Archives départementales de la Vendée avec le concours de la Société d'émulation de la Vendée Dictionnaire des toponymes

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Poiré-sur-Vie, Le > Vieille Verrerie (la)

Notice rédigée par : Maurice Mignet

Graphies connues

Vieille Verrie (la) source : On peut trouver dans les mêmes textes les deux écritures de "Vieille Verr(er)ie"[1], ceci s'expliquant par leur prononciation identique.


Nature(s) du lieu

Catégorie : Regroupement d'habitations Masquer
Titre Image
  • Nature : Regroupement d'habitations
    Précision sur la nature du lieu : village
  • Localisation : "La Vieille Verrerie" est située à 7,5 km à l’est du centre bourg du Poiré-sur-Vie.
  • Coordonnées
    • Coordonnées cadastrales napoléoniennes : section D, 2e feuille

Données historiques

Histoire et archéologie

"La Vieille Verrerie", ou "la Vieille Verrie", est un village du Poiré d’avant 1850, tout proche de la source de "la Vie" et ayant été détruit à la fin du XIXe siècle[2]. Elle se situait à 400 m au sud-est du récent village de "la Verrie" dont le nom, sur la commune du Belleville d’avant 2016, en a gardé le souvenir[3]. En 1880, un château fut édifié sur son emplacement ; on lui donna le nom du village voisin du "Deffend"[4].


Les parages de la "Vieille Verrerie", ou "Vieille Verrie", en 1836,
son ancien emplacement en 2013, où aucun vestige ne subsistait en 2017.
(premier cadastre du Poiré et vue aérienne sur Géoportail, environ 880 m x 460 m)

Le village et les terres de "la Vieille Verrerie" ont longtemps appartenu aux propriétaires du château du "Rortheau", situé sur la commune voisine de Dompierre. Ceux-ci avaient longtemps exercé l’activité de verriers qui était considérée, avec les forges et les mines, comme une activité pouvant être pratiquée tout en conservant les privilèges de la noblesse.

Les premiers de ces verriers du "Rortheau" furent les Bertrand qui pratiquaient déjà leur activité dans le Bas-Poitou au XIVe siècle. Ainsi le 24 janvier 1399, Charles VI avait concédé par lettres royales, suite à "l'humble supplication de Philippon Bertrand, maistre de la verrerye de Moulchamps, pour luy et pour les autres verriers dudit lieu"[5], différents droits : exclusivité de l’activité verrière, statut nobiliaire, privilèges fiscaux. Des droits confirmés par René d’Anjou qui accorda le 9 novembre 1456 "à ses bien aimés Lucas Rillet, Jehan Bertran et Pierre Maigret, le privilège de prendre en la forêt de la Roche-sur-Yon le bois nécessaire à leur industrie, de la façon la moins dommageable possible à la dite forêt"[5], forêt dont il ne reste guère que le souvenir six siècles plus tard. C’est ainsi que s’installa une activité verrière au "Rortheau" de Dompierre et dans ses environs, jusqu’à "la Vieille Verrerie". Cette présence est attestée par le nom de cette dernière, par plusieurs toponymes voisins de "l’étang de la Jarrie"[6], ainsi que dans des actes notariés remontant jusqu'en 1656[5].

Au tournant du XVIIe et du XVIIIe siècle, les domaines du "Rortheau" passèrent aux Rossy[7] avec tous leurs droits, en particulier ceux de coupes de bois dans les forêts voisines, comme le "bois des Gâts", sensiblement plus vastes qu’aujourd’hui et qui, pour les besoins de la verrerie, étaient traités en taillis[6]. Dans les années 1750, les Rossy semblent toujours pratiquer cette activité mais ils l’arrêtèrent peu après, sans que l’on sache à quelle date exacte[8].

Constituant une métairie de 15,4 ha, le village de "la Vieille Verrerie" fut "incendiée en totalité" quelques années plus tard par les troupes révolutionnaires[1]. Y vivait alors Jean Morilleau, qui, en 1793-1795, participa au soulèvement vendéen[9].

En 1820, les domaines du "Rortheau" passèrent par mariage aux Brunet de la Grange, qui vendirent en 1857 "la Vieille Verrerie" et "le Deffend" aux Rouchy, lesquels à leur tour les revendirent en 1877 à Prosper Deshayes[10]. En 1917, le château du "Deffend" et l’emplacement de "la Vieille Verrerie" seront acquis par les Fleury[4].


Les blasons des verriers successifs de la "Vieille Verrerie",
et le blason de son propriétaire en 1836 :
les Bertrand, les de Rossy, les Brunet de la Grange[7].

Autres mentions

Autrefois, la fabrication artisanale du verre se faisait à partir d’un mélange de sable et de soude ou de potasse en proportions variables. Un mélange qui permettait d’abaisser la température de fusion du verre. Cela se faisait souvent par l’adjonction de cendres végétales, telles que celles de fougères riches en potasse[11].

Ici, ces cendres venaient des landes, particulièrement étendues jusqu’aux débuts du XIXe siècle sur ce secteur du Poiré, tandis que le bois de chauffe alimentant les fours provenait des bois et taillis existant à proximité, tel "le bois des Gâts", à cheval sur les paroisses voisines de Saligny et de Dompierre et près du "Rortheau". Des vestiges d’un four et des déchets verriers subsistaient encore en ce dernier endroit en 2017.

[1]

Estimations des biens nationaux sur la commune du Poiré (Arch. dép. de la Vendée : 1 Q 212).

 
[2]

Plans, états de sections, matrices du cadastre du Poiré, 1836 (Arch. dép. de la Vendée : 3P 178).

 
[3]

Pour le village actuel de "la Verrie", voir la notice correspondante sur la commune de Belleville dans le Dictionnaire toponymique de la Vendée des Archives départementales.

 
[4]

Raigniac (Guy de), De Châteaux en Logis, 1998, t. VIII, p. 39.

 
[5]

Cf. l’article "Gentilshommes verriers de Mouchamps en Bas-Poitou, 1399", in Société académique de Nantes, tome 32, 1861, p. 213-215, cité par Garnier (Edouard) dans Histoire de la verrerie et l’émaillerie, 1886, p. 176-177.

 
[6]

Plans et états de la section C du cadastre de 1838 de Saligny (Arch. dép. de la Vendée : 3P 279).

 
[7]

Voir chez Guy de Raigniac, la succession des propriétaires du "Rortheau" et terres en dépendant.

 
[8]

Raigniac (Guy de), De Châteaux en Logis, 1998, t. VIII, p. 192 : "Un procès-verbal de 1758 du Maître particulier des Eaux et Forêts explique que le sieur du Rortheau avait vendu en 1740 au sieur de Beauregard et au sieur de la Jarrie ses droits de coupe sur 20 arpents de leurs bois du Rortheau contre 1500 livres et un arrentement de 20 arpents dans la forêt des Gâts".

 
[9]

Voir les fournitures apportées par Jean Morilleau de "la Vieille Verrerie", à l’armée catholique le 30 août 1793, dans les Cahiers des réquisitions de l’armée catholique et royale dans la paroisse du Poiré (Bibl. mun. de la Roche-sur-Yon : ms 19).

 
[10]

Prosper Deshayes (1833-1907) : notaire et riche propriétaire foncier fut maire de Luçon (1878-1907), conseiller général du département de la Vendée (1887-1898) et député radical à l’Assemblée nationale (1893-1906).

 
[11]

Cf. Une activité verrière ancienne au Poiré et dans ses alentours, d’après l'exposition Pour plus de transparence..., Historial des Lucs, 13 juin / 2 juillet 2017.

 

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