Archives départementales de la Vendée avec le concours de la Société d'émulation de la Vendée Dictionnaire des toponymes

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Poiré-sur-Vie, Le > Roulière (la Grande)

Notice rédigée par : Maurice Mignet

Nature(s) du lieu

Catégorie : Regroupement d'habitations Masquer
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  • Nature : Regroupement d'habitations
    Précision sur la nature du lieu : village
  • Localisation : "La Grande Roulière" se situe à 4 km au nord du bourg du Poiré-sur-Vie.
  • Coordonnées
    • Coordonnées cadastrales napoléoniennes : Section A, 1re feuille.
    • Coordonnées cadastrales modernes : Section ZR.

Données historiques

Histoire et archéologie

Le village de "la Grande Roulière", très excentré par rapport au bourg du Poiré, a longtemps été avec "l’Aumère" un des deux plus grands villages de la commune : en 1836, il comptait 92 habitants, 122 en 1851 et encore 124 rn 1911, mais plus que 64 en 1968.

Son nom s’oppose à celui de "la Petite Roulière", à 6 kilomètres de là et à mi-chemin entre le bourg du Poiré et celui de Belleville. Cependant, le village était (et est) traditionnellement appelé simplement "la Roulière" par ses habitants et par ceux des villages voisins.

Autres mentions

A la fin juin 1795, Charette avait repris les hostilités contre les autorités républicaines. Les promesses faites par ses dernières autour du traité de la Jaunaye à la mi-février de la même année n’étant tenues que si le rapport de force du moment ne leur permettait pas de faire autrement. Cela eut lieu en espérant des aides extérieures incertaines et d’hypothétiques changements au sein du gouvernement républicain. Ce ne fut pas le cas, et dès la fin novembre, "nous fûmes toujours errans, occupant successivement le bourg de Saligné, de la Latterie, Saint-Denis, Montorgueil, la Chicaillère (la Jucaillère), etc. ; pendant ce temps, l'ennemi nous cernait de toute part et le cercle se resserrait tous les jours […]"[1]. Sa victoire des Quatre-chemins [de l’Oie], le 4 décembre 1795, fut la dernière. Ainsi le combat, très secondaire mais important pour ceux qui le subirent, ayant eu lieu près de "la Grande Roulière" le 28 décembre, fut une nouvelle défaite.

L’événement est connu par un rapport envoyé par l’adjudant-général Travot à son supérieur le général Hoche, le 19 janvier 1796 (29 nivôse an 4) du "Fief" où il était cantonné pour quelques jours[2]. Il y est question de Charette qu’il poursuit incessamment : "Vous n’ignorez point que la déroute que je lui ai donnée le 7 de ce mois (28 décembre 1795) à la Roulière près le Poiré, que le convoi de pain que je lui ai pris dans cette affaire ont été pour lui de grandes raisons de retarder l’exécution de ses projets, que dès ce jour il n’a payé que des échecs, qu’abandonné de tous ses paysans il s’est vu réduit à 100 hommes de cavalerie et 300 déserteurs".

D’autres sources, s’apparentant ou pouvant être assimilées à de la tradition orale, disent que c’était à "l’Aubonnière" que Charette faisait cuire du pain pour sa petite troupe, et localisent le long du chemin menant à "la Grande Roulière" l’endroit où "du sang a été versé en grande quantité, et de nombreux hommes ont été tués", ce qui permet de retrouver le chemin suivi par le convoi[3].

Le trajet du convoi de pain intercepté le 28 décembre 1795 par les soldats de Travot,
sur une vue aérienne vers 1950 (environ 6,7 x 3,7 km),
et en 2020, l’endroit où ils dispersèrent ou tuèrent ses accompagnateurs.

