Archives départementales de la Vendée avec le concours de la Société d'émulation de la Vendée Dictionnaire des toponymes

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Poiré-sur-Vie, Le > Marché (place du)

Notice rédigée par : Maurice Mignet

Nature(s) du lieu

Catégorie : Lieu d'activité Masquer
  • Nature : Lieu d'activité
  • Localisation : La "place du marché" est au centre du bourg du Poiré-sur-Vie.
  • Coordonnées
    • Coordonnées cadastrales napoléoniennes : section M, 1re feuille
    • Coordonnées cadastrales modernes : sections AH et AE

Données historiques

Histoire et archéologie

Au centre du bourg du Poiré, "la place du marché"[1] était autrefois occupée par le cimetière de la paroisse puis de la commune. En 1840 il fut supprimé ; sa croix hosannière, et la Piéta qui surmontait le porche d’entrée, furent déplacées sur la route des Lucs, au "Chêne vert", dans le nouveau cimetière. Certaines des anciennes pier-res tombales servirent pour édifier le monument central de ce dernier et les marches de son entrée. Les autres furent dispersées ici et là, et lors de travaux de voierie ou autres, il arrive que l’on en retrouve avec leurs gravures et sculptures, ainsi en 1988 sur le bord est de la place[2].

A l’angle nord de cet ancien cimetière, se trouvait "l’église Saint-Michel", datant du XIe siècle, remplacée au début du XIIIe siècle comme église paroissiale par l’église actuelle. Son bâtiment, qui avait été conservé, fut incendié par les troupes révolutionnaires en 1793-1794, et ses restes furent démolis et utilisés en 1826, pour la construction du clocher actuel de l’église.

 

En fait, ce n’est qu’au milieu du XVIIIe siècle que "la place du marché" mérita son nom. La partie la plus à l’ouest du cimetière fut à cette époque désaffectée et devint le lieu du marché, tandis que lors des foires, les bestiaux étaient alignés le long du mur entourant le cimetière.

En haut de cette partie où avait lieu le marché se trouvait l’ancienne "église Saint-Michel" et, contigüe à celle-ci, l’école paroissiale, qui fonctionnait au XVIIIe siècle et au début du XIXe selon les principes de l’enseignement mutuel[3]. Son instituteur (ou régent), Pierre-Louis Bouguereau (ou Bougreau) deviendra le capitaine de la paroisse[4] en 1793 et sera guillotiné à Fontenay-le-Comte le 20 octobre 1793, à 38 ans[5].

La place du marché sur le projet d’aménagement
proposé en 2016 par Sophie Blanchet,
et le même emplacement
sur le plan cadastral de de 1836 du Poiré (environ 132 x 90 m),
avec la localisation à cette date :
- de la place du marché d’alors,
- du cimetière d’avant 1840,
- de l’ancienne
"église Saint-Michel"...
et la mise au jour le 25 mai 1988, lors de travaux de voierie,
d’une pierre tombale provenant de l’ancien cimetière
(photos de Dominique et de Jean Mignet ; avec de gauche à droite :
MM. A. Thorette, D. Guillet, R. Abillard, P. Péchereau, L. Darnis)
.

 

Toujours dans la partie ouest de la place se dressait jusqu’en 1939, un orme de taille respectable dont les origines sont incertaines. Certains évoquent une ordonnance de 1605 de Sully, demandant de planter un tilleul ou un orme devant chaque église ou place principale, afin d’accueillir au sortir de la messe les assemblées des habitants se réunissant pour traiter des affaires de la paroisse. D’autres, se basant sur des cartes postales des années 1900, prétendent qu’il s’agit d’un "arbre de la liberté planté en 1793"[6], ceci bien qu’en remplacement d’un précédent abattu "par des brigands", un nouvel "arbre de la liberté" ait été planté en février 1798[7], lequel sera coupé à son tour dans la nuit du 31 octobre au 1er novembre 1799…
Dans la seconde partie des années 1930, les marchands forains se plaignirent de la gêne que leur causaient ses branches basses pour installer leurs étals : l’orme fut taillé, mais à contretemps, ce qui entraîna sa mort dans les mois suivants. Il resta debout encore quelques temps, puis fut abattu. On dit qu’alors les cloches se mirent à sonner… C’était le samedi 2 septembre 1939, mais ce n’était pas la mort de l’orme que déploraient les cloches : c’était le tocsin et elles annonçaient la mobilisation générale pour la Seconde Guerre mondiale qui fut déclarée le lendemain
[8].

