Archives départementales de la Vendée avec le concours de la Société d'émulation de la Vendée Dictionnaire des toponymes

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Poiré-sur-Vie, Le > Roulière (la Grande)

Notice rédigée par : Maurice Mignet

Nature(s) du lieu

Catégorie : Regroupement d'habitations Masquer
Titre Image
  • Nature : Regroupement d'habitations
    Précision sur la nature du lieu : village
  • Localisation : "La Grande Roulière" se situe à 4 km au nord du bourg du Poiré-sur-Vie.
  • Coordonnées
    • Coordonnées cadastrales napoléoniennes : Section A, 1re feuille.
    • Coordonnées cadastrales modernes : Section ZR.

Données historiques

Histoire et archéologie


Le village de "la Grande Roulière"...

"La Grande Roulière" est un important village du Poiré, excentré par rapport à son bourg dont elle est distante de plus de 4 km. Habituellement elle est appelée "la Roulière" par ses habitants et ceux des villages voisins[1] …ainsi qu’en 1768 sur la carte de Cassini. "Grande" a été ajouté à son nom pour la distinguer de "la Petite Roulière" qui, elle, se situe à mi-chemin entre le bourg du Poiré et celui de Belleville.

Elle fut pendant longtemps, avec "l’Aumère", un des deux plus grands villages de la commune, comptant 92 habitants en 1836, 122 en 1851 et encore 124 en 1911… mais plus que 64 en 1968[2] (et 50 en 2021, résidences secondaires exclues).

"La Grande Roulière" :
sur le plan cadastral de 1836 avec, en rose, les maisons d’habitation à cette date ;
et sur une vue aérienne le 7 juillet 2019 (environ : 160 x 200 mètres)
.


En 1984 dans Le bâti ancien en Vendée[3], ouvrage devenu une référence, l’architecte Gabriel-François David a retenu "la Grande Roulière" comme représentative des villages du Bas-Bocage vendéen, la décrivant ainsi :

"Reconstruction (de 1830 à 1870) après la destruction totale des guerres de Vendée, le long de la voie communale, en récupérant des éléments (pierres de granit taillées…) du logis construit au XVIe siècle sur ce promontoire rocheux.
L’organisation des espaces publics est essentiellement fonction de l’ensoleillement (sud-ouest, sud, sud-est), et de placettes triangulaires permettant des groupes d’habitations en bandes, sans vis-à-vis.
La morphologie du bâti est dépendante de la destination sociale : une maison de propriétaire terrien avec croupe à l’entrée du village ; des cellules d’habitation pour les journaliers avec un module porte-fenêtre et fenêtre de grenier ; exploitation et maison regroupées des trois agriculteurs en périphérie du village.
La morphologie dépend aussi de l’évolution de l’usage des bâtiments depuis le XIXe siècle : apparition d’escaliers extérieurs pour accéder au grenier aménagé en chambre ; nouveaux percements d’ouvertures en façade arrière voire avant, pour plus de lumière et de confort ; et du recours à des bâtiments d’exploitation plus importants du fait du développement économique (hangars, stabulations…).

"La Grande Roulière" vue et dessinée en 1984 par Marie-Eugène Héraud
dans
"le Bâti ancien en Vendée", de Gabriel David et Jean-Luc Emauré, 1984, p. 43.

Le bâti traditionnel se distingue par l’usage du granit en moellons appareillés, équarris ou en tout venant, avec chaînages d’angles et jambages en pierres de taille. Les toitures sont en tuile ‘tige de botte’ souvent pigeonnées en bas de pente. A noter les recours fréquents à la corniche de type génoise."[3].

Une description accompagnée du dessin en vue cavalière ci-dessus, de quelques photos de maisons et de détails architecturaux, et d’une allusion au peu que l’on sache de son histoire.

Le centre du village est construit sur affleurement rocheux et sa structure générale ferait penser à un noyau central complété par des constructions moins ancienne à l’est. En 1997, deux effondrements sur sa bordure nord ont rappelé l’existence en cet endroit d’un souterrain, dont la présence était connue depuis toujours[4] et qui, bien que non datable, est sans doute l’élément le plus ancien du village. Sur sa bordure sud-ouest, une maison comporte des ouvertures à meneaux et plusieurs petites en plein cintre lui donnant une allure de petit "logis". Sur le linteau d’une porte intérieure, un écusson porte la date de 1619[5].

Le "logis" de "la Grande Roulière" sur le cadastre de 1836
et sur une vue aérienne le 20 avril 2017,
(environ 105 x 57 m).
Ce même
"logis" en juin 2020, après sa restauration,
et, avec ses corbeaux sculptés, une de ses anciennes cheminées (largeur : 2,35 m),
qui en a disparu vers 1970.


Ce "logis" dominait de quelques mètres, un filet d’eau bordant à l’ouest le village, et qui a été remblayé autour de 1980. Le cadastre de 1836, le montre doté de ce qui semble être les vestiges d’une tour, mais dont il ne restait même pas le souvenir en 2020. Il semble que dès le XVIIIe siècle, sinon avant, il n’avait plus le statut que son architecture suggère, et on ignore tout de ceux qui furent à son origine. On ne sait pas si on peut mettre un lien entre lui et René Dorion, "avocat à la Cour", puis Julien-François Danyau, notaire, tous deux habitant au bourg du Poiré et se parant du titre de "sieur de la Roulière", en 1739, 1740, 1741, 1762 dans divers actes[6].

Dans les années 1950, il était inoccupé et on y dansait parfois grâce à l’accordéon de Robert Boutin qui était ouvrier agricole dans le village[1]. Longtemps, enfin, on y a vu un large escalier intérieur à vis de 17 marches en granit, qui fut vendu vers 1970 à Aizenay, ainsi que deux grandes cheminées, l’une partie aux Sables et l’autre, qui était située à l’étage, partie au village du "Chiron". Chaque montant de cette dernière était formée d’une colonne surmontée d’un corbeau sculpté, portant l’un et l’autre un petit masque (ou visage) de diablotin.

En 1793, les habitants de "la Grande Roulière" rejoignirent et soutinrent matériellement les révoltés contre ceux qui alors, utilisant les changements révolutionnaires, se réservèrent le pouvoir politique et renforcèrent leur domination sociale et économique[7]. Le village subit aussi le passage des troupes républicaines, ainsi celui de celles qui à la mi-décembre 1793 allèrent incendier "la Morelière" de Beaufou (mal leur en prit : ce jour-là elles connurent le sort qu’elles faisaient habituellement subir à ceux qu’elles venaient "pacifier")[8]. Les décennies suivantes furent pour le village une période de relèvement des ruines, incendies et destructions ayant au Poiré touché en tout ou partie 63 % de ses maisons et annexes[9].

