Archives départementales de la Vendée avec le concours de la Société d'émulation de la Vendée Dictionnaire des toponymes

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Poiré-sur-Vie, Le > Rételière (la)

Notice rédigée par : Maurice Mignet

Nature(s) du lieu

Catégorie : Regroupement d'habitations Masquer
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  • Nature : Regroupement d'habitations
    Précision sur la nature du lieu : village
  • Localisation : "La Rételière" se situe à 3 km au sud-ouest du centre bourg du Poiré-sur-Vie.
  • Coordonnées
    • Coordonnées cadastrales napoléoniennes : Section G, 2e feuille.
    • Coordonnées cadastrales modernes : Section O.

Données historiques

Histoire et archéologie

"La Rételière"[1], village du Poiré-sur-Vie, est  située en bordure de la commune voisine d’Aizenay dont elle est séparée par le "ruisseau de la Micherie" (ou "de la Guerlerie", ou "Courtin", ou "Cortin"…). Sur le cadastre de 1836, elle groupait un ancien logis et, un peu à l’écart, une métairie en dépendant, appelée "le Gros Chêne". L’ancien logis était constitué de bâtiments organisés autour d’une cour rectangulaire d’environ 50 m sur 36 m, avec une tour à chaque angle. Suite à la Révolution, la moitié de ces bâtiments étaient en ruine. Ils ont continué à se dégrader au fil des ans, et les restes de la dernière tour, au sud-ouest, ont disparu dans les années 1930[2].

"La Rételière" et les villages voisins du "Gros Chêne" et de "la Pierre levée",
Extrait du plan cadastral de 1836 (environ 400 x 330 m),
et vue satellitaire en 2014 (environ 660 x 460 m),
Encarts du plan et de la vue de l’ancien logis : environ 65 x 60 m.
Un reste de l’ancien mégalithe de
"la Pierre levée" et leurs localisations.
Pierre polie trouvée à proximité de
"la Rételière".
"A", "B", "C" : locaux des trois exploitations agricoles
présentes autour de
"la Rételière" en 2017.

On ignore à quand remonte l’origine de "la Rételière", mais la succession de ses anciens "seigneurs" fait apparaître les noms des Rasclet avant 1416 (aussi "seigneurs de la Blanchère"), des Bonnevin du XVe au XVIIe siècle, puis des Jaucourt et des Mauclerc de Marconnay[3]. Ces derniers disparurent au cours de la Révolution, et leurs biens de "la Rételière", soit 198 ha 55 avec les terres voisines de "la Pierre levée", échurent à des parents éloignés, les Guinebaud de la Grossetière, à Saint-Christophe-du-Ligneron ; ceux-ci en étaient encore propriétaires en 1836[4].

Comme la plupart des familles nobles du Poiré, au XVIe siècle les Bonnevin, Jaucourt et Mauclerc optèrent pour le protestantisme[5] ; certains de leurs membres quittèrent la France après la révocation de l’édit de Nantes en 1685.


Les armoiries des Rasclets, des Bonnevin,
des Jaucourt, des Mauclerc, des Guinebaud[3],
propriétaires successifs de
"la Rételière" du XIVe siècle aux débuts du XIXe.

Le style des bâtiments, qui se retrouve  dans ceux de "la Millière" du Poiré, les ferait remonter au moins au début du XVIIe siècle (au-dessus d’une des portes on trouve une pierre avec la date de "1618"), et plus probablement au XVe siècle[6].
Comme à "la Millière", ils étaient bordés par un étang artificiel créé sans doute à la même époque mais qui, ici, existe toujours quatre siècles plus tard. Par contre, la partie "logis" au sens strict, qui abritait les seigneurs de "la Rételière", n’existe plus et semble avoir disparu bien avant la Révolution. Cela montrerait qu’alors ses propriétaires devaient avoir cessé d’y habiter depuis longtemps. Sa localisation est incertaine : en face du portail d’entrée ? en bordure de l’étang ? ou, comme le plus souvent pour les logis, dans l’aile regardant le sud ?
Le principal bâtiment subsistant aujourd’hui était au départ une dépendance du logis. Sa façade, après avoir perdu sa partie à l’est qui menaçait ruine, a été remaniée en 1998. Les portes ont été conservées telles quelles, les fenêtres qui avaient été percées au cours du temps furent supprimées tandis que d’autres ont été agrandies tout en gardant le style originel du bâtiment.


