Archives départementales de la Vendée avec le concours de la Société d'émulation de la Vendée Dictionnaire des toponymes

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Poiré-sur-Vie, Le > Gendronnière (la)

Notice rédigée par : Maurice Mignet

Nature(s) du lieu

Catégorie : Regroupement d'habitations Masquer
  • Nature : Regroupement d'habitations
    Précision sur la nature du lieu : village
  • Localisation : "La Gendronnière" se situe à 1,5 km au sud-est du centre-bourg du Poiré-sur-Vie.
  • Coordonnées
    • Coordonnées cadastrales napoléoniennes : sections G, 1re feuille et C, 1re feuille
    • Coordonnées cadastrales modernes : Section N.

Données historiques

Histoire et archéologie

Le village de "la Gendronnière" est d’origine récente, puisqu’on ne le voit apparaître qu’à partir de 1861 dans les recensements de population. Ses 21 habitants d’alors s’y répartissaient entre la famille du journalier Jean Bulteau (50 ans) ; les 13 membres de celle du laboureur Jean Pelé (60 ans), et celle de Jean Gendreau (35 ans) - qui lui a donné son nom - avec son épouse, leur fils et deux domestiques[1]. On doit à ce dernier la grande maison qu’on y voit encore, avec ses deux niveaux habitables, son toit à quatre pans en tuile ses allongements successifs et ses dépendances.

"La Gendronnière" sur une vue aérienne en septembre 2014 (environ 320 x 320 m),
et en juin 2018, la maison que Jean Gendreau fit construire autour de 1860,
restaurée en 2017.

En 1836, quatre parcelles précédant le futur emplacement de "la Gendronnière" portent sur le cadastre le nom de "Grand(s) moulin(s)", et une croix s’élevait au carrefour voisin[2], soit 200 m avant  le chemin descendant à "la Gilardière". Elle y était nommé "croix du Grand Moulin" et elle fut remplacée le 23 décembre de l’année suivante par une nouvelle croix en pierre qui a été détruite en 1990.

Autour de 1980, une autre croix en pierre fut élevée en avant de "la Gendronnière". Elle s’élevait précédemment à mi-chemin entre le bourg du Poiré et "le Beignon-Jauffrit", où elle avait été érigée en 1890 près de leur vigne par "Jean Favrou et Léontine, son épouse", ainsi que l’indique l’inscription gravée sur sa base, et elle était connue sous le nom de "croix à Maît’Jean".

Un événement plus ancien fut rappelé vers 1990, par quelques pages manuscrites trouvées dans les archives municipales d’Avrillé, en Vendée. Elles y avaient été laissées par Théophile Denieau-Lamarre (1802-1847)[3], qui avait été curé du lieu de 1838 à 1847 et, plus tôt, vicaire durant six mois au Poiré en 1836. Il y évoquait en quelques lignes des faits s’étant déroulés quarante ans auparavant :

"[...] C’était dans un village de la paroisse du Poiré, du côté de Belleville, où l’on cuisait le pain de l’armée de Charette qui avait, comme l’on sait, son quartier-général à Belleville même, un peu plus loin.

On sait aussi que c’est dans une affaire qui eut lieu, à la croix du haut du Grand moulin près la Gilardière, à une demie lieue du bourg, route de Mouilleron-le-Captif ; que le chef de la petite armée vendéenne perdit, avec beaucoup de bagages, la caisse de l’armée, caisse qui ne fut point perdue pour ceux qui la trouvèrent et que, dit-on, ont su depuis la mettre à profit. Au reste, comme tous les faits de la guerre de la Vendée sont connus, je ne veux point entrer là-dessus dans aucun détail."

Cette "croix du haut du Grand moulin près la Gilardière" correspond à celle indiquée sur le cadastre à l’endroit où fut édifiée plus tard "la Gendronnière"[2]. Pour la caisse "de la petite armée vendéenne" évoquée dans ces lignes et "qui ne fut point perdue pour ceux qui la trouvèrent", elle avait laissé d’autres traces dans les mémoires. Dans les années 1960, on racontait encore au Poiré que Charette avait perdu sa caisse au cours d’un combat et que plus tard, elle avait été trouvée par un agriculteur voisin en labourant un champ. Une version alternative prétendait que cet agriculteur l’avait trouvée cachée dans son tas de fumier[4]. Cette mémoire précisait que celui-ci était de "la Tailleferrière" toute proche, où il exerçait aussi l’activité de marchand de bêtes[5]… et que c’est ainsi, que cette partie du "trésor de Charette" aurait été par la suite au départ de la réussite de son entreprise familiale.

Aucun élément ne vient confirmer cette légende portée par la tradition orale. Cependant, en 1836 un Louis Gendreau (1769-1848), marchand de bêtes venant de "la Tailleferrière" et demeurant au "Fief", était propriétaire de 201 ha sur le Poiré[2]. Mais ces terres n’avaient été achetées progressivement que bien plus tard, de 1810 à 1830[6], à une époque où, contrairement à lui, les principaux propriétaires fonciers locaux étaient issus de la bourgeoisie pro-républicaine de 1793.  

