Archives départementales de la Vendée avec le concours de la Société d'émulation de la Vendée Dictionnaire des toponymes

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Montaigu > Saint-Maurice (collégiale)

Notice rédigée par : Maurice Mignet

Nature(s) du lieu

Catégorie : Église, établissement religieux Masquer
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  • Nature : Église, établissement religieux
    Précision sur la nature du lieu : église collégiale désaffectée
  • Localisation : La "collégiale Saint-Maurice" est située le long de la rue de Tiffauges, près de son carrefour avec la rue Saint-Lucas.
  • Coordonnées
    • Coordonnées cadastrales napoléoniennes : A 229
    • Coordonnées cadastrales moderne : AE 313

Etymologie

Le nom de l’ancienne "collégiale Saint Maurice" est lié au prénom que portaient traditionnellement au Moyen Age les premiers seigneurs de Montaigu.

Données historiques

Histoire et archéologie

Cinq seigneurs de Montaigu portèrent le nom de Maurice entre le XIe et le XIVe siècle. En 1438, leur successeur, Jean III Harpedane (1408-1461) qui avait été aux côtés de Jeanne d’Arc lors de la délivrance d’Orléans en 1429, y fonda une collégiale sous le vocable de "saint Maurice". Il imitait en cela son voisin et grand-oncle, Olivier de Clisson qui, en 1407, avait fondé par testament une collégiale dans l’église Notre-Dame de Clisson. Le chapitre collégial Saint-Maurice réunissait six chanoines séculiers dont la mission était avant tout religieuse, mais qui avaient aussi un rôle social, c’est ainsi que les fonctions de maître d’école de Montaigu furent désormais sous la responsabilité de l’un d’entre eux.

La "collégiale Saint-Maurice" (30 x 9 m), seul bâtiment religieux du Montaigu de 2012
datant d’avant la Révolution.
A gauche, la porte donnant dans le jardin de la maison canoniale dite "le doyenné" ;
au centre, le bâtiment de la
"collégiale Saint-Maurice" puis, accolé, sa sacristie ;
à droite, l’angle de la maison canoniale dite
"la sous-chantrerie".

La collégiale fut établie dans la chapelle du Château, dont la crypte servait d’enfeu (lieu de sépulture) pour les seigneurs de Montaigu. Cette chapelle fut ruinée lors des guerres de Religion, puis démolie dans les années 1630 par Gabriel de La Lande de Machecoul (1601-1660), nouveau seigneur de Montaigu et protestant. La crypte, qui avait survécu avec "ses voûtes en ogives, ses colonnettes, ses frises, ses peintures murales, ses dalles tumulaires" (Dugast-Matifeux), fut détruite par Armand Trastour, maire de Montaigu, dans les années 1850[1].

En 1585, le passage des seigneurs de Montaigu au protestantisme avait obligé les chanoines de la collégiale à quitter la chapelle du Château. Ils firent édifier dans la ville le bâtiment actuel, en 1613. On trouve cette date gravée sur l’une des poutres de sa charpente, avec le nom de René Chardonneau, le doyen du chapitre à l’époque : Anno Domini 1613 Renatus Chardonneau decanus dixit cum psalmus 25 : "Domine dilexi decorem domus tuæ et locum habitationis tuæ. C. IV" / L’an du Seigneur 1613, René Chardonneau, doyen, dit avec le psaume 25 : "J’aime la splendeur de ta maison, Seigneur, et le lieu où tu résides !", verset traditionnellement récité lors de la consécration d’un édifice religieux et dont la fin originale était modifiée pour l’événement. Au fil des années, il abrita les sépultures de certaines familles de notables de Montaigu et des environs[2] ; la Révolution fit disparaître leurs tombes.

Aux XVIIe et XVIIIe siècles, les désormais sept membres du chapitre habitaient dans des maisons en ville, dont trois "maisons canoniales" : celle dite "la sous-chantrerie", seule existant encore aujourd’hui, était dans les années 1760 contiguë à la maison des de La Revellière-Lépeaux, et se trouvait en face de la collégiale ; celle dite "le doyenné" lui était voisine, à l’entrée de la "rue Saint-Lucas" ; et la dernière était située à l’autre extrémité de cette même rue. A partir de l’été 1791, ayant refusé de prêter serment à la Constitution civile du clergé, les chanoines furent contraints à la clandestinité. Trois d’entre eux furent massacrés par Kléber le 30 septembre 1793, et les restes de leurs corps coupés en morceaux furent jetés dans un puits du couvent proche des Fontevristes ; leurs ossements en furent retirés vers 1815, par le maçon Désiré-Martial Poulain (1782-1854)[3].

Après avoir servi un temps de lieu de réunion pour l’administration municipale du canton de Montaigu[4], le bâtiment fut vendu comme bien national. C’est à cette époque qu’il fut dépouillé de ses attributs religieux, de sa voûte lambrissée et peinte en bleu émaillé d'étoiles d'argent, aux pierres tombales de son sol, en passant par son clocher en bois couvert d’ardoises. La petite terrasse le précédant le long de la rue disparut elle aussi, et il fut utilisé comme grange et écurie par ses acquéreurs.

A quelques exceptions près, les fermes de la charpente d’origine subsistent, avec entraits, poinçons, et les courbes destinées à recevoir les bardeaux formant le berceau en plein-cintre surbaissé de la voûte[5]. Sur les murs latéraux de la nef se voient encore des éléments décoratifs du XVIIe siècle : moulures, corniches, faux-pilastres cannelés, entourages des baies, en plein-cintre comme il se devait alors, et plaqués sur leur ouverture extérieure en ogives…

La "collégiale Saint-Maurice" en 2015, avec sa charpente
et des éléments du décor qui en ornait à l’origine les murs.

Autres mentions

Avant l’établissement du cadastre en 1814, l’actuelle "rue de Tiffauges" était appelée "rue Saint-Maurice" dans les écrits administratifs.

La "collégiale Saint Maurice", acquise par la ville de Montaigu en 2004, est devenue propriété du Conseil général de la Vendée en 2008.

[1]

Laronze (Georges), Montaigu, ville d'histoire (IVe-XXe siècle), 1958, p. 19. Bonetti (Philippe) et David (Abel), Montaigu, parcours historiques, 1998, p. 42-44. 

 
[2]

Brochard (Florent), le Chapitre collégial Saint-Maurice de Montaigu au XVIIIe siècle, 2001, 163 p.

 
[3]

Mignen (Gustave), les Religieuses Fontevristes de Notre-Dame de Saint-Sauveur à Montaigu, 1901, p.1...

 
[4]

Procès-verbal du 22 février 1796 de la nomination du président de l’administration municipale du canton de Montaigu (Arch. dép. de la Vendée : L 174).

 
[5]

Le Théâtre de l’art de charpenterie en Bas-Poitou, catalogue d’exposition, 1995, p. 56-57 et 72-73.

 

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