Archives départementales de la Vendée avec le concours de la Société d'émulation de la Vendée Dictionnaire des toponymes

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Chauché > Linières

Graphies connues

Château de la Liviere (vers 1800) source : carte de Cassini, graphie manifestement erronée

Lignière (vers 1850) source : carte d'état-major

Linière (1635 - vers 1700) source : Simplification du nom effectuée par Anne Legras.

La Drollinière ( 1342 - 1635)


Nature(s) du lieu

Catégorie : Château, logis, motte féodale Masquer
  • Nature : Château, logis, motte féodale
    Précision sur la nature du lieu : château
  • Coordonnées
    • Coordonnées LAMBERT : 330-2210

Données historiques

Histoire et archéologie

Linières est un lieu-dit situé sur la commune de Chauché, mais à moins d’un kilomètre du bourg de Saint-André-Goule-d’Oie. Autrefois il s’appelait la Drollinière, et s’y élevait la demeure d’un seigneur, dont les terres comprenaient environ 300 hectares situées sur la partie est de l’ancienne paroisse de la Chapelle de Chauché, devenue Chauché. Elle incluait des métairies et un fief seigneurial, la Boutarlière. La Drollinière avait été fondée par la famille Droullin, seigneurs de Saint-Fulgent, qui en rendait foi et hommage plain, rachat, et à devoir d’une maille d’or (24 sols), au baron des Essarts[1]. En 1342 Maurice Droullin donna à son frère puîné, Jean Droullin, le fief de la Boutarlière. La Boutarlière resta donc dans la famille Droullin, tenue en garantie de Linières, sous l’hommage qu’en faisait cette dernière seigneurie à la baronnie des Essarts.
Maurice Droullin (peut-être fils du précédent) maria sa fille, Marie, avec Guillaume Baritaud en 1350, demeurant à Chantonnay, lui apportant la Drollinière en dot. La fille de ces derniers épousa en 1381 Guillaume Foucher, originaire des Herbiers. Cette famille Foucher va conserver le domaine au nombre de ses possessions jusque vers 1550. Il passa ensuite par mariage à une famille du Berry, La Châtre, puis rapidement d’un propriétaire à un autre au tournant des 16e et 17e siècles : Bruneau, Garreau, de Goulaine, Pidoux, Legras. Anne Legras est le premier d’entre eux à venir habiter la Drollinière vers 1626[2]. Cela faisait donc presque trois siècles que ce n’était pas arrivé. Anne Legras était un faux baron, dont le fils fut condamné vers 1665 pour usurpation du titre de noblesse par l’intendant du roi[3]. C’est Anne Legras qui changea le nom de Drollinière en Linière, vers 1635, devenu Linières plus tard.

Le seigneur de la Drollinière possédait les terres du bourg de Saint-André-Goule-d’Oie, où était bâti le prieuré de la paroisse du même nom avec son église paroissiale. S’y trouvaient aussi un moulin à eau et un moulin à vent et une métairie dont les bâtiments étaient proches de l’église. Il en rendait l’hommage au seigneur du Coin et plus tard au seigneur de Languiller. Pour y attirer des habitants, il établit un régime avantageux de redevances seigneuriales, excluant le droit de terrage et ne conservant qu’un cens et deux rentes sur l’élevage des cochons. Il concéda le tout en 1453 à un particulier nommé Colas Texier, à foi et hommage plain (simple) et à droit de rachat[4]. Ce fief de Saint-André-Goule-d’Oie, limité au bourg de la paroisse et à sa métairie fut vendu au seigneur de la Boutarlière vers 1540. Celui-ci en rendait hommage à Linières, en plus de son hommage pour la Boutarlière. Une vive querelle régna entre eux vers 1646 au sujet du titre de seigneur de Saint-André-Goule-d’Oie, porté un temps par des membres de la famille Gazeau de la Brandasnière, celle-ci propriétaire de la Boutarlière[5]. Avec le titre il y avait aussi des enjeux financiers de redevances féodales.

