Archives départementales de la Vendée avec le concours de la Société d'émulation de la Vendée Dictionnaire des toponymes

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Poiré-sur-Vie, Le > Roulière (la Grande)

Notice rédigée par : Maurice Mignet

Nature(s) du lieu

Catégorie : Regroupement d'habitations Masquer
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  • Nature : Regroupement d'habitations
    Précision sur la nature du lieu : village
  • Localisation : "La Grande Roulière" se situe à 4 km au nord du bourg du Poiré-sur-Vie.
  • Coordonnées
    • Coordonnées cadastrales napoléoniennes : Section A, 1re feuille.
    • Coordonnées cadastrales modernes : Section ZR.

Données historiques

Histoire et archéologie

Le nom de "la Grande Roulière", village très excentré par rapport au bourg du Poiré, s’oppose à celui de "la Petite Roulière" qui, elle, se trouve à 6 km de là, à mi-chemin entre le bourg du Poiré et celui de Belleville. Cependant il était (et est) traditionnellement appelée "la Roulière" par ses habitants et ceux des villages voisins[1] (…et sur la carte de Cassini, en 1768-1770).

Ce village a longtemps été, avec "l’Aumère", un des deux plus grands de la commune : en 1836, il comptait 92 habitants, 122 en 1851 et encore 124 en 1911… mais plus que 64 en 1968[2]. Cependant, et plus tôt que dans la plupart des autres villages de la commune, les anciens bâtiments de "la Grande Roulière" ont été occupés, à partir du début des années 1970, par des "néo-ruraux", dont certains étaient des descendants de familles y ayant y ayant vécu durant des générations dans les siècles passé[1].

Ces nouveaux venus, d’origines et de professions variées, ont cependant un point en commun : l’intérêt qu’ils portent à la préservation et à la restauration des constructions anciennes, qu’elles soient petites ou grandes. Et en 1984, "la Grande Roulière", considérée comme représentative des villages du Bas-Bocage vendéen, a vu son patrimoine architectural étudié et décrit ainsi :

"Reconstruction (de 1830 à 1870) après la destruction totale des guerres de Vendée, le long de la voie communale, en récupérant des éléments (pierre de granit taillées…) du logis construit au XVIe siècle sur ce promontoire rocheux.
L’organisation des espaces publics est essentiellement fonction de l’ensoleillement (sud-ouest, sud, sud-est), et de placettes triangulaires permettant des groupes d’habitations en bandes, sans vis-à-vis.
La morphologie du bâti est dépendante de la destination sociale : une maison de propriétaire terrien avec croupe à l’entrée du village ; des cellules d’habitation pour les journaliers avec un module porte-fenêtre et fenêtre de grenier ; exploitation et maison regroupées des 3 fermiers en périphérie du village.
La morphologie dépend aussi de l’évolution de l’usage des bâtiments depuis le XIXe siècle : apparition d’escaliers extérieurs pour accéder au grenier aménagé en chambre ; nouveaux percements d’ouvertures en façade arrière voire avant, pour plus de lumière et de confort ; et du recours à des bâtiments d’exploitation plus importants du fait du développement économique (hangars, stabulations…).
Le bâti traditionnel se distingue par l’usage du granit en moellons appareillés, équarris ou en tout venant, avec chaînages d’angles et jambages en pierres de taille. Les toitures sont en tuile ‘tige de botte’ souvent pigeonnées en bas de pente. A noter les recours fréquents à la corniche de type génoise"[3].

Le tout accompagné du dessin en vue cavalière ci-joint, et de quelques photos d’éléments architecturaux du village d'alors.

