Archives départementales de la Vendée avec le concours de la Société d'émulation de la Vendée Dictionnaire des toponymes

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Poiré-sur-Vie, Le > Tuileries de Lande blanche (les)

Notice rédigée par : Maurice Mignet

Nature(s) du lieu

Catégorie : Regroupement d'habitations Masquer
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  • Nature : Regroupement d'habitations
    Précision sur la nature du lieu : village
  • Localisation : "Les Tuileries de Lande blanche" se situent à 8 km à l’Est du centre-bourg du Poiré-sur-Vie.
  • Coordonnées
    • Coordonnées cadastrales napoléoniennes : section D, 1re feuille (cadastre du Poiré)
    • Coordonnées cadastrales modernes : section AL (cadastre de Belleville)

Données historiques

Histoire et archéologie

Depuis toujours et jusqu’en 1850, le village "les Tuileries" faisait partie de la paroisse puis commune du Poiré[1] ; à cette dernière date, il sera intégré à celle Belleville. Il était souvent appelé "les Tuileries de Lande blanche", en raison de sa proximité de l’ancienne commanderie templière de "Lande blanche" avec laquelle il était parfois considéré faire un tout, qui incluait aussi les villages tout proches de "la Grande Croix", "le Champ d’Avant", "la Groullière", voire "la Vignetière" et celui aujourd’hui disparu du "Désert". "Les Tuileries" étaient elles-mêmes composées de plusieurs lieux-dits : "le Placin", "le Verger Drapeau", "le Grand Pré", "le Bois / la Bergeonnée". Au début du XXIe siècle, avec la croissance indéfinie de la population de nom-breuses nouvelles maisons se sont ajoutées aux anciennes ou les ont remplacées.

Le village des "Tuileries", ses abords, et les éléments de leurs activités tuilières,
sur le plan cadastral de 1836 du Poiré (environ 1300 x 785 m).
Tuile et briques venant d’une des tuileries Ardouin et datant, a priori,
respectivement de la fin et du début du XIXe siècle.
( provenance : Dominique Ardouin, cf. note 9 )


"Les Tuileries"
tiennent leur nom de l’activité principale de leurs habitants qui, longtemps, ont été majoritairement des "chaumiers", c’est-à-dire des fabricants de tuiles et autres produits de terre cuite. Au début du XIXe siècle, sur le département de la Vendée les tuileries

"étaient au nombre de 120 et occupaient à peu près 500 personnes, en 1809. Chacune fait six fournées par an. Chaque fournée peut produire 8000 tuiles, 3000 briques, 300 carreaux et 8 tonneaux de chaux"[2].

En 1836, ce secteur de la commune du Poiré comptait 12 tuileries, c’est-à-dire fours à tuiles, dont 8 dans le village même des "Tuileries" ou à proximité immédiate, et 4 autres dans les villages de "Monicq", de "la Rouchère" et du "Bossé" (et un "four à pots" à "l’Aumère").

En 1848, 8 tuileries étaient alors en activité sur la commune. Par an, elles utilisaient 322 m3 de terre glaise, à 2 francs le m3 et extraits sur place. Elles produisaient 2080 milliers de tuiles, à 26 francs chaque millier. Les 24 hommes qui y travaillaient gagnaient 1,50 francs par jour[3].

Situé aux limites des bassins de "la Vie", de "l’Yon" et de "la Boulogne", le secteur des "Tuileries" est une zone plate, ce qui y a entraîné la formation d’argile dans le sous-sol. La nature des terrains étant médiocre, les landes y ont été longtemps présentes[4], fournissant les fagots de fournille utilisés dans ces fours.

La mécanisation mise à part, le processus de fabrication des tuiles[5] est resté le même au fil des siècles[6], comportant cinq stades, tous présents aux "Tuileries" en 1836 : extraction, préparation, façonnage, séchage, cuisson. A côté des 8 fours s’y trouvant ou immédiatement proches, on rencontrait 10 carrières de glaise et 30 aires et galeries de séchage.

Le village des "Tuileries" et ses abords sur une vue aérienne de 2014,
avec le report approximatif de leurs activités tuilières de 1836 :
carrières de glaise, aires et galeries de séchage, fours de cuisson
(environ 1300 x 785 m).