Si Travot, connu pour son faible enclin à faire des prisonniers, évoque dans cette lettre une fuite des convoyeurs montrant l’abandon de Charette par la population locale, il donne une vision plus nuancée de la situation dans une autre lettre envoyée aussi du "Fief" deux jours plus tard : "De Maché, où je ne trouvai aucun habitant qui voulût m’avouer que Charette était dans la paroisse. […] Je n’ai vu dans cette contrée qu’un extrême attachement à Charette, tous lui sont dévoués. Il me parait qu’il y sera moins trahi qu’en ce pays qui commençait à lui devenir défavorable"[2].

Au bout de sa traque, Charette sera capturé le 23 mars suivant à 12 kilomètres de là, pour être tué à Nantes six jours après. Le souvenir qu’il a laissé localement est nettement différent de celui véhiculé depuis le XIXe siècle par Jules Michelet et ses émules, créateurs de l’historiographie officielle française[4].

Sources et références

(sauf mention contraire, les illustrations sont dues à M. Mignet)

[1]

Lucas Championnière (Pierre-Suzanne), Mémoires de la Guerre de Vendée (1793-1796), édition 1994, p. 132. Lucas-Championnière (1763-1825) combattit aux côté de Charette d’octobre 1793 à février 1796. Ces relations des événements qu’il avait vécus ne furent publiées qu’en 1904, par ses petits-fils. Ceci bien que Jules Verne, qui était un ami de sa famille, se fût inspiré de l’histoire de sa vie pour son roman Le Comte de Chanteleine, en 1864.

 
[2]

Lettres de Travot du 19 et du 21 janvier 1796 (29 nivôse et 1er pluviôse an IV). Les "déserteurs" dont il est questions sont des soldats du gouvernement révolutionnaire qui avait rejoints les insurgés vendéens en 1793. Travot fit partie de "l’armée de Mayence" envoyée faire de la répression en Vendée à la fin de l’été 1793. On lui attribua par la suite la bonne réputation d’y avoir "fait tuer avec modération". Son principal fait d’armes fut la capture de Charette en mars 1796, ce qui lui permit d’asseoir sa carrière et sa fortune, c’est ainsi que près de "la Grande Roulière" il devint propriétaire en mai 1798 de l’ensemble des biens des Vaz de Mello, qui avaient tous été tués par les révolutionnaires dans les années précédentes. En 1815, il se rallia à la vaine tentative pour l’ex-empereur Napoléon pour reprendre le pouvoir. D’une santé mentale fragile, il finit ses jours dans une "maison de santé" de Chaillot, début janvier 1836.

 
[3]

Denieau-Lamarre (Théophile), Notes et Remarques, manuscrit, v. 1840 (Arch. mun. d’Avrillé, en Vendée) ; et mémoire locale recueillie en 2020 auprès de Pierre Martineau, de "Londry". Bien que restant possible, un rapprochement de cet événement avec les petites parcelles appelées "le cimetière" en bordure nord-est du village de "la Grande-Roulière", restent hasardeuses sans découvertes d’indices allant dans ce sens.

 
[4]

L’historien-romancier Jules Michelet, hagiographe de la Révolution française, donnera devant son masque mortuaire ci-contre, une présentation étonnante et significative de Charette : "On sent là, une race à part, fort heureusement éteinte, comme plusieurs races sauvages. À regarder par derrière la boîte osseuse, c'est une forte tête de chat. Il y a une bestialité furieuse, qui est de l'espèce féline. Le front est large, bas. Le masque est d'une laideur vigoureuse, scélérate, militaire, à troubler toutes les femmes. L'œil arrondi, enfoncé pour d'autant mieux darder l'éclair de fureur et de paillardise. Le nez est le plus audacieux, le plus aventureux, le plus chimérique qui fut et sera jamais. Le tout effraye, surtout par une légèreté incroyable, et pourtant pleine de ruse, mais jetant la vie au vent, la sienne et celle des autres" (Histoire de la Révolution française, éd. 1853, t. 6, p. 87-88, note). Une vision des hommes et des choses, issue de la révolution, qui engendrera des dérives au siècle suivant.

 

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