L’orme de la place du marché sur deux cartes postales du début du XXe siècle.
Sur l’une d’elle, sa qualification improbable
"d’arbre de la liberté planté en 1793",
reflétant la propagande pro-républicaine du gouvernement d’alors,
en un temps où les opinions politiques locales lui étaient fortement opposées.
En contrebas, avec charrues et tombereaux,
une des cinq forges que comptait le bourg du Poiré à cette époque.

)

Le samedi 2 septembre 1939 :
la fin de l’orme, dit multiséculaire, de la place du Poiré.

Fin 1945, il fut décidé de planter des tilleuls dans la partie ouest du haut de la place (quelques autres avaient été plantés peu avant sur deux des autres côtés)[9] : cela fit exhumer des crânes et autres ossements rappelant que c’était bien là que s’était élevée l’ancienne "église Saint-Michel".

 

A cette époque, les marchés s’y tenaient tous les dimanches et tous les jeudis ; le premier jeudi de chaque mois étant le jour de "la petite foire" et le troisième étant celui de "la grande foire". Depuis lors, ces foires et ces marchés ont connu le même étiolement que celui des commerces de centres-bourgs et centres-villes, et à plus forte raison des petites épiceries-cafés existant dans les villages, et déjà disparues dans les années 1950, la généralisation de l’automobile ayant donné une plus grande mobilité à la population. Désormais, cela fait des décennies que les foires n’existent plus, et les marchés ont du mal à se maintenir. Aussi, pour essayer de lutter contre cette tendance, il a été décidé en 2016 de faire un nouvel aménagement de "la place du marché"[10].

En 2019, la petit halle créée pour abriter, entre autres manifestations,
les marchés hebdomadaires (photo Sophie Blanchet).

De tous les aménagements qu’avait connus la place précédemment, le plus important pour ses riverains et au-delà fut probablement le creusement d’une "fontaine publique" en 1872 par l’actif maire de l’époque, Ossian Morin d’Yvonnière, l’eau potable ne pouvant plus être fournie par le puits du parc de "la Gibretière"[11].

 

Les foires et marchés n’étaient pas alors les seules activités à se dérouler sur "la place du marché". Que ce soit, sur le plan religieux, lorsqu’en juin à la Fête-Dieu et à celle du Christ-Roi on y dressait des reposoirs, ou lors d’évènements exceptionnels comme les missions ou comme la Fête eucharistique[12] du 17 septembre 1907… Que ce soit aussi, dans le registre profane, quand sur "la place du marché" se déroulaient les "estimations des chevaux"[13] faites régulièrement par les autorités militaires, ceux-ci pouvant être eux aussi mobilisés en cas de conflit ; lors des prestations de la fanfare de la Jeanne-d’Arc au temps où la place était plus fréquentée ; lors du "préveil", chaque 1er dimanche de septembre[14]ou encore lors des décorations des mères de familles nombreuses…

Le mardi 17 septembre 1907, le début du Pèlerinage Eucharistique
qui réunit des milliers de personnes venues de toute la contrée,
grâce, entre autres moyens, à des trains spéciaux
organisés pour la circonstance par la Cie des Tramways de Vendée
(en haut de la place, l’auberge portant encore à cette date,
le nom d’
Hôtel de la Croix blanche).

Autour de 1960, une cérémonie de la Fête-Dieu.

 

Le jeudi 18 mai 1911, la foire aux bestiaux sur la place du Poiré,
et en septembre 1966, la journée d’estimation des chevaux.

Une partie  de la fanfare de la Jeanne-d’Arc,
participant sur
"la place du marché" à la cérémonie du 11 novembre 1974
(photo Dominique Mignet).

