Archives départementales de la Vendée avec le concours de la Société d'émulation de la Vendée Dictionnaire des toponymes

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Notice rédigée par : Maurice Mignet

Nature(s) du lieu

Catégorie : Regroupement d'habitations Masquer
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  • Nature : Regroupement d'habitations
    Précision sur la nature du lieu : village
  • Localisation : "La Vieille Verrerie" est située à 7,5 km à l’est du centre-bourg du Poiré-sur-Vie.
  • Coordonnées
    • Coordonnées cadastrales napoléoniennes : section D, 2e feuille (cadastre du Poiré)
    • Coordonnées cadastrales modernes : section ZD (cadastre de Belleville)

Données historiques

Histoire et archéologie

"La Vieille Verrerie", ou "la Vieille Verrie", a aujourd’hui disparu. C’était un village de la commune du Poiré d’avant 1850, qui se trouvait tout près de la source de "la Vie", et qui fut détruit à la fin du XIXe siècle[1]. Cette destruction a été la conséquence de l’édification en 1880 sur son emplacement, d’un château auquel fut donné le nom du village voisin du "Deffend"[2]. Toutefois, à 400 m au nord-est, celui de "la Verrie", construit depuis,  en a gardé le souvenir.

Les parages de la "Vieille Verrerie", ou "Vieille Verrie", en 1836,
et en 2017 son ancien emplacement où ne subsiste aucun vestige.
(premier cadastre du Poiré et vue aérienne sur Géoportail, environ 880 m x 460 m)

Son nom rappelle une activité qui, avant de sombrer dans l’oubli, exista durant près de quatre siècles dans ce secteur du Poiré, et dans ses environs. Le village et les terres de "la Vieille Verrerie" ont longtemps dépendu du château de "Rortheau", situé à 4 km de là sur Dompierre et qui appartenait à des maîtres verriers, dont l'activité, comme celles des maîtres de forges et d’autres, pouvait être pratiquée par des nobles sans que ceux-ci perdent leurs privilèges.

Les premiers de ces verriers de "Rortheau" furent les Bertrand, pratiquant déjà leur activité dans le Bas-Poitou au XIVe siècle. Ainsi, on voit Charles VI (roi de France de 1380 à 1422) concéder le 24 janvier 1399 par lettres royales, et suite à "l'humble supplication de Philippon Bertrand, maistre de la verrerye de Moulchamps, pour luy et pour les autres verriers dudit lieu"[3], différents droits : exclusivité de l’activité verrière, statut nobiliaire, privilèges fiscaux. Ces droits sont confirmés le 9 novembre 1456 par René, duc d’Anjou de 1434 à 1480, qui accorde "à ses bien aimés Lucas Rillet, Jehan Bertran et Pierre Maigret, le privilège de prendre en la forêt de la Roche-sur-Yon le bois nécessaire à leur industrie, de la façon la moins dommageable possible à la dite forêt"[3] (une forêt dont il ne reste guère six siècles plus tard que le souvenir, et encore).



"La Vieille Verrerie" et "Rortheau", lieux d’activité verrière sur le Poiré et Dompierre,
du XVe siècle au XVIIIe siècle.
Ci-dessus sur la carte de Cassini, en 1768. 
Ci-dessous en 2016 (16,4 x 9 km) 
avec, en tireté violet, les limites du Poiré et de Dompierre avant 1850.



A cette époque, la fabrication du verre se faisait localement de façon artisanale à partir d’un mélange de sable et de potasse en proportions variables, un mélange qui permettait d’abaisser la température de fusion du verre. Cette potasse était fournie par des cendres végétales, telles que celles de fougères qui en étaient riches ; et qui venaient des landes, particulièrement étendues jusqu’aux débuts du XIXe siècle sur ce secteur du Poiré. Quant au bois de chauffe alimentant les fours, il provenait des bois et taillis existant à proximité, tel "le bois des Gâts", à cheval sur les paroisses voisines de Saligny et de Dompierre, près de "Rortheau".

En 2017 à "Rortheau" : des vestiges de la sole d’un four de verriers
(diamètre de ce vestige : environ 2 m),

avec l’œil du
"tisard" par lequel se transmettait la chaleur au four (diamètre : 40 cm) ;
photo de traces de coulures de verre, subsistant depuis le milieu du XVIIIe siècle.
La
"coupe d’un four de petite verrerie…" telle que la représente
une des planches de
l’Encyclopédie dite de Diderot
( édition de 1772, volume 10, p. 481 / 608 ).


Au tournant du XVIIe et du XVIIIe siècle, les domaines de "Rortheau" passèrent aux Rossy[2], avec leurs droits. Dans les années 1750, les Rossy semblent toujours pratiquer l’activité verrière, mais ils l’arrêtèrent peu après, sans que l’on sache à quelle date exactement[4].

Des vestiges d’un four et des déchets verriers subsistaient encore en ce dernier endroit en 2017. Comme pour "la Vieille Verrerie", existaient en 1837 dans le "bois des Gâts" voisin, deux parcelles portant le nom de "les Vieilles Verries"[5]. Dans ce même bois, qui était autrefois sensiblement plus vaste qu’aujourd’hui, on pouvait encore voir en 2020 les traces d’un ancien campement de charbonniers dont la production alimentait les fours de verriers, ainsi que les forges locales. Il servit aussi sous la Révolution de cantonnement pour une partie de la petite troupe de Charette, et en 1944 de lieu de bivouac pour les résistants du "maquis des Gâts".

