Archives départementales de la Vendée avec le concours de la Société d'émulation de la Vendée Dictionnaire des toponymes

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Poiré-sur-Vie, Le > Lande Blanche

Notice rédigée par : Maurice Mignet

Nature(s) du lieu

Catégorie : Église, établissement religieux Masquer
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  • Nature : Église, établissement religieux
    Précision sur la nature du lieu : Ancienne commanderie du Temple, et village avec un moulin à vent et un four à tuiles
  • Localisation : "Lande Blanche" est située à 7,5 km du centre bourg du Poiré.
  • Coordonnées
    • Coordonnées cadastrales napoléoniennes : Section D, 1re feuille (cadastre du Poiré)
    • Coordonnées cadastrales moderne : Section ZC (cadastre de Belleville)

Données historiques

Histoire et archéologie

Jusqu’au XXe siècle, on considérait que "Lande Blanche" au sens large comprenait non seulement le village de ce nom, mais aussi les villages et lieux-dits qui lui sont très proches : "la Grande Croix", "le Champ d’avant", "la Grouillère", "les Tuileries" (elles-mêmes incluant "le Placin", "la Bergeonnée" (ou la "Brégeonnée"), "le Verger Drapeau" et "le Grand Pré"), ainsi que "l’Allée de Lande Banche" et "le moulin de Lande Blanche"[1].


"Lande Blanche", avec son moulin à vent,
son four et ses galeries de séchages de tuiles,
sur le plan cadastral de 1836 du Poiré[2] 
(environ 515 x 805 m),

et aux limites, à l’époque, du Poiré, de Belleville et de Saligny.
L’ensemble des différents villages constituant le quartier de
"Lande Blanche",
sur une vue aérienne du 3 septembre 2014
(environ 1050 x 910 m, le nord en haut de la vue).

"Lande Blanche ou Blanche Lande était autrefois une commanderie de l'Ordre des Templiers"[3]. En 1222, son "précepteur" (prieur) était le frère Guy Asselin[4]. A la veille de la dissolution de l’ordre c’était le frère Jean de Ruans dont on ne sait quel fut le sort, mais qui, en mars 1311, comparut au célèbre procès de l’Ordre du Temple[5], un procès dont le résultat bien connu était joué d’avance. La commanderie de "Lande Blanche" fit partie des biens des templiers dévolus à l’Ordre des Hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem, qui devint plus tard l’Ordre de Malte. Puis, elle fut réunie à la commanderie des Habites, sur l’actuelle (2017) commune d’Apremont.

Au début du XVIIe siècle elle avait perdu son caractère religieux et était une seigneurie comme une autre, sans qu’on puisse déterminer si c’était là une des suites de l’application du concordat de Bologne de 1516. Devenue la propriété des de Budes, elle était alors constituée "d'un logis, d'une métairie et de deux moulins, et elle percevait quelques devoirs, cens et rentes, à la Roche-sur-Yon et dans le voisinage"[3]. Mais elle devait toujours verser quelques redevances à l’Ordre de Malte, de même que, en haut de l’actuelle "place du marché" du Poiré, la "maison de la Croix blanche" (M 243) qui dépendait d’elle et dont le propriétaire était "tenu, en outre, d'avoir sur sa maison une croix de fer pour marquer la directe seigneurie de la dite commanderie"[6].

En 1260, les Hommages d’Alphonse, comte de Poitiers, inventoriant les rentes et les cens à payer par les fiefs autour de "Rocha super Oyon" relevait : "per manum forestariorum de Landa Alba, 10 solidos censuales" ("10 sous de cens par les forestiers de la demeure de Lande Blanche")[7]


Dans la cour de "Lande Blanche" en 2017, et sur le plan cadastral de 1836,
les rares vestiges antérieurs à la Révolution :
- au fond à gauche, une pierre sculptée,
ultime signe y restant de l’Ordre des Templiers ;
- à proximité, une petite ouverture à l’encadrement de
"style médiéval" ;
- à droite en y entrant, une borne armoriée[8] fichée en haut d’un mur.

En 1836, le terme "abbaye" était encore accolé au village de "Lande Blanche", mais ne correspondait plus qu’à un lointain souvenir. Ses bâtiments, qui avaient pu voir le 18 juillet 1794 les ravages de la colonne infernale Ferrand-Huché[9], abritaient alors 57 habitants : un des trois meuniers du "moulin de Lande Blanche", des journaliers et des "chaumiers", fabricants de tuiles[1].

