Archives départementales de la Vendée avec le concours de la Société d'émulation de la Vendée Dictionnaire des toponymes

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Montaigu > La Revellière-Lépeaux (place Louis-Marie de)

Notice rédigée par : Maurice Mignet

Graphies connues

Marché (place du) source : La "place de La Revellière-Lépeaux" a été précédemment appelée "place du Dos d'âne", puis "place du Marché" ainsi que "place des Boules".


Nature(s) du lieu

Catégorie : Voie de communication (hors rue) Masquer
Titre Image
  • Nature : Voie de communication (hors rue)
    Précision sur la nature du lieu : place
  • Localisation : La "place Louis-Marie de La Revellière-Lépeaux" borde le nord des "Douves intérieures" séparant le "Château de Montaigu" de la Vieille Ville.
  • Coordonnées
    • Coordonnées cadastrales napoléoniennes : Section A
    • Coordonnées cadastrales modernes : Section AH

Données historiques

Histoire et archéologie

"Bossu, de l'extérieur le plus désagréable qu'il soit possible, il avait le corps d'Ésope ; il écrivait passablement ; son esprit était de peu d'étendue ; il n'avait ni l'habitude des affaires, ni la connaissance des hommes ; il fut alternativement dominé, selon les temps, par Carnot et Rewbell ; le jardin des plantes et la théophilanthropie faisaient toute son occupation ; il était fanatique par tempérament, du reste, patriote chaud et sincère, citoyen probe, bien intentionné ; il entra pauvre au Directoire et en sortit pauvre. La nature ne lui a accordé que les qualités d'un magistrat subalterne." : telle est la description de La Revellière-Lépeaux faite à Sainte-Hélène par Napoléon Bonaparte[1].

Louis-Marie de La Revellière-Lépeaux[2] (dit plus tard : "Revellière" ou "Larevellière", sans particule et suivi ou non de "-Lépeaux") naquit à Montaigu le 24 août 1753, dans la maison fami-liale située à l’angle des rues "Traversière" et "de Tiffauges", et détruite durant la Révolution.

Il gardera un souvenir très désagréable du curé de Saint-Nicolas, son premier professeur de latin, aux mauvais traitements duquel il attribuera ses diverses disgrâces physiques : bossu, petit, laid et chétif... Ces disgrâces lui causeront des déconvenues sentimentales qu'il évoque dans ses Mémoires. Mais en juin 1793, ce seront peut-être elles qui lui vaudront d'être épargné par ses adversaires montagnards. Ces mauvais traitements pourraient être aussi, selon certains, à l'origine de son anticatholicisme fanatique qui le conduira quand il sera l’un des cinq "Directeurs de la République" à mener une politique antireligieuse obsessionnelle et, pour remplacer le culte catholique, à promouvoir la secte des Théophilanthropes, bientôt déconsidérés par leurs "mascarades" (Bonaparte).

Après avoir fréquenté les collèges de Montaigu, de Beaupreau et d’Angers, il partit à Paris faire des études de droit qui l’ennuieront, tout comme des débuts d’activité d’avocat. Il finit par se laisser aller à une vie oisive à Paris, puis à Montaigu, et enfin en Anjou où il se maria. La Révolution va être pour lui une occasion inattendue pour sortir de cette existence désœuvrée.

