuis le XVIe siècle :
les derniers vestiges de sa tour nord, des ouvertures murées,
et son puits, où aurait été caché et retrouvé un trésor… le 7 mars 2020.

 

Au début du XXIe siècle "le Fief" comptait deux exploitations agricoles, tout comme c’était le cas au XVIIIe. Depuis 2015, il n’en reste qu’une, s’étendant sur 44 ha, et qui s’est orientée vers l’agriculture biologique en 2006-2008[16].

Début février 2020 sur l’ancien pourpris du "Fief" :
les cultures-bio de légumes de Patrick et de Nadia Brethomé
(derrière ceux-ci, de l’autre côté de
"la Vie" : le village de "la Marinière"),
et ce même ancien pourpris sur des vues aériennes
du 3 mars 2004 et du 3 septembre 2014.

C’est sur les terres de l’ancien pourpris que, curieux retour des choses, sont établies les cultures légumières de la ferme. Commercialisées dans le réseau des magasins Biocoop, elles approvisionnent aussi depuis 2012 la cuisine municipale du Poiré[17].
La partie élevage de l’exploitation s’est tournée vers les vaches allaitantes montbéliarde, en raison de la rusticité de cette race qui permet un élevage en plein air pratiquement toute l’année.
Les qualités paysagères, environnementales et patrimoniales du "Fief" pourraient être aussi des atouts pour de possibles futurs gites.

Le 7 mars 2020 à l’ouest du "Fief" :
quelques-unes des montbéliardes de la
"ferme bio" du village.

La façade sud-est du logis d’habitation construit au "Fief"
dans le troisième quart du XIXe siècle,
vue en 2020 avant une possible restauration.

 

Au XVIIIe siècle, alors qu’ils appartenaient depuis plus d’un siècle aux Guinebaud de la Millière, les domaines du "Fief" comprenaient aussi un moulin à eau et un moulin à vent[18], situés à environ 800 mètres à l’est et à 300 mètres l’un de l’autre. L’été, le second suppléait le premier quand l’eau manquait dans "la Vie". En décembre 1812, ils furent vendus ensemble à deux meu-niers, André Phelipeau de "la Moissandière" et René Michaud de "la Mignardière"[19].

A priori, le moulin à eau du "Fief" correspond à "la pescherie dau Fé" citée en 1260 dans les "Hommages d’Alphonse de Poitiers"[4]. Aujourd’hui (en 2020), son accès se faisant par le village du "Chiron", il est souvent appelé "moulin du Chiron".

Les ruines du moulin à eau du "Fief", lors de leur désembroussailement en 1989 
(photos Eugène-Marie Vincent).


Sous la Révolution, il fut ruiné comme tous les moulins du pays par les troupes républicaines afin d’affamer la population locale, ainsi qu’en témoignent, les nouvelles autorités politiques de l’époque, entre autres[20]. Durant l’hiver 1794-1795, Charette dut le faire réparer par des maçons et des charpentiers de "la Maumernière", de "la Favrie", de "la Gobinière", de "la Marinière", qui y consacrèrent une centaine de journées de travail, pour un salaire conventionné journalier de 1,5 livres[8].

Il a cessé son activité en 1890 et, peu à peu, devint une ruine près de laquelle, quelque cent ans plus tard, fut créée une aire de pique-nique. La retenue d’eau du moulin a par ailleurs été aménagée par "le Dard", la société de pêche du Poiré, pour y établir une frayère. On y effectue des contrôles de la qualité de l’eau, comme aussi, en amont à "l’Orbreteau" et, en aval, au pont de la Chapelle-Palluau.

 

Localisations des moulins à eau et à vent du "Fief",
sur des vues aériennes de 2014 et de 1950 (environ : 185 x 480 m),
et celle du premier sur le plan cadastral de 1836 (environ : 240 x 180 m)
En haut
(D) : les restes du moulin à eau, le 5 avril 2017.
En bas
(E) : la silhouette disparue du moulin à vent
sur son ancien emplacement, le 1er février 2020.

Quant au moulin à vent, il cessa son activité, et il fut démoli en 1875. En 1989, son emplacement était encore visible au sol, et des morceaux de meules gisait dans la haie, sous laquelle ils avaient disparu en 2020, tout comme le "chemin dau Farinail" qui y menait.

 

Sources et références

[1]

Datations proposées par Gérard Bénéteau, préhistorien et docteur en archéologie, connu aussi pour ses multiples publications sur les sites préhistoriques du Poiré et de la Vendée. Voir aussi les Bulletins du GVEP (Groupe vendéen d’études préhistoriques), publiés depuis 1979, et ses différentes monographies.

