Archives départementales de la Vendée avec le concours de la Société d'émulation de la Vendée Dictionnaire des toponymes

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Montaigu > Grand Louis (auberge du)

Notice rédigée par : Maurice Mignet

Nature(s) du lieu

Catégorie : Hôtel, auberge, café Masquer
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  • Nature : Hôtel, auberge, café
    Précision sur la nature du lieu : auberge
  • Localisation : Cette ancienne auberge était située dans la "Grand-rue" de de Montaigu, à l’emplacement des actuels n° 47 et 49 de la "rue Clemenceau".
  • Coordonnées
    • Coordonnées cadastrales napoléoniennes : A 512
    • Coordonnées cadastrales modernes : AH 45, 455, 456

Etymologie

Le nom de "l’auberge du Grand Louis" vient certainement du prénom porté traditionnellement de père en fils par les aînés de la famille Ratyé, originaire du Boupère, qui furent les propriétaires et tenanciers de cette auberge tout au long du XVIIIe siècle.

Données historiques

Histoire et archéologie

"L’auberge du Grand Louis" est l’une des cinq auberges du Montaigu d’avant 1789 citées par Georges Laronze[1], les autres étant "la Corne du Cerf", "le Cheval blanc", "l’Écu", "les Trois Rois". Dans la première moitié du XVIIIe siècle, elle était tenue par Louis Ratyé (1696-1760), natif du Boupère, qui avait épousé en 1721 Louise Baudry, des Rochettes. L’aîné de ses fils, Louis (1726-1781), lui succéda comme "maître traiteur"[2], puis son petit-fils (né en 1754), lui aussi prénommé Louis. Le titre de "maître traiteur", qui a précédé ceux de "maître-queux" ou de "grand chef" donnant leur notoriété à certains restaurants gastronomiques d’aujourd’hui, marquait alors une différence avec celui de simple "aubergiste" ou de "tavernier", et expliquait, sans doute, la si bonne réputation qu’avait cet établissement à l’époque.

Cette réputation a été rapportée par le futur libertador vénézuélien, Francisco de Miranda (1750-1816), dans les notes de son journal de voyage[3]. Il y raconte que le 18 avril 1789, il arriva à Montaigu en provenance de La Rochelle d’où il était parti la veille au matin. Le pavé à l’entrée de la ville était, écrit-il, "si diabolique" qu’il préféra y pénétrer à pied. Il descendit dans "une très bonne auberge" appelée "l’Hôtel du Grand Louis". Le gite et le couvert lui furent offerts pour 4 fr ½, et il passa la soirée "à lire avec délices Télémaque jusqu’à 10 h du soir". Le lendemain 19 avril, à 5 h du matin, il prit la direction d’Aigrefeuille "par un très bon chemin" mais, constate-t-il, "là se termine la juridiction du Poitou et cela se voit aussitôt par la différence absolue des routes qui sont maintenant extrêmement mauvaises".

Il n’en dit pas plus sur Montaigu. Cependant son bref séjour n’y passa pas inaperçu, son arrogance l’ayant porté à agresser la maréchaussée locale. Le procureur fiscal Jean-Victor Goupilleau, chargé de la tranquillité de la ville (et frère du futur conventionnel Philippe-Charles-Aimé Goupilleau), dut intervenir pour calmer les ardeurs de ce voyageur sud-américain[4].

Le nom de "l’auberge du Grand Louis" disparut avec la Révolution, comme pratiquement toute la nombreuse famille Ratyé : en 1816, seule survivait à Montaigu Louise Ratyé (1755-1843), fille de Louis (1726-1781). Mariée en 1797 avec Urbain Sureau (1770-1815), capitaine dans l’armée qui occupait la ville à l’époque et originaire de Saumur. Elle tenait, le long de la "Grand’rue", "l’auberge du Grand Turc", nouvelle appellation de "l’auberge du Grand Louis" dont le nom était devenu politiquement incorrect. Un changement d’enseigne confirmé par un acte de notoriété du 22 thermidor an XII (10 août 1804) authentifiant le décès de Louise Payraud (1733-1793), des Rochettes, tuée par les armées de la République "à l’auberge du Grand Turc, ci-devant Grand-Louis, dans le courant de septembre 1793"[5]. A l’époque de la mort d’Urbain Sureau, il semble que cette auberge avait beaucoup perdu de son activité passée. 

Autres mentions

En 1814-1816, six aubergistes étaient installés à Montaigu (dont ceux de "la Coupe d’Or", du "Grand Turc", du "Pélican" et de la poste aux chevaux), ainsi que seize cabaretiers ou "cafetiers", parmi lesquels dix peuvent être localisés avec certitude[6]. Les secteurs de l’ancienne "porte Nantaise" et de la "place des Halles", actuelle "place Dugast-Matifeux", étaient particulièrement bien dotés[7].

Illustrations

montaigu_grand_louis_1.jpg

montaigu_grand_louis_1.jpg


Localisations connues des auberges (*) et cabarets (.) de Montaigu, en 1814/1816,
sur le plan d’assemblage du cadastre de 1814 (environ 770 x 910 m).
Et un portrait avantageux de Francisco de Miranda,
client agité de
"l’auberge du Grand Louis" en avril 1789,
puis
"héros" des débuts de l’indépendance de l’Amérique du Sud autour de 1810.
(lors de la Révolution,
"l’auberge du Grand Louis"
perdit son nom pour devenir
"l’auberge du Grand Turc")

[1]

Laronze (Georges), Montaigu, ville d'histoire (IVe-XXe siècle), éd. 2001, p. 60.

 
[2]

Registres paroissiaux de Saint-Jean de Montaigu (Arch. dép. de la Vendée : AC 146).

 
[3]

Lemarié (Charles), "Miranda en Bretagne, 1789", in Annales de Bretagne, n°79-2, 1972, p. 394-395.

 
[4]

Fonds Dugast-Matifeux, Correspondance Goupilleau, Bibl. mun. de Nantes.

 
[5]

Actes de notoriété du Greffe du tribunal de Montaigu (Arch. dép. de la Vendée : 3 U 1/34).

 
[6]

Liste nominative du recensement de 1816 (Arch. dép. de la Vendée : 6 M 232).

 
[7]

État de sections et matrice du cadastre de 1814 (Arch. dép. de la Vendée : 3 P 146).

 

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