Parmi les maisons les plus anciennes du village, celle de René Douaud[10] qui avant 1800 y était farinier (meunier) et y possédait environ 6 ha. Son intérieur présentait encore en 2020 bien des caractéristiques des modestes maisons de cette époque : sa pièce unique, sa cheminée avec son chaudron et des objets de piété posés sur son manteau, son sol en terre battue, ses poutres noircies par la fumée… et, contigu, un "toit" ne pouvant abriter que quelques bêtes, avec au-dessus son grenier à accès extérieur. En 1965, Armande Douaud, une de ses descendantes, y vivait avec une unique vache[1].

En 1980 et en 2020 : l’ancienne maison du meunier René Douaud (1768-1844),
et son arrière-arrière-petite-fille Armande Douaud (1900-v.1970)
qui y habita sa vie durant.
En deux siècles peu de choses y avaient changé dans son aspect général intérieur,
même si elle avait connu quelques modifications extérieures,
telles que sa toiture refaite et dotée d’une génoise
et ses encadrements dans sa façade nord-est…


En 1836, "la Grande Roulière" abritait 92 habitants formant environ 18 foyers dont 2 de tisserands, 2 de meuniers, 4 de journaliers, et les 10 autres d’agriculteurs. Ceux-ci cultivaient environ 220 ha ; un tiers appartenant à deux propriétaires de La Roche-sur-Yon (dite alors "Bourbon"), un quart à cinq autres non résidants, et le reste à des habitants du village.

Dans les années 1950, un forgeron y venait certains jours de la semaine pour y exercer son métier. On y comptait alors 14 exploitations agricoles, le plus souvent très petites. Elles peuvent être localisées à partir du souvenir de leurs anciennes aires de battages[11].

"La Grande Roulière" entre la fin des années 1940 et celle des années 1960,
avec les aires de battage et leurs paillers de ses nombreuses fermes d’alors,
ainsi que quelques autres lieux
(localisés sur un plan de 1996 d’Olivier Dugast[3]).


Dans les années 1970, l’évolution de l’agriculture aboutit à l’effondrement du nombre d’exploitations[12]. "La Grande Roulière" se vidait de ses habitants et ses constructions s’en allaient l’une après l’autre vers la ruine. Et en 2017, après avoir été le siège de 14 exploitations, le village vit son dernier agriculteur cesser son activité.

Cependant dès 1978, la venue de nouveaux habitants et la transformation de maisons en résidences secondaires, ralentit le déclin démographique et sauvegarda en bonne partie son patrimoine architectural. De plus, l’intégration nouveaux / anciens habitants s’est mieux faite qu’ailleurs[13], cela se traduisant ici par l’absence de construction de hauts murs entre voisins, la conservation de ses espaces ouverts d’autrefois, quelques-uns des jardins-potagers y ont subsisté ou y ont repris vie, et si les treilles traditionnelles ont disparu, les aussi traditionnels et très colorés hortensias s’y sont particulièrement multipliés.

En 2019, le maintien de quelques jardins potagers
de
"la Grande Roulière" d’autrefois :
à gauche, celui de la doyenne du village (où elle est née le 30 avril 1932),
à droite, celui d’un nouvellement arrivé…
le 1er janvier 1978.


Les rythmes de vie du village ont cependant beaucoup changé, ainsi le temps est passé où on allait avec sa brouette faire sa lessive ou encore laver la laine de la tonte des moutons dans le "gardour" du "grand douet"[14]. Désormais, à l’exception des retraités et de quelques travailleurs indépendants, chaque matin chacun va gagner sa vie en dehors de "la Grande Roulière".

Ce qui subsistait en 2021 du "gardour" du "grand douet",
près du filet d’eau coulant à 350 mètres à l’est du village,
et sur une vue aérienne de septembre 2019 (environ : 750 x 400 m).
Les pierres sur lesquelles les laveuses appuyaient leurs garde-genoux
et la fontaine voisine ont depuis longtemps disparu.


Non loin du chemin allant au "grand douet" se trouve l’un des deux tramails subsistant au Poiré. Edmond Buton maréchal-ferrant dans le bourg du Poiré, qui l’avait fait faire et installer par le charpentier Maxime Moinardeau, y venait tous les mardis ferrer les bœufs de "la Grande Roulière" et de ses alentours. Ce tramail a été restauré en 2020 par Daniel Marionneau chez qui il est[1].

Le tramail de "la Grande Roulière" en 2020,
un des deux restant au Poiré, avec celui de "la Bouchère"
.


Au début du XXIe siècle, deux croix, en pierre existent dans le village. En 1900, la Chronique paroissiale du Poiré évoquait une autre "croix en bois, au sortir de la Grande Roulière" (en direction de Beaufou), mais qui à cette date n’était plus qu’un souvenir[15].

L’une des croix se trouve devant une maison à la sortie du village, le long du chemin menant à "la Métairie", avec "1868" gravé en bas de la croix, et "Buton / et son ép / Orceau" sur le socle (Mathurin et Marie nés tous deux en 1810).

L’autre croix est à 200 m du village, le long de la route menant au bourg du Poiré, avec gravé de même : "1871" et "J. Gillaizeau / et son épse / J Mollé"[16]. Quand en 1870 la France déclara la guerre à la Prusse, Jean Gillaizeau, meunier à "la Grande Roulière", avait six fils : Jean, Joseph, Benjamin, Pierre, Louis, Honoré, âgés de 34, 33, 29, 26, 25 et 18 ans. Ceux qui avaient été mobilisés étant revenus sains et saufs, il fit ériger cette croix en remerciement. Brisée lors de la tempête du 13 février 1972, elle a été restaurée par Al-phonse Gillaizeau, petit-fils de Jean.

Chacune de ces croix, ainsi que la façade de la maison évoquée plus haut, a une niche abritant une statue de la Vierge, mais seule celle de la maison est d’origine. Manifestation d’une dévotion à sainte Anne, une statue de celle-ci orne la façade d’une autre maison du village et y a été apportée de Sainte-Anne-d’Auray en 2006[1].

Une niche et deux croix de "la Grande Roulière" en 2020.
- à droite : la croix
"Buton-Orceau" de 1868 (h : 4,5 m)[17],
- à gauche : la croix
"Gillaizeau-Mollé" de 1871 (h : 4 m).


