Archives départementales de la Vendée avec le concours de la Société d'émulation de la Vendée Dictionnaire des toponymes

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Montaigu > Grand'rue (la)

Notice rédigée par : Maurice Mignet

Graphies connues

Clemenceau (rue Georges) source : Bien que certains se plaisent encore à employer ce terme de "Grand’rue", c’est désormais le nom plus moderne, et peut-être paradoxalement (ou pas) plus banal, de "rue Georges Clemenceau" qui est communément utilisé aujourd’hui pour cette rue à Montaigu.


Nature(s) du lieu

Catégorie : Voie de communication (rue) Masquer
Titre Image
  • Nature : Voie de communication (rue)
  • Localisation : La "Grand'rue", aujourd'hui "rue Clemenceau", va du château au carrefour de l'Europe.
  • Coordonnées
    • Coordonnées cadastrales napoléoniennes : Section A
    • Coordonnées cadastrales modernes : Sections AC, AE et AH

Données historiques

Histoire et archéologie

La "Grand’rue", aujourd’hui "rue Georges Clemenceau", est l’axe principal de la Vieille Ville de Montaigu.

On a dit, à tort, qu’elle était un tronçon de l’ancienne voie romaine allant de Saintes (Mediolanum Santonum) à Rezé (Ratiatum), en effet celle-ci, arrivée à Saint-Georges-de-Montaigu, y franchissait la Maine et, passant par la Sénardière de Boufféré, gagnait la Loire. Elle ne passait donc pas par le site du futur Montaigu qui ne naîtra que plusieurs siècles plus tard, dans les environs de l’an 1000, et ce n’est qu’après cette date que la route allant de Nantes à La Rochelle puis à Bordeaux passera par Montaigu.

Au XVIIIe siècle, cette route fut, intégrée au nouveau réseau routier initié par Trudaine, et elle connaîtra une transformation complète entre 1752 et 1757. Rendue en rase campagne aussi rectiligne que le permettait le relief, elle fut mise au gabarit des "routes royales" qui, à cette date, devaient avoir une largeur de 60 pieds, soit 19,5 m fossés inclus. Dans la traversée de la ville, elle retrouvait cependant sa largeur et son tracé antérieurs, ceux de la "Grand’rue, qui étaient à peu de choses près les mêmes qu’aujourd’hui.

L’étroitesse de la "Grand'rue" était et est toujours peu adaptée à la circulation automobile, particulièrement à celle des poids-lourds qui pouvaient difficilement s’y croiser et y occasionnaient des dégradations multiples[1]. Cette circulation augmentant au fil des ans, il fut décidé de créer un boulevard de contournement qui fut réalisé entre 1970 et 1975. Cependant, devant les réticences de certains qui craignaient un dépérissement des activités du centre-ville, et plus encore devant les lenteurs et tergiversations administratives, ce n’est qu’après 1992 que le passage des camions finit par y être interdit et la circulation limitée[2]. Elle est depuis lors devenue une rue semi-piétonne.

Autres mentions

Au moment de la Révolution, c’est aux actuels nos 18-16-14 de la "Grand'rue" (photo ci-jointe)[2], qu’habitaient les sœurs Deléard, "tenant auberge et café à Montaigu" et qui connurent des destins conformes aux engagements politiques du temps. En décembre 1793, la cadette, Marie-Jeanne (née en 1761), trouva la mort en "buvant de l’eau à Nantes"[3], suivant la spirituelle expression utilisée à l’époque pour se féliciter des exécutions par noyades qui s’y pratiquaient. Deux de ses plus jeunes sœurs, réfugiées à Nantes pour échapper aux pillages et incendies de Montaigu par Kléber à la fin septembre 1793, et dénoncées cinq mois plus tard par un certain Girardin, y furent arrêtées. Jugées en même temps, le 18 mars 1794 (28 ventôse an II) elles furent : Rosalie (née en 1771), condamnée "à garder prison jusqu'à la paix" pour avoir été coupable de "grand zèle contre-révolutionnaire" et de "propos inciviques"[4], et Modeste (née en 1767), condamnée à mort et guillotinée le jour même[5], pour les mêmes motifs et avoir de plus "vêtue de blanc, pris part à des processions, et fabriqué des agnus et des noms de Jésus"[4]. Après la chute de Robespierre, Rosalie finira par être innocentée, puis le 19 décembre 1794 elle sera libérée[6]. Les descendants des neuf enfants de cette famille Deléard se gardèrent de revenir à Montaigu. Ils se limitent aujourd’hui aux lointains héritiers du plus jeune d’entre eux, Pierre-Gabriel (1772-1849)[7].

Illustrations

montaigu_grand_rue_1.jpg

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Vers 1910, la "Grand’rue" vue de la "place Dugast-Matifeux" et vue du carrefour de l’Europe,
avec la localisation de l’auberge que la famille Deléard, y tenait avant la Révolution.
En 1992, la
"Grand’rue", devenue "rue Clemenceau",
avant qu’elle soit transformée en rue semi-piétonne (
Ouest-France, 2000).

[1]

Entretiens avec Denise Favreau-Bourquie (1920-2015), née à Montaigu et y ayant toujours vécu.

 
[2]

Plan, état de sections et matrice du cadastre de 1814, parcelles A 412-414-417 (Arch. dép. de la Vendée : 3 P 146).

 
[3]

Archives départementales de la Loire-Atlantique (L 1501) ; Charles Berriat Saint-Prix, "Carrier à Nantes" in le Cabinet historique, t. 14, 1868, p. 25 à 61.

 
[4]

Lallié (Alfred), la Justice révolutionnaire à Nantes, 1896, p. 214.

 
[5]

Registre d'écrou du Bouffay, folio 124. (fonds Dugast-Matifeux, 2e série, n°53, à la Bibliothèque municipale de Nantes).

 
[6]

Leroux Cesbron (Charles), "les Prisonniers vendéens et la réaction thermidorienne", la Revue historique de l’Ouest, 1896, p. 373.

 
[7]

Entretien en 2013 avec L.-R. Auvinet, descendant au 7e degré de Pierre-Gabriel Deléard.

 

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