Archives départementales de la Vendée avec le concours de la Société d'émulation de la Vendée Dictionnaire des toponymes

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Poiré-sur-Vie, Le > Martelle (la)

Notice rédigée par : Maurice Mignet

Nature(s) du lieu

Catégorie : Regroupement d'habitations Masquer
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  • Nature : Regroupement d'habitations
    Précision sur la nature du lieu : quartier urbain
  • Coordonnées
    • Coordonnées cadastrales napoléoniennes : Sections M 1re feuille, et C 1re feuille
    • Coordonnées cadastrales modernes : Section AE.

Données historiques

Histoire et archéologie

Le "quartier de la Martelle" borde immédiatement l’angle nord-est de l’ancienne "place du marché" du Poiré. Jusqu’au milieu du XIXe siècle, il était seulement constitué de terres agricoles et de quelques jardins s’étendant de part et d’autre du chemin menant aux villages du "Cerny" et de "la Remaudière", et qui pris le nom de "route de la gare" à partir de 1901. L’année 1985 y vit l’édification d’un espace d’animation et de convivialité important, la "maison de la Martelle", reprenant et revivifiant cet ancien nom, qui était un peu tombé dans l’oubli.

"La Martelle" sur les plans cadastraux de 1836 du Poiré
(environ : 140 x 120 m, nord à 55° à gauche),
et sur une vue aérienne, le 16 mai 2021
(environ : 270 x 220 m, nord en haut).


En 1860-1861, le n°2 de l’actuelle "rue de la Martelle", qui formait l’angle avec la "rue de la Chapelle" et en était alors la seule maison, fut acquis en partie par Arthur Eugène Péchereau. Arrivant de Saint-Denis-la-Chevasse, celui-ci s'y établit comme maréchal-ferrant. Après lui son fils Auguste Alphonse, qui avait appris son métier chez les "compagnons du tour de France" sous le nom de "Vendéen le victorieux", conforta l’entreprise, faisant reconstruire la maison en 1913 et y créant (ou y continuant) une activité de cabaretier. C’était une époque où il était habituel de pratiquer plusieurs métiers en même temps, ce qui permettait d’occuper les temps morts des uns et des autres, et d’améliorer les revenus familiaux. Dans les années 1960 les tracteurs se généralisant, l’activité de maréchalerie se réduisit à rien. Comme beaucoup d’artisans et d’agriculteurs du Poiré, les Péchereau après 1945 s’étaient mis à cultiver quelques ares de tabac, c’est grâce à cela qu’ils eurent l’opportunité, en 1968, de changer de profession, et de se tourner vers l’installation d’équipements d’irrigation, une activité qu’ils ont exercée jusqu’en  2018[1].
 

L’enseigne de la maréchalerie d’Auguste Alphonse Péchereau (1875-1953) ;
présentant un échantillonnage des fers proposés :
pour les bœufs pour les ânes et pour les mulets, pour les chevaux
y compris pour ceux qui pouvaient avoir des sabots avec des malformations
(sans parler des pointures, des antérieurs et postérieurs, de droite ou de gauche)…
Et la canne de son
"tour de France" avec, sur son pommeau,
le dessin des outils de son métier
et son nom de compagnon :
"Vendéen le victorieux".

La maison et la maréchalerie des Péchereau en 1912 et vers 1920 :
- la nouvelle maison Péchereau en cours de construction en 1912-1913 ;
- le ferrage à froid (
"à l’anglaise") de chevaux vers 1920,
- une paire de bœufs venus pour être ferrés,
avec en arrière-plan le
"tramail" indispensable pour le ferrage de ceux-ci,
ou pour le ferrage à chaud (
"à la française") des chevaux.
En dehors des clients et de l’apprenti, Arsène Chéneau, on reconnaîtra sur les photos :
Auguste Alphonse Péchereau-père (1875-1953),
ses fils Léon (1901-1995) et Auguste Justin (1898-1945),
et l’épouse de ce dernier, Thérèse Besson.


En 2021, la plupart des tramails du Poiré avaient disparu, que ce soit ceux des Buton dans le bourg et à "la Marinière", ou que ce soit ceux des Péchereau dans le bourg et à "la Maldemée" ; seuls subsistaient ceux de "la Bouchère" et de "la Grande Roulière".