Au 17e siècle commença une longue période de déclin du domaine. Son étang, aménagé sur le ruisseau d’eau de la Fontaine de la Haute Gandouinière, faisant lui-même séparation entre Chauché et Saint-André-Goule-d’Oie, commençait à s’envaser. Il avait disparu en 1838, ne laissant qu’une petite mare. Son moulin à eau, construit sur la rive du même ruisseau du côté de Saint-André, dut probablement disparaitre lui aussi au 17e ou 18e siècle. Son moulin à vent, bâti dans « le champ du moulin » à Saint-André, en face du village de la Forêt vers le sud, était en ruine en 1796. A côté se trouvaient quelques bâtiments.
Après Claude Legras, on vit apparaitre à Linières, suite à un mariage, les Gaborin, puis les Cicoteau à partir de 1700, et toujours par mariage la famille de Lespinay à partir de 1750. Le cadet de cette famille, Charles Augustin de Lespinay, fut le dernier seigneur de Linières à la veille de la Révolution. Il émigra, ses domaines furent confisqués et vendus comme biens nationaux en 1796. Sa femme les racheta, le domaine comprenant alors, outre la métairie du bourg que son mari avait acquise en 1791[6], 13 autres métairies situées à Saint-André, Chauché, les Essarts, Saint-Martin-des-Noyers et Saint-Fulgent[7].

La situation de la vicomtesse de Lespinay, née du Vigier, alias Duvigier pendant la Révolution, était bien particulière lors de cet achat. Ayant dû fuir Linières en 1793, elle se réfugia auprès « des armées catholiques et royales », et les suivit dans la désastreuse « Virée de Galerne » outre Loire. Elle échappa de justesse aux massacres du Mans en décembre 1793, et par miracle des noyades en Loire à Nantes en janvier 1794[8]. Elle n’avait alors que 21 ans, était déjà mariée depuis 5 ans, mère de deux enfants et abandonnée d’un mari parti en émigration à l’étranger. Elle rencontra un jeune homme, âgé de moins de deux ans qu’elle, fils d’un révolutionnaire et important bourgeois de Saint-Fulgent, qui avait été massacré par les insurgés vendéens en mars 1793. Le jeune homme s’appelait Joseph Guyet, et l’amour les unit désormais pour la vie. Neuf mois après le rachat de Linières, naquit en 1797 leur unique enfant, auquel on donna un nom d’emprunt, Benjamin Desfontaines. Au retour du mari en 1800, la vicomtesse obtint le divorce et se remaria. En même temps, la future épouse avait vendu Linières à son futur mari.