Sauf exceptions, chaque carrière et chaque galerie de séchage n’appartenait qu’à une seule personne, tandis que les fours pouvaient avoir jusqu’à six propriétaires différents[1], ce qui rentabilisait une utilisation qui n’était que ponctuelle. Aux produits de la cuisson s’ajoutait la cendre de bois dont on extrayait de la chaux.

En 1836 on comptait 14 familles élargies de "chaumiers" : celles de Pierre Louineau, André Louineau, Jacques Louineau, François Barraud, Jacques Billaud, Jean Parpaillon, Pierre Ardouin, aux "Tuileries" ; de François Ardouin, Auguste Ardouin, Jacques Allaizeau à "Lande blanche" ; de Pierre Tessier à "la Grande Croix" ; de Dominique Davisseau à "la Groullière" ; d’Eugène Tessier au "Désert" ; de Benjamin Allaizeau à "la Vignetière"[7].

En 1911, on ne comptait plus que 4 familles élargies de tuiliers : celles de Jacques Louineau et de Gustave Louineau aux "Tuileries" ; celle de Jean Barraud à "la Grande Croix" ; celle d’Eugène Ardouin au "Champ d’Avant"[7].

La cuisson des tuiles, durant des heures entre 900°C et 1200°C, était à chaque fois un évènement que soulignait le rougeoiement des fours dans la nuit[8]. Puis les "chaumiers" allaient livrer leurs produits à une vingtaine de kilomètres à la ronde, tel le considéré Henri Ardouin (1866-1937) de "Lande blanche" qui, avec sa charrette à cheval, allait vendre ses tuiles aux Lucs[9].

Lucien Louineau (1893-1969), tuilier aux "Tuileries de Lande blanche" vers 1930.
Derrière lui, à l’actuel embranchement du "chemin du Verger Drapeau":
sa galerie de séchage et à droite son four de cuisson.
A ses côtés, tenant une tuile : probablement sa nièce Marcelle Louineau,
fille de son frère Georges
(photographie prise par Georgine Louineau, sœur de Lucien)[10].


Jean Ardouin (1912-1980) fut le dernier tuilier. Son activité cessa en 1939 quand il dut partir à la guerre et il ne la reprit pas en 1945 à son retour de captivité[8]. En 1975, il subsistait encore…

"en plus des anciens fours éteints, les vesti-ges de vieux hangars, spécialement aménagés, avec de multiples étagères assez basses, pour le séchage nécessaire avant la mise au four, des tuiles, briques et carreaux d’usage courant, fa-briqués sur place avec l’argile ordinaire, une terre jaune très caractéristique et que le feu tournait au rouge"[11].

Au début du XXIe siècle, il n’en restait plus rien à l’exception de traces de quelques anciennes carrières de glaise, de l’ombre allant en s’effaçant laissée dans la végétation par l’ancien four de "Lande blanche", et de nombreuses briques trouvées çà et là dans des constructions anciennes, et marquées des noms des anciens tuiliers : Ardouin, Allaizeau, Louineau, Barraud…

Ce qu’il restait de l’activité tuilière des "Tuileries"
vers 1975 : un tas d’argile jaune avant sa transformation en tuiles rouges
et une galerie de séchage abandonnée, à proximité ;

en 2014 et 2017 : les traces allant en s’effaçant du four de
"Lande blanche"
et les restes d’une carrière de terre glaise voisine ;

et des briques fabriquées autour de 1900

par les Ardouin et par les Louineau, des
"Tuileries de Lande Blanche".


Dans les trois dernières décennies du XXe siècle, la commune de Belleville a vu une explosion de sa population : de 1200 habitants dans les années 1960 comme déjà en 1900, elle est passée à 2532 habitants en 1990 et à 3857 en 2013. Combiné avec l’exode rural, cela s’est aussi traduit par un remplacement d’une partie de la population locale et la création de lotissements centrés sur une vaste zone commerciale.

Le village des "Tuileries de Lande blanche" qui avait vu décliner sa population et était désormais séparé du bourg de Belleville par une route à 4 voies, a vu l’arrivée de nouveaux habitants qui se sont ajoutés à ceux s'y trouvant encore. Souvent, cela se concrétise par des maisons protégées par des clôtures pour les premiers, contrairement à celles des seconds aux abords restant traditionnellement ouverts sur l’extérieur. 

En 2018, le nouveau paysage des "Tuileries de Lande blanche" :
avec ses maisons restaurées, et ses maisons nouvelles
s’enfermant, sauf exceptions remarquables, derrière des portails, murs ou grilles.

