Archives départementales de la Vendée avec le concours de la Société d'émulation de la Vendée Dictionnaire des toponymes

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Montaigu > Juiverie (rue de la)

Notice rédigée par : Maurice Mignet

Nature(s) du lieu

Catégorie : Voie de communication (rue) Masquer
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  • Nature : Voie de communication (rue)
  • Localisation : La "rue de la Juiverie" joint la "rue Clemenceau", ex "Grand'rue", au "pont Saint-Nicolas
  • Coordonnées
    • Coordonnées cadastrales napoléoniennes : Section A
    • Coordonnées cadastrales moderne : Section AC

Données historiques

Histoire et archéologie

La "rue de la Juiverie" de Montaigu, en bas de laquelle se trouvait le mythique "château des Sept Trompettes", se situe dans l’angle nord-ouest de la vielle ville, dans sa partie datant d’avant 1200. Son nom est cité en 1742 par Bellouard de Jémonville, Anecdotes de la ville de Montaigu en Poitou[1]. Elle est l’une des deux seules rues portant ce nom en Vendée, l’autre se trouvant à Mortagne[2].

Pour certains et bien que d’autres indices manquent pour le confirmer, elle pourrait témoigner d’une présence de juifs au Moyen Age dans ce secteur de Montaigu. A une époque où expulsions de juifs succédaient à des retours ou rappels, ceux-ci ne constituaient qu’environ 1 % de la population française. Ils n’étaient donc sans doute au plus que quelques dizaines à Montaigu, et ceci probablement juqu’à ce qu’en 1394 Charles VI obligeât ceux de son royaume à vendre leur biens et à en partir durant l’hiver suivant…
Pour d’autres, plus qu'à la présence locale d'une communauté juive, ce nom pourrait ne faire allusion qu'à une ancienne activité financière[3].
Cependant, et dans les deux hypothèses, cela montrerait indirectement l’importance que la ville de Montaigu prit dès la fin du XIe siècle.

A gauche, l’extérieur du n°10 de la "rue de la Juiverie"
qui, le 30 septembre 1906, vit passer Georges Clemenceau.
A droite, sur le plan cadastral de 1814, la propriété
des Gouraud de la Butais, écornée par la route vers La Roche.

Au XVIIIe siècle et jusqu’à aujourd’hui, le logis situé en bas de l’actuel n°10 de cette rue était une des demeures des notables de la ville. Elle fut celle du sénéchal François-Frédéric Bellouard de Jémonville qui fut le premier à tenter, en 1742, d’écrire une histoire de Montaigu[1]. Puis elle fut celle des Gouraud de la Butais, et en 1810 il fut question de l’utiliser pour y installer "l’école de la Propagation" dont les bâtiments et l’activité avaient été détruits par la Révolution ; un projet qui dut être abandonné en 1811, la construction de la nouvelle route vers la Roche-sur-Yon ayant fortement amputé l’espace disponible. Après 1814, elle devint la demeure du notaire François-Marie Musset[4], maire de Montaigu de 1815 à 1824.

Le 30 septembre 1906, ce même n°10 reçut Georges Clemenceau (1841-1929) qui, enfin arrivé au pouvoir en tant que ministre de l’intérieur en mars précédent, et venu en déplacement politique en Vendée, s’y arrêta chez Joseph Gaillard (1863-1934), son cousin au 7e degré. Ce dernier possédait aussi une savaterie sur le "Champ de foire" et s’était fait élire maire de Montaigu en 1902, fonction que, sauf entre 1925 et 1930, il conservera jusqu’à sa mort en 1934.

Autres mentions

C’est aussi à ce n°10 de la "rue de la Juiverie" qu’est né Christian Perrein (1957-2018), un naturaliste d’exception. Convaincu de la nécessité de la transdisciplinarité, il a joint à ses spécialités en botanique et en entomologie (l’étude des insectes) dont l’étude des lépidoptères (des papillons), celle de chercheur en histoire. A partir de quoi il a, en 1995, soutenu une thèse qui lui a valu le titre de Docteur en histoire des sciences[5].

Ses travaux sur la constitution et la datation des haies font désormais autorité[6].

En 2012, son livre Biohistoire des papillons[7], fruit de vingt ans de travail, a été un événement. Partant de 86 000 observations faites en Loire-Atlantique et en Vendée et remontant jusqu’en 1734, il y utilise les papillons comme des bio-indicateurs permettant de mettre en évidence et de mesurer l’érosion de la biodiversité au cours des décennies récentes, élaborant pour ce faire des démarches et méthodologies nouvelles[8].


Christian Perrein présentant sa "Biohistoire des papillons",
en 2014 sur Télé Nantes.

[1]

Bellouard de Jémonville (François-Frédéric), Anecdotes de la ville de Montaigu en Poitou, 1742. Ce texte est accessible dans le Dictionnaire historique des communes de Vendée, sur le site des Archives de la Vendée (rubrique "Événements politiques & historiques majeurs").

 
[2]

En Vendée, on rencontre aussi deux "rues des Juifs", à Pissote et à Mervent ; et dans le voisinage plus immédiat de Montaigu, on trouve d’autres "rues de la Juiverie" à Beaupreau et à Nantes. 

 
[3]

Entretiens en 2012 avec Philippe Bossis, professeur émérite de la faculté d’histoire de Nantes.

 
[4]

Plan, état de sections et matrice du cadastre de 1814 (Arch. dép. de la Vendée : 3 P 146).

 
[5]

Cette thèse portait sur "Emile Gadeceau (1845-1928) : phytoécologue et biohistorien".

 
[6]

Quelques-unes des publications de Christian Perrein sur ce sujet : Morphogénèse d'un finage de hameau : l'Epinassière de Saint-Hilaire-de-Loulay : perspectives, 1983 ; "Datation d’un système en réseau construit et planté : la haie vive sur talus. L’utilisation des données botaniques", Revue de l’Art, 1984 ; "Datation de la haie vive en Vendée", Dossiers d’Archéologie, n°106, juin 1986 ; Contribution à l’archéologie des bocages : recherches méthodologiques sur l’utilisation des données botaniques de la haie vive, 1987 ; "Phytohistoire : les bocages tels un grand jardin", 303. Arts, recherches et créations, n°14, 1987 ; "Archéologie des bocages : phytohistoire de la haie vive", in Guilaine (dir.), Pour une archéologie agraire. À la croisée des sciences de l’Homme et de la nature, 1991 ; "Le projet français de biohistoire", in Lettre de l'Atlas (entomologique régional), n°12, mars 1999…

 
[7]

Perrein (Christian), Biohistoire des papillons : diversité et conservation des lépidoptères rhopalocères en Loire-Atlantique et en Vendée, 2012, 621 p.

 
[8]

Sur ce travail, on réécoutera les émissions scientifiques "18h à savoir" du 23 avril 2014 sur Télé Nantes (7’ 38"), et "Le Labo des Savoirs" du 13 novembre 2016 sur Radio Grand Ciel (56’ 45").

 

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