 

Le tour de "la place du marché" du Poiré, entre 1900 et 1910,
le temps de l’âge d’or de la carte postale.

 

Sur la partie est de "la place du marché", entre la rue faisant accéder à l’ancien quartier de "la Gibretière" et celle conduisant à celui de "la Martelle", se trouve, depuis au moins la seconde moitié du XIXe siècle, le bâtiment abritant la mairie. Celui-ci a subi des transformations à plusieurs reprises : agrandissement entre 1900 et 1910, puis reconstructions en 1974 et en 2000. Ces dernières correspondent au passage d’une administration communale d’au plus quinze personnes en 1960 (le secrétaire de mairie, son adjointe, et une petite douzaine d’employés communaux), et en comptait environ 100 en 2019, la population passant à ces dates de 3546 à 8859 habitants.

Le côté est de la place du Poiré, au début des années 1900,
avec la caserne de gendarmerie, avant sa reconstruction dans les années 1920.

 

 

Autrefois, le bâtiment à droite de la mairie abritait l’école communale de filles, qui fut tenue de 1843 à 1862 par les sœurs de la Puye de Poitiers puis par celles de Torfou[15]. En 1873 elle fut déplacée en bas du "chemin des amours", et ses locaux furent alors occupés par la gendarmerie. Puis en 1922[16], en même temps que la mairie était agrandie, ils furent pour l’essentiel remplacés par une nouvelle construction réemployant dans sa partie arrière quelques éléments de leur origine (porte ancienne, cave voûtée…). L’ensemble sera démoli en 1974. 

Agrandie pour l’une et reconstruite pour l’autre en 1922,
la mairie et la gendarmerie jusqu’à leur disparition en 1974 ;
avec au dos de cette dernière,
l’entrée d’une ancienne cave voûtée et un linteau en accolade
(photos d’Eugène-Marie Vincent et de Dominique Mignet).

"La place du marché" du Poiré en 1954.
(cartes postales Armand Mignet)

Cette démolition ayant dégagé le pignon de la maison voisine, on fit appel pour l’habiller à Raphaël Toussaint, un artiste peintre venu habiter au "Beignon-Basset". Le mur fut recouvert en 1989-1990 d’une grande peinture, "les Mariés du Poiré" (environ 12 x 12 m) dans le style naïf caractéristique de son auteur[17]. Depuis, cette œuvre est devenue un des symboles de la commune, et quand en 1998-1999 on envisagea de construire juste à côté la nouvelle mairie, le projet fut élaboré en la prenant en compte. En 2018, elle a été restaurée.

Le 1er août 1990, la nouvelle mairie du Poiré construite en 1973-1974,
avec à droite, Raphaël Toussaint réalisant sa peinture des
"Mariés du Poiré"
(photo Dominique Mignet).

En 2019 : la mairie du Poiré (cabinet d’architectes Ivars & Ballet)
et
"les Mariés du Poiré" (dessin de Raphaël Toussaint).
La mairie abrite aussi des œuvres d’artistes peu connus
mais dont le talent sera, peut-être, reconnu avec le temps.
Au premier plan à droite, la fontaine publique de 1872, déplacée en 2019.



Deux vues aériennes se faisant face de "la place du marché" dans les années 1960 :
en haut vers le nord-est, en bas vers le nord-ouest,
quelque dix ans avant le remplacement des anciennes mairie et gendarmerie,
et avant que le bourg connaisse une forte croissance après 1980,
ceci au détriment d’une part importante du paysage rural.

 

De l’autre côté de "la place du marché" se trouve une maison, sans doute la plus vieille du tour de la place. Sa façade, bien qu’en partie défigurée dans la seconde moitié du XIXe siècle, a une architecture qui la ferait remonter à une Renaissance finissante. En effet, en 1901, La Chronique paroissiale du Poiré rapporte à propos de cette maison : "On lit gravé sur la façade : ‘Mathurin Caillé et Françoise Savin, 1613’, puis, au-dessous : ‘Caillé, Médecin, 1750’[18]. A l'étage supérieur, dans une belle pièce, occupée aujourd'hui par M. Bouché, juge de paix du canton du Poiré, on voit une grande cheminée à large manteau de granit, sur lequel sont grossièrement gravées des armoiries parlantes. Le champ de l'écu est chargé de trois oiseaux, posés 2 et 1, lesquels, étant donné le nom du propriétaire, doivent être des cailles. Les 4 initiales, qui accompagnent le blason, M. C. et F. S. indiquent évidemment Mathurin Caillé et Françoise Savin. Au-dessous, on lit la date de 1614"[19].

