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Poiré-sur-Vie, Le > Roulière (la Grande)

Notice rédigée par : Maurice Mignet

Nature(s) du lieu

Catégorie : Regroupement d'habitations Masquer
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  • Nature : Regroupement d'habitations
    Précision sur la nature du lieu : village
  • Localisation : "La Grande Roulière" se situe à 4 km au nord du bourg du Poiré-sur-Vie.
  • Coordonnées
    • Coordonnées cadastrales napoléoniennes : Section A, 1re feuille.
    • Coordonnées cadastrales modernes : Section ZR.

Données historiques

Histoire et archéologie

Le village de "la Grande Roulière"...

"La Grande Roulière" est un important village du Poiré excentré par rapport à son bourg, dont elle est distante de plus de 4 km. Habituellement elle est appelée "la Roulière" par ses habitants et ceux des villages voisins[1] …ainsi qu’en 1768 sur la carte de Cassini. L’adjectif de son nom a été ajouté pour la distinguer du village de "la Petite Roulière" qui, lui, se situe à mi-chemin entre le bourg du Poiré et celui de Belleville.

Elle fut pendant longtemps, avec "l’Aumère", un des deux plus grands villages de la commune, comptant 92 habitants en 1836, 122 en 1851 et encore 124 en 1911… mais plus que 64 en 1968[2]. (et 45 en 2020, résidences secondaires exclues).

"La Grande Roulière" :
sur le plan cadastral de 1836 avec, en rose, les maisons d’habitation à cette date ;
et sur une vue aérienne le 7 juillet 2019 (environ : 160 x 200 mètres).


En 1984, l’architecte Gabriel-François David, qui sera connu plus tard pour ses actions pour la sauvegarde du patrimoine rural et pour la préservation des savoir-faire artisanaux, a considéré "la Grande Roulière" comme représentative des villages du Bas-Bocage vendéen, dans Le bâti ancien en Vendée[3], ouvrage devenu rapidement une référence. Elle y est décrite ainsi :

"Reconstruction (de 1830 à 1870) après la destruction totale des guerres de Vendée, le long de la voie communale, en récupérant des éléments (pierre de granit taillées…) du logis construit au XVIe siècle sur ce promontoire rocheux.
L’organisation des espaces publics est essentiellement fonction de l’ensoleillement (sud-ouest, sud, sud-est), et de placettes triangulaires permettant des groupes d’habitations en bandes, sans vis-à-vis. 
La morphologie du bâti est dépendante de la destination sociale : une maison de propriétaire terrien avec croupe à l’entrée du village ; des cellules d’habitation pour les journaliers avec un module porte-fenêtre et fenêtre de grenier ; exploitation et maison regroupées des trois agriculteurs en périphérie du village.
La morphologie dépend aussi de l’évolution de l’usage des bâtiments depuis le XIXe siècle : apparition d’escaliers extérieurs pour accéder au grenier aménagé en chambre ; nouveaux percements d’ouvertures en façade arrière voire avant, pour plus de lumière et de confort ; et du recours à des bâtiments d’exploitation plus importants du fait du développement économique (hangars, stabulations…).

 



Le bâti traditionnel se distingue par l’usage du granit en moellons appareillés, équarris ou en tout venant, avec chaînages d’angles et jambages en pierres de taille. Les toitures sont en tuile ‘tige de botte’ souvent pigeonnées en bas de pente. A noter les recours fréquents à la corniche de type génoise."[3].

Cette description est accompagnée de la représentation en vue cavalière ci-dessus, par quelques photos de maisons et de détails architecturaux, et d’une courte allusion à son histoire dont on a une connaissance limitée.

Le centre du village est construit sur affleurement rocheux. En 1997 sur sa bordure nord, deux effondrements successifs ont rappelé la présence d’un souterrain dont l’existence était connue de toujours[4]. Bien qu’il soit non datable, c’est sans doute là l’élément le plus ancien du village.

Sur sa bordure sud-ouest se trouve une maison ayant l’allure de petit "logis" qui lui est donnée par quelques petites ouvertures en plein cintre ou d’autres à meneaux, et par un linteau de porte intérieure avec un écusson portant la date de 1619. Sur le cadastre de 1836, on la voit dotée de ce qui semble être des restes d’une tour, dont il ne restait même pas le souvenir en 2020.