Dans les années 1950 c’est au n°202, maison alors inoccupée, que se déroulaient chaque mois de mai les traditionnels "mois de Marie"[18]. En 1939, elle avait été réquisitionnée pour accueillir des déplacés venant du nord de la France. Son sol étant en terre battue comme alors celui de toutes les maisons du village, la municipalité le fit cimenter avant d’y recevoir les arrivants[1].

La maison ayant abrité en 1939-1940 des déplacés du nord de la France.


A l’exception d’une maison des années 1980 cachée à l’écart du village, "la Grande Roulière" a un patrimoine architectural remontant pour ce qui est du plus récent à l’entre-deux-guerres et qui, après avoir été en grand danger, a été restauré ou est en passe de l’être.

Les bâtiments de la première moitié du XIXe siècle présentent les caractéristiques des reconstructions des ruines causées par les passages des troupes révolutionnaires, tels que les réemplois d’éléments architecturaux provenant d’anciennes constructions. L’habitation de base, quel que soit le niveau de vie de ses occupants se limite alors à une ou deux pièces surmontées d’un grenier, et avec quelques annexes voisines. A la fin du siècle ce n’est que partiellement et généralement en plusieurs étapes, que quelques granges-étables ont remplacé les bâtiments agricoles traditionnels. Dans les années suivantes deux maisons, les seules du village, furent construites avec un étage habitable : le résultat (un peu ostentatoire ?) d’efforts de plusieurs générations successives.

Quelques détails architecturaux
témoins des reconstructions et ruines successives de
"la Grande Roulière" :
porte à l’abandon, datations de reconstructions, génoise,
fenêtres de greniers aux encadrements faits de pierres en réemplois,
et, servant d’oculus, une pierre (53 x 53 cm)
provenant d’une meule tournante d’un ancien moulin à vent[19].

Promenades dans "La Grande Roulière" à quarante ans de distance :
- en noir et blanc autour de 1980 (photos J. Dannenhoffer),
- et en couleurs autour de 2020.


A "la Grande Roulière" habite depuis 1976 une artiste dont la notoriété a dépassé les frontières nationales. Bernadette Chéné, artiste plasticienne, "est régulièrement invitée depuis les années 1980 par des musées et centres d’art pour concevoir des œuvres, souvent de grande taille, spécifiquement imaginées pour les lieux qui les accueillent […]"[20]. En 2014-2015, son exposition "Son Lieu", à l’Abbaye Sainte-Croix des Sables-d’Olonne fut un événement. Sa "sculpture-installation" "Son Heure", s'inscrivant dans la charpente en forme de carène renversée du musée, s'animait et produisait un son symbolisant le temps qui s'égrène... Les œuvres de Bernadette Chéné peuvent être vues (ou revues) sur son site, où sont aussi évoquées les nombreuses expositions qui l’ont conduite de Lódz en Pologne à New-York aux Etats-Unis, de Paris en France à Oslo en Norvège, et en d’autres lieux et pays…

Toujours à "la Grande Roulière", vit Jean-Damien Chéné, un poète dont les œuvres "confrontent le monde et l'individu, mettent en marche une sorte de contemplation immobile, font surgir tout à coup la vie là où on ne l'attend pas..."[21].

"Dans la perspective" : une des œuvres de Bernadette Chéné,
dans son jardin à
"la Grande Roulière".


Au milieu des années 1980, les propriétaires de plus de quarante hectares de terres cernant de près le village, décidèrent de les retirer de l’activité agricole et de laisser pousser sur certaines des arbres d’essences variées, puis de planter des sapins sur d’autres. Cela a rendu le paysage de plus en plus arboré, et compensé au moins en partie les arrachages de haies du remembrement se faisant alors. Cela fit aussi se multiplier certaines espèces sauvages, tels que les chevreuils qui viennent désormais se glisser parfois dans les prés parmi les animaux d’élevage.

En 2021, une parcelle 35 ans après son retrait de l’activité agricole
(avec un bouc y assurant son débroussaillage).

L’évolution du paysage parcellaire autour de "la Grande Roulière"
- en 1836, les parcelles sur le 1er cadastre du Poiré
(section A, 1re feuille),
- en 1950 sur une aérienne de l’IGN
(avec un dessin parcellaire ayant peu changé),
- en 1975, sur une carte du début du remembrement,
(montrant le commencement de la destruction des haies),
- et en 2020 sur une aérienne
( en superposition sur chacune, les surfaces qui étaient boisées en 2020 ).

 

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...et les terres de "la Grande Roulière".

Quelques 220 ha autour de "la Grande Roulière" sont considérés comme en constituant ses terres. On y rencontre différents lieux présentant un certain intérêt en raison de vestiges y subsistant, ou de souvenirs qui leurs sont attachés. A commencer par deux moulins à vent dont les meuniers habitaient le village. Celui "des Masures", situé à proximité de "Londry", est déjà présent en 1768 sur la carte de Cassini, y apparaissant sous le nom de "moulin de la Grande Roulière"; il fut démoli après 1900. Celui "de la Pierre blanche", à 1,5 km dans l’ouest du village fut quant à lui démoli en 1909 ; il est resté dans les mémoires en raison de la catastrophe qui s’y produisit le lundi 29 juillet 1901 : ce jour-là sur les midis, il fut touché par la foudre qui y tua trois personnes, dont des descendants vivaient encore à "la Grande Roulière" en 2020. Chacun de ces moulins était accompagné d’un petit "toit" aussi disparu.

Le pacellaire autour de "la Grande Roulière" sur une vue aérienne vers 1950
(environ 2250 x 2025 m),
sur laquelle la petite taille des parcelles des fermes de
"la Grande Roulière"
s’oppose à celle sensiblement plus grande
des parcelles des métairies de
"la Métairie" et de "la Brossière",
apparaissant à l’est et teintées en jaune.
Le même espace en bas à droite, sur la carte dite
"de l’état-major"
(levée entre 1820 et 1836),
et en bas à gauche, sur une vue aérienne en 2016,
trente ans après le remembrement.
Sur cette dernière : des
photos prises autour de 1900
par Pierre Tenailleau (1871-1938),
du moulin de la Pierre blanche et du moulin des Masures.
En pointillé rouge : haies aux pierres étranges (relevé non exhaustif).