La façade du principal des bâtiments anciens de "la Rételière" en 2017,
après son importante rénovation de 1998
.

Sous la Révolution, "la Rételière" et "le Gros Chêne" étaient occupés par les familles de Jean Texier et de Louis Vrignon, soit environ 20 personnes[5]. On les retrouve tout au long de cette période dans les rangs des insurgés vendéens, que ce soit en tant que participants aux réquisitions que ceux-ci durent organiser entre 1793 et 1795[6], ou que ce soit dans les troubles qui suivirent jusqu’en 1804. Cette structure en deux métairies se maintint jusqu'autour de 1890, et le nombre d’habitants oscilla entre vingt et trente-cinq durant cette même période.
Début 2017, ce nombre était de 23 habitants occupant 8 logements.


En haut : détails des anciens bâtiments de "la Rételière" en 2017 ;
en bas à gauche :
en 1936 devant l’entrée de la ferme d’Antoine Bourmaud (1896-1988)[2] ;
à droite : la façade principale de
"la Rételière" dans les années 1970.

Près de "la Rételière" mais de l’autre côté du "Courtin" et donc sur la commune d’Aizenay, se trouve le village de "la Pierre levée", qui tient son nom de la présence d’un mégalithe aujourd’hui disparu. Sa destruction, à une date indéterminée, en a laissé des restes qui se caractérisent par leur type de roche, différent des pierres utilisées dans les constructions environnantes. Autour de 1970, ils ont été collectés par l’agriculteur de "la Pierre levée", connu pour sa curiosité et son indépendance d’esprit[7]. En 1980-1981, des travaux de canalisation ont permis de retrouver à proximité l’emplacement que ce mégalithe occupait autrefois[2].

Entre 1965 et 1970, une pierre polie, en dolérite et d’une longueur de 13,5 cm, a été trouvée dans un champ à 450 m au nord-est de "la Rételière"[2].

L’ancienne habitation de "la Pierre levée en 2017,
avec, peintes à la chaux au-dessus d’une porte et d’une fenêtre, des traces
des croix blanches qu’on traçait autrefois chaque année au moment de Pâques.

Sous la Révolution, "la Rételière" et "le Gros Chêne" étaient habités par les familles de Jean Texier et de Louis Vrignon, soit environ 20 personnes[8]. On les retrouve tout au long de cette période dans les rangs des insurgés vendéens, que ce soit en tant que participants aux réquisitions que ceux-ci durent organiser entre 1793 et 1795[9], ou que ce soit dans les troubles qui suivirent jusqu’en 1804. 

A la fin du XIXe siècle, "la Rételière", "la Pierre levée" et "le Gros Chêne" étaient trois métairies s’étendant respectivement 36 ha, 41 ha et 42 ha ; deux nouvelles exploitations appelées "la Grossetière" (ou "la Groussetière", sur Aizenay) et "le Printemps" (sur le Poiré) avaient été créées en 1852 et 1859. Elles furent vendues dans les années 1890, et celle de "la Rételière" fut rachetée par ses agriculteurs. Cela entraîna son morcellement et au sortir de la guerre de 1939-1945, on y trouvait trois fermes de 18 ha, de 13 ha et de 3 ha[2].

Les transformations agricoles des années 1980 et 1990 : regroupements d’exploitations, développement technologique, agriculture en commun, ont réduit leur nombre. Après 2002 il en restait deux : d’une part le GAEC "le Logis" spécialisé dans l’élevage laitier bovin (environ 450 bêtes), réunissant 4 travailleurs et s’étendant sur 230 ha (sur Aizenay, les terres de "la Grossetière" et de "la Pierre levée", et, sur le Poiré, celles de "la Nilière" et une partie de celles de "la Rételière") ; et d’autre part une exploitation avec 72 ha de labours (les autres terres de "la Rételière", et des terres sur "la Proutière" d’Aizenay et sur la Ferrière), avec un atelier de floconnage en continu de maïs, fèves, petits pois… pour les agriculteurs désirant utiliser une alimentation personnalisée pour leur bétail. Quant aux terres du "Gros Chêne", elles font désormais partie du GAEC du "Printemps", village tout proche sur le Poiré[2].