Quand Joseph Guyet mourut en 1830, il laissait à son fils et unique héritier, que son épouse et lui durent adopter judiciairement, 485 hectares dans les marais de Champagné et Puyravault, et plus de 800 hectares dans le bocage. Ce fils s’appelait Benjamin Guyet-Desfontaines et devint député, de conviction orléaniste, dans la circonscription des Herbiers, de 1834 à 1848. Il se maria avec Emma Duval, veuve d’un premier mariage et déjà mère d’une petite fille, Isaure Chasseriau. Le couple n’eut pas d’enfant et le nouveau mari adopta Isaure. Ils formèrent un noyau familial où l’on savait privilégier les sentiments et cultiver les arts. Mme Guyet-Desfontaines fut romancière, musicienne, comédienne amateur, et même sculpteur. Son frère, Amaury-Duval, qui resta célibataire, fit une honorable carrière de peintre, appartenant lui aussi à ce noyau familial, vivant même chez elle.
Isaure Chassériau épousa en 1841 le vicomte Alfred de Brayer, fils d’un général de Napoléon. Ce fut un mariage raté, l’épouse obtenant du tribunal un jugement de séparation de corps, à une époque où le divorce avait été supprimé. Elle mourut jeune à l’âge de 34 ans. Elle avait eu un enfant, Marcel de Brayer, qui fut élevé ensuite par ses grands-parents maternels.
A la mort de sa grand-mère en 1868, celui-ci hérita de Linières. Il entreprit aussitôt d’y construire un nouveau château à la place du vieux logis venant du fond des siècles. La première pierre fut posée à l’été 1871, et la construction était achevée 3 ans plus tard. Son architecture simple et raffinée en faisait une rareté dans la région. En même temps, Marcel de Brayer avait créé un parc autour et fait recreuser l’ancien étang de Linières au même endroit qu’autrefois.
Il était jeune alors, encore célibataire, rentier partageant sa vie entre les mondanités parisiennes et ses entreprises à Saint-André-Goule-d’Oie. Car il avait été élu au conseil municipal en juillet 1870 et désigné maire aussitôt, réélu ensuite jusqu’à sa mort. Celle-ci survint rapidement à la suite d’une grippe mal soignée en juin 1875. Il n’avait que 33 ans. Très jeune il s’était voulu poète, avait hésité, puis avait publié à compte d’auteur un premier recueil de poésies à l’âge de 26 ans, Odes. L’éditeur, Michel Levy frères, publia un deuxième recueil la semaine d’après sa mort, Souvenirs. Une anthologie de sa poésie a fait l’objet d’une publication en 2013, augmentée de son carnet de voyage en Italie et de son journal intime en janvier et février 1870[9].

Marcel de Brayer avait légué ses domaines à son grand oncle maternel Amaury-Duval. Celui-ci avait déjà commencé les décorations intérieures du château de Linières. Aidé de ses élèves, notamment Victor Cesson et Eugène Froment-Delormel, il les poursuivit. Ce fut sa dernière œuvre, comme une consécration de son art[10]. Il y écrivit les dernières retouches de son livre : L'Atelier d’Ingres (publié en 1878). Il y termina son autre livre en août 1785 : Souvenirs 1829?1830. Il est mort à Paris au mois de décembre suivant, à l’âge de 77 ans. Il avait légué à son tour ses biens à un cousin éloigné (dont les arrières grands-parents étaient les grands parents d’Amaury-Duval), Eugène de Marcilly, ancien préfet de l’Empire à la retraite, qui fut élu maire de Saint-André-Goule-d’Oie, tout comme l’un de ses fils, qui hérita de Linières en 1889. Ce dernier, Gaston de Marcilly (marié sans descendance), et son frère Guy de Marcilly (célibataire), continuèrent à vendre des métairies du domaine, ayant beaucoup de dettes. Ce qui ne put empêcher le tribunal de la Roche-sur-Yon de les déclarer en banqueroute et d’ordonner la vente de Linières aux enchères[11].