 

Les blasons des verriers successifs de la "Vieille Verrerie",
les Bertrand puis les Rossy ;
et le blason des Brunet de la Grange, ses propriétaires en 1836.

A la fin du XVIIIe siècle, le village de "la Vieille Verrerie" n’était plus constituée que par une métairie de 15,4 ha, que les troupes révolutionnaires "incendièrent en totalité" quelques années plus tard[6]. Y vivait alors Jean Morilleau, qui participa au soulèvement vendéen de 1793 à 1795[7].

En 1820, "la Vieille Verrerie" qui, comme l’ensemble des domaines de "Rortheau" avait échappé à la vente comme bien national, passa avec eux par mariage des Rossy aux Brunet de la Grange. En 1857, elle fut vendue avec "le Deffend" aux Rouchy, qui les revendirent en 1877 à Prosper Deshayes[8], constructeur en 1880 du château du "Deffend" sur l’emplacement de "la Vieille Verrerie". En 1917, ce château sera acquis par la famille Fleury.

 

Autres mentions

On ne connait pas d’objets en verre qui proviendraient de "la Vieille Verrerie" ou de "Rortheau". De plus le verre fait avec de la silice et de la potasse a la particularité de ne pas pouvoir subsister éternellement en terre, ce qui ne laisse aucune chance que l’on puisse en trouver, un jour ou l’autre, des débris dans le sol[9].

Par contre, dans un champ des Grandes Cheitres de "la Créancière" de Dompierre, furent mis au jour en 1854-1855 des vestiges d’un cimetière gallo-romain. Il contenait de nombreux objets en verre dont certains furent confiés au Musée de La Roche-sur-Yon où ils se trouvent toujours[10]. Leur subsistance en terre tient à ce que ce verre est fait de silice et de soude, ce qui laisse présumer une fabrication ayant dû se faire près de la côte. 

 

Sources et références

(sauf mention contraire, les illustrations sont dues à M. Mignet)

[1]

Plans, états de sections, matrices du cadastre du Poiré, 1836 (Arch. dép. de la Vendée : 3 P 178).

 
[2]

Cf. Raigniac (Guy de), De Châteaux en Logis, 1998, t. VIII, p. 39. On trouvera aussi chez Guy de Raigniac, la succession des propriétaires de "Rortheau" et terres en dépendant, parmi lesquelles celles de "la Vieille Verrerie".

 
[3]

Cf. l’article "Gentilshommes verriers de Mouchamps en Bas-Poitou, 1399", dans la revue de la Société académique de Nantes, tome 32, 1861, p. 213-215 ; un article évoqué par Edouard Garnier, dans son Histoire de la verrerie et l’émaillerie, 1886, p. 176-177.

 
[4]

Cf. Raigniac (Guy de), De Châteaux en Logis, 1998, t. VIII, p. 192 : "Un procès-verbal de 1758 du Maître particulier des Eaux et Forêts explique que le sieur de Rortheau avait vendu en 1740 au sieur de Beauregard et au sieur de la Jarrie ses droits de coupe sur vingt arpents de leurs bois de Rortheau contre 1500 livres et un arrentement de vingt arpents dans la forêt des Gâts".

 
[5]

Plans et états de la section du cadastre de 1837 de Saligny, parcelles C 468 et C 470 (Arch. dép. de la Vendée : 3 P 279 et 3 P 3121).

 
[6]

Cf. les Estimations des biens nationaux sur la commune du Poiré (Arch. dép. de la Vendée : 1 Q 212). En raison du prolongement du soulèvement vendéen jusqu’au début de l’année 1796 dans la région du Poiré, ces estimations furent très retardées, et du coup les adjudications qui auraient dû suivre n’eurent pas lieu. C’est ce qui fit que les biens concernés finirent par rester à leurs propriétaires.

 
[7]

Voir les fournitures apportées par Jean Morilleau de "la Vieille Verrerie", à l’armée catholique le 30 août 1793, dans les Cahiers des réquisitions de l’armée catholique et royale dans la paroisse du Poiré (Bibl. mun. de La Roche-sur-Yon : ms 19).

 
[8]

Prosper Deshayes (1833-1907), qui fit construire le château du Deffend en 1880, était un notaire et riche propriétaire foncier de Luçon. Il fut maire de cette ville de 1878 à sa mort 29 ans plus tard, conseiller général du département de la Vendée de 1887 à 1898, et député membre du parti radical à l’Assemblée nationale de 1893 à 1906. Il est en tant que tel représentatif de la gauche vendéenne de cette époque.

 
[9]

Cf. notice Une activité verrière ancienne au Poiré et dans ses alentours, élaborée à partir de l’exposition "Pour plus de transparence… Histoire du verre dans l’Antiquité, et plus particulièrement en Vendée", du 13 juin au 2 juillet 2017 à l’Historial des Lucs.

 
[10]

Leroy de la Brière, "Notes sur les objets gallo-romains découverts en Vendée depuis la création du Musée départemental", Annuaire de la Société d’Emulation de la Vendée, 1855, p. 165 à 176 (Arch. dép. de la Vendée : 4 Num 51/6).

 

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