En continuant le long de la rue conduisant à l’emplacement de l’ancienne "chapelle Notre-Dame de Bonne Nouvelle", la maison contiguë à celle des Péchereau fut elle aussi reconstruite en 1912-1913, élargissant la rue d’un mètre ou deux. Arsène Remaud (né en 1861) l’avait acquise une quinzaine d’années plus tôt et y avait établi son "café" qui, comme celui de ses voisins, conservera toujours sa configuration traditionnelle, c’est-à-dire sans bar. Ses ancêtres, sept générations plus tôt au début du XVIIIe siècle, vivaient déjà dans le bourg du Poiré sous le nom de "Macaire" ; après la Révolution ils porteront celui de Remaud… "dit Macaire". Les père et grand-père de cet Arsène "Remaud dit Maquaire"[2], avaient eux aussi été cabaretiers tout au long du XIXe siècle, mais près de l’église. Jusque dans les années 1950, ils ont fait partie des nombreuses autres familles d’artisans ou d’agriculteurs nommément connues, dans le bourg ou dans les villages, qui avaient gardé une "fidélité" aux souvenirs et engagements de leurs ancêtres "brigands", un siècle et demi plus tôt. Une "fidélité" que la mémoire de la féroce répression qui s’était alors abattue sur eux, avait confortée chez leurs héritiers. Pour se limiter à n’évoquer qu’un nom à titre d’exemple, on citera celui de la famille du très représentatif Georges Hillairiteau, d’Aizenay.

Un peu plus loin, de l’autre côté de cette même rue, se trouve au n°7 la maison qui marquait autrefois l’entrée du bourg du Poiré, au sens strict. A la sortie de la Révolution, on la voit appartenant à Gabriel Favereau, qui fut maire du Poiré de 1808 à 1821, puis à ses héritiers jusqu’à la fin du XXe siècle. Il avait succédé au notaire André-Philippe Danyau qui avait été "commissaire du Directoire départemental auprès de la municipalité cantonale du Poiré" de 1796 à 1800 (c’est-à-dire chargé de dénoncer à celui-ci les opinions suspectes de la population locale), puis nommé maire de la commune par le préfet, de 1800 à février 1808[3]. Gabriel Favereau, quant à lui, a fait partie de ceux qui s’étaient soulevés contre la dictature révolutionnaire, et on le trouve à la tête de la petite administration locale mise en place par Charette de 1793 à 1795, avec sa signature au bas de différents actes[4]. Sa nomination comme maire douze ans plus tard a pu être un élément de la politique de pacification poursuivie  par le pouvoir impérial de l’époque.

C’est dans cette maison qu’en octobre 2009 ont été créées les éditions Les Chantuseries, dont maints livres, dans des genres variés, ont été primés, ainsi Peuple afghan où es-tu ? journal d'une femme médecin en Afghanistan pendant l’occupation soviétique, de Frédérique Jaumouillé, entre autres…

En 2021, l’entrée du bourg du Poiré, dans ses dimensions de 1836,
quand on venait du
"quartier de la Chapelle".
Avec, à gauche, la maison d’édition
Les Chantuseries,
et quelques-uns des romans, essais, témoignages, enquêtes… qu’elle a publiés,
dont le premier en 2010 :
"Pourquoi rue des Écus ?".


En 1901, la création d’une "gare", le long de la ligne de chemin de fer à voie étroite joignant La Roche-sur-Yon à Legé et passant par le Poiré fut l’élément principal de la prise d’importance du secteur de "la Martelle". Bientôt le service de la poste aux lettres, qui était semble-t-il situé jusqu’alors à la mairie, fut doté d’un bâtiment spécial (actuel n°12 de la rue) assurant aussi la transmission des télégrammes. A la fin des années 1920, il accueillit un téléphone public ; le service téléphonique se généralisa relativement lentement, commençant par l’installation d’un poste accessible à tous dans une maison de chacun des principaux villages de la commune : à "la Touche", au "Recrédy", au "Bouchaud", à "la Maumernière"…

L’entrée de "la rue de la Martelle" au début et à la fin des années 1920,
avec le bureau de poste et la multiplication des fils télégraphiques et téléphoniques,
ainsi que le café Péchereau, dit alors
"café de la Gare".

Le "quartier de la Martelle" vers 1920.


