Archives départementales de la Vendée avec le concours de la Société d'émulation de la Vendée Dictionnaire des toponymes

Espace contributeur

Identifiez vous - Pour en savoir plus

Résultat

imprimer la notice complète

Poiré-sur-Vie, Le > Tuileries (les)

Notice rédigée par : Maurice Mignet

Nature(s) du lieu

Catégorie : Regroupement d'habitations Masquer
Titre Image
  • Nature : Regroupement d'habitations
    Précision sur la nature du lieu : village
  • Coordonnées
    • Coordonnées cadastrales napoléoniennes : section D, 1re feuille (du Poiré)
    • Coordonnées cadastrales moderne : section AL (de Belleville)

Données historiques

Histoire et archéologie

Depuis toujours et jusqu’en 1850, le village "les Tuileries" faisait partie de la paroisse puis commune du Poiré[1] ; à cette dernière date, il sera intégré à celle Belleville. Il était souvent appelé "les Tuileries de Lande Blanche", en raison de sa proximité de l’ancienne commanderie templière de "Lande Blanche" avec laquelle il était parfois considéré faire un tout, qui incluait aussi les villages tout proches de "la Grande Croix", "le Champ d’avant", "la Grouillère", voire "la Vignetière" et le village aujourd’hui disparu du "Désert". "Les Tuileries" étaient elles-mêmes composées de plusieurs lieux-dits : "le Placin", "le Verger Drapeau", "le Grand Pré", "le Bois / la Bergeonnée". Au début du XXIe siècle, avec la croissance indéfinie de la population de nombreuses nouvelles maisons se sont ajoutées aux anciennes ou les ont remplacées.


Le village des "Tuileries", ses abords, et les éléments de leurs activités tuilières,
sur le plan cadastral de 1836 du Poiré (environ 1300 x 785 m).
Tuile et briques venant d’une des tuileries Ardouin et datant,
a priori,
respectivement de la fin et du début du XIXe siècle.
( provenance : Dominique Ardouin, cf. note 8 )

"Les Tuileries" tiennent leur nom de l’activité principale de leurs habitants qui, longtemps, ont été majoritairement des "chaumiers", c’est-à-dire des fabricants de tuiles et autres produits de terre cuite. Au début du XIXe siècle, sur le département de la Vendée les tuileries "étaient au nombre de 120 et occupaient à peu près 500 personnes, en 1809. Chacune fait six fournées par an. Chaque fournée peut produire 8000 tuiles, 3000 briques, 300 carreaux et 8 tonneaux de chaux"[2]. En 1836, ce secteur de la commune du Poiré comptait 12 tuileries, c’est-à-dire fours à tuiles, dont 8 dans le village même des "Tuileries" ou à proximité immédiate, et 4 autres dans les villages de "Monicq", de "la Rouchère" et du "Bossé".

Le secteur des "Tuileries" est situé aux limites des bassins de "la Vie", de "l’Yon" et de "la Boulogne". Cela lui vaut d’être une zone plate où les landes ont été longtemps présentes[3], et qui a entraîné la formation d’argile dans le sous-sol.

La mécanisation mise à part, le processus de fabrication des tuiles[4] est resté le même au fil des siècles[5]. Il comportait cinq stades, tous présents aux "Tuileries" : extraction, préparation, façonnage, séchage, cuisson. Ainsi en 1836, à côté des 12 fours à tuiles se trouvaient 10 carrières de glaise et 35 aires et galeries de séchage.

Sauf exceptions, chaque carrière et chaque galerie de séchage n’appartenait qu’à une seule personne, tandis que les fours pouvaient avoir jusqu’à six propriétaires différents[1], ce qui rentabilisait une utilisation qui n’était que ponctuelle. Aux produits de la cuisson s’ajoutait la cendre de bois dont on extrayait de la chaux.

En 1836 on comptait 13 familles élargies de "chaumiers" : celles de Pierre Louineau, André Louineau, François Barraud, Jacques Billaud, Jean Parpaillon, Pierre Ardouin, aux "Tuileries" ; de François Ardouin, Auguste Ardouin, Jacques Allaizeau à "Lande Blanche" ; de Pierre Tessier à "la Grande Croix" ; de Dominique Davisseau à "la Grouillère" ; d’Eugène Tessier au "Désert" ; de Benjamin Allaizeau à "la Vignetière"[6].

En 1911, on ne comptait plus que 4 familles élargies de tuiliers : celles de Jacques Louineau et de Gustave Louineau aux "Tuileries" ; celle de Jean Barraud à "la Grande Croix" ; celle d’Eugène Ardouin au "Champ d’avant"[6].

La cuisson des tuiles, durant des heures entre 900°C et 1200°C, était à chaque fois un évènement que soulignait le rougeoiement des fours dans la nuit[7]. Puis les "chaumiers" allaient livrer leurs produits à une vingtaine de kilomètres à la ronde, tel le considéré Henri Ardouin (1866-1937) de "Lande Blanche" qui, avec sa charrette à cheval, allait vendre ses tuiles aux Lucs[8].