 

Le "logis" de "la Grande Roulière",
sur une vue aérienne le 20 avril 2017, et sur le cadastre de 1836
(environ 105 x 57 m).
Ce même
"logis" en juin 2020, après sa restauration,
avec une de ses anciennes cheminées (largeur : 2,35 m)
qui en a disparu vers 1970.


Ce "logis" dominait de quelques mètres, un filet d’eau bordant à l’ouest le village, et qui a été remblayé autour de 1980. On ignore tout de ceux qui furent à son origine, et il semble qu’au XVIIIe siècle, sinon bien avant il n’avait plus les fonctions que son architecture suggère. On ne sait si on doit mettre un lien entre ce "logis" et René Dorion, "avocat à la Cour", puis Julien-François Danyau, notaire, que l’on voit se parer tous deux du titre de "sieur de la Roulière", en 1739, 1740, 1741, 1762[5], et habitant au bourg du Poiré. Dans les années 1950, il était inoccupé et on y dansait parfois grâce à l’accordéon de Robert Boutin qui était ouvrier agricole dans le village[1]. Longtemps, enfin, on y a vu un large escalier à vis de 17 marches en granit, qui fut vendu vers 1970 à Aizenay, ainsi que deux grandes cheminées, parties l’une aux Sables, et l’autre au village du "Chiron". Cette dernière, qui était située à l’étage, avait des montants formés d’une colonne surmontée d'un corbeau sculpté : celui de gauche avec un visage (ou un masque) regardant à droite ; celui de droite avec un petit blason tourné vers la gauche et dont le dessin pourrait - peut-être - donner des indices sur ceux qui furent à l’origine de ce "logis".

Durant la Révolution, les habitants de "la Grande Roulière" rejoignirent et soutinrent matériellement ceux qui s’opposèrent aux privilégiés du nouveau régime politique[6], et ils virent passer les troupes chargées des opérations de "pacification" qui ravagèrent la contrée. Les années suivantes furent pour le village une période de relèvement des ruines, les incendies et destructions ayant concerné sur l’ensemble de la commune du Poiré 83 % des constructions[7].

Parmi ses maisons les plus anciennes est celle de René Douaud qui avant 1800 y était farinier (meunier) et y possédait environ 6 ha ; son intérieur présentait encore en 2020 bien des caractéristiques des modestes maisons de cette époque : sa pièce unique, sa cheminée avec son chaudron et des objets de piété posés sur son manteau, son sol en terre battue, ses poutres noircies… avec, contigu, un "toit" n’abritant que quelques bêtes, et au-dessus son grenier à accès extérieur. En 1965, c’était Armande Douaud, une de ses descendantes, qui y vivait avec une unique vache[1].

 

En 1980 et en 2020 : l’ancienne maison du meunier René Douaud (1768-1844),
et son arrière-arrière-petite-fille Armande Douaud (1900-v.1970)
qui y habita sa vie durant.
A l’exception de quelques modifications,
telles que sa toiture refaite et dotée d’une génoise,
des encadrements dans sa façade nord-est…
peu de choses avaient changé dans son aspect général en deux siècles.

 

En 1836, les 92 habitants de "la Grande Roulière" formaient environ 18 foyers parmi lesquels deux de tisserands, deux de meuniers, quatre de journaliers, et les autres d’agriculteurs. Ils cultivaient environ 220 ha ; un tiers appartenant à deux propriétaires de la Roche-sur-Yon (nommée alors "Bourbon"), un quart à cinq autres non résidants, et le reste à des habitants du village.

Quelques vues de "la Grande Roulière" à quarante ans de distance :

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autour de 1980 (photos J. Dannenhoffer), et en 2020.

( à suivre )

 

A "la Grande Roulière" habite depuis 1976 une artiste dont la notoriété a dépassé les frontières nationales. Bernadette Chéné, artiste plasticienne, "est régulièrement invitée depuis les années 1980 par des musées et centres d’art pour concevoir des œuvres, souvent de grande taille, spécifiquement imaginées pour les lieux qui les accueillent […]"[7].