Le dernier propriétaire de Linières fut Louis de la Boutetière, à partir de 1898, le domaine avait été réduit alors à 300 hectares, et les biens dans les marais vendéens avaient été vendus depuis longtemps. C’est lui qui fit construire les bâtiments d’une des deux fermes de Linières, au lieu appelé depuis la Louisière, au début des années 1900. Amaury-Duval, poursuivant l’œuvre de son petit-neveu, avait fait construire de nouveaux bâtiments pour l’autre métairie de Linières, à trois cents mètres plus éloignés de l’ancienne cour du logis, vers le sud-ouest. Et à la place de l’ancien logis il fit édifier la maison du concierge, avec deux campaniles à chaque bout du bâtiment. En 1912, Louis de la Boutetière, pour des raisons familiales, vendit Linières, confiant un mandat à cet effet à un marchand de biens de Poitiers, nommé Richard. Ce dernier avait choisi Libaud, expert habitant Luçon, pour vendre les terres, mais à la fin le château lui resta sur les bras. Richard l’acquit lui-même pour le démolir et le vendre comme matériaux de décoration et de construction. Charles de Grandcourt, habitant Saint-Fulgent, songea un moment l’acheter pour son fils, mais le bien, sans terres de rapport, était trop lourd pour sa fortune. La démolition du château fut surveillée sur place par MM. Gilbert et Fonteneau, demeurant au bourg de Saint-Fulgent. Elle était achevée à la fin de l’année 1913[12].
L’explication la plus rationnelle pour comprendre le défaut d’acquéreur est de se référer à la situation du marché d’alors, qui aurait été peu favorable à l’offre dans le bocage vendéen. La démolition de ce château si élégant, construit depuis quarante années seulement, décoré de manière si raffinée par Amaury-Duval, laisse songeur. Lorsqu’il fut mis en vente, laissé ouvert à tous, il devint un but de promenade pour les gens de la contrée. On y défilait en foule, c’était une véritable procession. Une dame écrivit : « j’ai vu toutes les peintures de Linières … sauf celles de la salle de bains. J’avais alors 14/15 ans. L’entrée en était alors interdite aux jeunes filles comme nous … l’intérieur de ce château était merveilleux ». On ne laissait pas entrer les enfants à cause des peintures. Un homme précisa soixante ans après les faits : «  à l’intérieur il y avait des peintures très légères, que mon père m’interdisait sévèrement d’aller voir »[13].
La conciergerie et des terres autour furent achetées par M. Louis François, originaire de la Boninière, qui au fil du temps y constitua une borderie.

Emmanuel François
29-10-2018

[1]

Aveu du 16-4-1597 des Essarts à Thouars, Archives nationales, chartrier de Thouars : 1 AP/1135.

 
[2]

Emmanuel François, Les châtelains de Linières à Saint-André-Goule-d’Oie, éditions Lulu.com, 2e édition en 2012.

 
[3]

Colbert de Croissy et Barentin, Rapport au roi Louis XIV sur l’état du Poitou, 1667, chez Antoine Mesmer imprimeur à Poitiers.

 
[4]

Positions contradictoires sur la dépendance de Saint-André-Goule-d’Oie à Linières et factum de M. du Plessis Clain contre M. de La Brandasnière dans un mémoire de 1646, Archives de la Vendée, chartrier de la Rabatelière : 150 J/C 17.

 
[5]

Cf. Thierry Heckmann, "Pour l'honneur ou pour l'argent ? Rivalité à Saint-André-Goule-d'Oie au XVIIe siècle", article en ligne sur le site internet des Archives de la Vendée.

 
[6]

Achat des métairies des Bouligneaux et du Bourg de Saint-André le 10-6-1791 par de Lespinay à La Laurencie, Archives de Vendée, notaires de Saint-Fulgent, Frappier : 3 E 30/13.

 
[7]

Vente de Linières, Archives de Vendée, biens nationaux : 1 Q 240 n° 317.

 
[8]

Mémoires de la marquise de la Rochejaquelein, Mercure de France, 1984, p. 413.

 
[9]

Emmanuel François, Découverte d’un poète vendéen : Marcel de Brayer, éditions Lulu.com, 2013.

 
[10]

Véronique Noël-Bouton-Rollet, Amaury-Duval (1808-1885), l'Homme et l'œuvre, Sorbonne-Paris IV, 2007.

 
[11]

Vente sur saisie immobilière du domaine de Linières, L’Avenir et l’Indicateur de la Vendée, 7 mars 1897, n° 28, en ligne sur le site des Archives de la Vendée : 4 Num 366/13, vue 112/598.

 
[12]

Témoignages de Mme de Hargues et de Mme veuve Fonteneau, née Gilbert, en 1974, Archives du diocèse de Luçon, fonds de l’abbé Boisson : 7 Z 32-3.

 
[13]

Autres témoignages divers recueillis vers 1974 par l’abbé Boisson, ibidem,  7 Z 32-3.

 

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