C’est seulement peu de temps auparavant, dans les années 1890, qu’au-delà de la maison Péchereau et de ses annexes professionnelles, les deux maisons principales de la future "rue de la Martelle" avaient été construites par la famille Potier (actuels n°14 et 15). On y retrouve les caractéristiques des demeures de propriétaires fonciers de l’époque : vaste maison d’habitation couverte d’ardoises et aux entourages d’ouvertures en granit, tandis que ceux des ouvertures des dépendances et de leur ferme annexe étaient en briques et leurs toits couverts de tuiles. Le bâtiment principal du n°15, qui est plus tardif, était parfois appelé "château Mignen"[5] du nom de son propriétaire et en raison de son aspect architectural.

Quelques aspects caractéristiques des anciennes propriétés Potier et Mignen, dans les années 2020-2021.
(avec l’autorisation des propriétaires du moment).


En 1985, la création de "la maison de la Martelle" a ressuscité le nom du quartier. Son rôle est d’être un endroit permettant des rencontres et animations. C’est ainsi qu’y ont lieu des séances théâtrales et cinématographiques, que s’y activent des associations caritatives tel le Secours catholique ou la banque alimentaire ; et aussi là que fut créée la première bibliothèque communale animée par des bénévoles… Elle a été réalisée par l’architecte Jean-Claude Pondevie.

L’entrée principale de "la maison de la Martelle" en avril 2021.


En 1988 un "Comité de la Martelle" avait été créé afin d’organiser, de commerçants, artisans et industriels de la commune, le premier "Salon de Printemps" – exposition d’art contemporain, du Poiré. Ce salon eut lieu, pen-dant vingt-cinq ans, jusqu’en mars 2012.

Le catalogue de la première exposition d’œuvres d’art à la "maison de la Martelle"
intitulée :
"Raphaël Toussaint et ses amis exposent à la Martelle",
ces amis ayant participé cette année-là étant…
Marie-Thérèse Bretagne, Roger Ducrot, Maurice Fillonneau, Jacques Golly, René Robin,
Grégoire Ruiz de Léon, Henri Simon, Henry-Pierre Troussicot, Karen Tual.
(plus tard, ces expositions s’étendirent sur une dizaine de jours[6])



En 2010, il s’avéra nécessaire de repenser la bibliothèque pour lui donner une nouvelle dimension, et de créer une "Médiathèque de la Martelle". En collaboration avec la Direction régionale des affaires culturelles (DRAC), le projet fut confié à l’architecte Dominique Pelleau qui travailla en accord avec un groupe de travail communal. Présenté au conseil municipal en septembre 2012 et accepté, il fut réalisé dans les mois suivants, pour une inauguration en 2014[7].
  

En mai 2021, devant "la Médiathèque de la Martelle" :
"Transmission", une œuvre du sculpteur Philippe Pateau de la Bobière. 


En 2010, le monument aux morts pour la France qui se trouvait à l’angle de la route de Palluau et de la rue donnant sur le "quartier de la Montparrière" fut déplacé près de la "maison de la Martelle". Il avait été inauguré le 18 septembre 1921, après que son érection eut été décidée le 13 juillet 1919 par le conseil municipal. Il fut financé à environ 60 % par une souscription publique. Le tailleur de pierre Ferdinand Musseau, de Palluau, fut chargé de la taille des moellons de granit, les plaques de marbre gravées des noms des morts de la guerre de 1914-1918 furent fournies par une maison de Paris, et il fut élevé par un maçon du Poiré qui avait perdu un fils durant cette guerre[8].

Y sont inscrits les noms de 215 soldats morts pour la France : 190 pour la guerre 1914-1918 (soit 4,5 % de la population du Poiré de 1911, contre 3,3 % pour ce qui est de la France entière) ; 23 pour la guerre 1939-1945, 1 pour la guerre d’Indochine, 1 pour la guerre d’Algérie[9]. Un nombre incluant ou non tous les nés sur la commue, recensés aux conseil de révison, domiciliés...

 La première localisation du monument aux morts pour la France,
inauguré le 18 septembre 1921,
sur un terrain donné par la famille Caillé,
avec, à droite, trois petites filles costumées représentant
l’Alsace, la France, la Lorraine.
Et, en 2021, à son nouvel emplacement près de la
"maison de la Martelle",
après sa restauration de 2018
( DIEU PATRIE – RECONNAISSANCE – HONNEUR ).