Les caractéristiques de cette façade, dont l’état avant que son rez-de-chaussée ait été éventré, est connu par des témoignages et une photo de 1890, confirmeraient cette datation. Elles sont à rapprocher de celles de "la Marchegaizière", aujourd’hui sur Saint-Denis-la-Chevasse, construite en 1645, ou de la maison dite "Renaissance" de la place de la Vieille Horloge de La Roche-sur-Yon, à qui on attribue la date de 1566. 

Les différents personnages figurant sur cette photo sont nommément connus,
ce qui permet de la dater de 1890.
Ainsi sur le balcon, comme peut-être il se devait, se trouvent
le juge de paix du canton et son greffier,
tandis que sur le trottoir, de gauche à droite et pour n’en citer que quelques-uns :
deux facteurs encadrant le marchand de poissons
(venu de Beauvoir et dont la voiture est à gauche),
puis un gendarme, un jeune vendeur de journaux,
et plus loin le boulanger en tablier blanc,
Paul Coudrais en jaquette et dont le nom est écrit sur la façade,
le maréchal-ferrant, la bonne en tablier clair, le bourrelier avec un autre tablier,
et encore Mme Coudrais, en coiffe, sur le seuil de la dernière porte…

 

Alfred Tallonneau (1894-1975)[20] de qui vient cette photo avait connu nombre des personnes qui y étaient présentes (et dont manifestement il ne partageait pas les opinions politiques) et se souvenait de ce qu’il avait entendu dans son jeune âge sur comment était cette maison autrefois. Ainsi rapportait-il au milieu des années 1950 que le grand balcon à gauche avait été surmonté d’une sorte de tour carrée comportant seulement une petite ouverture sur chacun de ses côtés, l’une d’entre-elle ayant été conservée et placée ensuite au-dessus du balcon. Quant à la cheminée monumentale de cette maison, elle avait été vendue plus tard à quelqu’un de La Roche-sur-Yon…

La même maison et ses voisines quelque vingt ans plus tard :
la vitrine d’un horloger-bijoutier a supprimé
les portes et le fronton triangulaire qui se trouvaient là,
les meneaux ont disparu,
et l’hôtel des voyageurs est devenu un café (avec le rameau le signalant),
à droite au premier étage la fenêtre d’où Alfred Tallonneau, impotent,
observait la vie du quartier qui bénéficiait maintenant d’un éclairage public.

 

Paul Coudrais et son gendre Philippe Lefort, en plus de tenir l’hôtel des voyageurs, se livraient aussi à l’élevage de chiens de chasse à courre. Ils les mettaient en pension dans les villages de la commune et les vendaient à l’occasion de foires se tenant au Poiré et qui eurent un temps de la notoriété. Parmi ceux qui s’y faisaient fournir pour leurs meutes, on cite la duchesse d’Uzès, personnalité en vue à l’époque, et le roi d’Italie[21]. Cette activité cessa avec eux, et si en 2019 on trouve encore au Poiré, à "la Grange", un éleveur de ce genre de chiens, c’est un pur hasard.

 

En face de cette maison, celle formant l’angle de la rue a été habitée par deux personnages qui, à des époques et dans des domaines différents connurent des vies hors du commun.

Jean-François Babinot (1767-1855) est le plus ancien. Né à Saint-Etienne-du-Bois, percepteur au Poiré en 1789, il participa à de nombreux combats dans l’armée de Charette, fut blessé 18 fois, reprit les armes en 1815. Après le renversement de Charles X, la police le surveille de près et le dit : "présumé être hostile au gouvernement actuel non précisément par faits patents et légalement répréhensibles, mais par des dispositions à protéger et servir l'ancien ordre des choses si l'occasion s'en présentait". Sa pierre tombale est conservée en 2019 dans un jardin voisin.

