Archives départementales de la Vendée avec le concours de la Société d'émulation de la Vendée Dictionnaire des toponymes

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Montaigu > Saint-Nicolas (pont)

Notice rédigée par : Maurice Mignet

Nature(s) du lieu

Catégorie : Voie de communication (hors rue) Masquer
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  • Nature : Voie de communication (hors rue)
    Précision sur la nature du lieu : pont
  • Localisation : Le "pont Saint-Nicolas" traverse la Maine, reliant la Vieille Ville de Montaigu au "faubourg Saint-Nicolas".

Données historiques

Histoire et archéologie

En 1174, dans la première charte de fondations (donations) de "l'Aumônerie-Hôpital" de Montaigu qui nous soit parvenue, Maurice II de Montaigu évoque, "les moulins attenant le pont Saint-Nicolas", ainsi que le "Pont-Neuf"[1], ce qui montre l’ancienneté de ces deux ponts qui existaient donc déjà avant cette date.

Le "Pont-Neuf" actuel est toujours celui de cette époque, mais le "pont Saint-Nicolas" a, lui, connu des reconstructions successives. L’architecture de celui qui fut détruit en 1979 le faisait dater de la fin du Moyen Age.

Le 7 février 1636, François-Nicolas Dubuisson-Aubenay, le traversant, le décrit avec "deux grandes arches rondes de pierre et deux autres couvertes de planches"[2]. En 1812, lors de la création de la route de Montaigu à "Napoléon-sur-Yon" (La Roche-sur-Yon), un plan présente le "pont de Saint-Nicolas" mesurant 42 m de long sur 6,50 m de large, avec quatre arches en pierre, suivies de madriers sur l’emplacement de l’ancien pont-levis qui précédait l’ancienne "porte Saint-Nicolas"[3]. Ceux-ci furent remplacés en 1812 par une cinquième arche. En 2012, on en devinait encore des restes, les seuls subsistant de l’ancien pont qui, au milieu du XIXe siècle, avait été élargi par l’ajout de trottoirs en encorbellement.

C’est sur ce pont qu’au début octobre 1793, Charles Poulain, curé de Saint-Nicolas, arrêté à La Bruffière, fut assassiné par les "Bleus". Jeté dans la rivière et arrêté par la chaussée du "Moulin Gros", son corps, fut retiré peu après par le meunier qui l’inhuma près de la berge[4]. Quand on voulut le récupérer quelques années plus tard pour lui donner une sépulture plus décente, on s’aperçut que les divagations de la Maine l’avaient fait disparaître.


Le "pont Saint-Nicolas" vers 1910 (à gauche, en haut),
puis avant (à gauche, en bas) et après (à droite) l’intervention, en 1979/1980,
de Robert Thomas (1919-2009, photo © mairie de La Chevrolière),
alors chef des Ponts et Chaussées pour la Vendée,
et initiateur de la destruction du pont médiéval de Montaigu.

A la fin des années 1970, l’accroissement du trafic routier fit craindre pour sa solidité. Robert Thomas, l’acariâtre et donc convaincant chef des services de l’équipement de la Vendée, imposa sa destruction pour en construire un nouveau en béton. C’est ainsi qu’en 1979 le pont médiéval de Montaigu fut démoli[5]. Cependant seulement quelque deux ans plus tard, la circulation des poids-lourds qui avait motivé cette destruction, fut interdite sur le pont qui l’avait remplacé et fut déviée par le pont de la Zone industrielle nord de Montaigu.

Cette disparition du "pont de Saint-Nicolas" a été une catastrophe majeure pour le patrimoine de Montaigu, et lors de la démolition de ce pont multiséculaire, certains, allant jusqu’à douter du diagnostic, s’interrogèrent sur le bien-fondé de la "solution" de destruction adoptée, et sur ce qui avait pu motiver les techniciens qui l’avaient initiée[6]

Autres mentions

Au début de 1812, le jeune ingénieur des ponts et chaussées chargé de remplacer par une arche en pierre la partie encore en bois du pont[3], fut le très anti-bonapartiste Augustin Fresnel (1788-1827, portrait ci-contre), en poste en Vendée depuis 1809. Quelques années plus tard, il se fera connaître, par ses travaux sur les interférences lumineuses et sur la nature ondulatoire de la lumière[7]. Ses découvertes font de lui le fondateur de l’optique moderne[8]. Leurs applications (telles les lentilles à échelons, ou "lentilles de Fresnel") révolutionnèrent à l’époque les systèmes d’éclairage des phares qui virent leurs performances quadrupler. Elles sont toujours d'actualité deux siècles plus tard.

Augustin Fresnel, (gravure d’A. Tardieu, 1825).

 

[1]

Mignen (Gustave), Chartes de Fondations pour l'Aumônerie-Hôpital de Montaigu (Bas-Poitou), 1904, p. 16. 

 
[2]

Dubuisson-Aubenay (François-Nicolas), "Itinéraires de Bretagne en 1636", 1re édition in Archives de Bretagne, 1902, p. 163.

 
[3]

Fresnel (Augustin), Coupe de l’arche à construire au pont Saint-Nicolas, 8 mars 1812 (Arch. dép. de la Vendée : SS 254-15).

 
[4]

Mignen (Gustave), Paroisses, églises et cures de Montaigu "Bas-Poitou", 1900, p. 184.

 
[5]

Cf. les articles dans le Bulletin du District de Montaigu (n°11, 1979, p. 21 ; et n°12, 1980, p. 25), où le conseil municipal en est réduit à se féliciter de la destruction de ce pont médiéval.

 
[6]

Témoignage de Christian Suire, en 2012. Les interrogations sur les motivations ayant poussé à la "solution destruction" du pont médiéval de Montaigu, portaient sur les conséquences des primes pratiquées à l’époque pour les travaux initiés par différents services techniques départementaux, qui les poussaient à des pratiques professionnelles qui à défaut d’être illégales étaient d’une moralité plus que douteuses ; ainsi pour les opérations de remembrements menées alors par la Direction Départementale de l’Agriculture. 

 
[7]

Arago (François), "Notice biographique de Fresnel", in Œuvres complètes, 1854, "Notices biographiques", t. 1, p. 107-185.

 
[8]

Œuvres complètes d’Augustin Fresnel, 1866, tome 1, 804 p. ;  tome 2, 864 p. ; tome 3, 751 p.

 

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