 

Autres mentions

Les récits véhiculés par les traditions orales sont de fiabilités inégales. Ceux qui portent sur des évènements traumatisants sont souvent avérés[7], ainsi que cela se vérifie pour de nombreux lieux du Poiré, mais ce n’est pas forcément le cas pour les autres. En particulier pour ce qui est d’un "trésor de Charette", qui a donné matière à de nombreux écrits[8]… et à maintes rumeurs ! On peine cependant à trouver des preuves de la possibilité même de ce "trésor", à commencer par ce qui aurait pu être à son origine. Ceci malgré un examen minutieux de ce que fut la vie de Charette entre 1794 et 1796, sur laquelle les sources de première main, les seules fiables, sont rares. Ces sources se limitant à quelques témoignages épars bien souvent indirects[9], et surtout aux Mémoires sur la guerre de Vendée rédigés peu avant 1800 par Lucas Championnière, qui fut à ses côtés jusqu’à un mois avant sa mort :

"[Au début août 1795], les Anglais avaient encore sur leurs vaisseaux quelques munitions qu’ils n’avaient pu débarquer à Quiberon. On fit savoir à Charette de les venir prendre et nous nous rendîmes à cet effet dans les plaines de Soullans. De là, le général envoya quelques divisions du côté de Saint-Jean-de-Monts qui firent effectuer le débarquement […]. Le troisième jour, nous emmenâmes sur des charrettes du pays tout ce qui avait été débarqué, qui consistait dans 40 000 livres de poudre, deux pièces de canon de huit, des uniformes rouges, quelques chemises, bas et souliers et le tout fut conduit à Belleville"[9]. C’est à ce débarquement des 10-11-12 août 1795, que remonterait l’origine d'un "trésor de Charette", bien qu’aucun des participants n’évoque de fourniture d’or à cette occasion.
Puis à la fin septembre 1795… "différentes colonnes furent dirigées sur Belleville pour nous y assiéger, mais nous fûmes instruits à temps de leur sortie ; nous quittâmes notre ancien camp et les républicains à leur arrivée ne trouvèrent rien qui pût les indemniser de leur voyage. Depuis ce jour nous fûmes toujours errans […]"[9].

L’allusion la plus ancienne connue de ce virtuel "trésor" est une lettre écrite et diffusée fin 1795 / début 1796 par le général Hoche qui cherchait à encourager les dénonciations. Il y promettait que celui qui permettrait la capture de Charette, recevrait 6000 louis d’or qui, y disait-il, étaient en possession de ce dernier[10]. Aucun louis d’or, et pour cause, ne fut trouvé et donc distribué, mais la rumeur ainsi créée, est ainsi restée.

Les principaux événements ayant marqué la vie de Charette de 1794 à 1796.

Ainsi, si l’histoire de cette famille Gendreau, qui fonda "la Gendronnière" autour de 1860, est intéressante ce n’est pas par la découverte d’un improbable "trésor de Charette", mais par son esprit d’entreprise, lointain précurseur de celui qui plus tard a entraîné le décollage économique de la Vendée, au sens large, dans la seconde moitié du XXe siècle.

Les Gendreau étaient marchand de bêtes dès avant la Révolution, et leur important soutien matériel à Charette[5] aurait dû les mettre à mal, mais après une quinzaine d’années de reconstruction de la contrée, grâce à leur savoir-faire professionnel, ils étendirent leurs activités. Ainsi dans les décennies suivantes, avec les Batiot de Chantonnay, ce seront eux les promoteurs autour de 1880 de la race charolaise en Vendée[11] ; à la même époque ils ajoutèrent à leur commerce du bétail des activités agro-alimentaires telles qu’abattoir et conserves de viande à la Roche-sur-Yon, ainsi que des contrats de fournitures pour l’armée ; et en 1903, ils investirent dans la conserverie de poissons à Saint-Gilles-Croix-de-Vie… C’était une façon d’envisager leur place dans la société bien différente de celle des descendants de la bourgeoise qui en son temps avait été républicaine en Vendée et au Poiré, et dont les aspirations étaient et avaient été d’atteindre un niveau de fortune permettant de vivre une vie de rentiers.

Quant aux dires portant sur ce qui aurait été au départ de leur réussite et qui était présenté comme étant aux limites de l’honnêteté, on peut y voir un cas typique de "rumeur malveillante"[7]. Pour le camp des vaincus de la Révolution, dont ils faisaient partie et qui réunissaient la majorité de la population : voir un des leurs réussir alors que les autres sortaient avec peine des ruines et de la pénurie, pouvait être perçu comme une sorte d’injustice. Quant au camp des descendants des vainqueurs républicains, il pouvait estimer que c’est à lui que la réussite économique et sociale aurait dû être réservée... Plutôt que d’accepter de reconnaître cette réussite des Gendreau (et de leurs descendants), les uns et les autres préférèrent imaginer et attribuer à celle-ci une origine pouvant être considérée, à certains points de vue, comme moralement "contestable".