 
[2]

Selon ce que disait en son temps Eugène Beignon, né en 1876 et métayer au "Fief" vers 1950, et qui était rapporté en 2020 par Auguste Gréaud de "la Bouchère" (né en 1930).

 
[3]

Triolet (Jérôme) et Triolet (Laurent), les Souterrains de Vendée, 2013, 168 p., extraits.

 
[4]

Hommages d'Alphonse, comte de Poitiers, frère de saint Louis. État du domaine royal en Poitou (1260), manuscrit des Archives nationales publié par Abel Bardonnet, 1872, p. 11-12. Le court extrait retenu ici pour illustration, montre que la publication d’Abel Bardonnet n’est pas à l’abri d’erreurs de transcription ("leure" pour levre / lièvre).

 
[5]

Ces actes notariés sont cités chez Boutin (Hyppolite) Chronique paroissiale du Poiré, 1901, p. 143-144. La seigneurie de "la Touche-au-Blanc" faisait partie du Lairoux, à 8 km à l’ouest de Luçon.

 
[6]

Un "pourpris" désigne un terrain cultivé en jardin, avec légumes et arbres fruitiers, enclos d’un mur afin d’éviter les dégradations que pouvaient occasionner les animaux. Localement  ils étaient, au moins initialement, une caractéristique ostentatoire des domaines nobles ou autrefois nobles, et au Poiré on en trouvait près de "Pont-de-Vie", "la Métairie", "la Millière", "la Bouchère" et donc ici du "Fief".

 
[7]

Raigniac (Jean de), Histoire des Châteaux de Vendée, t. XI, 2000, p. 256.

 
[8]

Cahier des réquisitions de l’armée catholique et royale dans la paroisse du Poiré (Méd. mun. de la Roche-sur-Yon : ms 019), extrait : réquisitions au "Fief" ; voir aussi de Lorvoire (Jean-Claude), "les Réquisitions de l’armée catholique et royale dans la paroisse du Poiré-sur-Vie", in Recherches vendéennes, n° 3, 1996, p. 257-299. Pour les journées de travail des maçons et des charpentiers, consacrées aux réparations du moulin du Fief et à leurs rétributions, voir dans les villages cités les réquisitions 164, 228, 229, 275, 308, 320.

 
[9]

Jean-Pierre Travot, né à Poligny le 7 janvier 1767, s’était engagé dans l’armée fin 1786, et l’avait quittée dix-huit mois plus tard avec le grade de caporal. En 1791, quand il reprit du service, il avait celui de lieutenant-colonel. A la fin de l’été 1793 puis les années suivantes, il fit partie de "l’armée de Mayence" envoyée faire de la répression en Vendée. On lui attribua la bonne réputation d’y avoir "fait tuer avec modération". Ainsi, lors de son fait d’arme le plus connu, la capture de Charette le 23 mars 1796, s’il fit abattre ses prisonniers sur le champ, il épargna Charette qui, envoyé à Nantes, y sera exécuté six jours plus tard. Sa carrière militaire, lui permit d’acquérir un certain nombre de biens nationaux, et d’obtenir un titre de baron en 1813 (armoiries aux significations transparentes ci-contre). Rallié à Napoléon lors de la vaine tentative de celui-ci pour reprendre le pouvoir en 1815, il fut traduit devant un conseil de guerre l’année suivante. Mentalement fragile, il sombrera dans la folie et terminera sa vie dans une maison de santé à Chaillot, le 6 janvier 1836. Plus tard son nom sera gravé sur l’Arc de Triomphe de l’Étoile à Paris, avec ceux d’autres ayant eux aussi glorieusement fait tuer lors des combats meurtriers de l’époque.

 
[10]

Dossiers des procès-verbaux d’adjudications des biens nationaux situés sur le Poiré (Arch. dép. de la Vendée : 1 Q 250).

 
[11]

Entretien en 2016 avec Charles Gauthier (1922-2017), dont les ancêtres, meuniers, avaient habité à "la Blélière", à "la Piltière"… des villages proches du "Fief". Charles Gautier faisait remonter cette histoire à une date lointaine mais indéterminée, précisant seulement que ce "trésor" trouvé par l’agriculteur du lieu avait été récupéré par son propriétaire.

 
[12]

Souvenirs familiaux rapportés par Marie Faveroul (née Favreau en 1926 à "la Crépelière") et recueillis vers 2014 par Gilles B. Entre 1791 et 1803, on trouve chez les notaires Julien-François Danyau, puis André-Philippe Danyau, des actes de mariages et de réglementations de communautés (sorte d’ancêtre des actuels GAEC), concernant les Buton du "Fief" (Arch. dép. de la Vendée : 3 E 24 /…).