La pierre tombale de Jean-François Babinot, en 2019 :
"Ici repose le corps de Jean-François Babinot
décédé au Poiré le 29 juin 1855 dans sa 89 année. 
Une prière S.V.P.".

Cette même maison abrita la famille d’Armand Morinière (1888-1948), qui se fera un nom dans la pharmacie vétérinaire. Après avoir connu une carrière militaire cahoteuse entre 1906 et 1919, il s’établit à Anglet près de Bayonne, et y mit à profit ses dons pour soigner les bêtes et ses connaissances en herboristerie acquises dans sa jeunesse. Il y établit un élevage d’animaux divers, et mit au point des médicaments pour traiter leurs problèmes de santé. Le plus connu est le Néo-Lupus, qui sera diffusé de 1920 à 1990 et dont la fabrication a été relancée par Jérémy Hardy, un de ses arrière-petit-fils, au début du XXIe siècle. Au temps d’Armand Morinière, on rencontrait encore souvent des personnes soignant à l’aide de plantes, et on donnait le nom de "maréchal expert" à ceux soignant ainsi les animaux[22].

Le Néo-Lupus : ce médicament créé par Armand Morinière (photo), du Poiré,
contribue depuis quatre générations à améliorer la santé et le sort des animaux.

 

Après 1850, certaines maisons du Poiré reçurent des toits en ardoise dont la durabilité est plus longue et qui, à l’occasion, pouvaient être le signe de l’affirmation d’un certain statut social. Ce fut le cas le long de la partie ouest de la place. 

Bordure ouest de "la place du marché" :
en bas vue et dessinée en 1984 par Gabriel David,
en haut à droite vers 1910,
et en haut à gauche servant à montrer les caractéristiques extérieures
des maisons bourgeoises de 1900[23].

Une des maisons située en haut de la place du marché, et qui durant des siècles a été occupée par une auberge, était dite "de la Croix blanche" ou, dans des actes notariés du XVIIIe siècle, "de la Croix blanche suspendue". On lui donnait ce nom parce que, jusqu’à la Révolution, on pouvait voir sur sa façade une grande croix de fer. Celle-ci rappelait que depuis qu’existait à "Lande blanche" (autrefois sur la commune du Poiré) une commanderie de Templiers fondée au XIIe siècle, celle-ci détenait des droits sur cette maison[24]. Bien que l’Ordre du Temple ait été détruit, que la commanderie ait échu à celui de Saint-Jean de Jérusalem puis à celui de Malte, et que les bâtiments se soient succédé à eux-mêmes, le nom "de la Croix blanche", lui, se perpétua pendant huit siècles : à la veille de 1914 on pouvait encore le voir peint sur le mur de cette maison.





Vues panoramiques de "la place du marché" du Poiré en 2019,
prises, de haut en bas, en direction du sud-ouest, du nord-ouest et de l’est
(photos Dominique Mignet)
.

 

Autres mentions

Les listes nominatives des recensements de la population de 1836 et de 1962, les plans levés à ces mêmes dates et les différents registres cadastraux[25], les souvenirs de ceux ayant vécu à la dernière de ces époques, permettent de reconstituer autant qu’il est possible, et de comparer des activités pratiquées, à 126 ans d’écart autour de la place du Poiré.

 

Les activités professionnelles autour de "la place du marché" en 1836 et en 1962
sur les plans cadastraux des dates correspondantes.
 

En 1836, les activités des habitants et leurs localisations ne sont pas toutes connues, le statut de "propriétaire" primant sur l’activité professionnelle. Les artisans et commerçants se situaient près de la petite partie ouest de la place dédiée aux marchés. Ils débordaient vers le nord et dans "la rue des Écus" voisine, où était aussi installée la gendarmerie avec ses six gendarmes. Un peu à l’écart, le quartier de "la Gibretière" abritait aussi dans ses petites maisons des forge-rons, meuniers, cordonniers, tisserands. La bor-dure de sa partie est, c’est-à-dire du cimetière, ne leur était pas favorable. Y habitaient les deux médecins : Jacques Arnaud, alors maire, et Arsène Bardoul qui lui succéda dans cette charge[26].