A l’opposé de ces deux moulins, à 600 mètres au nord-est du village, existait jusqu’au début du XIXe siècle un étang artificiel qui disparut par la suite. Il faisait alors partie de l’amenage du château de "la Métairie" voisin, devenu en 1798 la propriété du général Travot (1767-1836), bien connu pour son rôle dans la répression que subit la région dans les années précédentes. Il avait une surface d’environ un hectare, et était formé par une chaussée d’une centaine de mètres de longueur, d’au plus 3 mètres de hauteur, et dont il restait en 2020 des vestiges notables. On ne possède aucun indice permettant de dater ses origines (ni celle de sa disparition) cependant, créer des étangs pour l’élevage de poissons[22] près des demeures seigneuriales, était une pratique courante dès le Moyen Age. Au Poiré il en subsiste d’origine ancienne mais indéterminée près des logis de "la Rételière", de "Pont-de-Vie", de "l’Eraudière", ou près de celui du "Fief", à "la Mignardière", ainsi que des restes ou indices près de ceux de "la Bouchère" et de "la Millière".

L’ancien étang proche de "la Grande Roulière" :
sur une vue aérienne du 7 juillet 2019 et sur le plan cadastral de 1836 ;
et des vues de vestiges de sa chaussée, le 6 juin 2020
(sa hauteur est de près de 3 mètres au niveau de la brèche la coupant en deux).
Cette chaussée, couverte de taillis en 2020, l’était déjà en 1836
.

Revenant de cet étang, et à seulement 400 mètres du village se trouvent cinq petites parcelles appelées "le cimentère" ("le cimetière", en parler local[23]), un nom qui pourrait rappeler la pratique d’inhumations dans des fosses communes après les massacres perpétrés par les troupes révolutionnaires. Ce genre d’événements traumatisants laisse souvent, en tant que tels, des traces dans les mémoires locales, ainsi à "l’Aumère", au "Champ d’avant"… Ce n’est pas le cas ici, bien que ce nom pourrait correspondre aux suites du "combat de la Morelière", à la mi-décembre 1793[24].

Certaines des haies séparant ces parcelles du "cimentère" abritent, allongées sur le sol ou parfois verticalement, de nombreuses pierres pouvant atteindre jusqu’à 1,50 mètres de long. Leur présence coïncide avec un affleurement de "monzogranite à grain fin à moyen, à biotite"[25].

Masquées par le lierre et la végétation : quelques-unes des "pierres étranges"
peuplant certaines des haies de
"la Grande Roulière",
et l’affleurement de monzogranite
(gamma3),
dont des débris sont parfois remontés à la surface par les labours[1].


A 500 mètres au nord-ouest de l’ancien "moulin des Masures", quelques pièces de terres sont connues sous le nom de "pont Charette", un nom transcrit avec une autre orthographe sur les cartes : "les ponts Charrette". Par leur situation dominant légèrement le paysage environnant, elles permettent une vision dégagée sur les alentours et, depuis 2003-2007, sur les éoliennes de Beaufou à 2 kilomètres de là. On ignore l’origine de ce nom, mais il n’est pas exclu qu’il puisse être en rapport avec le célèbre héros de la Vendée de 1793-1796[26].

En juin 2020, trois des éoliennes de Beaufou vues des terres dites "pont Charette".

A 600 m au sud-est de "la Grande Roulière", les deux filets d’eau venant du village se réunissent pour former un ruisseau joignant "la Jaranne" (ou "Garanne") 500 mètres plus loin. Cet endroit forme un vallon aux pentes fortes, profond d’une quinzaine de mètres. Un des prés étroits longeant ce petit ruisseau était autrefois à la belle saison (et une fois le foin coupé) un lieu de promenade familiale dominicale. C’est aussi là que se trouve l’entrée d’un souterrain, qui était appelé "de la Garanne", dans lequel les enfants du village se risquaient sur quelques mètres.

Le "souterrain de la Garanne" :
son plan (12,5 x 18 m) levé vers 1990 par Marie-Eugène Héraud ;
sa localisation en 2020, dont sur une vue aérienne (environ 100 x 65 m) de 2019
.

Autour de 1990, Marie-Eugène Héraud, habitant de "la Grande Roulière", entreprit d’explorer méthodiquement ce souterrain, déblayant plusieurs de ses parties. Les galeries mises au jour se développent sur une trentaine de mètres, avec une hauteur moyenne de 1,50 m, et une largeur d’environ 0,80 m. Utilisant ses compétences professionnelles d’architecte, il en leva un plan. On y voit au nord-ouest une galerie (ou "salle", sa largeur faisant jusqu’à deux mètres) par laquelle a dû débuter son creusement, et qui servit ensuite à son drainage. Comme dans beaucoup d’autres souterrains, au "Fief", à "la Turquoisière", à "la Prévisière", à "la Micherie"… on y trouve des cheminées d’aération, des puits d’accès (ou d’évacuation), des encoches dans les parois, marques d’anciennes portes, des sortes d’alcôves latérales, des prolongements obstrués… Trente ans plus tard, certaines des parties de ce souterrain qui avaient été alors dégagées sont redevenues impraticables, et son emplacement lui-même dangereux.

Dans le matériel masquant partiellement son entrée, et contrairement aux autres souterrains du Poiré, on a trouvé des débris de poterie, qui jusqu’ici n’ont pu être datés, ainsi qu’une cuvette en granit avec une sorte de broyeur semblant être une meule à main primitive[27].

Bien qu’actuellement éloigné de tout village, l’existence de ce souterrain indiquerait a priori la présence, en d’autres temps, d’un lieu d’habitation en cet endroit. Par ailleurs, rien ne permet de savoir quand il a été creusé[4], pas même les objets qui y ont été trouvés.

Vues du "souterrain de la Garanne" le 19 juin 2020 :
la
"salle" (2 m sur 6 m), alors inondée, précédant le conduit de drainage,
et d’un coude de la galerie y descendant par quelques marches ;
ainsi que de débris de poteries découverts lors de son exploration autour de 1990
.


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Autres mentions


le Combat de "la Grande Roulière", le 28 décembre 1795

Le 28 décembre 1795 près de "la Grande Roulière", eut lieu un combat, très secondaire, que l’on connaît par un rapport de l’adjudant-général Travot à son supérieur le général Hoche, daté du 19 janvier 1796 (29 nivôse an IV) au "Fief" où il était cantonné pour quelques jours[28]. Il y parle de Charette qu’il poursuit :

"Vous n’ignorez point que la déroute que je lui ai donnée le 7 de ce mois (28 décembre 1795) à la Roulière près le Poiré, que le convoi de pain que je lui ai pris dans cette affaire ont été pour lui de grandes raisons de retarder l’exécution de ses projets, que dès ce jour il n’a payé que des échecs, qu’abandonné de tous ses paysans il s’est vu réduit à 100 hommes de cavalerie et 300 déserteurs".
 

Le trajet du convoi de pain intercepté le 28 décembre 1795 par les soldats de Travot,
sur une vue aérienne vers 1950 (environ 6,7 x 3,7 km),
et, sur une photo du 12 mai 2020, l’endroit
où ils tuèrent un bon nombre des accompagnateurs de ce convoi.


