Archives départementales de la Vendée avec le concours de la Société d'émulation de la Vendée Dictionnaire des toponymes

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Montaigu > Noire (rue)

Notice rédigée par : Maurice Mignet

Nature(s) du lieu

Catégorie : Voie de communication (rue) Masquer
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  • Nature : Voie de communication (rue)
  • Localisation : La "rue Noire" joint la "rue Chauvinière" à la "rue des Résistants martyrs".
  • Coordonnées
    • Coordonnées cadastrales napoléoniennes : Section A
    • Coordonnées cadastrales modernes : Section AE

Données historiques

Histoire et archéologie

En septembre-octobre 1793, toutes les maisons qui bordent la "rue Noire" furent mises à sac et incendiées par Beysser puis par Kléber, ainsi qu’ils le revendiquent dans leurs correspondances et écrits. Les minutes notariales de l’époque[1] les signalent en ruine, tout comme les écrits municipaux et les matrices et plans cadastraux de 1814[2].

Au numéro 1 de cette rue, une construction à section carrée est surmontée par un "toit à l’impériale", qui pourrait dater du début du XVIIe siècle. Sur la girouette en fer qui le surmonte, on peut lire la date de "1434"[3] (cette année-là, Jean II Harpedane, seigneur de Montaigu, mourut et son fils, Jean III, lui succéda) ; elle pourrait avoir été récupérée après le démantèlement du Château en 1586. En 1972, cette girouette a été restaurée après qu’elle eut été abattue par l’ouragan du dimanche 13 février de cette année-là (une date que l’on retrouve avec les initiales "NG" sur la copie qui en fut faite pour la remplacer).

En face, au numéro 2, se trouve l’ancienne demeure de l’amiral Du Chaffault (1708-1794), connu, pour avoir été dans les années 1760 à 1780 un de ceux qui firent alors de la marine française la plus moderne du moment[4], et pour avoir été un des héros de la guerre d’indépendance américaine. Cette demeure peut être datée de la deuxième moitié du XVIIIe siècle, et est caractérisée par les bandeaux de pierres qui ornent sa façade. Ces "bandeaux de marine", évoquaient les lignes des ponts des navires de guerre qu’il avait commandés tout au long de ce siècle, tandis que les fenêtres en rappelaient les sabords. La cour, autour de laquelle s’organisait cette maison, donnait sur l’actuelle "rue de Tiffauges". Incendiée fin 1793 par les troupes révolutionnaires, cette maison hébergea en 1794-1795 les assemblées du District de Montaigu. Créé en 1790 à la place de la Subdélégation du même nom, il fut supprimé en 1795, et remplacé en 1800 par l’Arrondissement de Montaigu. Cette maison fut vendue comme bien national au spéculateur et maçon nantais François Gilaizeau. Elle passa ensuite entre les mains de divers autres propriétaires, dont un certain Louvrier qui la loua jusqu’en 1824 à la gendarmerie de Montaigu, installée précédemment au Château puis dans le bas de la "rue de la Boucherie". En 1858, la fille des successeurs de ce dernier la vendit aux Favreau, ciriers de métier (fabricants de cierges et bougies), qui y exercèrent leur activité jusqu’à la veille de la Seconde Guerre mondiale[1], et qui y habitaient toujours en 2014.

Aux numéros 4 et 6, les constructions actuelles ont pris la place des dépendances de la demeure que les Royrand de la Roussière possédaient avant la Révolution sur la "rue de Tiffauges", ornée elle aussi et pour les mêmes raisons de "bandeaux de marine".

La maison du numéro 12, en arrière d’une entrée encadrée de piliers en pierre de taille, porte la date de 1776 gravée sur le linteau de sa porte. Ses deux escaliers intérieurs en granit, ses sols couverts de tomettes, ses caves voûtées (qui pourraient lui être antérieures) avec leur sol pavé de pierres plates posées sur champ, les linteaux légèrement cintrés des hautes baies de ses "chambres basses et chambres hautes" (c’est-à-dire "du rez-de-chaussée et de l’étage")[3] sont typiques des demeures locales du premier XVIIIe siècle. Avec ses dépendances, c’était dans les années 1770 et 1780 la demeure des Robineau de la Chauvinière. Chassés de Montaigu en septembre 1793 par les troupes républicaines, ceux-ci firent partie des quelques centaines de personnes tuées, le 12 mars 1794 (22 ventôse an II), près de Montrevault, dans la forêt de Leppo, par la "colonne infernale" du général Cordellier, bien connue pour ses nombreux massacres[5]. C’est à cette famille Chauvinière que la rue voisine doit son nom. 

Autres mentions

La tradition de servir dans la Marine royale de nombreux membres des familles ayant vécu autrefois autour de cette "rue Noire" (les Du Chaffault, Royrand, Beuvier, La Roche Saint-André, Irland, Guerry, et autres) y a fait arriver des objets inattendus. Ainsi trouve-t-on aujourd’hui dans une de ses maisons un petit canon de marine (cf. photo ci-dessous ; l’affut n’étant pas d’origine), rapporté vers 1960 de Saint-Pierre et Miquelon où il avait été trouvé dans une épave.


(longueur du fut du canon : 70 cm ; diam. int : environ 40 mm)

Illustrations

montaigu_noire_rue_1.jpg

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La "rue Noire" en 2012 :
au n°1, la girouette avec la date de 1434 surmontant un
"toit à l’impériale" ;
au n°2, la maison à
"bandeaux de marine" de l’amiral Du Chaffault (en bas à droite) ;
au n°12, l’ancienne demeure des Robineau de la Chauvinière (en haut à gauche).

[1]

Entretiens en 2012 avec Denise Favreau-Bourquie (1920-2015) et actes notariés de sa famille, propriétaire de l’ancienne demeure de l’amiral Du Chaffault.

 
[2]

Plan, état de sections et matrice du cadastre de 1814 (Arch. dép. de la Vendée : 3 P 146).

 
[3]

Relevés sur le terrain, en 2012 et 2015.

 
[4]

Vergé Franceschi (Michel), "Marine et Révolution, les officiers de 1789 et leur devenir", in Histoire, économie et société, 1990, 9e année, n°2, p. 259-286.

 
[5]

Archives municipales de Montrevault (Maine-et-Loire).

 

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