126 ans plus tard, en 1962, tandis que dans les villages les très petites épiceries et cafés venaient de disparaître et que les artisans allaient bientôt suivre, le bourg du Poiré et sa "place du marché", connurent l’apogée de leurs activités artisanales et commerçantes parmi lesquelles cafés et épiceries étaient particulièrement nombreux. S’y trouvaient aussi la gendarmerie et ses 5 gendarmes d’alors (devenus 28 et partis ailleurs en 2020). 

En 2016, c’est pour tenter de faire revivre une activité comparable qu’un nouvel aménagement de la place fut lancé.

Sources et références

(sauf mention contraire, les illustrations sont dues à M. Mignet)

[1]

Hors celles tombées dans le domaine public, les différentes illustrations proviennent d’archives et de collections privées diverses, ou ont été réalisées pour les besoins de cette notice. 

 
[2]

Le marteau et les tenailles entourant la croix sur cette pierre tombale mise au jour fin mai 1988 sont pour certains la représentation d’outils de la passion du Christ, mais pour d’autres plutôt les symboles du métier de celui qui avait été enseveli là (forgeron, maréchal-ferrant…). Cette pierre a disparu par la suite, probablement détruite par les services techniques municipaux, selon l’habitude. Sur la photo de sa mise au jour on reconnaîtra, à droite, Léon Darnis, maire du Poiré de 1977 à 2001.

 
[3]

L’enseignement mutuel est une méthode développée en son temps en France par le prêtre lyonnais Charles Démia (1637-1689), dans laquelle le maître est relayé dans son enseignement par les élèves les plus avancés qui jouent le rôle de moniteurs auprès des autres élèves. Dans une paroisse (puis commune) populeuse, telle que le Poiré, cette méthode permettait à un seul instituteur (en 1836 : Isidore Thomazeau, qui habitait dans le bâtiment de l’école) d’enseigner dans une vaste salle à un groupe important d’élèves. Elle s’opposait à celle de l’enseignement simultané qui l’a emporté par la suite.

 
[4]

Boutin (Hippolyte), Chronique paroissiale du Poiré-sur-Vie, 1907, p. 44.

 
[5]

La Boutetière (Louis de), La Justice révolutionnaire à Fontenay-le-Comte, en 1793, 1879, p. 7.

 
[6]

Au début du XXe siècle, les hommes nouvellement en place de la IIIe République, avant tout désireux de garder le pouvoir, s’efforçaient de réduire l’influence de leurs adversaires politiques, laquelle était importante dans la région. Cela les conduisit non seulement à magnifier inconditionnellement la Révolution, mais aussi à invalider durant ces années-là de nombreuses élections municipales… entre autres, au Poiré. Ces invalidations de municipalités élues sont à mettre en rapport avec la politique d’épuration des corps des préfets, de la magistrature et de l’armée en fonction des opinions politiques et confessionnelles de leurs membres, qui fut en 1900-1904 à l’origine de "l’affaire des fiches". Des comportements analogues se retrouvèrent encore localement, après la Seconde Guerre mondiale (cf. les publications des Recherches vendéennes portant sur cette période).

 
[7]

Délibérations de la municipalité cantonale du Poiré-sous-la-Roche du 2 février 1798 / 14 pluviôse an VI (Arch. dép. de la Vendée : L 1238). Rapport du 2 novembre 1798 / 11 brumaire an VIII du commissaire politique Danyau au Département (Arch. dép. de la Vendée : L 264).

 
[8]

Témoignage recueilli dans les années 1950 auprès d’Alfred Tallonneau (1894-1975) qui habita sa vie durant une des maisons voisines, et qui a été confirmé en 2017 par Pierre Péchereau, né en 1927 et ancien maréchal-ferrant dans le bourg du Poiré.

