Archives départementales de la Vendée avec le concours de la Société d'émulation de la Vendée Dictionnaire des toponymes

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Montaigu > Saint-Nicolas (pont)

Notice rédigée par : Maurice Mignet

Nature(s) du lieu

Catégorie : Voie de communication (hors rue) Masquer
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  • Nature : Voie de communication (hors rue)
    Précision sur la nature du lieu : pont
  • Localisation : Le "pont Saint-Nicolas" traverse la Maine, reliant la Vieille Ville de Montaigu au "faubourg Saint-Nicolas".

Données historiques

Histoire et archéologie


Le "pont Saint-Nicolas" franchit "la Maine", reliant "la Vieille Ville" de Montaigu au "faubourg Saint-Nicolas". Un pont existait en cet endroit bien avant 1174. En effet, dans la première charte de fondations (donations) qui nous soit parvenue de "l'Aumônerie-Hôpital" de Montaigu, Maurice II de Montaigu évoque "les moulins attenant le pont Saint-Nicolas", ainsi que le "Pont-Neuf"[1].

Le "Pont-Neuf" actuel est toujours celui qui existait déjà à cette époque, mais pour "le pont Saint-Nicolas", celui-ci a connu des reconstructions successives. L’architecture de celui qui fut détruit en 1979 le faisait dater de la fin du Moyen Age. Il est décrit par François-Nicolas Dubuisson-Aubenay, qui le traversa le 7 février 1636 : "[...] pont de Saint-Nicolas, de deux grandes arches rondes de pierre et deux autres couvertes de planches"[2].

Le "pont Saint-Nicolas" avec les becs protégeant ses piles en amont...
- vers 1910 (en haut à gauche),
- vers 1960 (en bas à gauche)
Et (à droite) le nouveau pont après l’intervention, en 1979/1980,
de Robert Thomas (photo mairie de la Chevrollière),
alors chef des Ponts et Chaussées pour la Vendée,
et initiateur de la destruction du pont médiéval de Montaigu.


C’est sur ce pont qu’au début octobre 1793, Charles Poulain, curé de Saint-Nicolas, arrêté à La Bruffière, fut assassiné par les "Bleus" qui jetèrent son corps dans la rivière. Celui-ci fut arrêté par la chaussée du "moulin Gros" et retiré peu après par son meunier qui l’enterra près de la berge[3]. Quand on voulut le récupérer quelques années plus tard pour lui donner une sépulture plus décente, on s’aperçut que les divagations de "la Maine" l’avaient fait disparaître.

En 1812, lors de la création de la route de Montaigu à "Napoléon-sur-Yon" (La Roche-sur-Yon), un plan présente "le pont de Saint-Nicolas" mesurant 42 m de long sur 6,50 m de large, avec quatre arches en pierre, suivies de madriers sur l’emplacement de l’ancien pont-levis qui jusqu'alors précédait l’ancienne "porte Saint-Nicolas"[4], disparue alors depuis longtemps. Ceux-ci furent remplacés à cette date par une cinquième arche. En 2012, on en devinait encore des restes, qui sont les seuls subsistant de l’ancien pont qui, au milieu du XIXe siècle, avait été élargi par l’ajout de trottoirs en encorbellement.

A la fin des années 1970, l’accroissement du trafic routier fit craindre pour la solidité du pont. Robert Thomas, l’acariâtre et donc convaincant[5] chef des services de l’équipement de la Vendée, imposa sa destruction pour en construire un nouveau en béton. C’est ainsi qu’en 1979 le pont médiéval de Montaigu fut démoli[6], tandis que seulement quelque deux ans plus tard, la circulation des poids-lourds qui avait été un des motifs majeurs invoqués pour justifier sa destruction, fut interdite sur son remplaçant et fut déviée par le pont voisin passant par la Zone industrielle nord de Montaigu.