C’est ainsi qu’à Bruxelles en mars 2017, une exposition fut "l’occasion de revenir sur plus de 30 ans de création en présentant des œuvres conçues de 1989 à 2016 : des pièces en bois, en osier, en métal ou en papier journal, et la présentation quasi inédite d’une série d’encres sur papier" et aussi sur "le parcours artistique de Bernadette Chéné, marqué en profondeur par la pratique de la tapisserie et du tissage au début des années 1980 […] et porté par l’héritage du Minimalisme et de l’Arte Povera. Elle utilise des matériaux simples, quotidiens, familiers, pour en exploiter les formidables qualités plastiques, laisse résolument l’ornement à distance pour favoriser l’écoute, la perception subtile. […] La simplicité, Bernadette Chéné ne la cultive pas seulement dans les matériaux, mais aussi dans les formes : elle s’appuie sur la géométrie primaire, des cercles, des triangles, des colonnes ou des pyramides pour révéler le fond des choses […]"[7].

Précédemment, en 2014-2015, son exposition "Son Lieu", à l’Abbaye Sainte-Croix des Sables-d’Olonne fut un événement. S'inscrivant dans la charpente en forme de carène renversée du musée, elle était faite de fils de lin s'entrecroisant et d'un alignement de 54 boules de bois blanc. Cette sculpture-installation "Son Heure" s'animait et les boules qui s'entrechoquaient, produisaient un son symbolisant le temps qui s'égrène…

Les œuvres de Bernadette Chéné peuvent être vue (ou revues) sur son site (http://www.bernadettechene.com), où sont aussi évoquées les nombreuses expositions qui l’ont conduite de Lódz en Pologne à New-York aux Etats-Unis, de Paris en France à Oslo en Norvège…

Toujours à "la Grande Roulière", vit Jean-Damien Chéné, un poète dont les œuvres "confrontent le monde et l'individu, mettent en marche une sorte de contemplation immobile, font surgir tout à coup la vie là où on ne l'attend pas..."[8].

Dans le jardin de Bernadette Chéné à "la Grande Roulière" :
"Dans la perspective"


...et les terres de "la Grande Roulière".

Sur les quelques 220 ha autour de "la Grande Roulière" se rencontrent différents lieux dont les vestiges ou les souvenirs qui leurs sont attachés présentent un certain intérêt. A commencer par deux moulins à vent dont les meuniers habitaient le village ; un petit "toit", aujourd’hui disparu, accompagnait chacun d’eux. Celui "des Masures", situé à proximité de "Londry", est déjà présent en 1768 sur la carte de Cassini y apparaissant sous le nom de "moulin de la Grande Roulière"; il fut démoli après 1900. Celui "de la Pierre blanche", à 1,5 km dans l’ouest du village fut quant à lui démoli en 1909 ; il est resté dans les mémoires en raison de la catastrophe qui s’y produisit le lundi 29 juillet 1901 : ce jour-là sur les midis, il fut touché par la foudre qui y tua trois personnes, dont des descendants vivaient encore à "la Grande Roulière" en 2020.

Le parcellaire autour de "la Grande Roulière" sur une vue aérienne vers 1950
(envitron 2250 x 2025 m),
sur laquelle la petite taille des parcelles des fermes de
"la Grande Roulière" s’oppose
à celle sensiblement plus grande des parcelles
des métairies de
"la Métairie" et de "la Brossière",
apparaissant à l’est et teintées en vert.
Le même espace en bas à droite, sur la carte dite
"de l’état-major"
(levée entre 1820 et 1836),
en bas à gauche, sur une vue aérienne en 2016, trente ans après le remembrement.
Sur cette dernière : des photos prises autour de 1900 par Pierre Tenailleau,
du moulin de la Pierre blanche et du moulin des Masures.

En pointillé rouge : haies aux pierres étranges (relevé non exhaustif).