 
[9]

Délibérations du Conseil municipal du Poiré-sur-Vie, 19 août 1945 (Arch. dép. de la Vendée : 178 D 15, vue 142 / 202).

 
[10]

Sur le projet de réaménagement de la place du marché du Poiré, lire l’article d’Ouest-France, "La place du Marché prépare son relooking" dans le journal Ouest-France, édition la Roche-sur-Yon, du 5 juillet 2016

 
[11]

La largeur du puits, adjugé le 25 juillet 1872 et réceptionné le 21 octobre de la même année, était de 4 m et sa profondeur de 7,70 m, et son prix fut de 76,50 F. par mètre de creusage (Arch. com. du Poiré : Arrêtés du maire du Poiré-sur-Vie, févr.1838-1897, 1 D 11, vues 15-16 / 52).

 
[12]

Les détails de cette "Fête" ou "Pèlerinage Eucharistique" sont connus par la presse de l’époque. La Croix vendéenne, n°829, du 22 septembre 1907, dit qu’elle réunit 12 000 pèlerins, et écrit avec enthousiasme que :
"[…] Sur toutes les routes aboutissant à la localité des voitures bondées passent à chaque instant. Les trains venant de toute la Vendée sont remplis de pèlerins. L'administration des tramways vendéens organise 10 trains spéciaux tant du côté de Legé que du côté de la Roche-sur-Yon. Le bourg si coquet du Poiré est admirablement décoré. Le chemin que doit suivre le Saint-Sacrement est semé de roses et de fleurs, les arcs de triomphe succèdent aux arcs de triomphe. L'ensemble est merveilleux. Au pied du coteau de la Jamonière, au fond d'une grande prairie mise gracieusement à la disposition de M. le Doyen, se dresse une immense estrade couverte de draperies de différentes couleurs. […]" (Arch. dép. de la Vendée : 4 Num 388/2, vue 151 / 208).

 
[13]

Les "estimations des chevaux" étaient faites par les autorités militaires en différents lieux du département. Elles servaient aussi de référence pour les sociétés d’assurances en cas d’accident causant la perte de l’un de ceux-ci.

 
[14]

Le "préveil" était une fête foraine qui avait lieu annuellement, et depuis des temps immémoriaux, dans la plupart des communes de l’actuelle Vendée. Au Poiré avant 1840, et toujours chaque 1er dimanche de septembre, il avait lieu près de la chapelle "Notre-Dame de Bonne Nouvelle" (elle aussi incendiée en 1793-1794, démolie en 1826 et dont les restes ont eux aussi servi pour la construction du clocher), avant d’avoir lieu ensuite sur "la place du marché".

 
[15]

Lorvoire (Jean-Claude), Le Poiré-sur-Vie : 140 ans d’enseignement religieux à l’école des filles, 1983, p. 8 à 19.

 
[16]

Délibérations du Conseil municipal du Poiré-sur-Vie des 10 mai et 26 juillet 1914, et 2 avril 1922 pour la reconstruction de la gendarmerie (Arch. dép. de la Vendée : 178 D 15, mai 1914 / mai 1924, vues 3, 8-9 et 143 / 151).

 
[17]

Raphaël Toussaint est le nom d’artiste de Jacques de la Croix, né en 1937 et habitant au "Beignon-Basset" depuis les années 1970. Il exerce son activité de peintre depuis le début des années 1960, pratiquant une peinture paysagiste dans un style naïf, qui selon certains l’apparentent aux "peintres de la réalité poétique" des années d’après la Seconde Guerre mondiale.

 
[18]

Les Caillé occupèrent cette maison du XVIIe aux alentours du XIXe. Dans les registres paroissiaux du XVIIIe siècle du Poiré, "maître" Pierre Caillé se titre "docteur en médecine de la Faculté de Montpellier, mestre en chirurgie, médecin ordinaire de son Altesse Monseigneur le Duc d'Orléans, en sa principauté-payrie de la Roche-sur-Yon". A l’époque de la révolte vendéenne les Caillé choisirent d’emblée le camp des futurs vainqueurs, collaborèrent avec les troupes occupant le pays, acquirent de nombreux anciens biens nationaux et firent partie de la petite douzaine de familles de notables républicains de la commune. Cependant quelques années plus tard, la famille abandonna son anticléricalisme affirmé pour se convertir à ce qu’elle avait combattu.