 

Le côté aval du "pont Saint-Nicolas"
- a priori dans les années 1840,
sur une lithographie imprimée à Nantes chez Charpentier et intitulée :

"Vue du pont de Montaigu prise du jardin de Mr Rochefort",
avec en arrière-plan la chaussée du moulin Saint-Nicolas
 ;
- et entre 1900 et 1910 vu de l’autre rive, sur une carte postale.


La disparition du "pont de Saint-Nicolas" a été une catastrophe majeure pour le patrimoine de Montaigu, et lors de la démolition de ce pont multiséculaire, certains, mirent en doute la crédibilité du diagnostic, et s’interrogèrent sur le bien-fondé de la "solution" de destruction adoptée, voire sur les motivations réelles des techniciens qui l’avaient initiée[7].

 

Autres mentions


Au début de 1812, le jeune ingénieur des ponts et chaussées qui fut chargé de remplacer la partie encore en bois du pont par une arche en pierre[4], fut le très anti-bonapartiste Augustin Fresnel (1788-1827), en poste en Vendée depuis 1809. Dans les années suivantes, il se fera connaître, par ses travaux sur les interférences lumineuses et sur la nature ondulatoire de la lumière[8].

Ses découvertes font de lui le fondateur de l’optique moderne[9]. Leurs applications (telles les lentilles à échelons, dite "de Fresnel") non seulement révolutionnèrent à l’époque les systèmes d’éclairage des phares qui virent leurs performances quadrupler, mais elles sont toujours utilisées deux siècles plus tard.

Ci-contre, Augustin Fresnel en 1825,
d'après une gravure d’Ambroise Tardieu
.

 

 

"Élévation du pont Saint-Nicolas à Montaigu"
fait à Napoléon le 8 mars 1812 (signé : Fresnel ),
avec à droite l'arche proposée (et qui sera réalisée)
pour remplacer l'espace couvert jusqu’alors par des madriers,
en avant de
"la porte Saint-Nicolas" d'autrefois.

 

Sources et références

(sauf mention contraire, les illustrations sont dues à M. Mignet)

[1]

Mignen (Gustave), Chartes de Fondations pour l'Aumônerie-Hôpital de Montaigu (Bas-Poitou), 1904, p. 16.

 
[2]

Dubuisson-Aubenay (Nicolas), "Itinéraires de Bretagne en 1636", 1re édition in Archives de Bretagne, 1902, p. 163.

 
[3]

Mignen (Gustave), Paroisses, églises et cures de Montaigu "Bas-Poitou", 1900, p. 184.

 
[4]

Fresnel (Augustin) : Coupe de l’arche à construire au pont Saint-Nicolas, 8 mars 1812 (Arch. dép. de la Vendée : SS 254-15).

 
[5]

Robert Thomas (1919-2009), interrogé quelque vingt ans plus tard, évoquait qu'il avait durant toute sa carrière mis un point d'honneur à toujours imposer ses décisions aux élus, quels qu'ils soient, à qui il avait eu à faire.

 
[6]

Cf. les articles dans le Bulletin du District de Montaigu (n°11, 1979, p. 21 ; et n°12, 1980, p. 25), où le conseil municipal en est réduit à se féliciter de la destruction de ce pont médiéval.

 
[7]

Selon le témoignage en 2012 de Christian Suire (qui avait, à l'époque, plus que douté de la fragilité du "pont Saint-Nicolas"), les interrogations sur les motivations ayant poussé à ne proposer comme seule "solution" sa destruction, auraient pu être influencées par les primes pratiquées alors pour les travaux initiés par certains services techniques départementaux, et calées sur le montant des travaux engagés. Elles seraient à comparer avec ce qui a été pratiqué dans ces années-là lors des opérations de remembrements menées par le Génie rural.

 
[8]

Arago (François), "Notice biographique de Fresnel", in Œuvres complètes, 1854, "Notices biographiques", tome 1, p. 107-185.

 
[9]

Œuvres complètes d’Augustin Fresnel, 1866, tome 1, 804 p. ; tome 2, 864 p. ; tome 3, 751 p.

 

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