Archives départementales de la Vendée avec le concours de la Société d'émulation de la Vendée Dictionnaire des toponymes

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Saint-André-Goule-d'Oie > Javelière (la)

Notice rédigée par : Emmanuel François

Graphies connues

la Javelière (1399) source : d'après citation faite dans un acte de 1770, puis à partir de 1550, cité dans un aveu de 1605; carte de Cassini, cartes d'état-major (1849-1910), carte IGN (1975)


Nature(s) du lieu

Catégorie : Regroupement d'habitations Masquer
  • Nature : Regroupement d'habitations
    Précision sur la nature du lieu : Village et tènement relevant de la seigneurie du Coin Foucaud
  • Coordonnées
    • Coordonnées LAMBERT : 332-2210

Données historiques

Histoire et archéologie

 


La Javelière fait partie des villages de Saint-André-Goule-d’Oie établis au bord du ruisseau du Vendrenneau, lequel fait limite au nord avec la commune de Saint-Fulgent, puis Chavagnes-en-Paillers. Au Moyen Âge c’était un village et tènement (concession de territoire), situé entre la Chevaleraye et la Brossière et en limite de deux autres tènements sans habitats dont les noms ont disparu. Au sud il y avait le tènement des Bruères, indépendant, allant jusqu’à la Ridolière et limité par le chemin qui allait à Vendrennes. Au nord, juste après les maisons de la Javelière, il y avait un autre petit tènement d’environ 57 boisselées (7 hectares), appelé Roche Herpière et associé à la Javelière.

Ces trois tènements dépendaient après le Moyen Âge de la même seigneurie, le Coin (appelé Coin Foucaud), laquelle fut possédée depuis le 15e siècle par la seigneurie de Languiller (Chauché), jusqu’à la Révolution. Comme à la Boutinière et à la Chevaleraye, les teneurs de la Javelière et Roche Herpière furent parfois tiraillés entre les seigneurs de Languiller et de Saint-Fulgent, pendant les deux derniers siècles de l’Ancien Régime. Jules de Belleville, seigneur de Languiller, vendit le 26 juin 1559, la rente féodale de 3,5 setiers de seigle à la mesure des Essarts (56 boisseaux ou 8,6 quintaux) à prendre sur les tènement de la Javelière et de la Roche Herpière, moyennant le prix de 220 livres, à un marchand de Saint-Fulgent nommé Crespeau[1]. Il fit d’autres ventes concernant des redevances à la Chevaleraye et à la Boutinière. Cette rente avait été acquise jadis de Jeanne des Bouchauds par le seigneur du Coin Foucaud. La vente comportait une clause de réméré ou retour au vendeur du bien, moyennant la restitution du prix payé. Et le 13 décembre 1560, le seigneur de Languiller donna gracieusement cette clause de retrait à son ami le seigneur de Saint-Fulgent, Gilles Chasteignier. L’année d’après ce dernier la mit en œuvre, remboursa Crespeau, et devint propriétaire de la rente due sur les tènements de la Javelière et Roche Herpière.
Dans l’acte de vente à Crespeau, Jules de Belleville s’était réservé un devoir de 5 sols de cens qui lui était dû à Noël, en précisant que les redevances sur ces deux tènements étaient tenues sous l’hommage qu’il en faisait au suzerain des Essarts en tant que seigneur du Coin Foucaud. Dans l’acte de donation de 1560, le seigneur de Languiller donnait à celui de Saint-Fulgent, outre son droit de réméré, un cens de 7 sols et 2 deniers et une dîme annuelle de 2 agneaux. Surtout la donation comportait une clause qui fut à l’origine de bien des conflits : le seigneur de Languiller concédait encore « tous droits de fief à lui appartenant sur les choses mentionnées par les contrats ci-dessus »[2]. Les successeurs du seigneur de Saint-Fulgent vont prétendre que cette clause leur donnait le droit de se revendiquer seigneur de la Javelière, en possédant le droit de fief avec sa propriété éminente, emportant droit de juridiction et redevances de lods et ventes en cas de mutation de biens fonciers. En revanche, les successeurs du seigneur de Languiller, rendant toujours l’hommage au baron des Essarts pour la seigneurie du Coin Foucaud dont dépendait la Javelière, s’affirmaient comme les seuls seigneurs de ce village. Cette querelle portait aussi sur la Boutinièree et la Chevaleraye comme évoqué aux notes qui leur sont consacrées. Au cours de la querelle, qui dura deux siècles, la plupart des déclarations roturières allèrent au seigneur de Languiller, mais il y en eut au seigneur de St Fulgent. Celui-ci convoqua même les teneurs en 1671 aux assises de sa seigneurie qu’il avait établies au village voisin de la Chevaleraye chez un particulier. A la veille de la Révolution on constate que le seigneur de Saint-Fulgent avait perdu la partie.
Néanmoins la querelle ne portait que sur le droit de fief, et le seigneur de Saint-Fulgent a toujours perçu depuis 1561 la rente de 3,5 setiers de seigle due par l’ensemble des teneurs, le cens de 7 sols et 6 deniers, et la dîme de 2 agneaux[3]. Les teneurs de la Javelière devaient en 1770, en plus, une rente annuelle, foncière et perpétuelle de deux sols et deux « gélines » (poules), au curé de Saint-Fulgent à la Toussaint[4]. Cette rente avait été créée le 27 février 1399 par le seigneur de la Valinière (village voisin situé à Saint-Fulgent), dans une transaction avec le curé.