Grâce à d’autres sources, pouvant être considérées comme faisant partie de la mémoire populaire[29], on sait que c’est à "l’Aubonnière" que Charette faisait cuire le pain pour sa troupe, on connait donc le chemin suivi par le convoi en direction de "la Grande Roulière". L’endroit où selon certains "du sang a été versé en grande quantité, et de nombreux hommes ont été tués", c’est-à-dire où le convoi fut intercepté et beaucoup de ses accompagnateurs périrent, se trouve être où le chemin menant à "la Grande Roulière" se sépare de celui conduisant à "la Maldemée". Le champ situé là en a gardé le souvenir.

Pierre Buet, sabotier, Jacques Fort, laboureur, et Jean-François Gautier, charpentier, habitant alors tous les trois à "l’Aubonnière", furent de ceux qui, bien que blessés lors de ce combat, lui survécurent[30].

Deux jours plus tard, le 21 janvier 1796, Travot qui évoquait l’abandon de Charette par la population locale, donne dans un nouveau rapport lui aussi envoyé du "Fief", une vision sensiblement différente :

"De Maché, où je ne trouvai aucun habitant qui voulût m’avouer que Charette était dans la paroisse. […] Je n’ai vu dans cette contrée qu’un extrême attachement à Charette, tous lui sont dévoués. Il me parait qu’il y sera moins trahi qu’en ce pays qui commençait à lui devenir défavorable"[28].

A cette époque, Charette avait repris, depuis la fin juillet 1795, les hostilités contre les autorités révolutionnaires. Il leur reprochait de ne pas respecter leurs promesses du traité de la Jaunaye, qu’elles avaient signé à la mi-février de la même année lorsque le rapport de force du moment ne leur permettait pas de faire autrement. Les espoirs des rebelles reposaient sur des aides extérieures incertaines et sur d’hypothétiques changements au sein du gouvernement républicain, ce qui ne se produisit pas. Et dès la fin novembre, les compagnons de Charette furent "toujours errans, occupant successivement le bourg de Saligné, le village de la Latterie, Saint-Denis, Montorgueil, la Chicaillère (la Jucaillère), etc. ; pendant ce temps, l'ennemi nous cernait de toute part et le cercle se resserrait tous les jours […]"[31]. Le 4 décembre 1795, leur victoire des Quatre-chemins [de l’Oie] fut leur dernière, et leur fin était proche. Charette sera pris le 23 mars suivant à 12 kilomètres de "la Grande Roulière", pour être tué six jours plus tard à Nantes. Il a laissé localement un souvenir nettement différent de celui créé et véhiculé depuis le XIXe siècle par Jules Michelet et ses émules, qui fabriquaient alors l’histoire officielle de la France[32].

Fin septembre 2021, et vue de la direction opposée,
la localisation de l’endroit où eut lieu cette rencontre du 28 décembre 1795.

 

Sources et références

(sauf mention contraire, les illustrations sont dues à M. Mignet)

[1]

Entretiens entre 2016 et 2021 avec : Jean-Luc Perrin, de "la Métairie" et de "la Prunelle" ; Xavier Gillaizeau, Guy Favroult, Edmond et Marceline Morinière et leur famille, Daniel Marionneau, de "la Grande Roulière" ; Pierre Martineau, de "Londry" ; Marie-Eugène Héraud, Pierre-Henri Franck et autres habitants plus récents de "la Grande Roulière"… 

 
[2]

Dénombrements et recensements du Poiré (Arch. dép. de la Vendée : L 288 et 6 M 54). 

 
[3]

David (Gabriel), Emauré (Jean-Luc), Le bâti ancien en Vendée, 1984, 160 p.
Gabriel David, architecte, est connu pour ses actions pour la sauvegarde du patrimoine rural et pour la préservation des savoir-faire artisanaux. En 2020 il avait entre autres charges et responsabilités, celle de délégué Loire-Atlantique de Patrimoine et Environnement. Sur les questions ayant trait au bâti ancien, voir aussi son intervention dans "Comment réhabiliter ?" au cours du séminaire organisé par la Cité de l’architecture et du patrimoine, en mars 2013 : Valeur patrimoniale du bâti rural ancien : connaître, comprendre, intervenir (voir plus particulièrement à partir de la 57e minute).
En 1996, le cas de "la Grande Roulière" a été repris par Olivier Dugast, architecte, dans son enquête exhaustive sur le Devenir du bâti ancien rural dans le Bocage de Vendée à travers l’exemple du Poiré-sur-Vie, 122 p.

 
[4]

Pour leur datation, voir les Souterrains de Vendée, de Triolet (Jérôme) et Triolet (Laurent), 2013, 168 p. (extraits). En 2020, Madame Marceline Morinière (née en 1932) se souvenait que dans les années 1950 au cours d’un battage de leur ferme, une patte d’un de leurs bœufs s’était enfoncée, traversant la voûte de ce souterrain.

 
[5]

Cette date de 1619, peut être mise en rapport avec celle de 1613 que l’on trouve pour la maison en haut de la "place du marché", celle de 1618 pour "la Rételière", ou encore celle de 1607 pour le petit château de "Rochequairie" sur Saint-Etienne-du-Bois… A cette époque, les Guerres de Religion étant terminées depuis seulement dix à vingt ans, on se trouvait dans une période de reconstruction après les pillages, meurtres, incendies, destructions… qui avaient été perpétrés dans la contrée par des bandes armées huguenotes. Ainsi en 1564 aux Lucs et à Beaufou ; en mars 1568 à Legé, puis le mois suivant à Rocheservière, à Beaufou, à Saint-Denis-la-Chevasse et à Aizenay... Pour se limiter au cas de la petite ville voisine de Montaigu, ces méfaits sont connus par de nombreux documents de l’époque et par les relations qu’en ont laissées leurs participants, telle une requête déposée fin 1563 devant le Parlement (cour de justice) de Paris par Louis de La Trémoille ; telle pour ceux de 1569, l’Histoire de France depuis l'an 1550 jusqu'à ce temps, de Lancelot de La Popelinière ; telle pour ceux de 1580 et de 1588, l’Histoire universelle de Théodore Agrippa d’Aubigné, ou encore les Chroniques fontenaisiennes, et les Mémoires de la Ligue… Ceux qui, par la suite, se sont penchés sur l’histoire du Bas-Poitou à cette époque, se sont principalement basés sur ces récits de chroniqueurs huguenots.