Tout au long du XIXe siècle, le nombre d’habitants de "la Rételière" et du "Gros Chêne" oscilla entre vingt et trente-cinq[8]. Au début de 2017, ils y étaient 23 et y occupaient huit logements[2]

En pleine nature et à une croisée de chemins, se trouve une croix en granit entourée d’arbres et avec dans sa niche les restes d’une statue en terre cuite, dite la croix de la Rételière bien qu’elle soit située à plus de 700 mètres de ce village. Réédifiée en cet endroit en 1898, elle venait du carrefour de "la croix Bouet" et porte l’inscription "Jean Tenailleau, 1875". Durant la Première Guerre mondiale, deux plaques métalliques furent apposées à la mémoire d’Alphonse Bernard et de Pierre Remaud, "morts pour la France" en septembre 1914 et en août 1917.

Autres mentions

Le 21 janvier 1804 (30 nivôse de l’an XII), quelques instants avant sa mort à 10 heures du matin, à Bressuire[10], Jean You (ou Hiou) envoyait sa dernière lettre à sa sœur et son beau-frère Marie et Louis Vrignon, de "la Rételière"[11] : la veille, une Commission militaire l’avait condamné à mort[12].

Sept autres jeunes gens, en plus de Jean You, avaient été concernés par ce jugement qui s’était fait sans appel et sans avocat ni témoins à décharge. La commission ajoutera aux condamnations l’ordre d’imprimer le "jugement au nombre de six cents exemplaires et l’envoi dans les départements de Deux-Sèvres, Maine-et-Loire, Vendée et Loire-inférieure"[12] ; des affiches que des familles du Poiré ont conservées jusqu’à aujourd’hui.

Une des affiches annonçant l’exécution de Jean You  
et de ses sept compagnons d’infortune,
après un jugement expéditif
et destiné à dissuader les "mauvais sujets" de se rebeller
[12].

Jean You, né le 23 avril 1777 à La Genétouze, était le fils de Jacques et de Marie Arnaud, venus de "l’Aumère". Tisserand, il habitait au moins depuis 1798 chez sa sœur et son beau-frère à "la Rételière". En 1803, il fit partie de ceux, nombreux si l’on en croit le jugement, qui voulurent échapper à la conscription de l’an XII, et qui furent recherchés par les troupes occupant le pays. Dans la nuit du 9 au 10 frimaire an 12 (du 1er au 2 décembre 1803), une échauffourée eut lieu à Aizenay entre un groupe de ces fugitifs et les autorités en charge de la conscription. Il s’en suivit la mort d’un gendarme et d’un conseiller général du département. Arrêté peu après avec sept autres, Jean You fut conduit à Bressuire et, déclaré "chef, moteur et instigateur de rassemblements armés"[12], y fut condamné à mort, avec exécution dans les vingt-quatre heures. 

Le lendemain matin, Jean You dicta sa dernière lettre au curé du lieu tenu de l’assister dans ses derniers instants. On l’y voit se diriger vers la mort serein et en chrétien sincère, tandis que son confesseur ne lui accorde qu’une empathie très limitée. Alors que le premier a pu se rebeller contre le pouvoir en place, le second, manifestement au service de celui-ci, ajoute à la fin de la lettre pour ses destinataires des injonctions appuyées à la soumission : "Dites dans vos contrées, mes chers frères, que la mort de Jean Hiou, et celle de six autres jusqu’à ce jour, doit servir d’exemple à tous leurs habitants, et qu’ils apprennent, par leur malheur, à ne jamais se révolter contre un gouvernement puissant qui ne veut que la paix et le bonheur de tous les Français"[13].