 

Autres mentions

Des hommes libres.

En 1990, terminant la biographie de son père, André Péchereau[10] écrivait (p. 151) sur sa mort, qui eut lieu peu après le 10 avril 1945 entre le camp de concentration de Buchenwald et celui de Flossenburg : "C’est ainsi que disparut [Auguste Joseph Péchereau] digne en tous points de ces Vendéens de 1794, de ces ‘brigands’ dont il descendait en droite ligne, et qui préférèrent mourir que de renoncer à leur idéal". 

Les Péchereau en effet étaient (et sont) fiers de descendre de Pierre Péchereau (v.1759-1824) qui fut un des derniers compagnons de Charette, ainsi que le rapportent une tradition s’appuyant sur des documents familiaux. Cela lui valut en tant que résistant et rebelle vendéen[11], d’être qualifié de "brigand", ainsi que le rappelle André Péchereau (p. 13) dans le prologue de ce même livre :

"J'entends déjà l'un de mes petits-enfants : Alice, Sylvain, Isabelle, Camille ou François me poser la question de confiance :
— Dis-moi, papy, c'est vrai que notre ancêtre était un brigand, un bandit ?
— Non, rassure-toi, Pierre Péchereau n'était pas un bandit. C'était un homme au vrai sens du terme qui s'est battu pour une grande et noble cause, comme le fit ton arrière-grand-père Auguste [Joseph]. Avoir été taxé de ‘brigand’ par les Robespierre, Carrier, Turreau et autres Westermann est un honneur insigne. Plus tard, quand tu apprendras l'Histoire de ces années tragiques, tu seras fier, comme moi, d'être l'un des lointains enfants de ce  ‘brigand’-là !

Il n'est pas question que je vous conte ici ce que fut la dangereuse survie de mon ancêtre. Je me contenterai de vous décrire, ci-dessous, les dernières années vécues par deux de ses descendants en ligne directe, à savoir mon grand-père Arthur [Alexandre] Péchereau et mon père, Auguste [Joseph]."

 

Auguste Joseph Péchereau (1892-1945), le père d’André, était le fils d’Arthur Alexandre Péchereau (1860-1939), boulanger au 27 de la rue des Sables (actuelle rue Clémenceau) à La Roche-sur-Yon. Né à La Roche et ancien élève du collège Richelieu, Auguste Joseph Péchereau avait apprit le métier de cuisinier à Paris où il avait travaillé chez Larue, place de la Madeleine, et chez Maxim’s. Il revint à La Roche-sur-Yon pour travailler à "l’Hôtel de l’Europe", place Napoléon, mais fut bientôt mobilisé pour partir à la guerre. Fait prisonnier en 1915, il fut interné à Ingolstadt, puis à Würzburg où il côtoya de nombreux prisonniers russes[12]. Au début des années 1920, il revint en Vendée et prit la succession de la boulangerie familiale qu’il transforma en un café-restaurant, qui fut appelé plus tard le "Café de la Paix". Ce nom lui fut donné par Marc Sangnier[13] qui y établit en 1932 une permanence lors d’une candidature malheureuse à la députation. Auguste Joseph Péchereau eut pour enfants André, et deux filles décédées à l’âge de 1 an. Dès le début de l’occupation, il rallia le gaullisme et la Résistance, où il fut très anti-communiste[14]. Le matin du 12 août 1943, il fut arrêté dans son café, lieu de rendez-vous clandestin des mouvements de Résistance. Déporté en Allemagne, il arriva à Buchenwald le 24 janvier 1944, puis fut envoyé à Mauthausen le 22 février suivant, puis le 1er décembre à Jawischowitz, un "kommando" de travail d’Auschwitz. Le 22 janvier 1945, devant l’avancée de troupes soviétiques, il fut ramené à Buchenwald, et le 10 avril il en fut sorti pour une nouvelle marche au cours de laquelle il disparut.