 
[6]

Cf. les actes de baptêmes et de mariage de la paroisse du Poiré à ces dates (Arch. dép. de la Vendée : AD 2 E 178). La famille Danyau (notaires de père en fils) fit partie, avec celle des Tireau (juges de père en fils), des notables du Poiré qui eurent lors de la Révolution et années suivantes, des opinions durablement républicaines, pour le plus grand profit de leur situation financière, et de leur statut social et politique.

 
[7]

Cahier des réquisitions de l’armée catholique et royale dans la paroisse du Poiré (Méd. mun. de la Roche-sur-Yon : ms 019), extrait : réquisitions à "la Grande Roulière". Parmi ceux de "la Grande Roulière" qui participèrent à des combats et encore vivants vingt ans plus tard : "Etienne Gillaizeau, né en 1768, chasseur, blessé à la Gracière d’un coup de feu au bras gauche" (Archives du Service historique de la Défense à Vincennes : SHD-XU 33-1).
On trouve en l’An V (1796/1797), parmi les 59 habitants de 12 ans et plus de "la Grande Roulière", les noms de familles Barreau, Buton, Cailleteau, Douaud, Gillaizeau, Grolier, Marais, Martineau, Pérocheau, Raynard, des noms que l’on y retrouve jusqu’au XXe siècle, voire jusqu’en 2021. A une époque où on avait le plus souvent plusieurs métiers, 5 se disaient alors "fariniers" (meuniers) et 1 "tisserand" (Dénombrement de la population de l’An V : Arch. dép. de la Vendée, L 288).

 
[8]

Boutin (Hippolyte), Chronique paroissiale de Beaufou, 1904-1905, p. 471 à 483. Voir en ligne les pages sur "le combat de la Morelière". 

 
[9]

Les destructions de bâtiments opérées par les troupes révolutionnaires sur la commune du Poiré ne sont évoquées que marginalement dans les registres des Délibérations de l’administration municipale cantonale, allant de la fin 1796 au début de 1800, ceci surtout pour leur impact sur le rendement des impôts (Arch. dép. de la Vendée : L 1238). L’importance de ces destructions peut cependant être appréciée grâce aux Estimations des biens nationaux faites à la même époque et renseignant sur l’état des bâtiments de ceux-ci. Ainsi sur les 51 métairies ou borderies alors sous séquestre sur la commune : 20 sont indiquées "brûlées" et 9 "en ruine" en tout ou partie ; 11 sont dites en "médiocre" ou en "mauvais état" et 6 en "assez bon état", aucune en "bon état" ; on ne connaît pas celui des 5 autres (Arch. dép. de la Vendée : 1 Q 212). Cette situation est confirmée par les actes notariés de l’époque (Arch. dép. de la Vendée : 3 E 24), ou par d’autres témoignages tels les Manuscrits de Collinet (1788-1804) rédigés par le maire républicain des Sables d’alors. Le tout peut donner une idée de l’ampleur des dommages causés par les troupes révolutionnaires sur le Poiré.

 
[10]

René Douaud (né en 1768), habitant à "la Grande Roulière", était fils de Jean (né en 1730), "farinier", et un des trois meuniers du "moulin des Masures". Son fils, René (né en 1811), lui succéda, puis son petit-fils Pierre (né en 1835), puis son arrière-petit-fils René (né en 1864), tous meuniers. Ce dernier, père d’Armande, abandonna ce métier entre 1901 et 1906.

 
[11]

Localisation des exploitations agricoles de "la Grande Roulière" dans les années 1950, faite en 2019 par Daniel Marionneau, qui y est né et qui y habite toujours. 

 
[12]

Direction Départementale de l’Agriculture de la Vendée, Recensements de l’agriculture : comparaison entre le nombre et la répartition des exploitations du Poiré par tailles et par modes de faire-valoir en 1955, et leur nombre en 1988 (Arch. dép. de la Vendée : 1945 W 42, et 1839 W 5, n° 178). En 2021, il ne subsistait qu’une petite cinquantaine d’exploitations agricoles sur la commune du Poiré.

A "la Grande Roulière", l’adoption de nouvelles techniques ou productions (tabac, élevages hors-sol…) ont laissé quelques traces dans le paysage :

En 2020 : un bâtiment ayant servi de séchoir à tabac à André Morinière,
réhabilité en habitation ;
et un des anciens tunnels de culture de Guy Favroult,
reconverti en petit élevage de gibier (faisans, perdrix).

 
[13]

Si "l’intégration" consiste à trouver une place parmi d’autres personnes, "l’assimilation" demanderait d’aller plus loin. Du point de vue des habitants "d’origine", ce serait que les valeurs, mémoire et culture du lieu soient reconnues sinon adoptées par les "nouveaux venus". Du point de vue de ces derniers, le plus souvent et surtout s’ils estiment posséder des niveaux de revenus et d’études plus importants, c’est que les "locaux" finissent par se rallier aux façons de vivre et aux mentalités qu’ils apportent... Des démarches qui sont difficiles à concilier, voire même à penser.
Pour les endroits où "l’intégration" s’est moins bien faite qu’à "la Grande Roulière", cela se traduit dans le paysage par la multiplication de "renfermements individualistes".

 
[14]

Pour ceux qui ignoreraient le parler local, se reporter au Dictionnaire français › poitevin-saintongeais, poetevin-séntunjhaes › françaes de Vianney Pivetea (pour "gardour" : cf. p. 559), ou, aussi pour le Poiré, les communes voisines et celles du nord-est de la Vendée, au Glossaire étymologique et historique des patois et des parlers de l'Anjou), d’Anatole-Joseph Verrier et de René Onillon (pour "douet" : cf. t. 1, p. 298). On en conclura que parler du "gardour du grand douet" est une formulation toponymique répétitive.

 
[15]

A ces croix, on pourrait aussi ajouter le souvenir de la croix en bois de la mission de 1962, qui avait été dressée dans l’angle de la route allant vers le bourg du Poiré, et du chemin conduisant à "la Métairie", et qui, comme le voulait sa nature, a disparu quelques décennies plus tard. Sa base, en béton, a migré de l’autre côté de la route, où elle subsistait encore en 2021.

 
[16]

Arrière-arrière-petit-fils de Mathurin Gillaizeau (v.1677-1748) déjà meunier à "la Grande Roulière" à la fin du XVIIe siècle, Jean Gillaizeau (1798-1874) et son épouse Jeanne Mollé (1808-1880) exploitaient le "moulin de la Grande Roulière", dit aussi "des Masures", proche du village de "Londry". Ce moulin est présent en 1768 sur la carte de Cassini et ses restes semblent avoir été démolis vers 1940. Selon Donatien Martineau (1930-2013), de "la Grande Roulière", une pierre y aurait porté gravé "1519".
Depuis Mathurin Gillaizeau et jusqu’en 2022, 11 générations de Gillaizeau se sont succédé à "la Grande Roulière", les 6 premières ayant exercé l’activité de "fariniers". On ignore combien il y en eut auparavant.