A l’opposé de ces deux moulins, à 600 mètres au nord-est du village, existait jusqu’au début du XIXe siècle un étang artificiel qui a disparu par la suite. Il faisait alors partie de l’amenage du château de "la Métairie" voisin, devenu en 1798 la propriété du général Travot (1767-1836), bien connu pour son rôle dans la répression que subit la région dans les années précédentes. Il avait une surface d’environ un hectare, et était formé par une chaussée d’une centaine de mètres de longueur, d’au plus 3 mètres de hauteur, et dont il restait en 2020 des vestiges notables. On ne possède aucun indice permettant de dater ses origines, cependant la création d’étangs pour l’élevage de poissons[9] près des demeures seigneuriales, était une pratique courante dès le Moyen Age. Au Poiré il en subsiste pouvant au moins remonter à la fin de cette époque, près des logis de "la Rételière", de "Pont-de-Vie", de "l’Eraudière", ou près du "Fief", à "la Mignardière". Il en subsiste des restes ou indices près de ceux de "la Bouchère" et de "la Millière". Mais de même qu’on ignore la date de l’origine de cet étang, de même on ignore celle de sa disparition.

L’ancien étang proche de "la Grande Roulière" :
sur une vue aérienne du 7 juillet 2019 et sur le plan cadastral de 1836 ;
et des vues de vestiges de sa chaussée, le 6 juin 2020
(sa hauteur est de près de 3 mètres au niveau de la brèche la coupant en deux).
Cette chaussée couverte de taillis en 2020 (et qui l’était déjà en 1836).

Revenant de cet étang, et à seulement 400 mètres du village se trouvent cinq petites parcelles appelées "le cimentère" (en parler local : "le cimetière"[10]), un nom qui pourrait rappeler la pratique d’inhumations dans des fosses communes suites aux massacres perpétrés ici et là durant la Révolution par les troupes républicaines. Cepen-dant, la mémoire locale n’en a rien conservé, contrairement à d’autres lieux du Poiré, comme "l’Aumère", ou de Beaufou comme "la Vivantiè-re", "la Charnière", etc.
Par ailleurs, dans certaines des haies séparant ces parcelles du "cimentère", on trouve allongées sur le sol et pour quelques-unes en position verticale, de nombreuses grosses pierres d’une longueur pouvant dépasser les 1,50 m. Leur présence coïncide avec un affleurement de "monzogranite à grain fin à moyen, à biotite"x.

 


 

A 500 mètres au nord-ouest de l’ancien "moulin des Masures", quelques pièces de terres sont connues sous le nom de "pont Charette", un nom transcrit depuis sur les cartes en "les ponts Charrette". Par leur situation dominant légèrement le paysage environnant, elles permettent une vision dégagée sur les alentours et, depuis 2003-2007, sur les éoliennes de Beaufou que l’on aperçoit à 2 kilomètres de là. On ignore l’origine de leur nom et, si un rapprochement peut être fait avec le célèbre héros de la Vendée de 1793-1796, il reste hypothétique.

Trois des éoliennes de Beaufou vues des terres dites "pont Charette", en juin 2020.

A 600 m au sud-est de "la Grande Roulière", les deux filets d’eau venant du village se réunissent pour former un ruisseau joignant "la Jaranne" (ou "Garanne") 500 m plus loin. Cet endroit forme un vallon aux pentes fortes, profond d’une quinzaine de mètres, et un des prés étroits longeant ce petit ruisseau était autrefois à la belle saison (une fois le foin coupé) un lieu de promenade familiale dominicale. C’est aussi là que se trouve l’entrée d’un souterrain, qui était appelé "de la Garanne", et où se risquaient sur quelques mètres les enfants du village.

Le "souterrain de la Garanne" :
son plan (12,5 x 18 m) levé vers 1990 par Marie-Eugène Héraud ;
sa localisation en 2020, et sur une vue aérienne (environ 100 x 65 m) de 2019.

Autour de 1990, Marie-Eugène Héraud, un habitant de "la Grande Roulière", entreprit d’explorer méthodiquement ce souterrain, déblayant plusieurs de ses parties. Les galeries mises au jour se développent sur une trentaine de mètres, avec une hauteur moyenne de 1,50 m, et une largeur d’environ 0,80 m.

Utilisant ses compétences professionnelles d’architecte, il en leva un plan. On y voit au nord-ouest une galerie (ou "salle", sa largeur faisant jusqu’à deux mètres) par laquelle a dû débuter son creusement, et par laquelle se faisait ensuite son drainage. Comme dans beaucoup d’autres souterrains, au "Fief", à "la Turquoisière", à "la Prévisière"… on y trouve des cheminées d’aération, des puits d’accès (ou d’évacuation), des encoches dans les parois, marques d’anciennes portes, des sortes d’alcôves latérales, des prolongements obstrués… Trente ans plus tard, certaines des parties alors dégagées sont redevenues impraticables, et son emplacement dangereux.