Au 18e siècle, le curé de Saint-Fulgent, Jacques Gilbert (1709-1773), possédait quelques biens à la Javelière, qu’il donna à une institution religieuse établie dans sa paroisse, non précisée. Il s’agissait d’une grange et d’une parcelle de jardin d’une gaulée (15 m2) dans le village. S’y ajoutaient à proximité, 5 pièces de terres totalisant environ 5 boisselées et 36 gaulées (7 000 m2). Et sur la commune de Saint-Fulgent à côté de la Javelière, il y avait 3 pièces de terre totalisant 2 boisselées et 20 gaulées (2 732 m2). Le tout fut confisqué comme bien national à la Révolution, car appartenant aux « sœurs de la propagande », loué dans un premier temps, puis vendu[5]. Probablement s’agissait-il, comme à Montaigu, de la congrégation de l’Union Chrétienne, dont les sœurs se consacraient à des activités de soins dans les hôpitaux et d’instruction dans les écoles.

En 1618 on comptait une vingtaine de teneurs (propriétaires) à la Javelière et Roche Herpière[6]. Ils étaient nombreux déjà à se partager les parcelles foncières cultivées, plus nombreux que les habitants du village néanmoins, et certains demeuraient aux villages voisins de la Brossière et de la Guierche, ayant parfois des métiers d’artisans et de marchands notés en 1671. Ses jardins occupaient une surface importante de 6,5 boisselées environ (8000 m2) à cette date. En 1770 on dénombrait 28 propriétaires[7].
Dans les minutes notariales on repère l’existence de borderies constituées de ces nombreuses parcelles, mais pas de métairie. Ainsi en 1774, à l’occasion d’un acte d’arrentement, on constate que les frères Bertrand, demeurant à la Javelière, possèdent une borderie évaluée à 720 livres, correspondant à une surface d’environ 7 ou 8 ha à cette époque[8]). Dans une vente en 1781 du 1/5 de la valeur d’une borderie, on voit que l’acquéreur, possédant déjà le reste, est propriétaire d’une borderie valant environ 360 livres, soit une surface de l’ordre de la moitié de la précédente[9].

Ils sont 33 propriétaires en 1834, pour posséder 28,8 hectares, dont 4 585 m2 de jardin, au lieu de 8000 m2 au début du 17e siècle[10]. Les prés totalisent près de 4 hectares, surface importante près du ruisseau du Vendrenneau, propice à l’élevage. Rose Brillouet, veuve Bordron, de la Javelière, possède 3,7 ha, et François Fluzeau, de la Brossière, possède 3,5 ha. Ce sont les plus importants propriétaires. En plus d’eux, on a 6 propriétaires possédant plus d’un hectare. Les 25 autres possèdent des surfaces inférieures à 1 hectare. Tous ces propriétaires habitent à la Javelière (huit), Guierche (six), Brossière (six), et Pont-Girouard (deux). Les autres habitent dans les villages un petit peu plus éloignés de Saint-André, Saint-Fulgent et Vendrennes. On trouve une situation identique à la Roche Herpière[11], où le plus gros propriétaire y possédait 7 boisselée et 53 gaulées (9 317 m2), et le plus petit y possédait 18 gaulées (274 m2).

Emmanuel François
28-10-2018

Illustrations

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[1]

Donation en 1560 de J. de Belleville et aveu de St Fulgent (Bertrand) en 1618 à Languiller à cause du Coin Foucaud et des Bouchauds pour les biens donnés, Archives de Vendée, chartrier de la Rabatelière : 150 J/G 40.

 
[2]

Ibidem.

 
[3]

Ibidem.

 
[4]

Reconnaissance de rente sur la Javelière du 27-9-1770, Archives de Vendée, notaires de Saint-Fulgent, Frappier : 3 E 30/5.

 
[5]

Estimation des biens du couvent de Saint-Fulgent à la Javelière du 7 germinal an 7, Archives de la Vendée (biens nationaux) : 1 Q 218.

 
[6]

Archives de Vendée, chartrier de la Rabatelière : 150 J/G 40.

 
[7]

Archives de Vendée, notaires de Saint-Fulgent, Frappier : 3 E 30/5.

 
[8]

Achat du 21-12-1774 d’une portion de borderie à la Javelière de Mathurin Bertrand à Marie Bertrand, ibidem, 3 E 30/7.

 
[9]

Vente du 24-9-1781 par retrait légal d’un 1/5 de borderie à la Javelière, de Brillouet à Seiller l’aîné, Archives de Vendée, notaires de Saint-Fulgent, Bellet 3 E 30/127.

 
[10]

Gaulaiement du 12-3-1834 de la Javelière, Archives de la Vendée, don de l’abbé Boisson : 84 J 16. Le gaulaiement a seulement consisté en la répartition des rentes non féodales et collectives dues sur le tènement. Les surfaces foncières, à la base de ce calcul de répartition, ont été communiquées par les propriétaires.

 
[11]

Gaulaiement du 3-3-1834 du tènement de la Roche Herpière, ibidem, 84 J 15.

 

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