Archives départementales de la Vendée avec le concours de la Société d'émulation de la Vendée Dictionnaire des toponymes

Espace contributeur

Identifiez vous - Pour en savoir plus

Résultat

imprimer la notice complète

Poiré-sur-Vie, Le > Turquoisière (la)

Notice rédigée par : Maurice Mignet

Nature(s) du lieu

Catégorie : Regroupement d'habitations Masquer
Titre Image
  • Nature : Regroupement d'habitations
    Précision sur la nature du lieu : village
  • Localisation : "La Turquoisière", toute proche du Beignon-Jauffrit, se situe à 2 km à l'est du bourg du Poiré-sur-Vie.
  • Coordonnées
    • Coordonnées cadastrales napoléoniennes : Section C, 3e feuille.
    • Coordonnées cadastrales moderne : Section YP.

Données historiques

Histoire et archéologie



"La Turquoisière" sur le plan cadastral de 1836 du Poiré
et sur une vue aérienne en 2014,
(environ 160 x 155 m),
la localisation de l’ancien souterrain,
de la pierre sculptée
"J H M"
et celle de la maison de Pierre Raynard.
La répartition des propriétés bâties sur le plan de 1836 :
une couleur par propriétaire
et en noir celles appartenant à des personnes extérieures au village,
avec distinction entre les maisons (gros points)
et les autres bâtiments (petits points),
(entourés de blanc, les bâtiments de la métairie de
"la Turquoisière").

Le village de "la Turquoisière" est situé à proximité des "moulins des Cordinières". Jusqu’au cours du XVIIe siècle dans la région, les moulins à vent étaient composés d’une cabine en bois pivotant sur une tour en pierre nommée "tonnelle" et étaient appelés "moulins turquois", en raison de leur origine proche-orientale. C’est probablement d’eux que "la Turquoisière", dont de nombreux habitants étaient meuniers, doit son nom.

Un "moulin turquois" près de Vieillevigne en 1645,
peinture de Lambert Doomer (1624-1700)
(musée Boijmans Van Beuningen, Rotterdam).

En 1793 ses modestes habitants prirent part, avec ceux de la contrée, à l’insurrection vendéenne. L’un d’eux, "Maître" Pierre Raynard, "farinier" de son métier, y fut très engagé. Il fut l’un des quinze membres élus du "Comité de la paroisse" du Poiré où il est dit "administrateur"[1]. Il échappa aux massacres perpétrés par les armées révolutionnaires[2], mais fut surveillé de près dans les années suivantes et l’objet de visites domiciliaires et de perquisitions répétées de la part des troupes occupant le pays[3]. En 2016, il avait toujours des descendants sur le Poiré, et des restes en ruine de sa maison subsistaient encore à "la Turquoisière".

En 1836, le village comptait 34 habitants en 6 familles : trois de meuniers, deux de laboureurs (dont une exploitant une métairie de 29 ha, ce qui était important à l’époque), et la dernière de tisserands[4]. En dehors de leurs maisons et annexes, chacune d’elles possédait en propre quelques hectares de terres[5].

Dans le manteau de la cheminée d’une des maisons de l’extrémité du village se trouve intégrée une pierre sculptée provenant d’une maison voisine (en ruine en 1836). Elle porte gravée l’inscription : "J H M" (Jesus Hominibus Miserere / Jésus prend pitié des hommes), une inscription que l’on retrouve sur la croix du parvis de l’église du Poiré et venant de "l’Idonnière". Elle est à rapprocher du développement, dans la seconde moitié du XVIIe siècle, de la dévotion au Sacré-Cœur de Jésus, symbole de l’amour divin dans l’Église catholique. Ce qui pourrait la faire dater de cette époque. 

Inscriptions du croisillon de la croix du parvis de l’église
et de la pierre gravée de
"la Turquoisière".

Dans le dernier quart du XXe siècle et comme pour beaucoup de villages du Poiré et d’ailleurs, toute activité agricole a disparu de "la Turquoisière" ainsi que la quasi-totalité de sa population d’origine. Les bâtiments anciens ont cependant, sauf exceptions, échappés à la ruine en étant repris par de nouveaux venus. Le village, devenu essentiellement résidentiel, a entre autres originalités de compter en 2019 un auteur de romans policiers parmi ses habitants. 