 
[17]

La maison d’habitation en arrière de cette croix de 1868, fut édifiée avec ses annexes de ferme en 1914, par Benjamin Gillaizeau (fils de Jean et père d’Alphonse) afin de remplacer divers bâtiments dispersés dans le village ; cette exploitation a été en activité jusqu’en 1990. A cette époque, de nouveaux habitants venaient s’installer à "la Grande Roulière", sauvant une partie des bâtiments du village s’en allant à la ruine, tandis que Gérard Martineau, né en 1957, qui habitait cette maison et travaillait dans les chantiers navals Bénéteau, partait développer son entreprise en Caroline du Sud (Etats-Unis), ayant "le courage de s’expatrier avec son épouse et ses deux jeunes enfants [et à qui] nous devons la réussite industrielle de l’usine de Marion" ( 130 years of commitment to the sea / 130 ans d’engagement avec la mer, 2014, p. 32-33).
On notera que l’arrivée du service d'eau à "la Grande Roulière" en 1972 avait rendu le village sensiblement plus attrayant pour ceux souhaitant venir s’y installer, ainsi que pour ses habitants : jusqu’alors il fallait, seau après seau, "tirer l’eau du puits" et donc l’économiser pour cuire, boire, laver les légumes, la toilette, la lessive… sans compter que tout le monde n’avait pas de puits, le principal pour l’eau potable étant celui du lieu-dit "le Plis".

En 1986, la création de l’usine Bénéteau à Marion en Caroline du Sud
(au centre Annette Bénéteau-Roux, à droite Gérard Martineau) ;
et, vers 2010, une vue partielle de l’usine de Marion.

 
[18]

Le mois de mai était une période importante dans la vie spirituelle et dans la vie tout court d’un village. Ce mois étant consacré à la vénération de la Vierge, il était appelé "le mois de Marie, terme qui désignait aussi l’oratoire que l’on créait pour l’occasion dans une maison, qui pouvait changer d’une année à l’autre. On édifiait une estrade qui était recouverte d’une nappe, décorée de différents objets, régulièrement et abondamment fleurie, et en haut de laquelle on posait une statue de la Vierge Marie. Chaque soir, au son d’une corne les habitants du village se réunissaient et un membre de l’une ou l’autre des familles menait les prières durant lesquelles la récitation du chapelet alternait avec des chants et cantiques, et qui se terminaient par les litanies de la Vierge. La cérémonie durait une bonne demi-heure. Un des dimanches du mois, un prêtre de la paroisse, accompagné de fidèles du bourg, venait à pied dans l’après-midi pour bénir le "mois de Marie" du village.
La pratique des "mois de Marie" fut arrêtée à la fin des années 1960, une fin précipitée par les changements dans les modes de vie et par la montée de préoccupations plus matérialistes.

 
[19]

Cette pierre, qui est ici vue de dessous, était l’élément central d’une meule tournante d’un moulin. Le trou rond est "l’œillard", dans lequel on versait le grain. C’était aussi par là que passait l’axe de rotation de la meule tournante. A la base de cet axe était fixé une sorte de croisillon en fer, "l’anille" (ou "fer à moulin"), dont les extrémités s’encastraient dans chacune des quatre encoches que l’on voit sous cette pierre dite "cœur de meule". Une pierre semblable peut se voir à "l’Aumère", et trois autres au "moulin Bonneau" de Beaufou.

 
[20]

D’après l’édition française du 15 mars 2017 du Wall Street International Magazine qui, à l’occasion de son exposition cette année-là à Bruxelles, revint…

"sur plus de 30 ans de création en présentant des œuvres conçues de 1989 a? 2016 : des pièces en bois, en osier, en métal ou en papier journal, et la présentation quasi inédite d’une série d’encres sur papier" et aussi sur "le parcours artistique de Bernadette Che?ne?, marque? en profondeur par la pratique de la tapisserie et du tissage au début des années 1980 […] et porté par l’héritage du Minimalisme et de l’Arte Povera. Elle utilise des matériaux simples, quotidiens, familiers, pour en exploiter les formidables qualités plas-tiques, laisse résolument l’ornement a? distance pour favoriser l’écoute, la perception subtile. […] La simplicité, Bernadette Che?ne? ne la cultive pas seulement dans les matériaux, mais aussi dans les formes : elle s’appuie sur la géométrie primaire, des cercles, des triangles, des colonnes ou des pyramides pour révéler le fond des choses […]".

 
[21]

Perrocheau (Alain), Histoire et Anthologie de la Poésie en Vendée, 2020, p. 613-614.

 
[22]

Cf. Serres (Olivier de), Le théâtre d'agriculture et mesnage des champs, 1600, 5e lieu, chap. XIII : "l’Estang, le Pescher, le Vivier" (ou le terme "mesnage" y a le sens de "gestion", et est à la base de dérivés tels qu’aménager, aménagement… et, en parler local d’amenage, ou en anglais de management). 

 
[23]

Verrier (Anatole-Joseph) et Onillon (René), Glossaire étymologique et historique des patois et des parlers de l'Anjou, 1908, t. 1 : p. 206 ("cimentère"), p. 298 ("douet"). 

 
[24]

Au milieu du mois de décembre 1793 et passant par "la Grande Roulière", une troupe de soldats révolutionnaires vint pour incendier et massacrer dans les villages de "la Chamusière" et de "la Morelière" de Beaufou, ce qu’ils firent. Mais "les gars de Beaufou" se mobilisant surprirent les agresseurs qui, pris de panique, se débandèrent laissant des morts et des blessés :

"Les nombreux cadavres des scélérats furent enfouis au fond d'une carrière, par les blessés eux-mêmes que les balles vengeresses des Vendéens précipitèrent ensuite pour combler le vide. Les misérables ne demandèrent pas une grâce impossible en face des maisons incendiées et de tant d'honnêtes personnes si indignement massacrées".
(Hippolyte Boutin, Chronique paroissiale de Beaufou, 1904-1905, p. 481)

Reste à retrouver l’endroit où furent enterrés ces morts.
Quant à la relation existant entre "les événements traumatisants" ayant touché une population, et les traces durables qu’ils laissent souvent ici et ailleurs dans "les mémoires locales", voir les références à la socio-anthropologie dans les pages évoquées précédemment.

