Archives départementales de la Vendée avec le concours de la Société d'émulation de la Vendée Dictionnaire des toponymes

Espace contributeur

Identifiez vous - Pour en savoir plus

Résultat

imprimer la notice complète

Poiré-sur-Vie, Le > Saint-Georges

Notice rédigée par : Maurice Mignet

Nature(s) du lieu

Catégorie : Regroupement d'habitations Masquer
Titre Image
  • Nature : Regroupement d'habitations
    Précision sur la nature du lieu : village
  • Localisation : "Saint-Georges" se situe à la limite sud de la commune du Poiré-sur-Vie avec La Genétouze.
  • Coordonnées
    • Coordonnées cadastrales napoléoniennes : section F, 1re feuille
    • Coordonnées cadastrales modernes : section YW

Données historiques

Histoire et archéologie

Sur les quelque 160 villages existant ou ayant existé au Poiré, "Saint-Georges" est un des douze à porter un nom à connotation religieuse[1], lesquels faisant eux-mêmes partie de la trentaine d’entre eux ayant été créés entre le milieu du XIXe siècle et les années 1950. 

Il borde la route allant du Poiré à La Genétouze, et fait face au chemin menant à "la Surie". À cet endroit s’élève une croix en granit, de 5 m de haut portant l’inscription "Jean Gauvrit et Hortense Aubret - 1900" qui, nés en 1849 et en 1851, étaient à cette date agriculteurs dans ce village.

En 2016, les deux maisons de "Saint-Georges",
construites en 1938 (à gauche) et en 1914 (à droite),
avec, leur faisant face, la croix érigée en 1900 par la famille Gauvrit
qui sera à l’origine du village


"Saint-Georges" est constitué de bâtiments agricoles et de deux maisons, l’une et l’autre représentatives architecturalement des époques où elles furent construites. La première, avec sa génoise et ses entourages d’ouvertures alternant briques et pierres de taille, le fut en 1914 par le fils de Jean Gauvrit : Auguste (1884-1938). La seconde en 1938 par le fils de ce dernier, Georges (1913-1982), dans le nouveau style de l’époque, dont ses rampes et ses clôtures en ciment imitant l’écorce des arbres. Son fils Georges Gauvrit (né en 1938) prit sa suite puis quittera en 2007 le village dont, avec son fils Georges-Emmanuel (né en 1964), il aura été  le dernier agriculteur[2].

Autres mentions

Aux Sables, la rue où se trouve l’École des Pêches (devenue l’École des Formations Maritimes) a reçu vers 2005 le nom de "allée du Frère Maximin". Ceci en hommage à celui qui en avait été l’infatigable animateur de 1960 à 1979. De son vrai nom, Raymond Gauvrit, celui-ci était né à "Saint-Georges" en 1919. Vingt-cinq ans après sa mort en 1995, son souvenir est toujours évoqué avec émotion dans le milieu des marins-pêcheurs[2], ainsi au hasard du témoignage d’un de ceux l’ayant connu, racontant ce que pouvait être alors une journée ordinaire sur le port des Sables, à l’École des Pêches, et à l’Abri du marins[3]

"A huit heures moins le quart, quand le petit jour apparaît, Maximin claque la porte pour se rendre à l’École des pêches. La criée, en pleine effervescence, barre le fond du port d’un trait lumineux. Quelques bateaux font manœuvre pour chercher l’accostage au quai du gazole ou de la glace. Les autres terminent leurs opérations de débarquement du poisson. Le quai de la criée, c’est l’itinéraire imposé pour relier l’École. Itinéraire dangereux pour l’homme pressé. Maximin avance le pas élastique et prudent, buste rigide, la silhouette un peu cassée d’un chercheur de champignons. Ses jambes battent sous un imperméable, comme un métronome au largo. Le quai de la criée, ce sont d’inévitables rencontres, d’inévitables arrêts. Isolés ou en groupe, des anciens élèves le reconnaissent et l’accostent. La conversation s’engage : la pêche, le mauvais fonctionnement du Decca (électronique de bord), les parages fréquentés pour la pêche, l’état de la mer, etc. Un honnête terrien, fût-il licencié en français aurait vite perdu le fil dans ce langage sibyllin !
Mais, un coup d’œil sur son bracelet-montre, Maximin réalise, sans s’affoler, que son quart d’heure d’avance est en train de fondre. Il serre des mains, décline des invitations à prendre un café « chez L’aria ». Le métronome se remet en route. Aujourd’hui Maximin traversera la criée sans pouvoir prendre le pouls de la vente aux enchères, car l’heure c’est l’heure.
Une douzaine de jeunes de 18 à 25 ans attendent au portail de l’École en battant la semelle. Ce sont les candidats lieutenants et patrons de pêche auxquels Maximin consacre le plus clair de son temps. Navigation, calculs nautiques, cartes, règles de barre, météo, constituent le plat de résistance d’un programme qui inclut bien d’autres matières plus ou moins appétissantes. A travers cet enseignement, il s’agit, par-dessus tout, d’ouvrir à leurs responsabilités d’hommes et de meneurs d’hommes, ceux qui seront demain patrons de pêche et devront assurer l’orientation de la profession.
Le directeur de l’École bouclera la porte à 19h 30. Il reprendra en sens inverse l’itinéraire matinal, tout aussi dangereux d’ailleurs le soir que le matin. Il se retrouvera membre à part entière de la petite communauté de l’Abri du marin. Car Maximin est religieux, frère de Saint-Gabriel. Les circonstances l’ont amené à consacrer sa vie, ses qualités professionnelles d’éducateur, au monde des marins. Avec réalisme, il s’efforce de semer la confiance en l’avenir pour un monde qui en a bien besoin.
A l’Abri, des tasses traînent sur une table couverte de graffitis, les flaques de café noir, les petites cuillères au bord des tasses, évoquent des bateaux à la gîte, laissés là à la basse mer… Les graffitis eux aussi sont significatifs de la fréquentation de la maison. Sur la totalité de la table, des bateaux et des bateaux, à voile, à moteur, vus de l’avant, du travers. Au milieu des drisses, entre les mâts, des noms bien sablais, Clouteau, Pitra, Morisseau… Pour le visiteur que je suis, il est clair que des contingents de mousses sont venus s’installer autour de cette table et que les crayons feutres de Gaston Vinet ont constitué le matériel de ces dessinateurs improvisés.
Une horde envahit le couloir et entre dans le bureau pendant que retentit le téléphone. A tous ces mousses qui m’entourent, et à l’interlocuteur qui appel au bout du fil, j’adresse une réponse commune : ‘non, il n’est pas là pour le moment’.
A peine ai-je le temps de raccrocher que la bruyante équipe s’est installée. Sans la moindre timidité, chacun décline ses noms, mois de navigation ou de scolarité à l’École des pêches. Les projets, les difficultés, les espoirs et les illusions s’expriment, à travers un dialogue facile à établir. J’y devine la somme d’attention, de disponibilité, de patience requise pour écouter, rectifier, encourager, suggérer et canaliser cet extraordinaire débordement de vitalité […]"[4].

