Archives départementales de la Vendée avec le concours de la Société d'émulation de la Vendée Dictionnaire des toponymes

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Montaigu > Saint-Lazare (chapelle)

Notice rédigée par : Maurice Mignet

Nature(s) du lieu

Catégorie : Église, établissement religieux Masquer
  • Nature : Église, établissement religieux
    Précision sur la nature du lieu : chapelle
  • Localisation : La "chapelle Saint-Lazare" était située à 1200 mètre à l’ouest du centre-ville de Montaigu, à proximité de l’embranchement des actuelles rues Châteaubriand et des Mimosas.
  • Coordonnées
    • Coordonnées cadastrales napoléoniennes : parcelle B 89 du cadastre de Montaigu
    • Coordonnées cadastrales modernes : parcelles OJ 518-519-520 du cadastre de Saint-Hilaire-de-Loulay

Données historiques

Histoire et archéologie

La "chapelle Saint-Lazare" était située tout à l’ouest de la commune de Montaigu, aux confins de celles de Boufféré et de Saint-Hilaire-de-Loulay, le long du très ancien chemin qui conduisait à Vieillevigne.

On ne connait rien sur les origines de cette chapelle. En 1726, l’évêque de Luçon la détacha de la paroisse de Saint-Hilaire-de-Loulay pour la réunir à celle de "Saint-Nicolas de Montaigu"[1], dont elle restait cependant séparée par les terres dites de "la Mourie". Elle est signalée sur la carte de Cassini (1783-1786)[2], mais elle avait été désaffectée dans les décennies précédentes, et en 1790 elle n’était plus qu’une "maison qui jadis était une chapelle"[3]. La Révolution et le passage des troupes de Beysser le 16 septembre 1793 n’en laissa que des ruines, un état confirmé en 1814 par les plans et registres cadastraux de Montaigu.

La "chapelle Saint-Lazare" en 1814 sur le cadastre de Montaigu
(environ 230 x 150 m) ;
elle y est colorée en jaune, étant non imposable car en ruine.
Et vers 1780 sur la carte de Cassini,
près de la ville de Montaigu et son
"faubourg Saint-Nicolas;
avec dans son voisinage les localisations approximatives du "moulin Luneau"
et des villages de
"la Marionnière" (de Saint-Hilaire-de-Loulay),
de
"la Bretonnière" (de Boufféré), de "la Bertrandière" (de Vieillevigne),
ainsi qu’en pointillés, les limites entre le Poitou où se trouvent Boufféré et Montaigu,
et les Marches avantagères de Bretagne (Vieillevigne),
et celles de Poitou (Saint-Hilaire-de-Loulay).

En 1900, dans Paroisses, églises et cures de Montaigu "Bas-Poitou"[1], l’historien de Montaigu Gustave Mignen rapporte qu’il ne subsistait plus rien de cette "chapelle Saint-Lazare", sinon quelques débris de carrelage, que ses matériaux avaient été dispersés, et que la pierre de granit formant la table de son autel avait été déplacée à "la Bertrandière" de Vieillevigne pour servir de pierre de foyer… aux dires du propriétaire du lieu. Cependant, une descendante des Luneau, famille de meuniers originaire de "la Marionnière" et qui y avait érigée la croix s’y voyant en 2020 (et dite la "croix Luneau"), prétendait que c’est au pied de celle-ci que la table de l’autel de la "chapelle Saint-Lazare", avait été transportée[1]. En 2011, la réfection du chemin passant devant cette croix remis au jour une pierre de granit de 143 cm de long sur 65 cm de large et 22 cm d’épaisseur possédant toutes les caractéristiques d’une table d’autel, avec le creux carré permettant de loger la pierre d’autel, et au-dessous l’emplacement destiné à abriter les reliques[4]. La tradition familiale des Luneau se trouvait confirmée[5].

Au pied de la croix Luneau à "la Marionnière" de Saint-Hilaire-de-Loulay, en 2012 :
l’ancienne table d’autel de la
"chapelle Saint-Lazare".

En dehors de cette table d’autel, on trouve, conservée au Musée du Nord-Vendée, à Montaigu, une statue de saint Lazare, d’une hauteur de 118 cm, le représentant en évêque, avec sa mitre sur la tête. Cette statue, se trouvant avant la Révolution dans l’ancienne "église Saint-Nicolas", a de fortes chances de provenir de "la chapelle Saint-Lazare"[1].

Dans les Évangiles, Lazare est un ami de Jésus. Après la mort de celui-ci, la tradition dit que Lazare fut chassé de Palestine, et qu’avec ses sœurs Marthe et Marie il s’échoua aux Saintes-Maries-de-la-Mer. C’est ainsi qu’il fut l’évangélisateur de Marseille dont il devint le premier évêque et, ayant subi le martyre en 94[6], un des saints patrons de la ville. Traditionnellement, il est invoqué pour le soulagement des lépreux, ceci par assimilation avec l’un des personnages de la célèbre "parabole de l’homme riche et du pauvre Lazare"[7].

Longtemps les lépreux, en raison de leur maladie, furent mis à l’écart du reste de la société dans des "lazarets", des établissements sanitaires isolés et d’importance variable, où leur dangereuse prise en charge était confiée à des religieux. Bien que la localisation de la "chapelle Saint-Lazare" de Montaigu pourrait aller dans ce sens, rien ne permet cependant de confirmer qu’une "fondation hospitalière" de ce genre ait pu y exister. Si c’était le cas, cela ne pourrait remonter qu’à une époque lointaine et indéterminée.