 
[25]

Chèvremont (Philippe), Carte géologique de la France, feuille 561 du Poiré-sur-Vie, 2008, et p. 66 de sa notice.

 
[26]

Dans Histoire de la Vendée, du Bas-Poitou, en France, 1902, chapitre 37, Louis Brochet (1847-1933), évoque la dernière victoire de Charette aux Quatre chemins de l’Oie (ayant eu lieu le 4 décembre 1795), et dit que "Deux jours après, il fait célébrer une messe solennelle à la Roulière, de la paroisse du Poiré : l'abbé Remaud absout les soldats et bénit leurs armes"… ce qui pourrait être à l’origine du nom "pont Charette". Mais Louis Brochet, à son habitude, ne cite pas les sources d’où lui viennent ces informations, il est plus qu'approximatif dans ses datations, et il n’est rejoint par aucun historien, ni surtout confirmé par les mémorialistes qui étaient alors jour après jour aux côtés de Charette, tels Lucas Championnière (1769-1828) ou l’abbé Pierre-François Remaud (1756-1830) auquel il fait allusion. C’est ce qui fait que le milieu des historiens ne lui accorde qu’une fiabilité réduite… cependant, on ne voit pas pourquoi Louis Brochet serait allé inventer ce détail de l’histoire de Charette. 

 
[27]

Un objet à comparer avec un autre semblable mis au jour sur le site de Beg an Dorchenn (pointe de la Torche), en Bretagne, et conservé au Musée de la Préhistoire finistérienne de Pors Carn en Penmarc'h ; ainsi qu’avec plusieurs sortes de cuvettes en pierre que l’on rencontre ici et là dans le village même de "la Grande Roulière".
Ces objets sont souvent considérés comme ayant été des outils de broyage ou de mouture, avec des propositions de datations incertaines s’étendant sur plusieurs dizaines de millénaires, du néolithique aux débuts du Moyen Âge.

De gauche à droite, cuvettes en pierre (dites "meules dormantes"),
avec ou sans molette de broyage :
- provenant du
"souterrain de la Garanne" (photo M.-E. Héraud),
- trouvé sur le du site
"Beg an Dorchenn" en Bretagne,
- une de celles du village de
"la Grande Roulière" (75 x 60 cm).

Si on n'a trouvé aucun objet dans les autres souterrains connus du Poiré, des restes de poteries ont été découverts aux Lucs, dans ceux de "la Daunière" et de "la Bugelière".

 
[28]

Lettre du 19 janvier 1796 / 29 nivôse an IV et lettre du 21 janvier 1796 / 1er pluviôse an IV (Arch. dép. de la Vendée : SHD B 5/34-39 et SHD B 5/34-44). Les "déserteurs" évoqués sont des soldats de l’armée révolutionnaire qui avaient rallié la cause des insurgés.
Travot avait fait partie de "l’armée de Mayence" envoyée faire de la répression en Vendée à la fin de l’été 1793. Son principal fait d’armes, fut la capture de Charette en mars 1796, ce qui lui valut d’être promu général de brigade, et lui permit d’asseoir sa fortune. Il devint ainsi propriétaire en mai 1798 sur le Poiré de l’ensemble des terres et du château de la famille Vaz de Mello, dont tous les membres avaient été tués par les révolutionnaires. Par la suite, on lui attribua la bonne réputation d’avoir "fait tuer avec modération", une réputation que les faits ont du mal à confirmer. Il reçut plus tard de Napoléon, le titre de baron avec armoiries, et en 1815, il se rallia à sa vaine tentative pour reprendre le pouvoir. Mentalement fragile, il finit ses jours dans une "maison de santé" de Chaillot, début janvier 1836.

 
[29]

Denieau-Lamarre (Théophile), Notes et Remarques, manuscrit, v. 1840 (Arch. mun. d’Avrillé, en Vendée) ; et mémoire locale recueillie en 2020 auprès de Pierre Martineau, de "Londry".
Face à cet endroit, une petite statue fut fixée un jour de 2017 sur l’une des rambardes de "Pont-Martin", faisant directement face au champ qui, à 45 mètres de là, vit beaucoup d’hommes perdre la vie ce 28 décembre 1795. Elle y resta pendant environ un an et demi, avant de disparaître, probablement du fait de quelque pilleur (ci-contre, la photo de cette statue le vendredi 24 novembre 2017). On ignore qui a pu l’y mettre… Ceci n’ayant pas été fait par des habitants des villages des alentours, on pourrait imaginer la possibilité d’un descendant d’un de ceux ayant été partie prenante de cet événement lointain et en ayant recueilli et conservé la mémoire.

 
[30]

Inventaire par Eugène-Marie Vincent, en 2019, des Archives militaires de la guerre de Vendée (Service historique de la Défense à Vincennes : SHD-XU 16-38-39, 29-6, 33-1-2-3-4-5-6-7-8-11-12, 36-1, 39-3-4-5-7-8-9-10), complété par le dénombrement de 1797 (an V) et les registres d’état civil (Arch. dép. de la Vendée : L 288 et AC 178).

 
[31]

Lucas Championnière (Pierre-Suzanne), Mémoires de la Guerre de Vendée (1793-1796), édition 1994, p. 132. Lucas-Championnière (1769-1828) combattit aux côtés de Charette d’octobre 1793 à février 1796. Ces relations des événements auxquels il avait participé en ces temps héroïques, ne furent publiées qu’en 1904 par ses petits-fils. En 1864, Jules Verne, un ami de sa famille, s’inspira de l’histoire de sa vie pour son roman Le Comte de Chanteleine

 
[32]

Jules Michelet, écrivain et historien-hagiographe officiel de la Révolu-tion française, donnera de Charette une présentation étonnante et si-gnificative, faite à partir de son masque mortuaire :

"On sent là, une race à part, fort heureusement éteinte, comme plusieurs races sauvages. À regarder par derrière la boîte osseuse, c'est une forte tête de chat. Il y a une bestialité furieuse, qui est de l'espèce féline. Le front est large, bas. Le masque est d'une laideur vigoureuse, scélérate, militaire, à troubler toutes les femmes. L'œil arrondi, enfoncé pour d'autant mieux darder l'éclair de fureur et de paillardise. Le nez est le plus audacieux, le plus aventureux, le plus chimérique qui fut et sera jamais. Le tout effraye, surtout par une légèreté incroyable, et pourtant pleine de ruse, mais jetant la vie au vent, la sienne et celle des autres".
(Histoire de la Révolution française, éd. 1853, t. 6, p. 87-88, note).

Une vision des hommes et des choses, issue de la Révolution, qui engendrera des dérives au siècle suivant.

 

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