Dans le matériel masquant partiellement son entrée, et contrairement aux autres souterrains du Poiré, on a trouvé des débris de poterie, qui jusqu’ici n’ont pu être datés, ainsi qu’une sorte de cuvette en granit semblant être un broyeur ou meule à main primitive[11].

Bien qu’actuellement éloigné de tout village, l’existence de ce souterrain indiquerait a priori la présence, en d’autres temps, d’un lieu d’habitation en cet endroit. Cependant, rien ne permet savoir quand il a été creusé[4], pas même les objets qui y ont été trouvés.

 

Vues du "souterrain de la Garanne" le 19 juin 2020 :
la
"salle" (2 m sur 6 m), alors inondée, précédant le conduit de drainage,
et d’un coude de la galerie y descendant par quelques marches ;
ainsi que de débris de poteries découverts lors de son exploration autour de 1990.

 

Autres mentions

A la fin juillet 1795, Charette avait repris les hostilités contre les autorités révolutionnaires. Ces dernières ne tenaient leurs promesses du traité de la Jaunaye qu’elles avaient signées à la mi-février de la même année que lorsque le rapport de force du moment ne leur permettait pas de faire autrement. Les espoirs des rebelles reposaient sur des aides extérieures incertaines et sur d’hypothétiques changements au sein du gouvernement républicain, ce qui ne se produisit pas. Dès la fin novembre, ils devinrent "toujours errans, occupant successivement le bourg de Saligné, de la Latterie, Saint-Denis, Montorgueil, la Chicaillère (la Jucaillère), etc. ; pendant ce temps, l'ennemi nous cernait de toute part et le cercle se resserrait tous les jours […]"[12]. Leur victoire des Quatre-chemins [de l’Oie], le 4 décembre 1795, fut leur dernière.

Le 28 décembre près de "la Grande Roulière", eut lieu un combat, très secondaire mais qui fut une nouvelle défaite. On le connaît par un rapport de l’adjudant-général Travot à son supérieur le général Hoche, daté du 19 janvier 1796 (29 nivôse an IV) au "Fief" où il était cantonné pour quelques jours[13]. Il y parle de Charette qu’il poursuit incessamment : "Vous n’ignorez point que la déroute que je lui ai donnée le 7 de ce mois (28 décembre 1795) à la Roulière près le Poiré, que le convoi de pain que je lui ai pris dans cette affaire ont été pour lui de grandes raisons de retarder l’exécution de ses projets, que dès ce jour il n’a payé que des échecs, qu’abandonné de tous ses paysans il s’est vu réduit à 100 hommes de cavalerie et 300 déserteurs".

Grâce à d’autres sources, pouvant être considérées comme faisant partie de la mémoire populaire[14], on pense que c’est à "l’Aubonnière" ou à "Montorgueil" que Charette fit cuire le pain pour sa troupe, on connait donc le chemin suivi par le convoi en direction de "la Grande Roulière". L’endroit où selon certains "du sang a été versé en grande quantité, et de nombreux hommes ont été tués", c’est-à-dire où le convoi fut intercepté et où ceux qui l’accompagnaient furent massacrés, se trouve être là où le chemin menant à "la Grande Roulière" se sépare de celui conduisant à "la Maldemée". Le champ se trouvant là en a gardé le souvenir.

 

Le trajet du convoi de pain intercepté le 28 décembre 1795 par les soldats de Travot,
sur une vue aérienne vers 1950 (environ 6,7 x 3,7 km),
et, sur une photo du 12 mai 2020,
l’endroit où ils tuèrent ses accompagnateurs
.


Deux jours plus tard, le 21 janvier 1796, Travot qui évoquait l’abandon de Charette par la population locale, donne dans un nouveau rapport lui aussi envoyé du "Fief", une vision sensiblement différente : "De Maché, où je ne trouvai aucun habitant qui voulût m’avouer que Charette était dans la paroisse. […] Je n’ai vu dans cette contrée qu’un extrême attachement à Charette, tous lui sont dévoués. Il me parait qu’il y sera moins trahi qu’en ce pays qui commençait à lui devenir défavorable"[13].