En 2016, la disposition de ces bâtiments n’avait pas bougé depuis 180 ans, mais presque plus rien n’y rappelait l’ancienne commanderie, à l’exception d’une pierre d’environ 40 cm de haut, insérée au-dessus d’un portail, et sculptée d’une petite croix templière ; ainsi que, plus récente et venant d’une haie voisine, une borne d’un peu plus d’un mètre de long avec, d’un côté la croix de l’Ordre de Malte, et de l’autre les armes de la principauté de la Roche-sur-Yon qui, à partir de la seconde moitié du XVe siècle avait été détenue par une branche des Bourbons[10]

Cependant, vers 1900 un souterrain y aurait été trouvé[3], sans qu’on en ait conservé des traces, et la tradition locale dit qu’à tel endroit pas très loin des bâtiments les plus anciens : "ça sonne creux", ce qui alimente les imaginations[11]. Mais en conclure à la possible existence d’une cavité souterraine cachée, voire  à une crypte oubliée, serait très excessif. Par contre une chose est sûre : la comparution de Jean de Ruans en 1311 au procès des Templiers, n’a pas entraîné de rumeur d’un éventuel trésor de ces derniers autour de "Lande Blanche".

Autres mentions

C’est d’abord pour des raisons paroissiales qu’au milieu du XIXe siècle, le village de "Lande Blanche" et toute la partie est du Poiré furent détachés de celui-ci pour être réunie à Belleville : "en vertu d'une ordonnance de Mgr Soyer, évêque de Luçon, du 13 septembre 1844, et sur la demande des deux curés du Poiré-sur-Vie et de BelleviIle, MM. Garnier et Meunier, afin de faciliter aux fidèles l'accomplissement des devoirs religieux, les villages dont les noms suivent furent distraits de la paroisse du Poiré et annexés à celle de Belleville […]"[6]. En 1849, ce changement s’étendit du domaine paroissial au domaine communal, et Le Poiré passa ainsi de 8107 à 7295 hectares, et de 4022 à 3685 habitants de 1846 à 1851, tandis que la commune de Belleville, qui de plus s’était aussi agrandie pour les mêmes motifs de "la Morandière" et de "l’Ardouinière" de Beaufou, passait de 433 à 1516 hectares, et de 402 à 912 habitants.

Avant 1850 et à une époque indéterminée, les limites des paroisses du Poiré et de Belleville avaient déjà connu d’autres modifications, liées à l’histoire de Belleville au Moyen Age[12].

Les extensions successives de Belleville, à partir des paroisses puis communes
du Poiré, de Beaufou et de Saligny.
De la petite "ville" de l’époque féodale (dans le rectangle noir)
aux changements majeurs de 1850.
(environ 6 x 8 km)

En effet, à l’époque féodale, Belleville avait, contrairement aux paroisses à l’entour, le statut de "ville" qui lui valait des droits et des devoirs spécifiques, plus spécialement en matière d’impositions. Cependant ce statut ne portait que sur moins de vingt hectares qui incluaient un espace très réduit entouré par une enceinte précédée de fossés et d’un étroit glacis, ainsi qu’un petit faubourg. Ce dernier, appelé plus tard "le vieux bourg[1]), s’étendait en direction du Poiré, et était le point de départ de tous les chemins menant aux paroisses voisines.

Le dessin des parcelles du cadastre de 1837 de Belleville[13] permet de reconstituer les anciennes limites de la "ville", avec le tracé de son enceinte et de ses douves alors pour une petite partie encore en eau. A l’intérieur s’y trouvent la vieille église et le logis du Château. De cette mémoire médiévale il ne restait plus guère, en 2017, que le porche du XIIe siècle de cette ancienne église avec ses sculptures romanes, et l’axe de l’ancien faubourg (la rue "Jean Moulin").

Pendant longtemps et sans que l’on puisse déterminer jusqu’à quand, l’espace situé immédiatement au-delà de cette enceinte et du faubourg a lui aussi fait partie des paroisses voisines. C’est ainsi que, comme l’indiquent déjà en 1260 les "Hommages d’Alphonse, comte de Poitiers"[7], "la Sauvagère" était incluse dans celle du Poiré. C’était aussi le cas de "la Piglière", "la Mercerie", "Beaupré", "le Petit Logis" et "le Petit Beaulieu" (parfois appelé "Beaulieu-lez-Belleville"[14]). Quant au village du "Recrédy", il était sur la paroisse de Saligny.

Reconstitution à partir du cadastre de 1837
(environ 500 x 300 m)[13]

de la
"ville" de Belleville à l’époque médiévale,
traversée à partir de 1812 par les nouvelles routes
vers La Roche, vers Montaigu et vers Nantes.
Une photo en 2016 du porche de son église du XIIe siècle,
désormais seul reste de cette époque.
En haut à droite,
"gironné de gueules et de vair de douze pièces",
les armoiries des seigneurs de Belleville[15]
.

