Archives départementales de la Vendée avec le concours de la Société d'émulation de la Vendée Dictionnaire des toponymes

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Notice rédigée par : Maurice Mignet

Graphies connues

Saint-Maurice (rue) source : Avant 1800, la "rue de Tiffauges" était appelée "rue Saint-Maurice".


Nature(s) du lieu

Catégorie : Voie de communication (rue) Masquer
Titre Image
  • Nature : Voie de communication (rue)
  • Localisation : La "rue de Tiffauges" part de "l'église Saint-Jean-Baptiste" et se dirige vers l'extrémité est de la Vieille Ville et l’ancienne "porte Notre-Dame".
  • Coordonnées
    • Coordonnées cadastrales napoléoniennes : section A
    • Coordonnées cadastrales modernes : Sections AE, AH

Données historiques

Histoire et archéologie

La "rue de Tiffauges" et ses prolongements constituent l'axe est-ouest de la Vieille Ville de Montaigu, de la "porte de Notre-Dame" à la "porte Saint-Nicolas". Elle correspondait aussi au passage dans Montaigu de la route qui, venant de Tiffauges par Saint-Symphorien, Treize-Septiers, Melay, gagnait par la "porte de Saint-Jacques" et le "pont Neuf", l'Herbergement, les Lucs, Beaufou, Palluau... puis la mer. Après 1833, cet axe se déplaça, remplacé par la nouvelle "route stratégique" de Cholet à Saint-Jean-de-Monts, traversant Montaigu par le "Champ de foire" puis par le "pont Saint-Nicolas".

En septembre 1793, comme le reste de Montaigu, ses maisons furent toutes dévastées et incendiées par les troupes révolutionnaires de Beysser puis par celles de Kléber[1], qui en firent disparaître définitivement les habitants. De retour à Montaigu, les bourgeois républicains de la ville qui s’étaient réfugiés à Nantes en mars précédant, en devinrent les nouveaux possesseurs et les réhabilitèrent en utilisant comme matériaux ceux des autres bâtiments ruinés. L’histoire de certains d’entre eux est connue depuis les années 1700, voire auparavant[2] :

A l’extrémité ouest de la "rue de Tiffauges" primitive subsiste la maison qui abritait la poste aux lettres et le cabaret contigu (nos8-10, "rue des Résistants martyrs"). Au début du XIXe siècle, elle accueillait à l’étage les réunions du conseil municipal. En face (n°2, "rue Noire"), se trouve la demeure de l’amiral Du Chaffault (1708-1794), héros de la guerre d’Indépendance américaine. Comme elle, l’ancienne demeure des Royrand de la Roussière (n°13) arbore des "bandeaux de marine" rappelant que les uns et les autres servaient dans la marine royale, comme de nombreux nobles de Montaigu et de ses environs.

La maison suivante (n°5, "place Saint-Jean-Baptiste") était celle des Richard de la Vergne, Louis (1763-1839) et Charles (1766-1829), médecins, et fils et petits-fils de médecins. Le 18 septembre 1793, ils étaient dans les rangs des insurgés lors de leur victoire à Torfou. Ils ne les suivirent pas outre-Loire fin octobre et, réussissant à échapper aux massacres des mois suivants, ils se réfugièrent à Nantes. En 1798, Charles, fut à l’origine de ce qui deviendra la "Société académique de Nantes", puis fut directeur de la nouvelle école de médecine et député de la Loire-Inférieure de 1815 à 1823. En 1786, Louis avait été l’auteur d’un remarqué "Mémoire sur la topographie médicale de la ville de Montaigu en Poitou" ; son plus jeune fils François fut archevêque de Paris (de 1886 à 1908) et cardinal en 1889. En 1809, Louis-Julien Aillery (1770-1822) acheta leur demeure afin d’y rétablir le collège, créé à Montaigu vers 1680, et que la Révolution avait fait disparaître. Ce fut un succès mais qui ne lui survécut que peu d’années. En 1840, cette maison fut achetée par Charles Dugast-Matifeux (1812-1894), collectionneur de documents historiques et érudit local. Face à elle se trouvait le "cimetière Saint-Jean" qui, fermé en 1790, entourait l’église du même nom depuis avant le XIIe siècle.