Mais pour Charette la fin était proche. Il sera pris le 23 mars suivant à 12 kilomètres de là, pour être tué six jours plus tard à Nantes. Localement, il a laissé un souvenir nettement différent de celui véhiculé depuis le XIXe siècle par Jules Michelet et ses émules, qui alors créaient l’histoire officielle de la France.[15].

 

Sources et références

(sauf mention contraire, les illustrations sont dues à M. Mignet)

[1]

Entretiens entre 2016 et 2020 avec : Jean-Luc Perrin, de "la Métairie" et de "la Prunelle" ; Xavier Gillaizeau, Guy Favroult, Edmond et Marceline Morinière et leur famille, Daniel Marionneau, de "la Grande Roulière"; Pierre Martineau, de "Londry" ; Marie-Eugène Hérault et Pierre-Henri Franck de "la Grande Roulière", et autres…

 
[2]

Dénombrements et recensements du Poiré (Arch. dép. de la Vendée : L 288 et 6 M 54). 

 
[3]

David (Gabriel), Emauré (Jean-Luc), Le bâti ancien en Vendée, 1984, 122 p. En 2020, Gabriel François David, architecte, a entre autres charges celle de responsable de "Terres d’architecture", association étudiant et protégeant le patrimoine rural du Grand Ouest. Sur ces questions, voir son intervention au cours du séminaire organisé par la Cité de l’architecture et du patrimoine, en mars 2013 : Valeur patrimoniale du bâti rural ancien : connaître, comprendre, intervenir, partie "Comment réhabiliter ?", 1h 46 min.
Le cas de "la Grande Roulière" a été repris en 1996 par Olivier Dugast dans son enquête exhaustive : le Devenir du bâti ancien rural dans le Bocage de Vendée à travers l’exemple du Poiré-sur-Vie, 122 p.

 
[4]

Pour leur datation, voir : Triolet (Jérôme) et Triolet (Laurent), les Souterrains de Vendée, 2013, 168 p. (extraits). En 2020, Madame Morinière (née en 1932) se souvenait qu’au cours d’un battage de leur ferme dans les années 1950, une patte d’un de leurs bœufs avait traversé la voûte de ce souterrain.

 
[5]

Actes de baptêmes et acte de mariage (Arch. dép. de la Vendée : AD 2 E 178). La famille Danyau (notaires de père en fils) fit partie, avec celle des Tireau (juges de père en fils), des notables du Poiré qui eurent des opinions durablement républicaines, pour le plus grand profit de leur situation financière, et de leur statut social et politique.

 
[6]

Cahier des réquisitions de l’armée catholique et royale dans la paroisse du Poiré (Méd. mun. de la Roche-sur-Yon : ms 019), extrait : réquisitions à "la Grande Roulière" ; voir aussi de Lorvoire (Jean-Claude), "les Réquisitions de l’armée catholique et royale dans la paroisse du Poiré-sur-Vie", in Recherches vendéennes, n° 3, 1996, p. 257-299.

 
[7]

D’après l’édition française du 15 mars 2017 du Wall Street International Magazine.

 
[8]

Perrocheau (Alain), Histoire et Anthologie de la Poésie en Vendée, 2020, p. 613-614.

 
[9]

Serres (Olivier de), Le théâtre d'agriculture et mesnage des champs, 1600, 5e lieu, chap. XIII : "l’Estang, le Pescher, le Vivier" (ou le terme "mesnage" y a le sens de "gestion", et est à la base de dérivés tels qu’aménager, aménagement… et, en parler local d’amenage, ou en anglais de management).

 
[10]

Verrier (Anatole-Joseph) et Onillon (René), Glossaire étymologique et historique des patois et des parlers de l'Anjou, 1908, t. 1 : p. 206 ("cimentère"), p. 298 ("douet").

 
[11]

Les datations proposées pour ce genre d’outil de broyage ou de mouture sont incertaines, s’étendant sur plusieurs dizaines de millénaires, du néolithique aux débuts du Moyen Âge. Il est à comparer avec une sorte de cuvette en pierre trouvée dans le village même, et avec un objet semblable mis au jour sur le site de Beg an Dorchenn (pointe de la Torche), en Bretagne, et est conservé au Musée de la Préhistoire finistérienne de Pors Carn en Penmarc'h.