 

Autres mentions


les Tuileries de Lande blanche et Charette

Pour "les Tuileries de Lande blanche", la période 1793-1799 fut très difficile. Leurs habitants bénéficièrent, pour leur plus grand malheur, des sollicitudes des troupes républicaines qui en massacrèrent un certain nombre, ainsi que l’a transmis la tradition locale. Les rapports que les colonnes des généraux Huché et Ferrand ont laissés[12] de leur passage fin juillet 1794 dans le secteur confirment les souvenirs transmis par la mémoire familiale des Ardouin qui furent parmi leurs victimes[8].

Dans les mois qui suivirent, ses habitants soutinrent Charette qui, en août 1794, vint s’établir…

"à Belleville et fit alors de cet endroit son quartier général. Il s’y trouvait à peu près au centre de toutes ses divisions et pouvait aisément se porter dans celle qui avait le plus besoin de son secours. Ce fut sans doute la raison qui lui fit préférer Belleville aux autres bourgs du pays."[13]

…ses lieutenants et compagnons ayant des campements aux alentours, à "la Bouchère", dans le "bois des Gâts", à "Montorgueil" et en d’autres lieux.

Le 4 mars 1795, Pierre Louineau…

"chaulier demeurant aux Tuileries en cette paroisse [du Poiré] a fourni neuf barriques de chaux estimées 90 livres, et 500 de tuiles estimées 20 livres, ce qui fait en tout cent dix livres dont il lui a été ce jourd’hui délivré un bon[14]. Délivré le présent bon ce jour 3 mai 1795 : Favereau[15]"[16]

puis le 27 mars, le même Pierre Louineau…

"demeurant aux Tuileries de Lande blanche a fourni pour le besoin du quartier-général de Belleville : 2450 fagots de fournille qui font à 6 livres le cent la somme de 147 livres sur laquelle somme  nous lui avons déduit celle de 13 livres 6 sous pour la valeur de quatre boisseaux de bled moitié seigle et mil que nous lui avons délivré conformément aux ordres verbaux du général. Partant il lui reste dû 134 livres 14 sous, le tout suivant la reconnaissance qu’il nous a représenté en date du 14 mars dernier, signée Baumelle commandant, de laquelle somme nous lui avons ce jour délivré un bon [15]"[16].

C’était entre la signature du traité de la Jaunaye, le 17 février 1795, et la reprise des hostilités durant l’été suivant, brève période de calme relatif durant laquelle, dans le bourg voisin de Belleville, Charette fit édifier à la hâte un logis sur la destination duquel il ne s’exprima jamais mais qui, par la suite, fut réputé avoir été construit dans le but d’accueillir Louis XVII alors prisonnier au Temple[11].

En 2012, le logis dit "le Palais royal", à Belleville.


En janvier 1992, lors de travaux de reprise de toiture au village de "la Gourmaudière" des Lucs, on découvrit une tuile portant gravée l’inscription :

"Ta sacré nasion est aboli
Citoin tu est foutu
je vous jure ça"[17].

Etant "courante" (et non "couvrante"), cette tuile n’avait pas trop souffert du temps qui passe et de celui qu’il fait. Elle a toutes les chances de provenir du village des "Tuileries" du Poiré, qui fournissait alors les habitants des Lucs[9], et elle rappelait, à deux siècles de distance, l’état d’esprit de la population locale à l’époque.

Provenant très probablement d’un des fours des "Tuileries de Lande blanche"
au milieu des années 1790 :
la
"tuile rebelle" de "la Gourmaudière" des Lucs,
et le bâtiment sur lequel elle a été trouvée en 1992
.


Dès la fin octobre 1795 Charette dut abandonner son quartier-général de Belleville. Le 23 mars suivant il fut pris, et tué six jours plus tard.

A Belleville son souvenir est devenu un argument touristique, voire identitaire, autour des lieux qu’il a pu fréquenter de 1793 à 1796. Depuis quelque soixante-quinze ans[18], ceux qui partageaient la vision des hommes et des choses de Jules Michelet sont devenus plus rares et peu, devant le masque mortuaire de Charette, en feraient encore la même description...

