Archives départementales de la Vendée avec le concours de la Société d'émulation de la Vendée Dictionnaire des toponymes

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Montaigu > Rochettes (les)

Notice rédigée par : Maurice Mignet

Nature(s) du lieu

Catégorie : Regroupement d'habitations Masquer
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  • Nature : Regroupement d'habitations
    Précision sur la nature du lieu : quartier urbain
  • Localisation : Le village des "Rochettes" était situé le long de la rue du même nom, qui débouche sur l’actuel "carrefour de l'Europe", en avant de l’ancienne "porte Nantaise".
  • Coordonnées
    • Coordonnées cadastrales napoléoniennes : A 35 à 46, 552 à 607 et 639-640,et Saint-Hilaire-de-Loulay, I 719, 723 à 726
    • Coordonnées cadastrales moderne : section AC

Etymologie

Les "Rochettes" tiendraient leur nom de la nature du terrain de cet endroit, à l’origine de carrières dont la pierre servit pour la construction des remparts de Montaigu.

Données historiques

Histoire et archéologie

Le village des "Rochettes" a donné son nom au chemin qui le traversait et qui était la route allant vers Nantes, avant qu’entre 1752 et 1757 la nouvelle route royale fût construite. Situé au-delà des fossés de la ville, il a fait partie jusqu’en 1809 de la paroisse de Saint-Hilaire-de-Loulay et donc, contrairement à Montaigu, des Marches avantagères du Poitou. Il était alors peuplé d’une centaine d’habitants qui dès lors furent recensés dans la commune de Montaigu[1].

Ce chemin étroit, tortueux et malaisé fut transformé en impasse par les Fayau, qui grâce à la Révolution s’étaient constitué un vaste domaine avec parc et château, et souhaitaient en acqué-rir la portion traversant leurs propriétés, afin de se créer un accès direct à la Maine. Le 8 juin 1859, elle leur fut cédée par leur cousin Armand Trastour, alors maire de Montaigu[2].

Une maison (A 590 du cadastre de 1814, AC 190 de celui de 2010)[3], démolie en 1979, avait la réputation d'être une "maison hantée". Son histoire a été racontée à diverses reprises, et elle a été en particulier adaptée et transposée en 1973, par le très sérieux André-Hubert Hérault dans "Diable !".

Celui qui occupait cette maison était devenu opportunément très républicain et avait, en 1794 et années suivantes, mis à profit la Révolution pour assouvir ses perversions les plus démoniaques et pour faire subir les plus épouvantables sévices aux habitants des environs. Les événements le rendirent riche et le passage du temps occulta ses méfaits, mais l’âge venu, les démons de son passé et des remords que trop fondés le rattrapèrent, provoquant chez lui d’effroyables délires et lui ôtant le sommeil… Un beau (?) matin, en proie à une terreur panique, il se précipita hors de la maison et couru dans le jardin vers le puits qui était adossé au mur de soutènement du chemin. "Il s’y jeta sans un regard en arrière. La servante entendit le bruit de son corps qui touchait l’eau. Aussitôt elle sortit en appelant au secours… On ne retrouva jamais son corps ! Et depuis, un grand et inquiétant ‘maroa nère’ (chat noir) vient et revient chaque nuit, rôder dans les parages"[4]… Deux de ses cousins, alors de passage à Montaigu, allèrent déclarer "sa mort"[5] et, évitant de passer par l’église, on alla au cimetière enterrer un cercueil sensé contenir ses restes.

La maison fut "abandonnée au Diable". Quelques temps plus tard, trois colporteurs qui avaient été contraints d’y passer la nuit… "furent retrouvés le lendemain matin, roués de coups, à demi morts, et refusant de dire ce qu’ils y avaient vu et entendu... C’était si effroyable qu’ils ne trouvèrent jamais de mots pour l’exprimer"[6]

Pour que de nouveau des habitants osent s’y installer, on finit par fermer le puits et, surtout, on peignit sur la porte de la maison des "signes" afin d’en chasser "les démons" : une croix sur un socle et un losange vertical, vieux symbole dont le sens n’a pas besoin d’être rappelé. On put voir ces signes jusqu’en 1979, date à laquelle la maison fut démolie pour en construire une autre. On crut que cela avait entraîné à jamais la disparition des "démons".

Mais bientôt et comme autrefois, des phénomènes étranges réapparurent. Ainsi, une nuit, un lourd bac carré en pierre du jardin disparut bizarrement… pour réapparaître tout aussi mystérieusement quelques années plus tard[7], bien que la maison n’existât plus et que l’endroit soit compliqué d’accès. Une explication fut avancée : la maison n’était pas seule à être hantée, mais aussi le puits où disparut le diabolique héros de cette sombre histoire. Ce puits, aujourd’hui caché, est toujours présent et apparemment il continue encore à répandre des maléfices autour de lui.

Autres mentions

Durant la Seconde Guerre mondiale, la "maison hantée" des Rochettes était habitée par Mme Jeanne Gris, marchande de poissons à la criée, et qui était aussi connue à Montaigu pour ses nombreux chats et son caractère solitaire. Elle faisait partie d’une efficace filière d’évasion vers l’Espagne d’aviateurs alliés abattus. Certains de ceux qu’elle hébergea fugitivement alors lui envoyèrent des témoignages de reconnaissance à la fin du conflit[8].

Illustrations

montaigu_rochettes_5.jpg

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A droite : portion de la route de Nantes d’avant 1750 (largeur : environ 6 m)
traversant les
"Rochettes", vers 1910.
A gauche : la
"maison hantée" des "Rochettes" vue de l’autre rive de la Maine, vers 1910 ;
et, en 2016, le bac en pierre qui fut dans les années 1980
victime des esprits de la
"maison hantée".
Au milieu : en 1970, les signes de désenvoûtement (hauteur : environ 25 cm)
qui marquaient la porte de cette même maison
(par Christian Suire, qui dessina et peignit en ces années de nombreux lieux de Montaigu).

[1]

Liste nominative du recensement de 1816 (Arch. dép. de la Vendée : 6 M 232).

 
[2]

Plan, état de sections et matrice du cadastre de 1814 (Arch. dép. de la Vendée : 3 P 146). 

 
[3]

Délibérations du conseil municipal de Montaigu, 8 juin 1859 (Arch. dép. de la Vendée : 146 D2).

 
[4]

Hérault (André-Hubert), Diables ! ou les Veillées fantastiques du Haut pays vendéen, 1973, p. 51 et suivantes. 

 
[5]

Selon la tradition, c’est en 1823 que tout ceci se serait déroulé aux "Rochettes" (A.D.V. : AD2E 146/5) ; et lorsqu’en 2014, dans le "cimetière Saint-Jacques", "la tombe" du sinistre héros de cette histoire fut détruite, on a préféré ne pas chercher à savoir ce qu’elle contenait.

 
[6]

Pérocheau (Joël), la Sorcellerie en Vendée, 1978, p. 76.

 
[7]

Entretiens en 2014 avec des voisins de cette "maison hantée", et avec ses anciens propriétaires.

 
[8]

Entretiens en 2012 avec Denise Favreau (1920-2015), née à Montaigu, y ayant toujours vécu, et y ayant été mêlée elle aussi à la Résistance durant la guerre. 

 

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