Le village des "Tuileries" et ses abords sur une vue aérienne de 2014,
avec le report approximatif de leurs activités tuilières de 1836. 
(environ 1300 x 785 m)

Jean Ardouin (1912-1980) fut le dernier tuilier. Son activité cessa en 1939 quand il dut partir à la guerre[7]. En 1975, il subsistait encore "en plus des anciens fours éteints, les vestiges de vieux hangars, spécialement aménagés, avec de multiples étagères assez basses, pour le séchage nécessaire avant la mise au four, des tuiles, briques et carreaux d’usage courant, fabriqués sur place avec l’argile ordinaire, une terre jaune très caractéristique et que le feu tournait au rouge-tuile ou rouge-brique"[9].

Au début du XXIe siècle, il n’en restait plus rien à l’exception de traces de quelques anciennes carrières de glaise, de l’ombre allant en s’effaçant laissée dans la végétation par l’ancien four de "Lande Blanche", et de nombreuses briques trouvées çà et là dans des constructions anciennes, avec les noms des anciens tuiliers : Ardouin, Allaizeau, Louineau, Barraud…


Ce qu’il restait de l’activité tuilière des "Tuileries"… 
vers 1975 : un tas d'argile jaune avant sa transformation en tuiles rouges
et une galerie de séchage abandonnée, à proximité ;
en 2014 et 2017 : les traces allant en s’effaçant du four de
"Lande blanche"
et les restes d’une carrière de terre glaise voisine ;
et des briques fabriquées autour de 1900,
par les Ardouin et par les Louineau, des
"Tuileries de Lande Blanche".

Autres mentions

Pour "les Tuileries", la période 1793-1799 fut très difficile. Pour leur plus grand malheur, leurs habitants bénéficièrent des sollicitudes des troupes républicaines qui en massacrèrent un certain nombre, ainsi que l’a transmis la tradition locale. Les rapports que les colonnes des généraux Huché et Ferrand ont laissés[10] de leur passage fin juillet 1794 dans le secteur confirment les souvenirs transmis par la mémoire familiale des Ardouin dont plusieurs membres firent partie de leurs victimes[7].

Dans les mois qui suivirent, ses habitants soutinrent Charette quand il s’établit à Belleville, ses lieutenants et compagnons ayant des campements aux alentours, ainsi à "la Bouchère", dans le "bois des Gâts", ou à "Montorgueil"… Et le 4 mars 1795, Pierre Louineau fournit "neuf barriques de chaux estimées 90 livres, et 500 de tuiles estimées 20 livres, ce qui fait en tout cent dix livres dont il lui a été ce jourd’hui délivré un bon[11]. Délivré le présent bon ce jour 3 mai 1795 : Favereau[12]"[13]. C’était entre la signature du traité de la Jaunaye, le 17 février 1795, et la reprise des hostilités durant l’été suivant, brève période de calme relatif durant laquelle dans le bourg voisin de Belleville, Charette fit édifier à la hâte un logis sur la destination duquel il ne s’exprima jamais, mais qui fut réputé par la suite avoir été construit dans le but d’accueillir Louis XVII alors prisonnier au Temple[9].

En 2012, le logis dit "le Palais royal", à Belleville.

En janvier 1992, lors de travaux de reprise de toiture au village de "la Gourmaudière" des Lucs, on découvrit une tuile portant gravée l’inscription : "Ta sacré nasion est aboli / Citoin tu est foutu / je vous jure ça"[14]. Etant "courante" (et non "couvrante"), cette tuile n’avait pas trop souffert du temps qui passe et de celui qu’il fait. Elle a toutes les chances de provenir du village des "Tuileries" du Poiré, qui fournissait alors les habitants des Lucs[8], et elle rappelait, à deux siècles de distance, l’état d’esprit de la population locale à l’époque.

La "tuile rebelle" de "la Gourmaudière" des Lucs
provenant très probablement d’un des fours
du village des
"Tuileries" du Poiré au milieu des années 1790.

[1]

Plans, états de sections, matrices cadastraux du Poiré, 1836 (Arch. dép. de la Vendée : 3 P 178).

 
[2]

Cavoleau (Jean-Alexandre), Description du département de la Vendée, et considérations générales sur la guerre civile de 1793, 1794, et 1795, 1re édition, 1818, p. 248.

 
[3]

Cf. la carte de Cassini, feuille n°132, des Sables d’Olonne (1768-1770). Ces landes étaient sur l’emplacement de l’ancienne "forêt de la Roche-sur-Yon", et elles avaient aussi permis le développement d’une activité verrière à "la Vieille Verrie" du Poiré et à "Rortheau" sur Dompierre, du XVe siècle à la fin du XVIIIe siècle. 

