Archives départementales de la Vendée avec le concours de la Société d'émulation de la Vendée Dictionnaire des toponymes

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Poiré-sur-Vie, Le > Huguenots (cimetière et pré des)

Notice rédigée par : Maurice Mignet

Nature(s) du lieu

Catégorie : Église, établissement religieux Masquer
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  • Nature : Église, établissement religieux
    Précision sur la nature du lieu : ancien cimetière protestant
  • Localisation : Le cimetière et le pré dits "des Huguenots" sont contigus au sud du centre-bourg du Poiré.
  • Coordonnées
    • Coordonnées cadastrales napoléoniennes : parcelles M 57 et M 56
    • Coordonnées cadastrales moderne : parcelles AE 29, 31 et 274, en tout ou partie

Données historiques

Histoire et archéologie

L’ancien "cimetière des Huguenots" (200 m²) et, contigu, le petit pré (1700 m²) du même nom sont situés en bordure immédiate du centre-bourg du Poiré, entre "le Ruth", la route allant vers Aizenay et la route allant vers La Genétouze. En 2018, il n’en restait que le nom d’une venelle : "la ruelle des Huguenots".

Entre la route allant vers Aizenay et la route allant vers La Genétouze,
sur le plan cadastral de 1836 du Poiré et sur une vue aérienne vers 2014
(environ : 218 x 350 m) :

le
"pré des Huguenots"et le "cimetière des Huguenots" ;
e
t une vue de l’emplacement de ce dernier en 2018.
 

Ces noms rappellent la présence au Poiré de quelques membres de cette religion pendant près d’un siècle et demi. En effet, au milieu du XVIe siècle la plupart des familles nobles de la région rejoignirent la Réforme protestante, comme au Poiré les Guinebaud à "la Millière", les d'Aunis à "Pont-de-Vie", ou les Bonnevin à "la Rételière". Seuls les Marchand à "la Métairie" persévérèrent dans le catholicisme, ce qui leur posa des difficultés lorsqu’ils voulurent marier leurs enfants. Lors des Guerres de Religion, ces familles participèrent activement aux pillages, profanations, meurtres, incendies, perpétrés par les bandes armées huguenotes, ainsi en 1564 aux Lucs et à Beaufou ; en mars 1568 à Legé ; en avril de la même année à Rocheservière, Beaufou, Aizenay, Saint-Denis-la-Chevasse[1]...

Dès 1565, Le Poiré avait un pasteur. Lui et ses successeurs exerçaient aussi leur ministère sur Aizenay, Belleville et Saint-Denis-la-Chevasse. Les noms de la plupart d’entre eux sont connus[2], et le dernier, Jean Bompar, partira en Hollande vers 1685. 

En 1620, les registres du Parlement[3] citent "Jacob Guinebaud, Gédéon, Nicolas et Charles Boivin, escuyers, Antoine Brail, Benjamin Leduc, François et André Briaudeaux, Daniel et Paul Rocheteau, Jean Frondouille, Jean Prévost, Jacques Presandeau, tous de la paroisse du Poiré, faisant profession de la R.P.R.[4]". Le 23 février 1623, un arrêt de ce même Parlement enjoignit aux protestants de construire un cimetière pour la sépulture de "ceux qui seront décédés dans la dite religion dont l'exercice demeurait interdit dans le bourg"[5]. En 1665, le temple, qui y aurait été établi dès les années 1560, était fermé et détruit[6]. On sait aussi que, suite à la révocation de l’édit de Nantes, Charles et Florent Guinebaud s’exilèrent avec femmes et enfants outre-Manche, où on les trouve avec le nom de "Guinebald de Lamillere". Les uns s’assimilèrent, les autres après abjuration revinrent sur leurs terres au début du XVIIIe siècle.