 
[13]

Dossiers des procès-verbaux d’estimations et d’adjudications des biens nationaux, voir les dix pages du procès-verbal d’estimation du "Fief" (Arch. dép. de la Vendée : 1 Q 212) et celles concernant son adjudication (Arch. dép. de la Vendée : 1 Q 250). Pour les mesures alors utilisées : le pied mesurait 32,66 cm, et, selon le cadastre de 1836 du Poiré, "1 hectare contient 8 boisselées 232 toises mesure locale"), soit 0,1140 ha pour une boisselée.

 
[14]

Henri-Jean Caillé (1753-1804) fait partie d’une dynastie de médecins déjà présente au Poiré au XVIIe siècle. A l’époque de la révolte vendéenne, avec une petite demi-douzaine d’autres familles il choisit le camp des futurs vainqueurs, collaborant avec les troupes occupant le pays, devenant propriétaire de nombreux anciens biens nationaux. Cependant, par la suite sa famille, dont les enfants avaient été baptisés durant la Révolution par Jean-Baptiste Herbreteau (1762-1836), curé clandestin de la Genétouze, abandonnera ses positions anticléricales, et légua les archives familiales aux Archives paroissiales du Poiré où elles constituent un petit "fond Caillé".
André-Philippe Danyau (1762-1813), notaire et fils de notaire, sera avec le juge Joseph Tireau un des seuls républicains durablement convaincus du Poiré. Entre 1796 et 1800, il fut nommé commissaire chargé de surveiller et dénoncer les opinions politiques des membres de la municipalité et celles de la population locale, ce qui en faisait le détenteur du pouvoir local. Puis il en fut nommé (et non élu) maire de 1800 à 1808. Sa famille quitta bientôt le Poiré, mais conserva les opinions politiques d’André-Philippe. C’est ainsi que bien plus tard un de ses descendants émigrés au Chili, César Ruiz Danyau (1918-1990) devint ministre d’Allende en 1973, puis s’empressa de rejoindre Auguste Pinochet moins d’un mois après le coup d’état de celui-ci, le 11 septembre 1973.

 
[15]

Acte du 6-3-1829, étude de Fr. Gautier, notaire au Poiré (Arch. dép. de la Vendée : 3 E 24 / 58). 

 
[16]

Entretiens en 2020 avec Patrick et Nadia Brethomé, à la tête de cette exploitation agricole du "Fief" depuis 1994.

 
[17]

En avril 2018, lors des "Olympiades de la restauration collective", la cuisine municipale du Poiré s'est vue récompensée du "prix Innovation" pour son intégration de plus en plus de produits locaux et produits bio, ces derniers provenant particulièrement de la ferme de  Patrick et de Nadia Brethomé du "Fief" (Ouest-France, 26 avril 2018 : "A la cantine, on mange des produits locaux et bio").

 
[18]

Vincent (Eugène-Marie), les Moulins du Poiré-sur-Vie, 2012, 42 p. Etude exhaustive et incontournable mais inédite, s’appuyant sur la carte de Cassini, les documents cadastraux, les actes notariés, les registres d’impositions, et des relevés systématiques sur le terrain.

 
[19]

Acte du 31-12-1812, étude d’Etienne Bareteau (père), notaire à Saint-Etienne-du-Bois (Arch. dép. de la Vendée : 3 E 86 / 52).

 
[20]

Sur ces destructions, mais aussi sur les ravages et les massacres causés par les troupes républicaines sur le Poiré, voir les Manuscrits de Collinet (1788-1804), éd. du C.V.R.H., 2003, p. 183 (23 novembre 1793), p. 197 (3 janvier 1794), p. 210 (9 et 12 février 1794), p. 291 (16 août 1794)…
Voir aussi ce qu’écrit en 1798 dans ses
Mémoires sur la guerre de Vendée, Lucas Championnière (1769-1828), un des rares et derniers survivants des compagnons de Charette, lorsqu’il décrit la situation locale, le 28 avril 1794 : "Le pays était toujours garni de troupes et les vivres y manquaient presque totalement, mais ce qui nous incommodait le plus était le défaut de moulins ; ils avaient été tous incendiés et nous n’avions pour ressources que de petits moulins à bras qui servent ordinairement au blé noir ; M. Charette résolut d’aller rejoindre Stofflet pour se concerter avec lui sur les moyens d’attaque et de subsistances" (Lucas Championnière, Mémoires de la Guerre de Vendée (1793-1796), réédition de 1994, p. 88).

 

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