Autrefois, l'une des trois processions des Rogations de la paroisse de Montaigu, qui avaient lieu lors des trois jours précédant le jeudi de l’Ascension, se rendait jusqu'à cette ancienne "chapelle Saint-Lazare". Devenues beaucoup plus courtes par la suite, elles se contentaient de se rendre au calvaire du faubourg Saint-Nicolas, à celui de "l’école Jeanne-d’Arc", et au-delà du "pont Jarlet", à un autre disparu vers 1968 et qui s’élevait sur les restes du bastion de la "porte Saint-Jacques"[8].

Alors qu’en 1814 "la chapelle Saint-Lazare" se trouve sur le cadastre de Montaigu, le mince filet d’eau dit "ruisseau de la Bretonnière" qui constituait la limite communale s’étant déplacé, son emplacement se trouve de nouveau depuis les révisions cadastrales de 1963 et 1966, sur Saint-Hilaire-de-Loulay[9], comme c’était le cas avant 1726.

Autres mentions

Jusqu’à la fin du XVIIIe siècle, les parages de la "chapelle Saint-Lazare" ont eu la réputation d’être un lieu de contrebande : une mauvaise réputation du point de vue des autorités représentant l’Etat, mais une réputation pleine d’intérêt pour ceux qui habitaient à proximité et en profitaient. Montaigu et Boufféré étaient en Poitou, tandis que Saint-Hilaire-de-Loulay faisait partie des Marches avantagères du Poitou, deux contrées où certaines marchandises (par exemple le sel) étaient taxées différemment. La "chapelle Saint-Lazare" se trouvait à quelques pas de cette frontière douanière surveillée par les "agents des traites", qui exerçaient une profession parfois risquée. Ainsi, François-Nicolas Dubuisson-Aubenay raconte en 1636 que : "Les commis des traites foraines furent chassés de Montaigu par une querelle et escarmouche qu'ils eurent avec ceux du prochain village de Saint-Hilaire qui en tuèrent et blessèrent beaucoup. Ils se sont donc contentés de se tenir à l'Hébergement […] et à la Bruffière, de l'autre costé de Montaigu. […] Ils font de grandes exactions et concussions horribles"[10]. La présence immédiatement proche de "l’arbre à l’Assassin" avec les histoires, fondées ou non, qui pourraient expliquer les origines de son nom, ne faisait qu’ajouter à cette inquiétante réputation.

Sources et références

(sauf mention contraire, les illustrations sont dues à M. Mignet)

[1]

Mignen (Gustave), Paroisses, églises et cures de Montaigu "Bas-Poitou", 1900, p. 185 à 189 (tiré à part de l’Annuaire de la Société d’Émulation de la Vendée).

 
[2]

Feuille 131 – Nantes de la carte de Cassini, levée et gravée entre 1783 et 1786 à l’échelle d’une ligne pour cent toises, soit 1/86 400 (la feuille 99 – Mortagne, couvrant le secteur immédiatement à l’est de Montaigu, avait été levée et gravée entre 1763 et 1769). 

 
[3]

Acte notarié du 26 janvier 1790, étude de Louis Musset de la Bretonnière fils (Arch. dép. de la Vendée : 3 E 27/180).

 
[4]

Relevés effectués sur le terrain en 2011-2012.

 
[5]

En 1793, les Luneau prirent part à l’insurrection contre les révolutionnaires. L’un d’entre eux se trouvait à Noirmoutier au tout début janvier 1794 lorsque les républicains reprirent l’île, y massacrant une bonne partie de la population. Il en réchappa miraculeusement, se cachant dans les roseaux des marais, et en reconnaissance il éleva une croix en bois à "la Marionnière" où il habitait, la "croix Luneau", croix qui fut remplacée en 1865 par la croix en pierre actuelle (Archives paroissiales de Saint-Hilaire-de-Loulay, v. 1897).

 
[6]

les Petits Bollandistes – la vie des saints, tome 14e (du 1er au 31 décembre), 1878, p. 340-344.

 
[7]

Evangile selon saint Luc, chapitre 16, versets 19 à 31. Cette "parabole de l’homme riche et du pauvre Lazare" aborde le sens de la vie, l’égale dignité de tous les hommes quels qu’ils soient, la difficulté pour les plus riches à être conscients du sort de ceux qui le sont moins… 

 
[8]

Entretiens en 2012 avec Denise Favreau-Bourquie (1920-2015), née à Montaigu dont elle connaissait d’autant mieux les différents aspects de la vie quotidienne, qu’elle y avait toujours vécu.

 
[9]

Plans cadastraux de Montaigu (Arch. dép. de la Vendée : 3 P 146 et 2313 W 146) et de Saint-Hilaire-de-Loulay (Arch. dép. de la Vendée : 3 P 224 et 2313 W 224).

 
[10]

Dubuisson-Aubenay (François-Nicolas), "Itinéraires de Bretagne en 1636", première édition in Archives de Bretagne, 1902, p. 170. Une nouvelle édition, étoffée de très nombreuses et judicieuses illustrations et contextualisations, en a été réalisée en 2006 : "La Bretagne d'après l'Itinéraire de Monsieur Dubuisson-Aubenay", 1113 p.

 

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