On démêle mal dans les conversions à la religion réformée, la part des convictions spirituelles et celle d’autres motivations telles que, pour la bourgeoisie des métiers de la basoche, le désir de concurrencer l’influence intellectuelle que le clergé pouvait avoir sur le peuple, ou, pour la noblesse, l’inquiétude provoquée dans la première moitié du XVIe siècle par la montée du pouvoir royal et de l’Etat, qui se faisait au détriment de ses droits et de ses privilèges seigneuriaux hérités de l’époque féodale. Par ailleurs, toujours très minoritaire localement, sauf dans l’aristocratie, la présence des protestants était limitée aux catégories sociales aisées, cette dernière caractéristique expliquant qu’ils aient laissé des traces importantes relativement à leur nombre[7].

Lorsque dans une famille la présence de prénoms à connotation biblique (Jacob, Isaac, Elie, Zacharie…) est récurrente, il y a de fortes chances pour qu’à un moment ou à un autre de son histoire, cette famille ait été protestante, ceci non seulement chez celles nobles, mais aussi chez celles où on exerçait des métiers de robe (juges, notaires…), ou même chez celles pratiquant des métiers artisanaux. Cependant, à l’époque de la Révolution, toutes ces familles étaient depuis plusieurs générations revenues au catholicisme et, pour les nobles, la plupart prirent le chemin de l’émigration ou rejoignirent l’insurrection.

On ignore quel bâtiment, sans doute modeste, a pu abriter le temple protestant dans le bourg du Poiré, mais l’existence en 1836 sur son cadastre des noms "cimetière des Huguenots" et "pré des Huguenots", montre que leur souvenir a persisté longtemps après la disparition de ceux-ci.

 

Autres mentions

Au fil des ans, les environs du "cimetière des Huguenots" et du "pré des Huguenots" ont vu l’implantation d’équipements et de petites activités (tannerie, lavoir, alambic, école, pont).

Ainsi au début du XIXe siècle, le tanneur Joseph Arnaud, qui jusqu’alors exerçait son métier à "l’Auroire", vint installer sa tannerie le long du "Ruth". Celle-ci était constituée par un petit bâtiment, existant toujours en 2017, dans lequel se trouvaient deux petites fosses de 1,20 sur 1,20 m et profondes de 0,70 m, où on faisait macérer les peaux. Ses héritiers et successeurs y poursuivirent cette activité jusqu’à la fin des années 1950. 

En 2018, la petite tannerie (8 x 4 m) longeant le "le Ruth",
avec ses deux fosses qui, jusqu’en 1956,
ont été utilisées durant un siècle et demi pour traiter les peaux.

A mi-chemin entre cette tannerie et le "cimetière des Huguenots" se trouvait le plus important des autrefois nombreux lavoirs du bourg du Poiré. Il fut un des derniers à disparaitre, autour de 1998. En 2017 seuls y subsistaient, inutilisés, celui du parc de "la Gibretière" et celui de "la Minoterie".
Ce lavoir était aussi un lieu de convivialité pour les laveuses qui s’échangeaient là les nouvelles et potins… tout comme pouvait l’être pour les hommes le local contigu qui abritait l’alambic. Au début du XXIe siècle, celui-ci ne fonctionnait plus que cinq jours par an, en février[8], et son avenir était incertain étant en bonne partie lié à l’extinction inéluctable des derniers bouilleurs de cru.

En février 2018, Henri Bouard et Henri Mollé, les animateurs de l’alambic associatif, 
lequel aura du mal à survivre après la mort des derniers bouilleurs de cru
.
Le lavoir communal vers 1904, avec ses laveuses ;
les deux femmes à gauche portent la coiffe traditionnelle du Poiré
(carte postale Amiaud). 

En 1872, durant son actif mandat de maire, Ossian Morin d’Yvonnière (1814-1890) décida de déplacer l’école des filles[9] près de l’entrée du chemin voisin qui sera connu plus tard, sous le nom de "chemin des Amours"[10]. Dans les années 1880, les nouvelles lois scolaires obligèrent à en chasser les religieuses à qui cette école communale était confiée jusqu’alors. Cela entraîna une très forte baisse de ses effectifs, et un temps elle ne subsista que grâce à l’obligation faite aux fonctionnaires de mettre leurs enfants dans les "écoles laïques". Depuis, les évolutions démographiques du Poiré lui ont redonné de l’importance. On peut voir sur ses façades des symboles hérités de son passé religieux et qui, "étant fixés", doivent être conservés selon la loi de séparation des Églises et de l’État de 1905[11].