"On sent là une race à part, fort heureusement éteinte, comme plusieurs races sauvages. À regarder par derrière la boîte osseuse, c'est une forte tête de chat. Il y a une bestialité furieuse, qui est de l'espèce féline. Le front est large, bas. Le masque est d'une laideur vigoureuse, scélérate, militaire, à troubler toutes les femmes. L'œil arrondi, enfoncé pour d'autant mieux darder l'éclair de fureur et de paillardise. Le nez est le plus audacieux, le plus aventureux, le plus chimérique qui fut et sera jamais. Le tout effraye, surtout par une légèreté incroyable, et pourtant pleine de ruse, mais jetant la vie au vent, la sienne et celle des autres"[19].

C’est ainsi qu’un circuit touristique de la mémoire parcourt le bourg de Belleville "sur les pas de Charette", y empruntant aussi, comme il se doit, la rue portant son nom.

A seulement 1500 mètres des "Tuileries de Lande blanche",
les différents lieux de Belleville que Charette a pu connaître en son temps,
 et comme on pouvait encore les voir en 2021[20] :

 

Localisation de ces lieux, telle qu’au temps de Charette,
sur le plan cadastral de 1837 de Belleville (environ 750 x 400 m).


Les sources de première main sur ce que fut la vie de Charette de 1793 à 1796 à Belleville, ou ailleurs, sont peu nombreuses. La plupart viennent de ses adversaires dont les évolutions de carrière pouvaient dépendre de la façon dont ils présentaient leurs résultats sur le terrain, réels ou non. Celles venant de ceux qui furent à ses côtés tout au long de ces trois ans sont très rares, la plupart d’entre eux ayant aussi perdu la vie. Les seuls qui ont survécu et laissé des écrits sont Lucas Championnière[13] et Pierre-François Remaud[21], au fort degré de fiabilité. A ceux-ci s’ajoutent des témoignages ponctuels, tels ceux de Béjarry[22], ou encore ceux de Brumauld de Beauregard qui, passant à Belleville à la mi-juillet 1795, donne une idée de ce que pouvait y être la vie de Charette et de ses compagnons…

"En revenant de Saint-Laurent, je passai chez le général de Charette, et je dînai avec lui. Nous étions assis sur des bancs de bois ; le repas, très pauvre, très pauvrement servi, se composait de deux plats. Seulement le chef vendéen avait reçu une bouteille de vin de Bordeaux que nous bûmes dans de petits pots de terre, à la santé du Roi : nous étions six personnes à ce festin. On vivait bien autrement au quartier de Stofflet. Son aumônier surtout était servi grandement"[23].

Cette période ayant été la période la plus faste de Charette, c’est dire combien les récits diffusés par ses adversaires de vie festive, voire débauchée, qu’il y aurait menée manquent de crédibilité. Cette vie frugale et plus souvent de misère étant confirmée à maintes reprises par Lucas Championnière[13].

Ce dernier rapporte aussi ce qu’était la nouvelle organisation établie par Charette dès la fin de l’année 1794 et tant qu’il put se maintenir à Belleville. Elle rappelle celle que les révoltés s’étaient déjà donnée durant le printemps et l’été de l’année 1793 :

"Jusqu’alors, l’armée n’était qu’un rassemblement de paysans qui suivaient le Général lorsque l’ennemi les gênait chez eux et s’en retournaient après une affaire soit qu’elle fût gagnée ou perdue. M. Charette sépara son pays en onze divisions, et mit à la tête de chacune un chef qui formait les rassemblements, faisait exécuter les ordres supérieurs, venait rejoindre l’armée lorsqu’il était nécessaire et défendait lui-même sa division autant qu’il lui était possible d’y tenir. Chaque chef de division se nomma des officiers et l’ordre étant mieux établi, nos marches devinrent plus faciles.
On nomma en outre des commissaires pour la fourniture des vivres ; jusque-là on avait pris partout indistinctement où l’on trouvait de quoi prendre ; par les lois nouvelles, les revenus des biens des absents furent déclarés appartenir à l’armée et les conseils nommés dans chaque paroisse furent chargés de leur régie. On fixa le prix des assignats à moitié de leur valeur nominale, on établit des peines, des amendes, etc."

Quelques manuscrits de cet embryon d’administration ont été conservés tel, localement, le "Cahier des réquisitions de la paroisse du Poiré"[16] (où on trouve les noms de ceux de ses nombreux partisans dans cette paroisse et de ceux l’administrant en son nom), ou encore des éléments de la correspondance de Charette... C’est aussi dans ce cadre que fut organisé à "Pont-de-Vie" le synode diocésain du 4 août 1795[23].