Malgré l’affichage du jugement dans toute la région, l’événement que constitua sa mort n’a pas laissé d’échos dans les archives municipales du Poiré. C’est par des familles d’agriculteurs et d’artisans d’alors que son souvenir est arrivé jusqu’à nous.


La dernière lettre de Jean You, dictée quelques minutes avant sa mort 
le 21 janvier 1804 à 10 heures du matin
.

Plus de deux cent dix ans après la mort de Jean You, ses arrière-arrière-arrière-petits-neveux ont conservé solidement ancré un fort sentiment anti-bonapartiste contre celui qui, soulignent-ils, envoya vainement pour ses guerres tant de gens à la mort, à commencer par leur ancêtre dont ils ne sauraient se désolidariser[14].

[1]

L’orthographe de "la Rételière" connaît de nombreuses variantes. Pour se limiter  à celles apparaissant sur les différentes couvertures cartographiques générales de la France, on trouve : "la Rétélière" sur la carte de Cassini (1768-1770) ; "la Rétellière" sur la carte dite d’état-major au 1 : 80 000 de 1835-1845 ; "la Retellière" sur la même mise au 1 : 50 000 de 1950 ; "la Rételière" sur la carte  de l’I.G.N. de 2016. Cette dernière orthographe se trouve justifiée par sa correspondance avec la prononciation locale.

 
[2]

Entretiens en 2017 avec M. Georges Bourmaud, né à "la Rételière" en 1938, et y ayant, sauf de 1952 à 1961, toujours vécu et travaillé.

 
[3]

Raigniac (Guy de), De Châteaux en Logis, 1998, t. IX, p. 198-199.

 
[4]

Etats de sections et matrices du cadastre du Poiré, 1836 (Arch. dép. de la Vendée : 3P 178).

 
[5]

Pour la présence du protestantisme sur le Poiré, les familles qui en ont été membres, les pasteurs, comment il a évolué… voir la notice sur "le cimetière et le pré des Huguenots", avec en particulier les notes 2 et 5.

 
[6]

Gérard (Alain), les Vendéens des origines à nos jours, 2001, illustrations p. 224.

 
[7]

Entretiens vers 1970 avec M. Gabriel Grondin (1911-1975), agriculteur de "la Pierre levée".

 
[8]

Dénombrement de la population du Poiré de l’An V, 1798 (Arch. dép. de la Vendée : L 288).

 
[9]

Cahier des réquisitions de l’armée catholique et royale dans la paroisse du Poiré (Méd. mun. de La Roche-sur-Yon : ms 019), réquisitions à la Rételière ; voir aussi de Lorvoire (Jean-Claude), "les Réquisitions de l’armée catholique et royale dans la paroisse du Poiré-sur-Vie", in Recherches vendéennes, n° 3, 1996, p. 257 à 299.

 
[10]

Acte de décès de Jean You, état civil de Bressuire (Arch. dép. des Deux-Sèvres : 2 MI 260).

 
[11]

Vrignon (Joseph) (1897-1976), le Soulèvement vendéen de 1815, 1972, inédit de 53 p., p. 13-14. 

 
[12]

Affiche de 38 x 31,5 cm (Le Poiré-sur-Vie, archives privées consultées en 2016).

 
[13]

Comme l’évoque le curé de Bressuire, six autres condamnés à mort pour l’exemple avaient précédé Jean You et un huitième suivra vingt jours plus tard (cf. le Journal de Paris, an XII, aux mois correspondants). Ses compagnons, dont Mathurin Grollier, André Guillet et Henri Moinardeau du Poiré, partiront en prison disciplinaire dans la forteresse de Luxembourg, une forteresse d’où Henri Moinardeau réussit à s’évader durant l’été 1805, pour revenir se cacher au Poiré (cf. Copie des archives du préfet Merlet aux Arch. dép. de la Vendée : 1Num 110) où les autorités municipales ne semblent pas avoir cherché à l’appréhender.

 
[14]

Entretiens en 2017 avec Paul et Joseph Vrignon, arrière-[…]-petits-neveux de Jean You.

 

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