Archives départementales de la Vendée avec le concours de la Société d'émulation de la Vendée Dictionnaire des toponymes

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Poiré-sur-Vie, Le > Thibaudière (la)

Notice rédigée par : Maurice Mignet

Nature(s) du lieu

Catégorie : Regroupement d'habitations Masquer
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  • Nature : Regroupement d'habitations
    Précision sur la nature du lieu : village
  • Localisation : "La Thibaudière" se situe à 1 km au Sud du centre-bourg du Poiré-sur-Vie.
  • Coordonnées
    • Coordonnées cadastrales napoléoniennes : Section G, 1re feuille.
    • Coordonnées cadastrales modernes : Section YV.

Données historiques

Histoire et archéologie

Dans la seconde moitié du XXe siècle, le village de "la Thibaudière" était constitué de deux exploitations agricoles : celle de Jean Martineau et celle de Fernand Augizeau[1]. Sa topographie dominant d'une quinzaine de mètres un petit ruisseau rejoignant "le Ruth" à quelque 350 mètres de là, expliquait le dessin de son parcellaire sur le plan cadastral de 1836[2].

"La Thibaudière" sur une vue aérienne du 2 septembre 2019 (environ 415 x 415 m),
et sur le plan cadastral de 1836.

En 2021, érigées dans les années 1880-1890,
la croix de
"la Thibaudière" (hauteur : 3,5 m),
et, en bonne partie masquée par un transformateur de l’EDF,
celle de
"la Chauchetière" (hauteur : 4,5 m).


Sa principale caractéristique est la présence d’un vaste corps de bâtiment aux allures de "logis" avec des "chambres basses et chambres hautes" traversantes, des encadrements d’ouvertures caractéristiques, qui la font dater du milieu du XVIIIe siècle. La seconde de ses habitations est à dater de la fin du XIXe siècle. La présence d’autres petites maisons sur le cadastre de 1836[2] suggère une plus grande ancienneté, mais on ne possède que peu de choses sur l’histoire de "la Thibaudière".  

En 1818, sa vaste métairie (environ 35 ha) fut achetée à Martial Fayau par Louis Gendreau, du "Fief", dont la famille en restera propriétaire jusqu’en 1990. Martial Fayau, né en 1786, "sieur" de "l’Olivière" (c’est-à-dire propriétaire à…) de Saint-André-d’Ornay, était d’une famille de notables (apothicaires, notaires, procureurs, sénéchaux seigneuriaux…) de La Roche-sur-Yon, dont la généalogie est connue depuis huit générations ce qui la fait remonter à la fin du XVe siècle. Sur le Poiré, on trouve des Fayau "sieurs de la Proutière" ou, dès les débuts du XVIIe siècle, "sieur de la Pampinière"[3], et une Louise Fayau (1679-1751) fut l’épouse de François Pierres, seigneur de "Pont-de-Vie". On ne sait si la construction de ce "logis" de "la Thibaudière", ni si les blasons sans dessins discernables, gravés sur le pignon Est et sur un ancien manteau de cheminée[4], sont à mettre en relation avec cette famille Fayau.

La façade Nord du "logis" de "la Thibaudière" (avec à droite sa "gerberie")
et, posé sur ses anciens corbeaux sculptés,
le manteau d’une de ses anciennes cheminées (longueur : 1,80 mètre)
portant un écusson non historié.


Durant la Révolution, Louis Chevillon "laboureur demeurant à la Thibaudière en cette paroisse", soutint la révolte vendéenne[5]. La tradition locale, rapportée par Jean Martineau (1916-1998)[1], dit que "Charette passa une nuit à la Thibaudière avant d'aller le lendemain aux Lucs, puis à la Chabotterie", précisant dans quelle pièce il y dormit : "...celle immédiatement à droite en entrant dans le logis". Bien que les sources de première main pouvant le confirmer fassent défaut, cette nuit pourrait être son avant-dernière nuit d'homme libre, celle du 21 au 22 mars 1796[6].

Ce même Jean Martineau découvrit près du chemin menant à "la Laitelière", peu après 1945, un sabre rouillé dont l’origine fut spontanément attribuée à la Guerre de Vendée[7].

L’endroit du "logis" de "la Thibaudière"
où Charette passa son avant-dernière nuit d’homme libre
.