Autrefois, c’était à gué que la route allant vers La Genétouze franchissait "le Ruth". Ce ne fut qu’au milieu du XIXe siècle qu’un pont fut construit, en même temps que le tracé de la route était redressé[12]. Mais dans la nuit du 26 au 27 octobre 1909, les pluies diluviennes qui s’abattirent sur le Poiré et ses alentours, causant des inondations emportant les ponts ou leurs accès[13], coupèrent les chaussées avant et après ce "pont de la route de La Genétouze". Cela amena à le remplacer par un autre avec un tirant d’air plus grand.

Sur "le Ruth" : vers 1908 le pont dit "de la route de La Genétouze"
à la sortie du bourg du Poiré,  
et son emplacement quelques jours après les inondations d’octobre 1909.

[1]

Boutin (Hippolyte)Chronique paroissiale du Poiré, 1907, p. 28 à 41.

 
[2]

Dez (Pierre), Histoire des protestants et des Églises réformées du Poitou, édition 1936, p. 232, 272, 439-440. Les pasteurs connus sur ces quatre paroisses sont : Jean Mauclerc en 1565, Pierre Caillard vers 1570, du Bruert en 1572, Danthonet avant 1590, Delaunay (dit de Bonvouloir)  en 1598-1603, Balthazar Manceau en 1611, Antoine Brail en 1620-1632, Théodore Tireau en 1660-1663, Jean Bompar de 1678 à au moins 1683.

 
[3]

Le "Parlement" est celui de Paris, à l’époque, la cour de justice jugeant en dernier ressort.

 
[4]

La R.P.R., pour "la Religion Prétendue Réformée", désignait la religion protestante.

 
[5]

Benoît (Elie), Histoire de l'Edit de Nantes, 1693, tome II, p. 419. L’interdiction du culte réformé en 1623 "dans le bourg du Poiré" n’interdisait pas pour autant celui-ci à "la Millière" où existait une "église de fief", un lieu de culte protestant autorisé chez une famille noble, ici celle des Guinebaud. Cette "église de fief" sera supprimée par l’arrêt du Conseil du roi du 6 août 1665, qui confirma aussi l’interdiction de ce culte au Poiré et ne le permit plus qu’à Aizenay.

 
[6]

Filleau (Jean), Décisions catholiques, p. 326-327.

 
[7]

Marcadé (Jacques), Les protestants de Vendée, 2009, 128 p. Pour un élargissement et une contex-tualisation du sujet, se reporter aux études du Musée virtuel du protestantisme.

 
[8]

Rencontre en février 2018 avec les deux animateurs de l’alambic du Poiré, Henri Bouard et Henri Mollé. Voir aussi : Hillairet (Muriel), "Ce duo qui allume l’alambic genôt", le Journal du Pays yonnais, 19 février 2015, p. 27.

 
[9]

Conseil municipal du Poiré, délibérations des 29 sept. et 10 nov. 1872 (Arch. com. : AC 1 D 4).

 
[10]

Le "chemin des Amours" tiendrait son nom de ce qu’en 1914-1918 il était un lieu de rencontre de militaires en convalescence dans la propriété voisine et de certaines jeunes filles du bourg du Poiré, les uns et les autres étant nommément connus.

 
[11]

Voir sur cette question la jurisprudence concernant l’application de la loi de séparation des Églises et de l’État, du 9 décembre 1905.

 
[12]

Dossier "Travaux publics : transports" (Arch. dép. de la Vendée : série S).

 
[13]

Les inondations catastrophiques d’octobre 1909 ont été relatées dans les journaux de l’époque, telle l’Etoile de la Vendée du 31 octobre 1909 (cf. extrait ci-dessous), ou par Samuel Guiet dans un article, au contenu approximatif jusqu’à son titre, dans l’Annuaire de la Société d'émulation de la Vendée, 1941, p. 19-24 (Arch. dép. de la Vendée : BIB PC 16/35).

 

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