 

 

Autres mentions

A la fin juillet 1795, Charette avait repris les hostilités contre les autorités révolutionnaires. Ces dernières ne tenaient leurs promesses du traité de la Jaunaye qu’elles avaient signées à la mi-février de la même année que lorsque le rapport de force du moment ne leur permettait pas de faire autrement. Les espoirs des rebelles reposaient sur des aides extérieures incertaines et sur d’hypothétiques changements au sein du gouvernement républicain, ce qui ne se produisit pas. Dès la fin novembre, ils devinrent "toujours errans, occupant successivement le bourg de Saligné, de la Latterie, Saint-Denis, Montorgueil, la Chicaillère (la Jucaillère), etc. ; pendant ce temps, l'ennemi nous cernait de toute part et le cercle se resserrait tous les jours […]"[4]. Leur victoire des Quatre-chemins [de l’Oie], le 4 décembre 1795, fut leur dernière.

Le 28 décembre près de "la Grande Roulière", eut lieu un combat, très secondaire mais qui fut une nouvelle défaite. On le connaît par un rapport de l’adjudant-général Travot à son supérieur le général Hoche, daté du 19 janvier 1796 (29 nivôse an IV) au "Fief" où il était cantonné pour quelques jours[5]. Il y parle de Charette qu’il poursuit incessamment : "Vous n’ignorez point que la déroute que je lui ai donnée le 7 de ce mois (28 décembre 1795) à la Roulière près le Poiré, que le convoi de pain que je lui ai pris dans cette affaire ont été pour lui de grandes raisons de retarder l’exécution de ses projets, que dès ce jour il n’a payé que des échecs, qu’abandonné de tous ses paysans il s’est vu réduit à 100 hommes de cavalerie et 300 déserteurs".

Grâce à d’autres sources, pouvant être considérées comme faisant partie de la mémoire populaire[6], on sait que c’est à "l’Aubonnière" que Charette faisait cuire du pain pour sa petite troupe, on connait donc le chemin suivi par le convoi en direction de "la Grande Roulière". L’endroit où "du sang a été versé en grande quantité, et de nombreux hommes ont été tués", c’est-à-dire où le convoi fut intercepté et ceux qui l’accompagnaient massacrés, se trouve être là où le chemin menant à "la Grande Roulière" se sépare de celui conduisant à "la Maldemée", et le champ se trouvant là en a gardé le souvenir.

 

Le trajet du convoi de pain intercepté le 28 décembre 1795 par les soldats de Travot,
sur une vue aérienne vers 1950 (environ 6,7 x 3,7 km),
et sur une photo du 12 mai 2020, l’endroit où ils tuèrent ses accompagnateurs.

Deux jours plus tard, le 21 janvier 1796, Travot qui évoquait l’abandon de Charette par la population locale, donne dans un nouveau rapport lui aussi envoyé du "Fief", une vision sensiblement différente : "De Maché, où je ne trouvai aucun habitant qui voulût m’avouer que Charette était dans la paroisse. […] Je n’ai vu dans cette contrée qu’un extrême attachement à Charette, tous lui sont dévoués. Il me parait qu’il y sera moins trahi qu’en ce pays qui commençait à lui devenir défavorable"[5].

Mais pour Charette la fin était proche. Il sera pris le 23 mars suivant à 12 kilomètres de là, pour être tué six jours plus tard à Nantes. Localement, il a laissé un souvenir nettement différent de celui véhiculé depuis le XIXe siècle par Jules Michelet et ses émules, qui alors créaient l’histoire officielle de la France.[7].

 

Sources et références

(sauf mention contraire, les illustrations sont dues à M. Mignet)

[1]

Entretiens entre 2016 et 2020 avec Jean-Luc Perrin, de "la Métairie" et de "la Prunelle", Xavier Gillaizeau et Edmond Morinière, de "la Grande Roulière", Pierre Martineau, de "Londry"…

 
[2]

Dénombrements et recensements du Poiré (Arch. dép. de la Vendée : L 288 et 6 M 54). 

 
[3]

David (Gabriel), Emauré (Jean-Luc), Le bâti ancien en Vendée, 1984, 122 p. En 2020, Gabriel François David, architecte, a entre autres charges celle de responsable de "Terres d’architecture", association étudiant et protégeant le patrimoine rural du Grand Ouest. Sur ces questions, voir son intervention au cours du séminaire organisé par la Cité de l’architecture et du patrimoine, en mars 2013 : Valeur patrimoniale du bâti rural ancien : connaître, comprendre, intervenir, partie "Comment réhabiliter ?", 1h 46 min.
Le cas de "la Grande Roulière" a été repris en 1996 par Olivier Dugast dans son enquête exhaustive : le Devenir du bâti ancien rural dans le Bocage de Vendée à travers l’exemple du Poiré-sur-Vie, 122 p.