Autres mentions

Le village de "la Turquoisière" est surtout connu pour la présence d’un souterrain dont la mise au jour, au début de l’année 1928, déclencha une forte curiosité… et l’intérêt du bulletin paroissial du Poiré qui en a laissé une courte description :
"[…] La galerie principale forme un circuit fermé avec des galeries rayonnantes au nombre de trois ou quatre. Ces galeries ont à peu près un mètre de largeur. De distance en distance, une ouverture est ménagée, sans doute pour laisser passage à l’air et à la lumière. Elles sont maintenant bouchées […]. Les galeries actuellement explorées mesurent près de 15 m de long […]"[6]

Schéma du souterrain de "la Turquoisière", et de coupes de ses "salles",
effectué en 1980 par Eugène-Marie Vincent et de Luc Archambaud..
Dans les limites des effondrements sa plus grande longueur faisait environ 15 mètres,
et la largeur de ses galeries était de l’ordre d’un mètre.
Les lettres de
A à F localisent les vues ci-après.

C'est sans doute en prenant des matériaux dans le coteau, qu’on a découvert par hasard, en 1928, l’extrémité de ce souterrain, devenue son entrée actuelle.

Les travaux de Jérôme et Laurent Triolet sur les souterrains de Vendée[7], permettent de voir dans la galerie descendante, à gauche sur le plan ci-dessus[8], celle qui servit au creusement du souterrain, à l’évacuation de ses déblais puis qui, rebouchée ensuite, continua à en assurer le drainage ; et à voir dans les deux galeries montantes, en haut du plan, des galeries conduisant à des entrées. Quant aux questions sur son origine (sans doute au Moyen Age) et sur ses utilisations, elles continuent d’exciter les imaginations.

Bien que l’émotion suscitée par sa découverte, se soit atténuée depuis, et qu’il soit maintenant un repère de chauves-souris, le "souterrain de la Turquoisière" est devenu une sorte de référence pour les nombreux autres souterrains que le hasard remet ou a remis au jour ici et là sur le territoire du Poiré[9].

 Le souterrain de "la Turquoisière" durant l’été 1980[8],
avec de gauche à droite et de haut en bas :
- son entrée et sa voûte
- la galerie principale
- des détails de ses galeries et de sa paroi,
- des coups de pics
- une des cheminées d’aération…
- quelques-uns de ses occupants saisonniers, des chauves-souris (Petits Rhinolophes)
...et en 15 diapositives, sa visite à cette date :

Cliquer ici pour ouvrir le diaporama   -   Cliquer ici pour fermer le diaporama

[1]

Cahier des réquisitions de l’armée catholique et royale dans la paroisse du Poiré (Méd. mun. de La Roche-sur-Yon : ms 019), réquisitions à la Turquoisière ; voir aussi de Lorvoire (Jean-Claude), "les Réquisitions de l’armée catholique et royale dans la paroisse du Poiré-sur-Vie", in Recherches vendéennes, n° 3, 1996, p. 257 à 299.

 
[2]

Pour les ravages et massacres causés par les armées républicaines sur le Poiré, voir : Manuscrits de Collinet (1788-1804), éd. du Centre Vendéen de Recherches Historiques, 2003, p. 183 (23 nov. 1793), p. 197 (3 janv. 1794), p. 210 (9 et 12 févr. 1794), p. 291 (16 août 1794)… ou encore l’état de la commune, dressé le 5 floréal de l’an V (24 avril 1797) par la municipalité cantonale nommée par les autorités départementales à l’époque pour "le Poiré-sous-la Roche" (Arch. dép. de la Vendée : L 1238).

 
[3]

Délibérations du conseil municipal du Poiré, 7 thermidor an VI / 25 juillet 1798 (Arch. dép. de la Vendée : L 1238).

 
[4]

Liste nominative du recensement de 1836 au Poiré, p. 75 (Arch. dép. de la Vendée : 6 M 280).

 
[5]

Plans, états de sections et matrices du cadastre de 1836 du Poiré-sur-Vie (Arch. dép. de la Vendée : 3P 178). 

 
[6]

Ange gardien du Poiré-sur-Vie, des 5, 12, 20 févr. 1928 (Arch. dép. de la Vendée : BIB PB 454).

 
[7]

Triolet (Jérôme) et Triolet (Laurent), les Souterrains de Vendée, 2013, 168 p., extraits.

 
[8]

Photos et plan du souterrain, d’E.-M. Vincent et de L. Archambaud lors de visites en 1980.

 
[9]

En 2019 et dans les limites du Poiré de 1836, on  comptait une quarantaine de souterrains ayant été détectés à un moment ou à un autre, ou étant présumés exister (cf. carte ci-après).

Les souterrains connus ou présumés en 2019 sur le Poiré,
et la localisation des villages y existant en 1836.

 

Nous écrire