Au carrefour de la "rue de Tiffauges" et de la "rue Saint-Lucas" se trouve "l’école amiral Du Chaffault" (n°4), fondée en 1895 et transformée en conservatoire de musique un peu plus d’un siècle plus tard. En face, l’ancienne demeure des L’Épinay du Pasly (n°5). A l’autre angle, était la maison, ruinée en 1793, et dite "le doyenné" car étant celle du doyen de la "collégiale Saint-Maurice". Celle du sous-chantre de celle-ci occupe le dernier angle ; elle devint la demeure des Trastour / Gaillard, famille omniprésente à la mairie de Montaigu de 1798 à 1977. Adossée à cette "sous chantrerie", au n°1 de la "rue de la Communauté", se trouvait la demeure des Asson, puis en 1803 d’Augustin-Moïse Auvynet (1771-1853) qui était en 1795 secrétaire de Charette, et qui fut maire de Montaigu de 1801 à 1811 ; sous la Restauration, il fut élu député, puis fut nommé sous-préfet des Sables-d’Olonne.

A gauche en allant  vers le carrefour avec la "rue Traversière" sont les restes de la "collégiale Saint-Maurice", édifiée en 1613 afin d’accueillir le chapitre de ce nom. Puis (n°9) l’emplacement du second temple protestant de Montaigu, achevé en 1637-1638 et disparu après 1685. En face, est celui de la maison (détruite en 1793) de la famille de Louis-Marie de La Revellière-Lépeaux (1753-1824), député aux États-généraux puis à la Convention et, de 1795 à juin 1799 sous le Directoire, un des cinq "directeurs de la république". Au n°15, existait depuis au moins le XVIe siècle le "Grand Logis", définitivement ruiné en 1793, et ancienne demeure des Beufvier. Parmi ceux-ci, René-Augustin (1736- ? ) fut le fondateur avant la Révolution de la société de secours mutuel "la Parfaite Harmonie", réunissant des anciens de la Marine royale, et celui de plusieurs loges maçonniques ; il fut aussi un actif participant au soulèvement vendéen. De l’autre côté de la rue (en arrière du n°8), était "l’école de la Propagation", fondée en 1702, elle aussi ruinée en 1793, ses institutrices étant envoyées dans les prisons nantaises ; ses restes disparurent après 1827.

Le portail du n°10 ouvre sur le "domaine du Rocher", situé sur l’emplacement du "couvent fontevriste Notre-Dame de Saint-Sauveur" dont il ne reste plus rien. Fondé en 1626, celui-ci avait intégré comme chapelle l’ancienne "église Notre-Dame" d’origine médiévale. Il abritait un pensionnat de filles, et recevait des  dames retraitées. Son interdiction en octobre 1792 entraîna l’expulsion de sa trentaine de religieuses. Incendié en septembre 1793, il fut vendu comme bien national à différents propriétaires successifs qui en revendirent les restes comme matériaux, y compris la terre de son cimetière. Sur l’autre bord de la rue, le bâtiment hébergeant le prieur du couvent, connut le même sort ; seul en reste le puits de "l’école des Jardins" qui fut bâtie là en 1899.

Autres mentions

Au XVIIIe siècle, cette "rue de Tiffauges" accueillait cinq des douze demeures de familles nobles à Montaigu. Trois autres se trouvaient "rue Chauvinière", deux près du "pont Saint-Nicolas", les autres étant le "logis du Château" et l’actuelle "cour de la Poterie"[2]. Leurs habitants venaient y passer l’hiver et regagnaient à la belle saison leurs logis campagnards voisins. La présence de ces demeures dans la ville était le lointain héritage d’anciennes obligations féodales contraignant les vassaux à venir périodiquement assurer des services au château de leur seigneur.

Illustrations

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Vue aérienne de la "rue de Tiffauges" en 2009 (© GEOPORTAIL),
avec les bâtiments y ayant existé avant la Révolution et toujours présents en 2012
(entourage continu),
et avec ceux ayant disparu avant ou suite à la Révolution (entourage discontinu).
(environ 350 x 95 m, le nord est à 15° à gauche)

[1]

En 2012, quelques traces de ces incendies pouvaient encore se voir au n°5 de cette rue.

 
[2]

Registres de vente de biens nationaux (Arch. dép. de la Vendée : 1 Q 203), et actes notariés divers.

 

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