 
[4]

Lucas Championnière (Pierre-Suzanne), Mémoires de la Guerre de Vendée (1793-1796), édition 1994, p. 132. Lucas-Championnière (1763-1825) combattit aux côté de Charette d’octobre 1793 à février 1796. Ces relations des événements qu’il avait vécus en ces temps héroïques ne furent publiées qu’en 1904, par ses petits-fils. En 1864, Jules Verne qui était un ami de sa famille, s’inspira de l’histoire de sa vie pour son roman Le Comte de Chanteleine.

 
[5]

Lettre du 19 janvier 1796 / 29 nivôse an IV et lettre du 21 janvier 1796 / 1er pluviôse an IV (Arch. dép. de la Vendée : SHD B 5/34-39 et SHD B 5/34-44). Travot avait fait partie de "l’armée de Mayence" envoyée faire de la répression en Vendée à la fin de l’été 1793. Son principal fait d’armes, fut la capture de Charette en mars 1796, ce qui lui valut d’être promu général de brigade, et lui permit d’asseoir sa fortune. Il devint ainsi propriétaire en mai 1798 sur le Poiré de l’ensemble des biens de la famille Vaz de Mello, dont tous les membres avaient été tués par les révolutionnaires. Par la suite, on lui attribua la bonne réputation d’avoir "fait tuer avec modération", une réputation que les faits ont du mal à confirmer. En 1815, il se rallia à la vaine tentative de l’ex-empereur Napoléon pour reprendre le pouvoir. Mentalement fragile, il finit ses jours dans une "maison de santé" de Chaillot, début janvier 1836.

 
[6]

Denieau-Lamarre (Théophile), Notes et Remarques, manuscrit, v. 1840 (Arch. mun. d’Avrillé, en Vendée) ; et mémoire locale recueillie en 2020 auprès de Pierre Martineau, de "Londry". Face à cet endroit, Pierre Martineau se rappelait qu’un jour de 2017, une petite statue avait été mise sur l’une des rambardes de "Pont-Martin", sans que l’on sache par qui. Curieusement, elle faisait directement face au champ qui, à 45 mètres de là, vit beaucoup d’hommes perdre la vie ce 28 décembre 1795. Elle y resta pendant environ un an et demi, avant de disparaître, sans doute du fait de quelque pilleur. (ci-contre, la photo de cette statue le vendredi 24 novembre 2017).
Un rapprochement de cet événement avec les petites parcelles appelées "
le cimetière", en bordure nord-est de "la Grande-Roulière", semble hasardeux sans indices allant dans ce sens.

 
[7]

Jules Michelet, historien-romancier et hagiographe de la Révolution française, donnera de Charette une présentation étonnante et significative, faite à partir de son masque mortuaire : "On sent là, une race à part, fort heureusement éteinte, comme plusieurs races sauvages. À regarder par derrière la boîte osseuse, c'est une forte tête de chat. Il y a une bestialité furieuse, qui est de l'espèce féline. Le front est large, bas. Le masque est d'une laideur vigoureuse, scélérate, militaire, à troubler toutes les femmes. L'œil arrondi, enfoncé pour d'autant mieux darder l'éclair de fureur et de paillardise. Le nez est le plus audacieux, le plus aventureux, le plus chimérique qui fut et sera jamais. Le tout effraye, surtout par une légèreté incroyable, et pourtant pleine de ruse, mais jetant la vie au vent, la sienne et celle des autres" (Histoire de la Révolution française, éd. 1853, t. 6, p. 87-88, note). Une vision des hommes et des choses, issue de la révolution, qui engendrera des dérives au siècle suivant.

 

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