Généalogie simplifiée du "brigand" Pierre Péchereau
et de ses descendants[15],
avec la branche de la famille venue sur La Roche
et la branche de la famille venue sur Le Poiré.
( Aug. = Auguste ; Alex. = Alexandre ; Alph. = Alphonse ; Eug. = Eugène ;
Péch. = Péchereau )

 


Un mois auparavant, le 5 mars 1945, son cousin Auguste Justin Péchereau (1898-1945), qui portait les presque mêmes noms et prénoms que lui, était lui aussi mort en camp de concentration, en Allemagne. Ils avaient le même arrière-grand-père, Jacques Péchereau (1799-1850), fils lui-même du familialement célèbre Pierre Péchereau  évoqué ci-dessus et un des derniers compagnons de Charette. Au matin du 23 mars 1796, celui-ci n’avait plus avec lui que 45 compagnons qui périrent pour la plupart ce jour-là, et les deux ou trois qui furent capturés avec lui furent abattus sur le champ par le général Travot dont ce n’était pas dans les habitudes de s’encombrer de prisonniers inutiles. Cependant, selon une enquête minutieuse menée en son temps par Alain de Goué[16], 10 à 16 purent s’échapper. Les noms de 8 d’entre eux ont pu être retrouvés, Pierre Péchereau faisait partie des quelques autres. Réussissant à quitter la Vendée, il se réfugia du côté de Bordeaux et ne revint à Saint-Denis-la-Chevasse où il habitait, qu’environ trois ans plus tard.

Arthur Eugène Péchereau (né en 1839)[17], qui vint s’établir autour de 1860 comme maréchal-ferrant au bourg du Poiré, était un de ses petits-fils ; il sera le grand-père d’Auguste Justin Péchereau (1898-1945). Celui-ci fut combattant volontaire de la Grande Guerre au cours de laquelle il fut gazé en juin 1918. Pendant l’entre-deux guerres, il quitta l’affaire familiale qui fut continuée par son frère Léon, et alla s’établir à Chantonnay en 1923/1924. Bien que réputé pour son savoir-faire professionnel, il fut cependant amené à quitter la Vendée pour habiter la banlieue nantaise où vivait sa belle-famille et où il continua son métier. Vivant à Saint-Sébastien pendant l’occupation, il y rejoignit la Résistance. Il fut arrêté, déporté le 12 mai 1944 de Compiègne vers le camp de concentration de Buchenwald, et mourut le 5 mars 1945 à Ohrdurf, qui en était un camp annexe. 

C’est ainsi qu’à un siècle et demi de distance, des membres de la famille Péchereau ont montré la même aspiration à vivre en hommes libres : les mémoires de Pierre Péchereau et de ses arrière...-petits-fils méritent d’être rappelées

 

Sources et références

(sauf mention contraire, les illustrations sont dues à M. Mignet)

[1]

La plus grande part des renseignements sur la famille Péchereau et son activité de maréchalerie, provient de Pierre Péchereau (né en 1927) et de ses enfants.

 
[2]

On n’a pas d’explication sur le changement de nom, de "Macaire" à "Remaud", dans cette succession de père en fils. Auguste Remaud (né en 1835), père d’Arsène Remaud (né en 1861), avait été élu en 1888 1er adjoint du nouveau maire Jean Tenailleau, lequel fut le 1er maire du Poiré à avoir été véritablement élu et non nommé. En effet, avant cette date, les maires des villes et des chefs-lieux de canton l’étaient par les préfets. Au Poiré cela avait été le cas pour Camille Gouin qui fut nommé maire par le préfet de 1878 à 1888, à la faveur de l’arrivée au pouvoir en mai 1877 des "républicains opportunistes" conduits par Jules Ferry et Léon Gambetta, défenseurs des intérêts de la bourgeoisie de l’époque. Enfin, dans les décennies suivantes Arsène Remaud, fils d’Auguste (né en 1835), fut aussi après lui élu au Conseil municipal du Poiré.

 
[3]

André-Philippe Danyau (1762-1813) fait partie de la demi-douzaine de familles républicaines du Poiré sous la Révolution et qui, ayant quitté le Poiré, conserva ses convictions politiques génération après génération. Un de ses héritiers, émigré au Chili, est un aïeul de César Ruiz-Danyau (1918-1990), qui fut ministre d’Allende en août 1973, et qui rejoignit Pinochet en octobre de la même année. La plus connue des autres familles aux mêmes opinions est celle de son proche parent, le juge Joseph-Philippe Tireau (1753-1815), membre en tant que tel du tribunal révolutionnaire des Sables qui envoya alors des dizaines de personnes à la mort.