Au milieu du XIXe siècle le chemin le long duquel s’élevait "la Thibaudière" et qui menait à La Genétouze, passant par "la Goichonnière", fut redressé pour aller en ligne droite jusqu’au "Recrédy". De l’autre côté de cette route, entouré d’un petit enclos en pierre de 4 mètres sur 4, fut érigée vers 1887 une croix qui, avec les six marches la précédant, a une hauteur d’environ 4,50 mètres. Son socle porte l’inscription : "Louis Salmon et Marie-Anne Salmon son épouse".

Jusqu’à la fin du XXe siècle "la Thibaudière" a eu une activité essentiellement agricole. Les bâtiments du village en montrent les évolutions et mutations, ainsi la "gerberie" (environ 19 x 5,50 m) dans la prolongation du "logis". Datant du XVIIIe siècle, c’est une des rares subsistant au Poiré trois siècles plus tard.

Cette activité a pris une forme plus intensive au cours du XIXe siècle, faisant disparaître la pratique de la jachère et des landes, et divisant les exploitations avec la création des métairies-types s’étendant en moyenne sur une vingtaine d’hectares, à une époque où "l’agriculture avait besoin de bras"[8]. Le bâtiment emblématique en a été la "grange-étable" facilitant le stockage du fourrage et sa distribution aux bêtes, apparue vers 1850 et qui se généralisa dans les cent ans suivants, à "la Thibaudière" comme ailleurs[9].

En 2021 près du "logis" de "la Thibaudière" :
sa
"gerberie" multiséculaire avec sa vieille charpente,
et sa
"grange-étable" datant, elle, du tournant du XIXe au XXe siècle,
conçue pour rationaliser le
"soin des bêtes".
En 1940, Pierre Martineau moissonnant avec ses bœufs à
"la Thibaudière"[10].


A l’exception des battages, la motorisation agricole ne prendra son essor que dans les années 1950, rendant le travail des agriculteurs plus facile, permettant le maintien ou l’amélioration du niveau de vie, et faisant disparaître la plupart des petites exploitations aux pratiques proches de l’autarcie. C’est ainsi que le nombre d’UTH par hectare de SAU (Unité de Travailleurs Humains / Surface Agricole Utile) a baissé, que les "stabulations libres" ont pris la place des "granges-étables", que les retenues collinaires pour l’irrigation des cultures se sont multipliées… et que de petits moments de vacances sont devenus possibles pour les agriculteurs. En 1990, l’une des deux exploitations de "la Thibaudière" cessa son activité, et en 2018, à l’occasion du changement de génération, l’activité agricole du village fut déplacée de quelque 500 mètres avec le passage de la production de viande bovine à trois ans à celle de veaux de six mois[1].

L’étang pour l’irrigation de la "la Thibaudière" au début de l’automne 2021,
avec en arrière-plan sa stabulation libre.
Et à la même époque, l’atelier d’élevage de veaux délocalisé près de
"la Chauchetière".


Après l’arrêt ou le déplacement de ses activités agricoles, "la Thibaudière" n’a plus qu’une fonction résidentielle, ne comptant plus que 4 habitants en 2021. Elle en avait une petite vingtaine au début du XIXe siècle, plus du double cent ans plus tard, et 14 lors du recensement de 1968[11].
 

"La Thibaudière" en 2021 avec ses deux habitations et leurs dépendances…
- à gauche, celles de son dernier agriculteur,
- à droite, celles de nouveaux venus en Vendée.

 

Sources et références

(sauf mention contraire, les illustrations sont dues à M. Mignet)

[1]

Entretiens en 2021 avec Daniel Martineau, dont la famille a vécu à "la Thibaudière" durant des générations, et avec Armand Audureau, qui en prit la suite en 1976 et y habite depuis lors.

 
[2]

Registres et plans cadastraux de 1836 du Poiré (Arch. dép. de la Vendée : 3 P 178-24).

 
[3]

Cf. le site Familles de Vendée, consulté le 14 octobre 2021. Martial Fayau est lointainement apparenté à Joseph Fayau se disant "des Brétinières" (1766-1799), un des fils de Jean-Baptiste Fayau "sieur de la Pampinière". Ce Joseph Fayau, avocat, est le personnage le plus connu de la famille Fayau, pour avoir été député de la Convention nationale où il se fit remarquer par ses positions "d'ultra-gauche" et par ses propositions hystérisées telle son intervention du 17 brumaire de l’an 2 (7 novembre 1793) : "On n'a point assez incendié dans la Vendée : la première mesure à prendre est d'y envoyer une armée incendiaire ; il faut que pendant un an nul homme, nul animal, ne trouve de subsistance sur ce sol." (cf. la Gazette nationale ou le Moniteur universel, n°50, du 20 brumaire de l’an 2, p. 5). 

