Archives départementales de la Vendée avec le concours de la Société d'émulation de la Vendée Dictionnaire des toponymes

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Montaigu > Grand Logis (le)

Notice rédigée par : Maurice Mignet

Nature(s) du lieu

Catégorie : Maison particulière Masquer
  • Nature : Maison particulière
    Précision sur la nature du lieu : logis
  • Localisation : Le "Grand Logis" était situé entre la "rue du Grand Logis", la "rue des Jardins" et la "rue de Tiffauges".
  • Coordonnées
    • Coordonnées cadastrales napoléoniennes : A 210
    • Coordonnées cadastrales modernes : AE 710

Données historiques

Histoire et archéologie

Le "Grand Logis" nous est connu par François-Frédéric Bellouard de Jémonville (1699-1775), sénéchal de Montaigu, qui écrivait en 1742 : "Au-dessus de cette école [de la Propagation], de l'autre côté de la rue, on voit une maison couverte en ardoises, que le vulgaire appelle ‘Grand Logis’. On prétend que c'était autrefois le siège du gouvernement, et que ce fut la seule sauvée du pillage, lorsque la ville fut surprise par les gens que le duc de Mercœur avait envoyés pour la prendre"[1]. On peut supposer que par "gouvernement", il faut entendre ici, le lieu où, en 1588 lors de la huitième guerre de religion, se tenait le commandement des protestants qui occupaient la ville. En effet, le Château de Montaigu avait été démantelé deux ans plus tôt, en 1586, et il se trouvait alors inhabitable. Les troupes du duc de Mercœur, un des chefs de la Ligue, attaquèrent cette année-là à deux reprises les protestants qui occupaaient la ville. A la suite d’un dernier siège, elles les firent capituler le 8 décembre 1588.

Avant 1789, le "Grand Logis" était la demeure à Montaigu de Charles-Alexis Beufvier de la Sécherie (1735-1805), portant le nom d’un de ses domaines situé sur Bouaine. Il prit part au soulèvement vendéen et à l’attaque de Nantes à la fin juin 1793 avec son frère cadet, (René-)Augustin Beufvier de la Louerie (1736- ? ), qui portait, lui, le nom d’un autre domaine, situé sur Boufféré[2].

Ayant servi sur les vaisseaux du roi, ce dernier avait créé, quelques années plus tôt à Montaigu, une société de secours mutuel qui réunissait des anciens de la Marine royale, nombreux alors dans la ville et dans ses environs. Il l’avait appelée "la Parfaite Harmonie"[3], nom reprenant celui d’une loge maçonnique qu’il avait fait créer à Malte en 1765. Au cours de sa carrière d’officier de marine, il avait aussi fondé d’autres loges à Rochefort (1762), à Toulon (1764) et à Brest (1775). A l’époque ces loges de la marine semblent avoir plus été des cercles de sociabilités et d’entraides mutuelles, ou des réseaux d’influence et d’intérêts, que des lieux de militantisme politique ou idéologique[4]. De 1793 à 1796, toutes ces loges furent contraintes par la Révolution à cesser leurs activités.

En 1814, Charles-Louis de Beufvier, neveu à la mode de Bretagne des précédents[5], était devenu propriétaire du "Grand Logis" dont il ne restait plus que des ruines[6]. Comme tous les bâtiments des alentours, il avait été incendié par les troupes républicaines. Il fut amené à les vendre quelques années plus tard.

A l’exception d’un puits et de quelques dépendances, les nouveaux propriétaires en démolirent les restes. Puis ils édifièrent une nouvelle demeure le long de la "rue de Tiffauges" (ex. "rue Saint-Maurice"), en réutilisant certains éléments (cheminées, boiseries, pierres de taille…) rescapés de l’ancien "Grand Logis"[7].

Autres mentions

La société de secours mutuel "la Parfaite Harmonie" de René-Augustin Beufvier a été présentée par la Mutualité de la Vendée comme étant la première à avoir été créée dans le Bas-Poitou[8]. Avec l’ancienne confrérie de la Charité de la paroisse Saint-Jean[9], elle aurait servi de modèle en 1837 pour la "Société de Secours mutuel des artisans et marchands de la ville de Montaigu", à son tour première à avoir vu le jour au XIXe siècle dans le département de la Vendée, et dont on possède toujours les statuts[10]. Cette création y fut suivie en 1856, par celle de la "Société de Secours mutuel des pompiers", puis par celle de la "Société de Secours mutuels de femmes et demoiselles de Montaigu"[11].

En 1992, ce ne serait pas forcément par hasard qu’en prenant le nom de "Harmonie Mutualité", le groupement des mutuelles de Vendée rappela le souvenir d’un officier de l’armée vendéenne qui, à la fin du XVIIIe siècle, avait réuni localement les traditions d’entraide chrétienne et la solidarité des Lumières[8].

L’actuelle "rue du Grand Logis" bordait le pignon ouest du "Grand Logis".

Illustrations

montaigu_grand_logis_2.jpg

montaigu_grand_logis_2.jpg


Emplacement du "Grand Logis", vue aérienne de 2009 (© GEOPORTAIL)
et plan cadastral de 1814, environ 130 x 105 m.
Sur le plan cadastral de Montaigu de 1814,
les bâtiments en ruine, qualifiés de
"masures", sont coloriés en jaune car n’étant pas imposés,
les bâtiments utilisables donc imposables sont coloriés en rose.
Quand ce premier cadastre fut établi, certaines des constructions qui existaient en 1789
et qui avaient été ruinés par les troupes révolutionnaires, avaient déjà complètement disparu,
ainsi les bâtiments du
"couvent Notre-Dame de Saint-Sauveur", incendiés,
et dont les restes furent vendus autour de 1800 comme matériaux,
ou encore la demeure des de La Revellière-Lépeaux (A 238 et A 239).

[1]

Bellouard de Jémonville (François-Frédéric), Anecdotes de la ville de Montaigu en Poitou, 1742 (Bibl. mun. de Nantes, Fonds Dugast-Matifeux, dossier 204).

 
[2]

Boutin (Hippolyte), Chroniques paroissiales du canton de Montaigu (Boufféré), 1895, p. 332-378.

 
[3]

Laronze (Georges), Montaigu, ville d’histoire (IVe-XXe siècle), 1958, p. 118, note.

 
[4]

Van Hille (Jean-Marc), Dictionnaire des marins francs-maçons, édition 2011, p. 61.

 
[5]

Goué (Alain de), Chroniques paroissiales du canton de Rocheservière (Saint-Philbert-de-Bouaine), 1914, t. 2, p. 77-80.

 
[6]

Plan, état de sections et matrice du cadastre de 1814 (Arch. dép. de la Vendée : 3 P 146).

 
[7]

Relevés sur le terrain en 2012.

 
[8]

Mutualité de la Vendée, la Force des solidarités vendéennes, 2005, 224 p.

 
[9]

Mignen (Gustave), Paroisses, églises et cures de Montaigu "Bas-Poitou", 1900, p. 51-52.

 
[10]

Conservation départementale des Musées de la Vendée.

 
[11]

"Éphémérides par années de 1836 à 1856" (Arch. dép. de la Vendée : 146 R 3, dernières pages) ; une copie des statuts de sa fondation sont conservés dans les archives paroissiales de Montaigu.

 

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