 
[19]

Boutin (Hyppolite), Chronique paroissiale du Poiré, 1907, p. 89, note 2.

 
[20]

Alfred Tallonneau (1894-1975) est né dans une famille installée en haut de la place et à "la Fournerie", et qui exerça de père en fils au XIXe siècle le métier de cordonnier, à une époque où on utilisait très majoritairement des sabots. Durant son enfance il fut atteint par la poliomyélite ; il en réchappa, mais resta handicapé, ne pouvant se déplacer que difficilement. D’un esprit curieux, il avait des dons pour la peinture et pour la musique : on a conservé au presbytère du Poiré un portrait fait par lui, et il tenait l’orgue de l’église paroissiale… ceci sans compter son intérêt pour la radio-électricité et sa mise en pratique. Lui et sa famille restèrent toujours fidèles à leurs ancêtres qui étaient venus d’Aizenay au Poiré, et dont certains, à "l’Aumère" échappèrent de peu aux troupes républicaines lors de la Révolution. C’est peut-être de cela que ses membres tiennent souvent un caractère un peu décalé, tel son neveu Antoine Tallonneau qui, un siècle et demi plus tard, partit pour rejoindre la France Libre en mai 1941, et s’illustra au-dessus de l’Allemagne au cours de multiples et périlleuses missions de bombardements.

Alfred Tallonneau (1894-1975) en 1956.

 
[21]

Ardouin Dumazet (Victor-Eugène), Voyage en France, 16e série : "de Vendée en Beauce", 1908, p. 190 à 194 :
"Le Poiré-sur-Vie, chef-lieu de canton du Bocage vendéen, eut longtemps le monopole de l'élevage. On y élevait le chien de Poitou, race fameuse ; chaque année les piqueurs de Victor-Emmanuel y venaient faire des acquisitions pour les meutes royales. Dans le monde des chasseurs, un aubergiste du cru nommé Coudin, avait une grande célébrité pour les animaux qu'il élevait. Aujourd'hui encore, dans toutes les fermes, on nourrit des chiens ; beaucoup de gens préfèrent cet élevage à celui du porc : ils le prétendent bien plus lucratif".

 
[22]

Entretiens en 2019 avec Jérémy Hardy, continuateur de l’activité parapharmaceutique vétérinaire d’Armand Morinière et de la production de son Néo-Lupus.


Le Néo Lupus d’Armand Morinière en 2019
quelques années après la reprise de sa production par Jérémy Hardy,
un de ses arrière-petits-fils.

 
[23]

Conseil d'Architecture, d'Urbanisme et de l'Environnement (C.A.U.E.) de la Vendée, Bien construire entre Boulogne, Maine & Vie, 2014, 88 p.

 
[24]

Boutin (Hippolyte), Chronique paroissiale du Poiré, 1907, p. 151-152.

 
[25]

Recensements de la population de 1836 et de 1962 (Arch. dép. de la Vendée : 6 M 280 et 497 W 178), Plans et états de sections du cadastre du Poiré de 1836 et de 1962 (Arch. dép. de la Vendée : 3 P 178 et 2313 W 178), et pour 1962, enquête auprès de personnes ayant habité autour de "la place du marché" à  cette date.

 
[26]

Jacques Pierre Gabriel Arnaud (1786-1841) était le fils de Jacques Gabriel Arnaud (né en 1751), "maître chirurgien juré" (à prendre dans l’acceptation de l’époque) à Belleville au temps de Charette ; en 1821, il avait succédé comme maire du Poiré à son beau-père, Gabriel Favreau qui lui aussi avait soutenu Charette en son temps. Arsène Bardoul (né en 1803), qui lui succédera comme maire, avait eu son grand-père paternel tué par les Républicains à Luçon, tandis que son père avait préféré composer ensuite avec les autorités gouvernementales et était ainsi devenu notaire au Poiré.

 

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