 

Sources et références

(sauf mention contraire, les illustrations sont dues à M. Mignet)

[1]

Recensements de 1856 et de 1861 du Poiré (Arch. dép. de la Vendée : 6 M 280, année 1861).

 
[2]

Cadastre de 1836 du Poiré (Arch. dép. de la Vendée : 3P 178).

 
[3]

Né le 12 mars 1802 à Chantenay-Villedieu, dans la Sarthe, Théophile Denieau-Lamarre devint prêtre en 1822 dans le diocèse de Laval où il commença son ministère. En 1835, il fut incardiné dans le diocèse de Luçon, d’abord vicaire à Pouzauges, puis au Poiré, et plus tard enfin curé à Avrillé où il mourut le 17 décembre 1847.

 
[4]

Témoignages de Marcelle Martineau (1917-1997), recueillis à la fin des années 1960. Pour expliquer l’origine de la réussite des Gendreau, la tradition orale rapporte d’autres rumeurs mais qui toutes sont liées à la découverte d’un trésor venant, soit directement soit indirectement, "de Charette" (cf. l’histoire du village du "Fief").
La mémoire populaire transmise par Marcelle Martineau rapportait aussi, entre autres faits, des comportements courageux de ses ancêtres en ces temps tragiques. Et si ce qui concerne le "trésor de Charette" peut laisser perplexe, les délibérations de l’administration municipale cantonale du Poiré de 1796 à 1800 confirment d’autres anecdotes venant de cette époque. 

 
[5]

Cahier des réquisitions de l’armée catholique et royale dans la paroisse du Poiré (Méd. mun. de la Roche-sur-Yon : ms 019), extrait : réquisitions à la "la Tailleferrière" ; voir aussi de Lorvoire (Jean-Claude), "les Réquisitions de l’armée catholique et royale dans la paroisse du Poiré-sur-Vie", in Recherches vendéennes, n° 3, 1996, p. 257-299. Avec 1855 livres (qui ne lui serons jamais payées) "Louis Gendreau marchand demeurant à la Tailleferrière" a été un des six plus importants contributeurs de la paroisse du Poiré.

 
[6]

Cf. les actes notariés d’acquisition de huit ou neuf plus ou moins grandes métairies au Poiré, situées à "l’Ermière", aux "Grois", à "la Garnerie", à "la Thibaudière", et au "Fief". Ainsi pour ces deux dernière celui passé  devant François Gautier, notaire au Poiré, le 6 mars 1829 (Arch. dép. de la Vendée : 3 E 24 / 58).

 
[7]

Joutard (Philippe), Histoire et mémoires, conflits et alliances, 2015, 344 p.

 
[8]

Parmi les articles de revue d’histoire distractive on relèvera "Qui a le trésor de Charette", Historia, n° 386, 1979, et, avec des noms approximatifs de lieux et de personnes, d’Audinot (Didier), "Le trésor de Charette retrouvé", Historia, n°471, mars 1986, p. 87-93 ; ou dans des journaux : Buche (Vincent), "Ils découvrent un trésor et se retrouvent au tribunal", la Nouvelle République, 28 septembre 2007. Voir aussi le jeu d’évasion (escape game) "Charette et le trésor oublié", etc.

 
[9]

Lucas Championnière (Pierre-Suzanne), Mémoires de la Guerre de Vendée (1793-1796), édition 1994, voir p. 132 et p. 121. Lucas-Championnière (1763-1825) combattit aux côté de Charette d’octobre 1793 à février 1796. Caché à Nantes, il rédigea en 1797-1798 ces relations des événements qu’il avait vécus au cours de ces temps héroïques, mais elles ne furent publiées qu’en 1904, par ses petits-fils (réédition en 1994).
Parmi les témoignages indirects, voir ce qui a été conservé de la correspondance de Charette, ou bien les Mémoires de Mgr Brumauld de Beauregard, 1842, t. 2, p. 78, où celui-ci (1749-1841) parle de son passage à Belleville au début du mois de juillet 1795. On pourrait aussi se reporter aux écrits, restés à l’état de manuscrits, de Pierre Remaud (1756-1830) qui fut l’aumônier de Charette, ou encore ceux d’Augustin-Moïse Auvynet (1771-1853) qui fut un de ses secrétaires.

 
[10]

Boutin (Hippolyte), Chronique paroissiale de Belleville, vers 1900, p. 938.

 
[11]

Chauvet (Alain), Renard (Jean), La Vendée : le pays, les hommes, 1978, p. 185.

 

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