Archives départementales de la Vendée avec le concours de la Société d'émulation de la Vendée Dictionnaire des toponymes

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Poiré-sur-Vie, Le > Grange (la)

Notice rédigée par : Maurice Mignet

Nature(s) du lieu

Catégorie : Regroupement d'habitations Masquer
  • Nature : Regroupement d'habitations
    Précision sur la nature du lieu : village
  • Coordonnées
    • Coordonnées cadastrales napoléoniennes : section E, 1re feuille
    • Coordonnées cadastrales moderne : section YH

Données historiques

Histoire et archéologie

Bien qu’appelé communément "la Grange" et apparaissant au XVIIIe siècle sous ce nom sur la carte dite de Cassini, ce village est aussi nommé "la Grange-Bonnet" sur certaines cartes.

"La Grange" sur la carte de Cassini (1768-1770) et le prieuré voisin de "Bellenoue"
(théoriquement, les zones en vert indiquent des zones de landes).
L’équipage de grands griffons vendéens de
"la Grange"
sur le départ dans les années 2000.
L’exploitation agricole, quelques maisons et l’ancienne aire de
"La Grange"en 2019.

Avant la Révolution, "la Grange" dépendait du prieuré de "Bellenoue"[1] situé à 800 mètres plus à l’est, dont il subsiste quelques vestiges, mais dont les origines, l’histoire et la fin restent inconnues. Au moment de la Révolution, "la Grangeétait constituée de deux métairies et d’une borderie, tenues respectivement par Pierre Peraudeau, René Durand et René Micheau que l’on retrouve parmi ceux qui apportèrent leur soutien à Charette et autres de 1793 à 1795[2].

Au long du XIXe siècle, sa population oscilla entre 14 et 34 habitants[3]. Ceux-ci, jusqu’à la généralisation des déplacements motorisés, avaient plus de liens de sociabilité (paroisse, école…) avec le bourg de Mouilleron, à 2,5 km, qu’avec celui de Poiré plus de deux fois plus loin.

En 2019, "la Grange" n’a plus qu’une exploitation agricole, mais de taille importante. Ses maisons d’habitations, toutes anciennes, datent pour certaines du milieu du XIXe siècle.

En 1989, un passionné de l’art de la vénerie s’y lança dans l’élevage et l’éducation d’un équipage de griffons vendéens. Il renouait ainsi avec une activité qui existait au Poiré avant la guerre de 1914 : des chiens destinés à la chasse à courre y étaient mis en pension dans différentes fermes de la commune et étaient vendus lors de foires qui ont attiré des clients venant de toute la France, telle la duchesse d’Uzès, et même le roi d’Italie Victor-Emmanuel...[4]

Autres mentions

Au début du XIXe siècle, la répartition des impôts directs, dont celle de la contribution foncière portant sur tous les terrains, était à la charge des municipalités. Durant l’été 1808, une contestation s’éleva entre les communes du Poiré et de Mouilleron qui prétendaient taxer chacune les mêmes terrains, en particulier entre les villages de "la Grange" et du "moulin Roux". Une détermination précise des limites communales s’imposait ! Ce fut fait, dès le 1er septembre de cette même année[5], durant laquelle fut réalisé à Mouilleron le premier cadastre, sur lequel l’impôt foncier allait désormais être assis.

Alors que celui du Poiré ne sera levé qu’en 1836, le cadastre de Mouilleron l’a donc été dès 1808, mais, étant considéré comme insuffisant, il le sera de nouveau en 1843[6]. Ces deux versions permettent de constater à 35 ans d’écart à quoi sont consacrés les terrains : terre (labourée), lande, pré, pâture, etc. Ainsi peut-on voir l’importance qu’avaient prise les landes au sortir de la Révolution, suite à la destruction d’une partie de la population et de celle de la force de travail animale. L’état des landes et de leur évolution sur Mouilleron à ces dates donnent une idée de ce qu’ils ont pu être au Poiré à la même époque.