 
[4]

Située primitivement sur l’extérieur du pignon Est du "logis", cette ancienne cheminée montre que celui-ci était plus long autrefois (ayant environ 28 mètres), et qu’il était centré sur son actuelle porte d’entrée. Elle a été démontée en 1982, ses corbeaux reposaient sur des montants formés chacun par une colonne, et sa largeur totale était d’environ 2,20 mètres. 

 
[5]

Cahier des réquisitions de l’armée catholique et royale dans la paroisse du Poiré (Méd. mun. de La Roche-sur-Yon : ms 019), extrait : réquisitions à "la Thibaudière" ; voir aussi de Lorvoire (Jean-Claude), "les Réquisitions de l’armée catholique et royale dans la paroisse du Poiré-sur-Vie", in Recherches vendéennes, n° 3, 1996, p. 257-299. 

 
[6]

Pour les raisons que l'on devine, on ne connaît pas au jour le jour les déplacements de Charette. Les récits de sa prise le 23 mars 1796 près de "la Chabotterie" sont au mieux de deuxième main et ne relatent l'événement dans le détail qu'à partir de son arrivée le soir du 22 mars à "la Pellerinière" des Lucs. Dans la Revue du Bas-Poitou, année 1910, p. 113 à 147, Alain de Goué fait une étude critique et minutieuse des sources (mais de 2e ou de 3e main, sinon plus) s’y rapportant ; l’absence de fiabilité de celles voulant que Charette serait arrivé à "la Pellerinière" venant de Saint-Philbert-de-Bouaine, donne une petite crédibilité pour le passage à cette date de Charette à "la Thibaudière".
Il n’est pas impossible qu’une confirmation de ce passage à "la Thibaudière" puisse être retrouvée un jour dans les archives de Béjarry à Saint-Vincent-Puymaufrais.

 
[7]

Remis au presbytère du Poiré, ce sabre y fut accroché sur un des murs de son entrée jusqu'en 1958, année après laquelle on perd sa trace. Ayant ou non de rapport avec cette découverte, on rappellera que les Procès-verbaux de la Municipalité cantonale du Poiré de cette époque font état le 28 brumaire an 6e (18 novembre 1797), d'une "charrette chargée d'effets" destinés à la petite troupe de Charette, qui avait été cachée précédemment "en une pièce de genet" près de "la Goichonnière", c'est-à-dire à plus ou moins 1 km de là (Arch. dép. de la Vendée : L 1240).

 
[8]

Cf le chapitre "Culture du Bocage", p. 506 à 544 de Statistique ou description générale du département de la Vendée, de La Fontenelle de Vaudoré (Armand-Désiré de), 1844, 944 p., qui reprend et complète abondamment l’ouvrage du même titre de Jean-Alexandre Cavoleau, 1818, 390 p., soulignant les évolutions s’étant produites en un demi-siècle. 

 
[9]

Pour la diffusion de nouveaux modèles de constructions agricoles, voir de Garric (Jean-Philippe) et Nègre (Valérie) : La Ferme réinventée, constructions agricoles du XIXe siècle (catalogue de l’exposition tenue du 24 février au 30 septembre 2001 à la Garenne-Lemot, Gétigné), éd. du Conseil général de Loire-Atlantique, 2001, 158 p., plus particulièrement dans le chapitre 7 : "Des bâtiments propres à loger les animaux", les pages 94 à 107.

 
[10]

Photo "Faire les métivesen 1940 à la Thibaudière : à gauche, Pierre Martineau (1876-1954), sur la faucheuse son fils Georges (1920-2009) et derrière sa fille Marguerite (1913-2007), à droite le valet Louis Guillet de "la Côtrelière". Les bœufs s’appellent Bourgadin et Fainéant ; dans les exploitations proches du bourg, on donnait souvent ces noms à une de ses paires de bœufs, afin de se donner le malin plaisir qu’on imagine quand on était amené à leur faire traverser le bourg (source : Daniel Aubret, arrière-petit-fils de Pierre Martineau).

 
[11]

Recensements de la population du Poiré (Arch. dép. de la Vendée : L 288, 6 M 280-281-282). 

 

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