"Sainte Anne des Vendéens",
statue offerte en 1846 par Mme de Charette (née Sapinaud) à l’église de Belleville.
Peu après 1900, elle fut placée dans la nouvelle église.


La période de paix relative qui suivit le traité de la Jaunaye (17 février 1794)[24] ne dura guère plus de cinq mois. Lucas Championnière évoque sa rupture le 24 juillet 1795 :

"M. Charette avait mandé toutes ses divisions ; nous étions tous rassemblés à Belleville et nous n’avions point encore la certitude si on nous avait réunis pour recommencer la guerre ou pour recevoir notre licenciement. Le même jour arrivèrent vingt-quatre chasseurs républicains, apportant l’ordre aux chefs vendéens de remettre leurs armes et tous les magasins militaires. M. Charette fit démonter les cavaliers et donna l’ordre de les mettre en prison ; il convoqua ensuite les officiers de tous grades de son armée, il parut au milieu de nous et, nous rappelant toutes les perfidies de la République, la mort du petit prince arrivée récemment et qu’on ne pouvait attribuer qu’au poison, il nous annonça de nous préparer à la guerre, qu’elle était inévitable, que les républicains avaient juré notre mort et que nous n’avions d’autres moyen de nous en garantir qu’en prenant les armes."[13]

Si les 11-12 août suivants il reçut des armes à Saint-Jean-de-Monts, c’est vainement qu’il attendit l’arrivée du frère du futur Louis XVIII durant la dernière quinzaine de septembre 1795, et le mois suivant il dut abandonner Belleville. Sa victoire aux Quatre-chemins, le 4 décembre, fut sa dernière, et "la déroute" qu’il subit à La Bruffière, le 3 janvier, réduisit sa troupe à peu de choses. Le 23 mars 1796 il était pris à la Chabotterie, à douze kilomètres de Belleville, et tué six jours plus tard à Nantes[25]

 

Sources et références

(sauf mention contraire, les illustrations sont dues à M. Mignet)

[1]

Plans, états de sections, matrices cadastraux du Poiré, 1836 (Arch. dép. de la Vendée : 3 P 178).

 
[2]

Cavoleau (Jean-Alexandre), Description du département de la Vendée, et considérations générales sur la guerre civile de 1793, 1794, et 1795, 1re édition, 1818, p. 248.

 
[3]

Bureau de la statistique générale de la France, ministère du Commerce : Statistique de France – industrie, Département de la Vendée (Arch. dép. de la Vendée : 6 M 1235).

 
[4]

Cf. la carte de Cassini, feuille n°132, des Sables d’Olonne (1768-1770). Ces landes étaient sur l’emplacement de l’ancienne "forêt de la Roche-sur-Yon", et elles avaient aussi permis le développement d’une activité verrière à "la Vieille Verrerie" du Poiré et à "Rortheau" sur Dompierre, du XVe siècle au milieu du XVIIIe siècle. 

 
[5]

Voir : Tuilerie - étapes de la fabrication de tuiles, sur le site de la Fédération Française des Tuiles et Briques, regroupant certains des artisans de cette profession, dont en Vendée les Gauvrit, briquetiers de père en fils depuis 1868, soient six générations, à "la Gombretière" d’Aizenay.

 
[6]

Duhamel du Monceau (Henri-Louis), Fourcroy de Ramecourt (Charles-René) et Gallon (Jean-Gaffin), "L’art du tuilier et du briquetier", in Descriptions des arts et métiers […], tome 4, 1776, p. 1 à 170. Ch.-R. Fourcroy (1715-1791) ne doit pas être confondu avec le chimiste Antoine-François de Fourcroy (1755-1809) à qui Turreau de Lignières demanda, fin 1793, "un gaz capable de tuer en une seule fois quelques centaines de Vendéens enfermés dans un lieu clos, comme une église". A.-Fr. Fourcroy étudia sérieusement ce projet et sa faisabilité, mais ne réussissant pas à résoudre les problèmes techniques qu’il présentait, il abandonna ces recherches, qui ne furent reprises avec plus de résultats que plus d’un siècle plus tard (cité par Yves Pouliquen, Félix Vicq d’Azyr : les Lumières et la Révolution, 2009, p. 184).

 
[7]

Recensements du Poiré, 1836, et de Belleville, 1911 (Arch. dép. de la Vendée : 6 M 280 et 6 M 54).

