Archives départementales de la Vendée avec le concours de la Société d'émulation de la Vendée Dictionnaire des toponymes

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Poiré-sur-Vie, Le > Surie (la)

Notice rédigée par : Maurice Mignet

Nature(s) du lieu

Catégorie : Regroupement d'habitations Masquer
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  • Nature : Regroupement d'habitations
    Précision sur la nature du lieu : village
  • Localisation : "La Surie" est un village situé à la limite sud de la commune du Poiré-sur-Vie, à pratiquement toucher la "chapelle Sainte-Radégonde" de La Genétouze.
  • Coordonnées
    • Coordonnées cadastrales napoléoniennes : Section F, 1re feuille
    • Coordonnées cadastrales modernes : Section YM

Données historiques

Histoire et archéologie

"La Surie" se situe sur le minuscule "ruisseau du Pruneau" qui forme en cet endroit la limite entre le Poiré et la Genétouze. Elle est toute proche de "la chapelle Sainte-Radégonde", située sur cette dernière commune. En 1837, le village s’é-tendait sur les deux communes, mais la partie se trouvant sur La Genétouze a été abandonnée à la fin des années 1850[1], et ses ultimes vestiges disparurent autour de 1950[2].

Venant du Poiré, à la virée du chemin menant à "la Surie" se trouve une croix en granit, haute de 5 mètres, portant l’inscription "Jean Gauvrit et Hortense Aubret - 1900" qui à cette date y étaient agriculteurs. La statue en faïence placée dans sa petite niche n’existe plus, ayant été vandalisée entre 2000 et 2005[2].

"La Surie" aux limites du Poiré et de la Genétouze,
et deux photos de sa croix de pierre, en 1971 et 2017,
avec à sa proximité
"la chapelle Sainte-Radégonde".
(plans cadastraux de 1836 du Poiré et de 1837 de la Genétouze ;
et vue aérienne en 2013, environ 450 x 330 m)

Le dimanche suivant le 15 août, c’est par ce chemin que les paroissiens du Poiré vont à pied en pèlerinage à "la chapelle Sainte-Radégonde" (orthographiée avec un "é", pour respecter la prononciation locale). Une statue de cette sainte se trouve dans l’église du Poiré.

Dans les années 1930, "l’érudit local" Marcel Baudouin (1860-1941), bien connu pour son imagination débordante, a voulu donner à "la Surie" une étymologie la faisant remonter à l’époque gallo-romaine. Selon lui, qui voyait aussi la présence d’une ancienne voie romaine à "la Thibaudière" voisine, son nom serait venu de l’attribution d’un lot de terre en cet endroit, à un vétéran d’une légion romaine ayant combattu en Syrie... d’où, à peine déformé, le nom du village[3].

 

Autres mentions

L’origine de la "chapelle sainte Radégonde", près de "la Surie", remonterait à l’époque de Richard Cœur de Lion qui, le 5 mai 1190, fonda au "Lieu Dieu" de La Genétouze une abbaye transférée en 1197 à Jard. Elle fut incendiée en 1568 par les huguenots.

Sous la Révolution, elle échappa aux destructions, bien qu’on s’y réunît et que "quelques personnes se permettaient d’y faire des lectures". Les membres de l’administration de la municipalité cantonale du Poiré, nommée par le pouvoir en place à l’époque, demandèrent que ces réunions de prières soient interdites, car pouvant "devenir par la suite dangereuses"[4]. Faisant preuve d’une plus grande intelligence politique, Joseph Gobin, le commissaire contrôlant pour le pouvoir le canton d’Aizenay dont faisait alors partie La Genétouze, redonna aux choses leur juste dimensions et calma ses inquiétudes non justifiées[5].

La "chapelle sainte Radégonde" a été restaurée en 1863 puis en 2007 par des fidèles bénévoles. Son autel, de 1885, de style roman et en pierre blanche est l’œuvre du sculpteur Morteau, de Luçon. Les lambris intérieurs ont été réalisés en 1931 par M. Guilbot, artisan local. Sa cloche a été refondue en 1979 grâce à un don. Son chemin de croix, de 1891, a été restauré en 2009. La statue de sa sainte patronne (hauteur : 0,90 mètre), en bois polychrome et datant de 1635, a été classée "monument historique" en 1969[6].

Différentes vues de la "chapelle Sainte-Radégonde" au début du XXIe siècle,
de ses pèlerinages dans les années 1950 et 2010,
et de quelques-uns de ses restaurateurs bénévoles en 2007.