 
[4]

Voir : Tuilerie - étapes de la fabrication de tuiles, sur le site de la Fédération Française des Tuiles et Briques, regroupant certains des artisans de cette profession, dont en Vendée les Gauvrit, briquetiers de père en fils depuis 1868 et six générations, à "la Gombretière" d’Aizenay.

 
[5]

Duhamel du Monceau (Henri-Louis), Fourcroy de Ramecourt (Charles-René) et Gallon (Jean-Gaffin), "L’art du tuilier et du briquetier", in Descriptions des arts et métiers […], tome 4, 1776, p. 1 à 170. Ch.-R. Fourcroy (1715-1791) ne doit pas être confondu avec le savant Antoine-François de Fourcroy (1755-1809) à qui Turreau de Lignières demanda, fin 1793, "un gaz capable de tuer en une seule fois quelques centaines de Vendéens enfermés dans un lieu clos, comme une église". A.-Fr. Fourcroy étudia cette demande mais, ses travaux n’aboutissant pas, il abandonna ces recherches, qui ne furent reprises avec plus de résultats que plus d’un siècle plus tard (cité par Yves Pouliquen, Félix Vicq d’Azyr : les Lumières et la Révolution, 2009, p. 184).

 
[6]

Recensements du Poiré, 1836, et de Belleville, 1911 (Arch. dép. de la Vendée : 6 M 280 et 6 M 54).

 
[7]

Entretiens en 2016, 2017 et 2018, avec Irène Roy, née en 1931 au "Champ d’avant", qui compte dans ses ancêtres de nombreux "chaumiers" locaux : Allaizeau, Ardouin… et qui rapportait des souvenirs de ses jeunes années. L’îlot et la pointe Ardouin, situées dans la baie de Port Olry (15° 02’ Sud, 167° 04’ Est, carte marine française 3777) dans l’île d’Espiritu Santo en Vanuatu, tiennent leurs noms d’un des grands-oncles d’Irène Roy, Alphonse Ardouin (1880-1940) de "Lande Blanche", qui fut missionnaire mariste aux Nouvelles Hébrides à partir de 1906, et à Port Olry de 1921 à sa mort[8]. C’est près du "Champ d’avant" que plusieurs Ardouin furent tués fin juillet 1794 ; ils furent enterrés dans le champ des Landes voisin, près duquel une croix de bois a longtemps conservé leur souvenir.

 
[8]

Voir p. 13 de l’étude généalogique faite en 2016 par Dominique Ardouin sur la famille d’Émile Ardouin (1913-1982) et de Radégonde Gauvrit (1918-1999), 24 p. 

 
[9]

Fréneau (François-Xavier), Monographie Bellevilloise, 1975, 238 p. Pour "les Tuileries de Lande Blanche", voir p. 182 à 184 ; pour les traditions sur "le Palais Royal", voir p. 225 à 227.

 
[10]

Sur le passage de la colonne des généraux Huché et Ferrand dans les parages des "Tuileries" : voir les "Rapport et déclarations concernant la colonne des généraux Ferrand et Huché du 22 messidor au 3 thermidor an 2 (10 au 21 juillet 1794)".

 
[11]

Ce système de rémunération par des "bons" fut pratiqué très tôt lors de l’insurrection vendéenne. Ainsi Jean Vincent, le maître de la poste aux chevaux de Montaigu, livra ses treize chevaux et leur équipement à l’armée vendéenne qui, après estimation contradictoire, les lui paya en "bons". Ces "bons" ne lui furent évidemment jamais échangés contre une véritable monnaie, d’autant plus que Jean Vincent mourut à la fin mois de juin 1793. Cependant, quelque trente ans plus tard, après les défaites napoléoniennes et la restauration des Bourbons, le fils de Jean Vincent, Pierre Vincent alors domicilié à Nantes, présenta au nouveau pouvoir en place une demande avec justificatifs pour obtenir que ce qui était dû à son père lui fût payé. On ne sait si le descendant de cette famille, qui avait été par ailleurs ruinée par la destruction de ses biens à Montaigu par les troupes républicaines, reçut satisfaction.

 
[12]

Gabriel Favereau, du village de "l’Auroire", et "administrateur de la paroisse du Poiré" en 1795 (donc avec Charette) sera maire du Poiré de 1808 à 1821, succédant au notaire André-Philippe Danyau de la Roulière (1762-1813). Ce dernier avait fait partie, lui, des notables du Poiré - les familles Tireau, Faveroul-l’Aubonnière, Caillé, Fumoleau et Bardoul - qui rallièrent le nouveau régime politique ce qui leur a permis de s’enrichir pour des générations.

 
[13]

Cahier des réquisitions de l’armée catholique et royale dans la paroisse du Poiré (Méd. mun. de la Roche-sur-Yon : ms 019).

 
[14]

Voir les journaux Vendée Matin du 31 janvier 1992, p. 11, et Ouest-France vers la même date. En 2018, cette "tuile rebelle" trouvait toujours dans la famille de son découvreur.

 

Nous écrire