 
[4]

Cahier des réquisitions de l’armée catholique et royale dans la paroisse du Poiré (Méd. mun. de la Roche-sur-Yon : ms 019).

 
[5]

Du nom de Samuel Mignen, originaire de Legé et qui avait épousé une demoiselle Potier. Il possédait dans les 350 hectares, soit environ une quinzaine de fermes, ce qui à l’époque constituait une fortune permettant de vivre en "propriétaire-rentier", ce qui ne serait plus le cas au début du XXIe siècle. Bien que (ou parce que) étant un des deux plus importants propriétaires fonciers de la commune, il était perçu et se présentait comme politiquement membre de "la gauche radicale". C’est vers la fin des années 1980, les fermes attenantes à ces demeures des n° 14 et 15, tenues respectivement par les familles Lambert et Robin, ont cessé leurs activités agricoles.

 
[6]

Ce salon de 1988 a été aussi un hommage rendu à René Robin († 1986) et Henry Simon († 1987). Pour les artistes ayant exposé aux différents autres "Salons de Printemps", on se reportera aux catalogues qui ont accompagné chacun d’eux.

 
[7]

Voir, dans le Poiré magazine, de septembre 2012, p. 11 à 13, le dossier de présentation de ce qui n’était encore que le projet d’une future Médiathèque.

 
[8]

Cf. les Délibérations municipales du Poiré-sur-Vie, mai 1914 – mai 1922 (Arch. dép. de la Vendée : AC 178 14).

 
[9]

Cf. le Mémorial du Poiré-sur-Vie, animé par Daniel Aubret.

 
[10]

André Péchereau, né en 1921, entra dans la Résistance au début des années 1940. En juin 1943, il partit pour l’Espagne et, après avoir été interné cinq mois dans des prisons franquistes, il réussit à rejoindre la France Libre à Casablanca. En août 1944, il est du débarquement en Provence, à Cavalaire. A partir de la campagne d’Alsace en décembre, puis en 1945 lors de celle d’Allemagne jusqu’au Tyrol, il fit partie de la sécurité d’escorte du général de Lattre. 

Dans le Tyrol en mai 1945, quelques jours après l’armistice,
André Péchereau (de face) aux côtés de personnages plus connus
(Jacques Monod sera prix Nobel de médecine en 1965).

 
[11]

A propos des insurrections de 1793 en Vendée, au sens large, certains ont pu, pour les justifier rétrospectivement, s’appuyer sur l’article 35 de la Constitution de l’An I de la République (24 juin 1793) : "Quand le gouvernement viole les droits du peuple, l'insurrection est, pour le peuple et pour chaque portion du peuple, le plus sacré des droits et le plus indispensable des devoirs" ; un article destiné aussi à légitimer après coup les événements du 10 août 1792, au cours desquels la Commune de Paris, transformée en Commune insurrectionnelle, avait obtenu la chute du roi. Anecdotiquement, le 10 juillet 2018, les députés du groupe La France Insoumise ont proposé un amendement incluant ce texte dans le préambule de la Constitution (proposition qui a été rejetée). Certains, aussi, ont souligné l’opposition à faire entre la "légalité" et la "légitimité", qui fut reprise par d’autres en juin 1940.

 
[12]

Auguste Joseph Péchereau (1892-1945) y apprit ainsi quelques rudiments de langue russe grâce à ses compagnons de captivité, parmi lesquels se trouvait un certain Michel Toukhatchevski (1893-1937). Celui-ci, un aristocrate comme son nom l’indique, se rallia cependant et pour son malheur à la révolution bolchevique ce qui lui valut de devenir maréchal et, en bonne logique révolutionnaire, d’être exécuté deux ans plus tard.

Auguste Joseph Péchereau (à gauche) prenant une leçon de russe avec le lieutenant Grawsky
dans le camp d’internement de Würzburg en 1916.

 
[13]

Marc Sangnier (1873-1950) fut en 1894, le créateur du mouvement politique "le Sillon". Il est connu pour ses engagements de chrétien et, a-t-on dit plus tard, "de gauche", tout ceci en s’efforçant de mener une vie en accord avec ses principes affichés, et évitant la bien-pensance.