[1]

Voir les listes nominatives des recensements de la population, et plus particulièrement de ceux de 1836 et de 1891 (Arch. dép. de la Vendée : respectivement pour chacune de ces années, 6 M 280 et 6 M 54).

 
[2]

Plans, états de sections et matrices cadastraux du Poiré, 1836 (Arch. dép. de la Vendée : 3 P 178). 

 
[3]

Boutin (Hippolyte), Chronique paroissiale de Belleville, 1908, p. 578 à 580.

 
[4]

Voir la réception en mai 1222 par Guy de Tulle, précepteur des Templiers d'Aquitaine, de Guillaume Asselin comme "homme du Temple de Lande-Blanche" (Arch. dép. de la Vienne : H3, liasse 398). 

 
[5]

Cité dans le Procès des Templiers, publié par Jules Michelet en 1851, tome 2, p. 52 et p. 90 à 108 ; voir aussi d’Alain Demurger, La persécution des Templiers, journal 1307-1314, 2015, 400 p.

 
[6]

Boutin (Hippolyte), Chronique paroissiale du Poiré, 1907, p. 7 et p. 151-152.

 
[7]

Les Hommages d’Alphonse comte de Poitiers, sont une sorte de registre renseignant sur l’état du Poitou, partie du domaine royal prise aux Plantagenets quelques décennies plus tôt, et confiée depuis 1241 en apanage à Alphonse (1220-1271), frère du roi de France Louis IX (saint Louis). Les fiefs, leurs détenteurs et leurs redevances y sont inventoriés, faisant connaître l’existence à cette époque de certains villages du Poiré, dont "la Sauvagère, in perrochia de Pereyo" (dans la paroisse du Poiré). Provenant des registres XI et XXIV du Trésor des Chartres et rédigés en latin mêlé de français, ils ont été transcrits et publiés en 1872 par Abel Bardonnet (174 p.). 

 
[8]

Photos par Eugène-Marie Vincent, 5 octobre 2016.

 
[9]

Sur ces actions, voir les "Rapport et Déclarations concernant la colonne des généraux Ferrand et Huché fin messidor l’an 2 (mi-juillet 1794)" (Service historique de la Défense : B 5/9-95 ; consultable en ligne sur le site des Archives dép. de la Vendée).

 
[10]

Ces mêmes armes, des Bourbon-Montpensier princes de la Roche-sur-Yon, se trouvent aussi sur le fût de la croix située sur le parvis de l’église du Poiré-sur-Vie, fût qui est réputé être une ancienne borne provenant des terres voisines du village de "la Bouchère" du Poiré, à 3,5 km de "Lande Blanche".

 
[11]

Entretiens en 2016 et en 2018 avec des habitants et aussi natifs de "Lande Blanche".

 
[12]

Les plus anciens seigneurs de Belleville sont mal connus. Au début du XIIIe siècle, Agnès Guarat de Belleville épousa Brient II de Commequiers qui, en 1241 hérita de sa sœur Marguerite de Montaigu, et réunit ainsi les deux seigneuries de Belleville et de Montaigu. Jeanne de Belleville, leur arrière-petite-fille, sera la plus connue des possesseurs de la seigneurie de Belleville, en raison de sa vie particulièrement mouvementée et héroïque de veuve justicière (mais cette vie sera présentée par certains comme celle d’une pirate cruelle et sanguinaire). Ses descendants et héritiers, devenus par alliance les Harpedane, joindront le nom de Belleville au leur à la fin du XIVe siècle.
Pour les biographies des Jeanne de Belleville (1300-1359),  Jean Ier Harpedane (1330-1389), Jean II Harpedane-Belleville (1363-1434) et Jean III Harpedane-Belleville (1408-1462), voir les notices qui leurs sont consacrées dans le Dictionnaire des Vendéens, en ligne sur le site des Archives départementales de la Vendée.

 
[13]

Plan du cadastre de 1837 de Belleville (Arch. dép. de la Vendée : 3 P 019).

 
[14]

Marchegay (Paul), "Une verrerie dans la forêt de la Roche-sur-Yon, en 1456", Annuaire de la Société d'émulation de la Vendée, 1857, p. 219 à 223 (consultable en ligne sur le site des Archives départementales de la Vendée : BIB PC 16/2).

 
[15]

Beauchet-Filleau (Henri), Dictionnaire historique et généalogique des familles du Poitou, 1891, tome 1, p. 426.

 

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