En 1789, il rédigea le cahier de doléances de Faye-d’Anjou et se fit élire député du Tiers aux État-généraux. Revenu à Angers en 1791, il participa à la destruction de divers symboles religieux dans la région, et s’y fit élire en 1792 député à la Convention par 547 voix sur 621 votants. Prudemment caché pendant la terreur montagnarde, il fut en 1795 élu par le Maine-et-Loire au Conseil des Cinq-Cents par 177 voix sur 204 votants. Sa personnalité peu inquiétante lui permit d’être le mieux élu des cinq Directeurs du nouvel exécutif. Durant ce passage à la tête de l’État, il s’efforça de mettre en œuvre une politique virulemment anticatholique. Il avait alors pour le général Bonaparte une fervente admiration que le coup d’état du 18 brumaire fera disparaître. Il voulut imposer une république de la bourgeoisie, réservant le droit de vote aux plus riches, n’envisageant les élections que comme l'expression d'un soutien obligé au nouveau régime en place, et utilisant tous les moyens pour la maintenir, fussent-ils les plus extrêmes. Ces contradictions politiques et l'échec économique et financier du régime entraînèrent son éviction du pouvoir en juin 1799. Ce fut, à 46 ans, la fin de sa carrière politique et le début d’une retraite précoce.

Tout en étant réputé homme probe et "ne disposant d'aucune fortune", pendant son passage au pouvoir, il ajouta en 1798 aux vignes et métairies familiales d'Anjou et à ses propriétés de Vendée, le château de Belmont à Andilly, ainsi que son voisin le château Gaillard (revendus en 1809). Et en 1804, il acheta le château de la Rousselière à Ardon, en Sologne. Cela lui permit de refuser en 1809 une pension du pouvoir impérial qui aurait été une sorte de ralliement. Au début de la Restauration, cette opposition systématique à Napoléon, lui fera échapper à la loi d'exil temporaire frappant les anciens régicides.

Il mourut à Paris le 27 mars 1824, à près de 71 ans, ayant occupé ses vingt-cinq dernières années de retraité nanti, à écrire une Notice du patois vendéen, basée avant tout sur ses souvenirs, et à rédiger ses Mémoires (tome 1, tome 2, tome 3). Le contenu de ces dernières obéit aux règles du genre et montre, après coup, qu’avant et contrairement à la plupart il avait toujours tout compris aux événements qu’il avait traversés ; il souligne aussi une absence d’empathie envers autrui et plus particulièrement envers les plus modestes.

Autres mentions

Le nom de La Revellière-Lépeaux a une orthographe qui pose souvent des problèmes et on évitera de l’écrire : La "Révéllière", La "Révellière" ou La "Réveillère"...

En 1886, un buste en bronze lui fut érigé à Montaigu. Charles Dugast-Matifeux, notable local et collectionneur de documents historiques, publia sur lui à cette occasion une notice hagiographique destinée à magnifier ce "héros républicain montacutain" et de donner de l'épaisseur au même légendaire républicain local. Ce buste, fondu pendant la Seconde Guerre mondiale par les occupants allemands, fut remplacé en 1954 par une nouvelle version, améliorant fortement le physique de La Revellière-Lépeaux et inspirée du buste sculpté par David d’Angers en 1824.

Illustrations

montaigu_la_revelliere_lepeaux_3.jpg

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Louis-Marie de La Revellière-Lépeaux n’avait pas été physiquement gâté par la nature.
Ceux qui l’ont représenté se sont efforcés de gommer cette fâcheuse réalité
autant que cela était possible :
(de gauche à droite et de haut en bas)
-par Fr. Bonneville,
- le buste de 1954 à Montaigu (inspiré de celui de David d’Angers),
- par Fr. Gérard,
- par J.-B. Reville,
- le buste de 1886 à Montaigu (copie de celui de Ph. Dessante),
- par J. Porreau.
A droite, La Revellière-Lépeaux dans le costume qu’il avait tenu à faire adopter en 1796
afin de donner de la prestance aux Directeurs de la République
dont il était (dessin de M. Hennin),
et le blason qu’il s’attribuait jusqu’à la Révolution.

[1]

Montholon (Charles), Mémoires pour servir à l'histoire de France sous Napoléon, 1823, t.3, p. 123.

 
[2]

Vital (Christophe), "Louis-Marie Larevellière-Lépeaux (1753-1824), un Vendéen de Montaigu membre du Directoire exécutif" in Napoléon Bonaparte et la Vendée, 2004.

 

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