Extension des landes aux limites du Poiré et de Mouilleron-le-Captif :
en rouge, les landes subsistant en 1836 sur le Poiré et en 1843 sur Mouilleron, 
et en vert, celles ayant disparu sur Mouilleron entre 1808 et 1843 ;
avec la ligne séparant les deux communes et la localisation des lieux habités en 1808.
(sur une vue aérienne du 27 juillet 1950 - environ 3000 x 1500 m)

D’autres commentaires et datations ont été faits au milieu du XIXe siècle sur l’existence et l’extension de ces landes désormais presque toutes disparues : "On remarque dans toute cette contrée et particulièrement dans la commune des Lucs et dans celle de Beaufou, de vastes landes, qui ont été défrichées à une autre époque, puisqu'on aperçoit encore sous la bruyère qui les couvre des traces de sillons, preuve évidente que ce pays a été plus peuplé qu'il ne l'est aujourd’hui, car […] ces landes, à la différence de celles de beaucoup de contrées, sont très productives. […] On pense généralement que l'abandon de ces vastes terrains a été nécessité par le manque de bras, qui a dû avoir lieu après la guerre dite du sel, sous François I et Henri II, et plus tard, après les guerres de Religion et de la Ligue […]."[7]

Les descriptions de l’agriculture du Bocage à la fin du XVIIIe siècle montrent que ces landes, loin d’être inutilisées, étaient intégrées à leur environnement économique. Par la fabrication de fagots : "les fours à chaux et à tuiles et les fours à pain consomment ce qui s’en vend". Par écobuage avant une mise en culture : "on fait brûler sur le lieu même, le genêt, l’ajonc et la bruyère, que l’on a étendus sur toute la superficie du champ". Comme ajout au fumier : "les cours des métairies […] sont jonchées de genêt, d’ajonc et de bruyère, qui pendant dix mois sont pénétrés par la pluie et broyés par le passage fréquent des animaux […] Peu de temps avant les semailles, on les entasse avec le fumier des étables et on les transporte avec lui dans les champs […]"[8].

Jusque dans la deuxième moitié du XXe siècle, quand la paille pour la litière des bêtes menaçait de manquer ce qui, pour les petites fermes arrivait parfois dès la fin mars, on allait dans une parcelle encore en lande et on y coupait ce qui était nécessaire[6] ; un travail pénible.

[1]

Cf. minute notariale du 30 mars 1789 de Me Danyau, du Poiré (Arch. dép. de la Vendée : 3 E 24).

 
[2]

Cahier des réquisitions de l’armée catholique et royale dans la paroisse du Poiré (Méd. mun. de La Roche-sur-Yon : ms 019), réquisitions à la Grange ; voir aussi de Lorvoire (Jean-Claude), "les Réquisitions de l’armée catholique et royale dans la paroisse du Poiré-sur-Vie", in Recherches vendéennes, n° 3, 1996, p. 257-299.

 
[3]

Dénombrements et recensements de la population du Poiré, de 1797 à 1911 (Arch. dép. de la Vendée : L 288, 6 M 280, 6 M 282).

 
[4]

Entretien en 2019 avec cet éleveur, R. Vincent ; voir aussi sur ce sujet la notice de "la Fournerie".

 
[5]

Arch. dép. de la Vendée : administration générale du département, 1 M 324.

 
[6]

Cadastres dit primitif (1808) et dit napoléonien (1843) de Mouilleron-le-Captif, et l’état de sections de 1843 (Arch. dép. de la Vendée : 3 P 155 et 3 P 1703) ; cadastre du Poiré et état de sections du Poiré (1836) (Arch. dép. de la Vendée : 3 P 178 et 3 P 2039).

 
[7]

Cf. l’introduction aux Chroniques paroissiales du doyenné du Poiré, manuscrit rédigé par Eugène Aillery (1806-1869) dans les années 1850 et 1860, repris par Hyppolite Boutin (1851-1901) dans l’ouvrage de même titre, publié entre 1900 et 1908. Au début du XXIe siècle sur l’Herbergement, on retrouve encore ces traces de sillons dans des anciennes parcelles de lande ayant évolué en taillis.

 
[8]

Cavoleau (Jean-Alexandre), Description du département de la Vendée, et considérations générales sur la guerre civile de 1793, 1794, et 1795, 1re édition, 1818, p. 166, 174…

 

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