La vie de sainte Radégonde de Poitiers (520-587), devenue reine des Francs vers 539 en épousant Clotaire Ier, fils de Clovis, a été racontée par le vénérable Hildebert de Lavardin (1056-1134). Entre autres faits de sa vie mouvementée, il y relate le célèbre miracle à l’origine de la chapelle de La Genétouze :

"La bienheureuse Radégonde ayant quitté la cour de son époux, fut consacrée au Seigneur par saint Médard, évêque de Noyon, et se réfugia à la villa de Saix, en Poitou, qu'elle avait reçue du roi. On vint lui annoncer que Clotaire s'était mis en route pour la chercher, la ramener dans son palais et la reprendre en qualité d'épouse. Alors elle s'enfuit. Dans sa course précipitée, et sur le point d'être prise par ceux qui la poursuivaient, elle rencontra un paysan occupé à semer de l'avoine. "Mon bon frère, lui dit-elle, lorsque quelqu'un vous interrogera et voudra savoir de vous si la reine a passé par ce chemin, vous répondrez conformément à la vérité : "Personne n'a passé depuis que j'ai semé". Le paysan promit de se rendre aux désirs de l'étrangère, et aussitôt l'avoine se mit à croître à une telle hauteur que la sainte put s'y dérober à tous les regards. Le roi arriva bientôt après, et ayant interrogé le laboureur, il en reçut la réponse dictée par Radégonde. Clotaire, tournant alors les yeux vers le champ, vit le prodige, y reconnut la main du Dieu tout puissant, et s'en retourna sur ses pas"[7].

C’est dans le petit pré où s’élève la "chapelle sainte Radégonde" que la tradition localise cet événement connu sous le nom de "miracle des Avoines"[8].

La Chronique paroissiale de la Genétouze évoque le développement dans la seconde moitié du XIXe siècle de la dévotion locale à sainte Radégonde, et elle cite de façon circonstanciée une quinzaine de "faveurs", c’est-à-dire de guérisons pouvant être considérées comme quasiment miraculeuses, attribuées à la sainte[9]. Celle-ci était plus spécialement invoquée, évidemment avec succès, pour les enfants qui tardaient à marcher.

 

Sources et références

(sauf mention contraire, les illustrations sont dues à M. Mignet)

[1]

Plans et états de sections des cadastres du Poiré de 1836) et de La Genétouze de 1837 (Arch. dép. de la Vendée : 3P 178 et 3P 098 et 6M 165) ; et recensements de La Genétouze (Arch. dép. de la Vendée : 6M 165).

 
[2]

Entretiens avec Georges Gauvrit, né en 1938 au village de "Saint-Georges" où il a vécu jusqu’en 2007, et arrière-petit-fils de Jean Gauvrit et de son épouse Hortense Aubret, de "la Surie", à l’origine de cette croix.

 
[3]

Pour Marcel Baudouin (1860-1941), voir l’hommage qui lui est rendu à sa mort dans le Bulletin de la Société préhistorique de France, tome 38, n°1-2, 1941. p. 15-26 (séance du 27 février 1941). Y sont évoquées ses innombrables publications dans les journaux et revues de l'Ouest : Le Phare de la Loire, l’Ouest-Eclair, la Revue du Bas-Poitou, la Terre Vendéenne, Olonna, les Vendéens de Paris, les bulletins de la Société d'Emulation de la Vendée, de la Société des Sciences Naturelles de l’Ouest, de la Société de Géologie de Bretagne, de la Société Archéologique de Nantes, etc., parmi lesquelles ses articles sur la toponymie locale dont celui sur "la Surie".

 
[4]

Courrier de la municipalité du canton du Poiré à l’administration municipale d’Aizenay, 26 février 1798 / 8 ventôse an VI : "Nous avons appris par la voie publique qu’il se fait des rassemblements dans la commune de la Genétouze, de votre canton, à la chapelle de sainte-Radégonde et notamment hier, et que quelques personnes se permettent d’y faire des lectures. Nous vous en prévenons afin que vous empêchiez ces rassemblements qui pourraient devenir par la suite dangereux. Nous nous reposons sur votre zèle et sommes avec fraternité […]" (Arch. dép. de la Vendée : L 1239).

 
[5]

Sous le Directoire (1795-1799), Joseph Gobin (1768-1810), notable d’Aizenay, fut chargé par les autorités départementales de la surveillance de la municipalité cantonale locale et de ses habitants. Il est aussi connu pour voir alors arrondi sa fortune grâce à l’acquisition à bon compte de bien nationaux, dont certains se retrouvent encore chez ses descendants plus de deux siècles plus tard.

 
[6]

Cf. le site du doyenné d’Aizenay - paroisse Saint-Pierre-des-genets : la chapelle Sainte-Radégonde, et biographie de sainte Radégonde. Voir aussi de Jean Quéchon : La Genétouze, synopsis de l’histoire de la chapelle Sainte-Radégonde, 1992, 17 p.

 
[7]

Vie de sainte Radégonde et miracles de la même sainte, par Hildebert de Lavardin († 1134), Fortunat et Baudonivia (Bibl. mun. de Poitiers, ms. 250 (136)).

 
[8]

Cependant, la commune de Saix (dans la Vienne) où s’élève aussi une chapelle Sainte-Radégonde, prétend que c’est sur son territoire que ce "miracle des Avoines" a eu lieu.

 
[9]

Boutin (Hippolyte), Chronique paroissiale de la Genétouze, 1906, p. 170-185.

 

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