Cuvettes en pierre (dites "meules dormantes"), avec ou sans molette de broyage :
venant du
"souterrain de la Garanne" (photo à venir),
de
"Beg an Dorchenn" (60 x 45 cm), de "la Grande Roulière" (75 x 60 cm)
.

 
[12]

Lucas Championnière (Pierre-Suzanne), Mémoires de la Guerre de Vendée (1793-1796), édition 1994, p. 132. Lucas-Championnière (1763-1825) combattit aux côté de Charette d’octobre 1793 à février 1796. Ces relations des événements qu’il avait vécus en ces temps héroïques ne furent publiées qu’en 1904, par ses petits-fils. En 1864, Jules Verne qui était un ami de sa famille, s’inspira de l’histoire de sa vie pour son roman Le Comte de Chanteleine.

 
[13]

Lettre du 19 janvier 1796 / 29 nivôse an IV et lettre du 21 janvier 1796 / 1er pluviôse an IV (Arch. dép. de la Vendée : SHD B 5/34-39 et SHD B 5/34-44). Travot avait fait partie de "l’armée de Mayence" envoyée faire de la répression en Vendée à la fin de l’été 1793. Son principal fait d’armes, fut la capture de Charette en mars 1796, ce qui lui valut d’être promu général de brigade, et lui permit d’asseoir sa fortune. Il devint ainsi propriétaire en mai 1798 sur le Poiré de l’ensemble des terres et du château de la famille Vaz de Mello, dont tous les membres avaient été tués par les révolutionnaires. Par la suite, on lui attribua la bonne réputation d’avoir "fait tuer avec modération", une réputation que les faits ont du mal à confirmer. Il reçut plus tard de Napoléon, le titre de baron avec armoiries, et en 1815, il se rallia à sa vaine tentative pour reprendre le pouvoir. Mentalement fragile, il finit ses jours dans une "maison de santé" de Chaillot, début janvier 1836.

 
[14]

Denieau-Lamarre (Théophile), Notes et Remarques, manuscrit, v. 1840 (Arch. mun. d’Avrillé, en Vendée) ; et mémoire locale recueillie en 2020 auprès de Pierre Martineau, de "Londry". Face à cet endroit, Pierre Martineau se rappelait qu’un jour de 2017, une petite statue avait été fixée sur l’une des rambardes de "Pont-Martin". Curieusement, elle faisait directement face au champ qui, à 45 mètres de là, vit beaucoup d’hommes perdre la vie ce 28 décembre 1795. Elle y resta pendant environ un an et demi, avant de disparaître, sans doute du fait de quelque pilleur (ci-contre, la photo de cette statue le vendredi 24 novembre 2017). Par contre, on ne sait pas qui l’y avait mise… on pense à un descendant de ceux ayant vécu dans un des villages proches, et qui en a conservé la mémoire.
Un rapprochement de cet événement avec les parcelles appelées "le cimentère", situées en bordure nord-est de "la Grande Roulière", semble hasardeux sans indices allant dans ce sens.

 
[15]

Jules Michelet, romancier et historien-hagiographe officiel de la Révolution française, donnera de Charette une présentation étonnante et significative, faite à partir de son masque mortuaire : "On sent là, une race à part, fort heureusement éteinte, comme plusieurs races sauvages. À regarder par derrière la boîte osseuse, c'est une forte tête de chat. Il y a une bestialité furieuse, qui est de l'espèce féline. Le front est large, bas. Le masque est d'une laideur vigoureuse, scélérate, militaire, à troubler toutes les femmes. L'œil arrondi, enfoncé pour d'autant mieux darder l'éclair de fureur et de paillardise. Le nez est le plus audacieux, le plus aventureux, le plus chimérique qui fut et sera jamais. Le tout effraye, surtout par une légèreté incroyable, et pourtant pleine de ruse, mais jetant la vie au vent, la sienne et celle des autres" (Histoire de la Révolution française, éd. 1853, t. 6, p. 87-88, note). Une vision des hommes et des choses, issue de la Révolution, qui engendrera des dérives au siècle suivant.

 

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