 
[8]

Entretiens en 2016, 2017 et 2018, avec Irène Roy, née en 1931 au "Champ d’Avant", qui compte dans ses ancêtres de nombreux "chaumiers" locaux : Allaizeau, Ardouin… et qui rapportait des souvenirs de ses jeunes années.
L’îlot et la pointe Ardouin, situés dans la baie de Port Olry (15° 02’ Sud, 167° 04’ Est, carte marine française 3777) dans l’île d’Espiritu Santo en Vanuatu, tiennent leurs noms d’un grand-oncle d’Irène Roy, Alphonse Ardouin (1880-1940) de "Lande blanche" qui, missionnaire mariste, partit sans retour aux Nouvelles Hébrides en 1906, et fut à Port Olry de 1921 à sa mort. On lui doit un Dictionnaire français-tolomako, une des 108 langues de Vanuatu (182 p.).
C’est près du "Champ d’Avant" que plusieurs Ardouin furent tués fin juillet 1794 par les troupes républicaines "pacifiant" la région ; ils furent enterrés dans le champ des Landes voisin, près duquel une croix de bois a longtemps conservé leur souvenir.

 
[9]

Voir la page 13 de l’étude généalogique faite en 2016 par Dominique Ardouin sur la famille d’Émile Ardouin (1913-1982) et de Radégonde Gauvrit (1918-1999), 24 p. 

 
[10]

Lucien Louineau (1893-1969) a été le dernier tuilier-briquetier de la lignée des Louineau, tuiliers de père en fils aux "Tuileries de Lande Blanche" pendant au moins deux siècles et demi, à savoir en remontant les générations : Gustin (1855-1929), Jacques (1820-1871), Jacques (1797-1864), Pierre (1758-1827), Pierre (v.1723-1785), Pierre (v.1685-1749), lui-même fils de… Avec le déclin inexorable de la tuilerie artisanale, Lucien Louineau quitta ce métier vers 1930 pour devenir facteur aux PTT.

Lucien Louineau (3e à partir de la droite) avec famille et amis
aux
"Tuileries de Lande blanche" entre 1930 et 1932.
(renseignements et documentation provenant de Jean Edelin, un de ses petits-fils)

 
[11]

Fréneau (François-Xavier), Monographie Bellevilloise, 1975, 238 p. Pour "les Tuileries de Lande Blanche" voir p. 182 à 184, et pour les traditions sur "le Palais Royal" les pages 225 à 227.

 
[12]

Sur le passage de la colonne des généraux Huché et Ferrand dans les parages des "Tuileries" : voir les "Rapport et déclarations concernant la colonne des généraux Ferrand et Huché du 22 messidor au 7 thermidor an 2 (10 au 25 juillet 1794)".

 
[13]

Cf. Lucas Championnière (P.-S.), Mémoires de la Guerre de Vendée (1793-1796), édition 1994, p. 98, 90, 113… Pierre-Suzanne Lucas de la Championnière (1763-1825), qui avait été sommé le 10 mars 1793 par les insurgés de Brains et du Pellerin de se mettre à la tête, a combattu aux côté de Charette d’octobre 1793 à février 1796. Sur cette époque, il est une des rares sources de première main qui ne soit pas dépendante du pouvoir révolutionnaire d’alors. 

 
[14]

Ce système de rémunération par des "bons" fut pratiqué très tôt lors de l’insurrection vendéenne. Ainsi Jean Vincent, le maître de la poste aux chevaux de Montaigu, livra ses treize chevaux et leur équipement à l’armée vendéenne qui, après estimation contradictoire, les lui paya en "bons". Ces "bons" ne lui furent évidemment jamais échangés contre une véritable monnaie, d’autant plus que Jean Vincent mourut à la fin mois de juin 1793. Cependant, quelque trente ans plus tard, après les défaites napoléoniennes et la restauration des Bourbons, le fils de Jean Vincent, Pierre Vincent alors domicilié à Nantes, présenta au nouveau pouvoir en place une demande avec justificatifs pour obtenir que ce qui était dû à son père lui fût payé. On ne sait si le descendant de cette famille, qui avait été par ailleurs ruinée par la destruction de ses biens à Montaigu par les troupes républicaines, reçut satisfaction.