Le "Frère Maximin" avait prononcé ses vœux perpétuels en 1942 et enseigné dans diverses écoles[5]. Ayant suivi un passage par "l’École des Rimains" (alors à Cancale) formant aux brevets de la marine, il prit la charge de l’École des pêches des Sables. Il l’anima durant près de vingt ans, et l’âge de la retraite venant, il partit continuer sa mission à la "Mission de la Mer" de Port-Louis sur l’île Maurice, jusqu’en 1994.

De "l’École des Pêches" des Sables à "la Mission de la Mer" de Port-Louis (île Maurice)
quelques images[4] d’une
vie simple et pas banale,
celle de Raymond Gauvrit de
"Saint-Georges",
connu sous le nom de
"Frère Maximin".


D’autres, nés au Poiré ou y ayant vécu ont, comme le "Frère Maximin", marqué par leur charisme ceux qui les ont connus. Pour se limiter à seulement quelques-uns d’entre eux ayant vécu au XXe siècle, on peut évoquer les noms de : Régina Ertus (1874-1903), Henri Gauvrit (1912-2007), Joseph Poissonnet (1923-2004), Auguste Charaud (1922-2005)[6]… Cependant, le temps passant et ceux les ayant connus disparaissant à leur tour, leur souvenir finit lui aussi par s’effacer et leur noms par devenir étrangers aux générations suivantes.

Témoignages écrits ou oraux sur les uns ou les autres montrent chez eux des traits de personnalité communs : le sens de la rencontre, l’écoute des autres, la place égale donnée à tous, la cohérence entre ce qui est dit et ce qui est fait, la conviction de l’égale dignité de chacun, le souci de tirer les gens vers le haut, le désintéressement personnel. Des qualités qu’on recherche chez les autres.

 

Sources et références

(sauf mention contraire, les illustrations sont dues à M. Mignet)

[1]

Ces douze villages aux noms à connotation religieuse sont, chronologiquement : "la Providence", "l’Espérance", "Sainte-Marie", "Saint-Pierre", "Saint-Louis", "Sainte-Anne", "Saint-Joseph", "Saint-Jean", "Saint-Georges", "Jeanne-d’Arc", "Sainte-Thérèse", "Sainte-Madeleine".

 
[2]

Entretiens entre 2016 et 2021 avec Georges Gauvrit, fils de Georges Gauvrit et neveu du "Frère Maximin", et en 2021 avec Roland Mornet, de la Chaume, ex-élève de ce dernier, capitaine de navire océanographique, auteur de nombreux livres liés à la mer.

 
[3]

"L’Abri du marin", aux Sables, est le local de "la Mission de la mer".

 
[4]

Récit d’Auguste Lefèbvre rapporté par Jacques Migné dans Parcours-singuliers ; voir aussi sur l’École des pêches et le "Frère Maximin" : La mer pour horizon (dont sont issues les illustrations sur le Frère Maximin) de Claude Babarit et Gaston Vinet, 2021, p. 26-37 et 165-174.

 
[5]

Raymond Gauvrit, frère de Saint-Gabriel, fut avant 1942 enseignant à Paris (école de Torcy), aux Herbiers, à Olonne, à Bagneux, et de 1942 à 1954 aussi directeur de l’école de Bretignolles, puis ensuite à Beaupreau, et enfin à Entraygues-sur-Truyère.

 
[6]

Ces noms, auxquels d’autres pourraient être ajoutés, sont ou seront évoqués dans les pages sur "le quartier du Sacré-Cœur", "la Bardinière", "la Jamonière"...

 

Nous écrire