 
[14]

En cette année 1940, le Parti communiste français s’efforçait d’établir de bonne relation avec l’occupant hitlérien qui était alors allié de Staline. Ceux qui rejoignirent la Résistance dès cette époque était nettement d’autres bords politiques, ainsi au Poiré les familles Perraudeau, Tallonneau, Gautier, Moreau, Péchereau… et bien d’autres qui anonymement protégèrent des personnes recherchées, s’engagèrent dans les forces de la France libre ou rejoignirent des maquis… Que le livre d’André Péchereau ait été préfacé par Pierre d’Angles (alias Emile Gauvrit, originaire de "la Jaunière"), créateur et animateur de 1940 à 1944 du seul journal clandestin de Vendée, "la Mère Ageasse", et qui entre autres actions fut à l’origine du "maquis des Bouillères" sur Boufféré, ne tient pas du hasard ; ni non plus que l’on retrouve chez la famille Péchereau les sensibilités politiques et autres que partageaient les Tenailleau, maires successifs du Poiré, et les membres de ses Conseils municipaux à cette époque.

La situation internationale et la situation nationale :
- en septembre 1939, la Pologne partagée
entre une Gretchen et vautour nazis, et un Ivan et vautour communistes
- en octobre 1940, Hitler ampute la France
tandis que Laval l’endort et Pétain ne dispose que d’eau de Vichy
(l’Espagne, l’Italie et le Japon se tiennent prêts à se saisir des restes)...

…dans les dessins au jour le jour de Maurice de la Pintière (1920-2006), de Vouvant,
résistant de la 1re heure,
déporté en 1943 à Buchenwald, puis à Dora, puis à Bergen Belsen…
…tandis que le PCF avait commencé
par appeler au sabotage de l’effort de guerre contre l’Allemagne,
…et que les députés élus en juin 1936
avaient voté les pleins pouvoirs à Pétain le 10 juillet 1940.
(reproduction avec l’autorisation de son fils, Bruno de la Pintière)

 
[15]

La présence à toutes les générations et dans toutes les branches de la famille Péchereau des prénoms Arthur et Auguste, rendent délicats les repérages généalogiques. Elle est encore plus grande dans la généalogie détaillée, ainsi et entre autres un Arthur Auguste Péchereau, né au Poiré en 1888 et qui habita ensuite à la Rochelle, est mort pour la France le 1er novembre 1918. Il était lieutenant. Sur les environ 1550 mobilisés du Poiré (services auxiliaires inclusivement), il y eut au cours de la guerre 1914-1918, en le comptant : 1 aspirant, 2 sous-lieutenants, 4 lieutenants, le grade le plus élevé dles officiers originaires de la commune (selon le Mémorial du Poiré-sur-Vie).

 
[16]

Goué (Alain de), "La prise de Charette (23 mars 1796) – Étude historique et critique d’après des documents inédits", Revue du Bas Poitou, 1910, p. 113-147 et 337-409… Ceux dont il a retrouvé les noms sont : Pierre Remaud, de Chavagnes et aumônier de Charette ; Jaunâtre, garçon meunier aux Lucs ; Pierre Delhommeau, fils d’un des métayers de la Pellerinière des Lucs ; Jean Fresneau, journalier à Saint-André-Treize-Voies ; Pierre Morineau, charpentier à Saint-Philbert-de-Bouaine ; Louis Sorin, forgeron ; Jacques Renolleau, de Chauché ; et le chevalier de Goussinot.

 
[17]

Cet Arthur Eugène Péchereau eut un fils, lui aussi maréchal-ferrant : Auguste Alphonse, né en 1875 (celui qui fut "compagnon du tour de France"), et qui épousa en 1897 Léontine Achallé. L’arrière-grand-père de celle-ci, Pierre Achallé, né en 1774 et charpentier amoulangeur dans le bourg du Poiré, avait été tué le 19 mai 1815 dans un combat près du bourg de l’Aiguillon-sur-Vie, lors du soulèvement qui eut lieu pour s’opposer à la vaine tentative de Napoléon Bonaparte pour reprendre le pouvoir ; une tentative qui aboutit le 18 juin suivant, à Waterloo, au résultat catastrophique que l’on sait.

Ferdinand Achallé, père de Léontine, et charpentier amoulangeur
comme ses père et grand-père,
c’est-à-dire fabricant d’ailes, de toits et de mécanismes de moulins.
 


(les photos en rapport avec les Péchereau et leur forge appartiennent toutes à leurs collections familiales)

 

 

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