 
[15]

Gabriel Favereau, du village de "l’Auroire", et "administrateur de la paroisse du Poiré" en 1795 (donc avec Charette) sera maire du Poiré de 1808 à 1821, succédant au notaire André-Philippe Danyau de la Roulière (1762-1813). Ce dernier avait fait partie, lui, des notables du Poiré (c’est-à-dire les familles Tireau, Faveroul-l’Aubonnière, Caillé, Fumoleau et Bardoul) qui rallièrent le gouvernement républicain, ce qui leur permit alors de s’enrichir pour des générations.

 
[16]

Cahier des réquisitions de l’armée catholique et royale dans la paroisse du Poiré (Méd. mun. de La Roche-sur-Yon : ms 019).

 
[17]

Voir le journal Vendée Matin du 30 janvier 1992, p. 11. En 2018, cette "tuile rebelle" se trouvait toujours dans la famille de son découvreur.

 
[18]

Peut-être sans lien avec cela, à l’exception de noms de "héros républicains", tels Haxo ou Travot réputés avoir pacifié en tuant avec modération, ce n’est qu’après cette époque que des rues, places ou autres lieux du même ordre, furent autorisés par les préfectures à recevoir des noms évoquant des personnages ou événements "vendéens" de la Guerre de Vendée. Afin de ne pas froisser les visions dogmatiques de certains du "roman national", cette pratique reste toutefois limitée.

 
[19]

Michelet (Jules), Histoire de la Révolution française, éd. 1853, tome 6, p. 87-88, note.

 
[20]

Les illustrations en noir et blanc proviennent principalement de "l’Album bellevillois" clôturant la Monographie Bellevilloise, écrite en 1975 par François-Xavier Fréneau ; elles sont de dates variées, l’une montre l'ancienne église et son clocher tels qu'ils étaient en 1880, les autres sont du tout début du XXe siècle ou seulement des années 1950.

 
[21]

Remaud (Pierre-François), Mémoires… manuscrits inédits. Pierre-François Remaud fut aumônier de Charette. Après le concordat de 1801, il se rallia à Bonaparte ce qui semble avoir influencé le contenu de ses Mémoires qu’il écrivit par la suite et où il s’efforce de justifier ce ralliement.

 
[22]

Béjarry (Amédée de), Souvenirs vendéens, 1884, 248 p. Ces "Souvenirs" sont un recueil de notes et et de documents réunis par un de ses petits-fils, quarante ans après sa mort.

 
[23]

Brumauld de Beauregard (Jean), Mémoires de Mgr de Beauregard, tome 1, p. 78, Vicaire général, c’est-à-dire, représentant de l’évêque de Luçon alors émigré, il avait débarqué clandestinement sur la plage entre Sion et Saint-Jean-de-Monts avec pour mission de soutenir et d’organiser le clergé dit "réfractaire" en butte à une persécution qui conduisit bien de ses membres à la mort. C’est ce qu’il fit lors du synode diocésain qu’il réunit au Poiré à "Pont-de-Vie", le 4 août 1795, et qui rassembla 57 prêtres rescapés. Ses relations avec Charette seront distantes, laissant à penser qu’il ne nourrissait que peu d’espoir quant au succès de la révolte vendéenne. Arrêté peu après, déporté en 1797 au bagne de Guyane, il fera partie des peu nombreux qui en reviendront, et sera évêque d’Orléans entre 1822 et 1839. Il mourut en 1841 à l’âge de 91 ans.

 
[24]

Une des clauses du traité de la Jaunaye dispensait les Vendéens de la conscription. C’est de celle-ci que se revendiquaient ceux qui, fin 1803, s’opposèrent à la conscription de l’an XII, valant à Jean You, de "la Rételière", d’être exécuté pour l’exemple le 21 janvier 1804. 

 
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La principale raison ayant motivé Charette pour reprendre les armes semble être la conviction que ses interlocuteurs républicains ne respecteraient jamais leurs promesses et engagements, ce qui était confirmé par les faits. Lire sur cette question : "Sur le traité de paix de la Jaunaye, février 1795. Les conditions d'un compromis", in Annales de Bretagne et des pays de l'Ouest, 1997, p. 73-88 ; façon de voir intéressante de l’ancien professeur d’histoire et robespierriste Jean-Clément Martin, soulignant dans cet article tout le mérite qu’eut la République à bien vouloir accorder son pardon aux Vendéens qu’elle venait de faire périr par dizaines de milliers.

 

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